Enquête 10/12/2009 à 18h23

Michel Meunier, sulfureux patron des jeunes patrons

Stéphane Tribalat | Journaliste

Le Centre des jeunes dirigeants vient d’élire le patron de Vigimark Sûreté VS... dont la liquidation judiciaire fait débat.


Michel Meunier, nouveau patron du Centre des jeunes dirigeants (DR)

Malaise au Centre des jeunes dirigeants (CJD) : l’association d’entrepreneurs qui défend un « libéralisme responsable » et des « valeurs humanistes » vient d’élire à sa tête Michel Meunier... deux jours après que l’entreprise de ce dernier, Vigimark Sûreté VS, a été placé en liquidation judiciaire dans des circonstances socialement discutables. Ça fait désordre.

C’est en janvier 2009 que l’homme s’est fait un nom dans le milieu de la sûreté aéroportuaire : directeur général et actionnaire à 50% de Vigimark Sûreté, il rachète pour l’euro symbolique la branche sûreté aéroportuaire de l’un de ses concurrents, Derichebourg, qui vient de perdre un marché avec Aéroports de Paris (ADP) à Roissy.

Michel Meunier reprend alors la majorité des salariés, employés par une nouvelle entité créée pour l’occasion, Vigimark Sûreté VS. Ce qui deviendra à la fois un désastre social, et l’un de ses plus beaux coups.

« Derichebourg ne voulait pas salir son nom, alors il a externalisé la liquidation de la boîte à Meunier », décrypte Thierry Fressart, syndicaliste CFDT chez Vigimark Sûreté VS. Trois mois plus tard, il ne reste que 700 salariés sur les 1 100 initiaux. « On a compris que Meunier n’était pas là pour gagner des marchés mais pour accompagner notre mort », assure aujourd’hui Thierry Fressart.

Après la reprise, pertes de contrats en cascade

Car les pertes de marché se succèdent : sécurisation des avions et des colis FedEx en juillet 2009, aéroports de Bordeaux-Merignac, de Mulhouse-Bâle, enfin Air France pour le terminal 3 de Roissy, en septembre 2009. « Michel Meunier ne s’en est pas occupé, il était là pour nous liquider depuis le début », accuse le syndicaliste, qui dénonce « des négligences délibérées » :

« Les mutuelles n’ont par exemple pas perçu les cotisations patronales de Vigimark sûreté VS durant toute cette période. »

« Les salariés continuaient à payer la mutuelle, mais ils n’étaient pas protégés », confirme Daniel Goldberg, député PS de Seine-Saint-Denis, qui est intervenu à plusieurs reprises à l’Assemblée sur le sujet de la sûreté aéroportuaire.

Michel Meunier préfère rejeter la faute sur « les entreprises d’Etat ou dans lesquelles l’Etat est actionnaire, qui mettent un coup aux entreprises qui ne se portent pas bien : c’est dégueulasse ».

Et d’évoquer l’embarrassante affaire de la SNCF : l’entreprise publique a en effet rompu en juillet dernier son contrat de surveillance des gares avec Vigimark, lequel employait des sans-papiers... Le scandale était d’ailleurs tombé à point nommé pour Eric Besson, qui avait alors qualifié la société de sécurité d’ « esclavagiste ». « On est blanc comme neige ! », lui répond aujourd’hui Michel Meunier. « Les politiques feraient mieux de se renseigner avant de parler ! »

Appétit intact

Reste que la liquidation judiciaire de Vigimark Sûreté VS, prononcée le 18 novembre dernier, laisse 358 salariés au chômage, sans indemnités supra-légales. L’affaire illustre la nébuleuse de la sûreté aéroportuaire, que le député PS Daniel Goldberg résume ainsi :

« Suite au désengagement de l’Etat dans les années 90, qui a transféré le marché de la police aux frontières à des entreprises privées, il se passe n’importe quoi : le dumping social y règne, et certains s’y précipitent, sachant que le marché est juteux. »

L’épisode n’a d’ailleurs en rien entamé l’appétit de Michel Meunier : la semaine dernière, devant le tribunal de commerce de Paris, il s’est proposé pour reprendre l’un de ses concurrents en difficulté, Stim. « Il a été placé en liquidation il y a trois semaines, et il recommence pour refaire la même chose ! », s’étrangle Thierry Messart, qui dénonce « un moyen de se faire du fric facilement avec des boîtes qui sont déjà condamnées ».

Agé d’à peine 36 ans, « intelligent, toujours avec un discours conquérant, c’est un animal à sang froid qui veut toujours vous appeler par votre prénom », commente un ancien salarié.

L’homme ne manque toutefois jamais une occasion pour attaquer les syndicats. « Je l’ai rencontré une fois, à sa demande, il critiquait le rôle des syndicalistes », confirme le député Goldberg, alors que Michel Meunier dénonçait dans Libération, le 10 avril dernier, « la pauvreté du dialogue social : les syndicats ne représentent plus la masse des salariés, ils ne remplissent plus leur rôle d’intermédiation ». Tout en se disant « prêt » à être séquestré par ses salariés.

« Il nous a eus... Maintenant on déchante »

Au très feutré Centre des jeunes dirigeants, certains s’émeuvent ainsi de l’étrange ascension de l’entrepreneur. Ecoutée par tous les ministres de l’Emploi, de l’Industrie ou de l’Economie, de gauche comme de droite, l’association apolitique -qui revendique 3300 chefs d’entreprise adhérents- cultive une réputation d’ouverture, de progressisme et surtout de diplomatie.

