07/12/2009 à 11h41

Sauver la planète ou s'occuper des hommes ? Ou les deux ?

Pierre Haski | Cofondateur Rue89


Photo : « Sad Earth », à l'occasion d'une action de sensibilisation au réchauffement climatique à Chicago, en septembre 2007 (Jo

Qu'on m'autorise un peu de cynisme. Il y a trois semaines, un Sommet mondial était réuni à Rome autour d'un problème grave : le fait que plus d'un milliard d'habitants de notre planète souffrent de la faim, un chiffre record atteint cette année. Pas un seul chef d'Etat n'a fait le déplacement et les engagements pris ont été minces ; à Copenhague, en revanche, ils se pressent pour figurer sur la photo de famille et pour faire des engagements précis.

Comment expliquer le fait que la planète soit si mobilisée autour de son sauvetage à long terme, et si peu concernée par le sauvetage des hommes aujourd'hui ?

Il ne s'agit pas ici de minimiser ou de nier les changements climatiques : c'est un autre débat et je pense que, au-delà des polémiques sur les données scientifiques, nous avons tout à gagner à faire évoluer nos comportements individuels et collectifs de manière écologiquement vertueuse. Et on me rétorquera que l'absence de solution à long terme n'améliorera pas le sort des hommes qui souffrent aujourd'hui.

Il n'empêche, comment peut-on fermer les yeux sur les impasses des dirigeants du monde face à des problèmes criants et immédiats ? Prenez les « Objectifs du Millénaire » visant à éliminer la pauvreté de la surface de la terre en 2015, un engagement solennel de la communauté internationale : il suffit de se rendre sur le site dédié des Nations unies pour réaliser le retard colossal pris sur ce chemin.

« Bien que l'aide au développement ait atteint un niveau record en 2008, il manque encore 35 milliards de dollars par an aux contributions des donateurs, par rapport à leur promesse faite en 2005 à propos des flux annuels d'aide par le Groupe des Huit à Gleneagles, et 20 milliards de dollars par an sur l'aide à l'Afrique, d'après les estimations des Nations unies. »

Le G8 de Gleneagles, c'était en 2005. Trois ans plus tard et la photo de famille faite, les engagements ne sont pas tenus... Cela signifie autant de retard sur des programmes visant à éliminer la mortalité colossale des femmes à l'accouchement par manque d'infrastructure sanitaire, à lutter contre des maladies propres au Sud, ou encore à améliorer la sécurité alimentaire des pays les plus fragiles, trois des objectifs du Millénaire.

Exit Bono, vive Hulot et Arthus-Bertrand

La machine médiatique est telle que l'on passe d'un gros titre à l'autre -Rue89 n'échappe pas à ce travers, ayant royalement ignoré le Sommet de Rome sur la faim...-, d'une mobilisation à coup de rockstars sur la faim dans le monde, à une autre mobilisation sur le réchauffement climatique, écolostar en tête, sans se soucier du suivi des décisions précédentes. Exit Bono et ses campagnes sur la dette ou le sida passées de mode ; in, Hulot ou Arthus-Bertrand, ou encore Gore, et la planète en danger.

Sommes nous obligés de choisir ? Le réchauffement climatique OU la faim dans le monde ? La dette des pays en développement OU la santé publique ? La réalité est que la gouvernance mondiale est en déshérence, et a été largement remplacée par des rendez-vous hypermédiatisés dans lesquels s'engouffrent les hommes politiques hypocrites en mal de visibilité, et les journalistes en manque d'imagination.

Plutôt que de dramatiser chaque enjeu comme s'il n'en existait qu'un, de crier au loup sur l'extinction de notre monde quand des hommes souffrent ici et aujourd'hui, peut-être pourrait-on réfléchir à relier les causes et trouver une approche plus équilibrée ?

C'était une modeste contribution au débat, plutôt que de rajouter une note consensuelle de plus autour de la fin du monde dont nos journaux débordent.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 12h07 le 07/12/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Rien à dire de plus , sinon que je trouve que Rue89 depuis à peu prés une semaine fait ( encore plus qu'avant) un vrai travail de journalistes et d'éditorialistes sur de nombreux sujets en prenant des angles originaux et en traduisant ce que pas mal de commentateurs pensent tout bas....