C’est elle qui, par exemple, a « testé » les 35 heures en premier, après discussion avec Martine Aubry à la fin des années 90. C’est encore elle qui se targue d’être en lien permanent avec Jean-Louis Borloo, pour appliquer des solutions issues du Grenelle de l’entreprise.

Reste ainsi à savoir comment Michel Meunier a été coopté par les anciens présidents du CJD, puis élu, avec à peine 4 voix d’avance sur son adversaire, par un collège de 130 grands électeurs, supposé garant des valeurs de l’honorable association. « On n’était pas au courant, il nous a eus... Maintenant, on déchante », commente un membre. De quoi faire jouer les Cassandre à certains jeunes dirigeants :

« Ça va exploser d’ici peu, forcément, et l’on va devoir tout reconstruire. Tout le monde commence à s’organiser, à découvrir la vérité. Certes c’est trop tard, mais on n’a plus le choix. »

Ambiance garantie dans les prochaines semaines : Michel Meunier, élu dauphin le 20 novembre, prendra officiellement ses fonctions en juin. Sauf putsch d’ici là.

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  • jeune dirigeant
    jeune dirigeant
    président de section CJD
    • Posté à 11h19 le 11/12/2009
    • Internaute 98590
      président de section CJD

    numerosix,

    je vous remercie de votre commentaire.
    Mais là encore, je ne fais pas partie d’une exception.

    il y a en France aujourd’hui plus de 500 000 entepreneurs avec de très petites sociétés (eux seuls ou 1 seul salarié) qui se débrouillent tant bien que mal à faire avancer leur boulot, répondre à des clients quiu veulent de plus en plus de tarifs en baisse etc.

    on est loin de raisonner sur des exceptions. Bien entendu, marcel le plombier n’a pas dans l’entreprise qu’ il a créée de parachute doré s’il décide de faire couler sa boite et encore moins de stock options...

    Je ne dis pas qu’au CJD nous sommes tous de la même trempe. Mais cela fait 6 ans que j’en fais partie et dans les premières années de l’entreprise que j’ai créée puis revendue, si je n’avais pas eu le soutien de ces dirigeants, je me foutais une balle dans la tête. Salaire 0 pendant 2 ans, j’ai profité de l’accueil au sein de ma famille pour avancer. A la vente de mon entreprise, 10 ans après sa création, je gagnais 2500 euros net et j’avais créé 6 emplois autour de moi dont aucun n’était au SMIC.

    Commentaires ? ?

  • marie66
    • Posté à 12h52 le 11/12/2009
    • Internaute 17766

    pour une fois je trouve les commentaires bien mal embouchés, je suis rue 89 depuis le départ je pense, je suis de gauche, et tenez vous bien, je suis jd ! ! oui ! depuis 3 ans ! ! j’ai pas de salariés, et je me paie pas depuis 7 ans, enfin 6, l’an dernier je me suis payée (1000 euros, soyons fous, je fais parti du cjd) et cet année, crise oblige, retour case départ ! !
    si je vous explique tout cela, c’est que le cjd, se veut socialisant, faire en sorte que les employés se sentent bien dans l’entreprise, et ce pas pour eux directement mais pour tous,si l’employé se sent bien il bosse bien,s’il bosse bien, les retours sont bons économiquement, tous nous y trouverons notre compte...
    mais c’est plus facile de dire « les patrons tous des cons ! » les syndicats sont des gens biens.... et pourquoi le cjd ne devrait pas être le reflet de la société, un microcosme ? des gens biens et des moins biens... c’est obligé pour vous on est tous bons a sucer la masse salariale jusqu’aux os ? peut être êtes vous salarié de gens ne fréquentant pas le cjd,et c’est pour cela que vous en souffrez ?
    cette histoire est celle de Michel meunier,pas du cjd....
    il ne faut pas tout mélanger

  • Gilles de la Tourette
    • Posté à 19h37 le 11/12/2009
    • Internaute 98651
      Dirigeant

    Il me semble absolument nécessaire de faire remarquer que l’ensemble des contributeurs de ce forum ne se sont pas bousculés au tribunal de commerce pour sauver la société Derichebourg et ses emplois lorsque cette dernière était en liquidation judiciaire.

    Michel Meunier a eu le mérite d’essayer. Sans cela les 1100 emplois de Derichebourg auraient à coup sûr été perdus.

    Qui ici aurait eu le courage d’essayer ?

    Le seul fait d’essayer de sauver une entreprise justifie-t-il en cas d’échec de se voir voué aux gémonies comme on l’observe là ?

    Et personne n’a honte de déposer des commentaires aussi accablants sans connaître le Centre des jeunes dirigeants et sans connaître Michel Meunier ni son entreprise ?

    Moi j’ai honte d’avoir grandi et de vivre dans une société qui laisse des chiens massacrer un homme comme on l’observe là sous le simple et seul prétexte de son initiative personnelle.

  • Femme de dirigeant
    • Posté à 20h27 le 11/12/2009
    • Internaute 98657
      En colère

    Merci pour ce commentaire.

    Je suis femme de dirigeant, et je suis bien désolée de constater à quel point le courage des dirigeants est ignoré. Etre dirigeant n’est pas une mince affaire.... c’est la certitude de nombreuses nuits blanches pour essayer de développer une entreprise, et de créer des emplois. Tout ceux qui critiquent Michel Meunier n’ont probablement pas en tête la difficulté de créer des emplois et de se battre pour les conserver... c’est malheureux.

    Effectivement Michel Meunier, a repris une entreprise, a essayé de sauver 700 emplois. Et pour ça on devrait dire bravo.

    Alors merci Gilles d’essayer d’ouvrir les yeux des ignorants.