    Je me demande si on ne va demander un contrôle anti-dopage..

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 12h19 le 07/12/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    « Qu'on m'autorise un peu de cynisme »
    Le choix est fait depuis très longtemps et les nations qui ont constitué des organismes internationaux pour résoudre les problèmes de la planète sont conscientes de leur impuissance
    Les véritables maitres du jeu sont les innombrables lobbys qui s'agitent dans les arrières boutiques de ces grands rendez vous.
    Les ONG participent évidement à cette foire « off the record » car il faut bien donner une conscience humanitaire aux grands raouts, mais la finance sera toujours le ressort essentiel des « grandes fêtes » pour sauver l'homme et le planète.
    La faim dans le monde ça rapporte combien ? rien, et bien on fera un colloque à kinshasa
    L'écologie ça peut nuire ou rapporter.
    Comment limiter les mesures pour que mon business polluant puisse continuer ?
    Comment faire du fric avec la vague Verte qui monte
    Telles sont les 2 questions essentielles qui seront débattues lors du Copenhague World Tour

  • tiloo87
    • Posté à 12h57 le 07/12/2009

    Evoquer le sauvetage de la planète est déjà occulter le problème réél : comme déjà écrit plus haut, la planète (et la vie qu'elle héberge) s'en fiche bien de qq degrès en plus ou en moins, d'être recouverte d'eau, de glace, de terre ou de lave, et la vie a démontré qu'elle s'adaptait parfaitement à toutes ces conditions.
    Les conditions de vie de l'homme, voire sa survie, sont le vrai problème, et les hésitations des « scientifiques » (ha ha ! ! , ce sont ceux qui le revendiquent le plus qui le sont le moins ! ) ne doivent pas nous faire perdre notre bon sens :
    regardez les millions de villes et leurs immeubles, ces milliards de cheminées fumantes, ces milliers de centrales thermiques ou nucléaire, ces (combien ? ) voitures.
    Levez la tête, des dizaines de trainées d'avions à chaque minute .
    Et surtout, regardez la courbe de la population mondiale sur mille ans : tout est là.
    Ne percevez-vous pas l'accélération fantastique ? Ce changement en qq siècles avec de tels coefficients suffit largement à boulverser le rythme « naturel » des cycles de notre planète (exactement comme si une météorite avait percuté la terre)
    Et surtout, essayez de prolonger un peu les courbes...
    Pas bon pour le moral, mais ça peut expliquer qq comportements apparemment « inconséquents », si leurs auteurs ont tiré les conséquences de ces constatations...

  • grodeni
    • Posté à 13h03 le 07/12/2009

    « Qu'on m'autorise un peu de cynisme »...

    Non, vous n'êtes pas cynique du tout dans cet édito, et tant mieux, car quand l'on considère la problématique que vous abordez, c'est rarement une qualité (de mon point de vue bien-sûr).

    Alors trouble-fête oui, mais cynique non.

  • zaichonok
    zaichonok
    bobo bio
    • Posté à 13h55 le 07/12/2009
    • Internaute
      bobo bio

    Vous avez bien raison,
    et tout ça illustre l'égoïsme de nos sociétés de riches, et nos comportement toujours néo-colonialistes : plus de colonies à proprement parler, mais des colonies de fait, dont on exploite les resources, draine les cultures pour nos propres consommation ou pour nourrir les bestiau qui finiront dans nos assiettes, tout ça parce que ça rapporte un peu plus à un ou 2 exploitants qu'ils ne gagneraient en nourrissant la population locale...
    Combien de pays seraient auto-suffisant alimentairement sans cette étreinte économique ? combien de cultures ont été détournées des besoins locaux pour alimenter nos marchés ?

    aujourd'hui, le réchauffement climatique serait de ce point de vue presqu'une chance en plus : quand vous dites « ou les deux », j'aime à croire que les solutions pour l'un amélioreront le cas de ces hommes. Mais ça met d'autant plus en évidence le manque de volonté d'aider réellement quand ça n'a pas d'impact potentiel pour nous..

  • Atlantis
    Atlantis
    Etudiant apolitique
    • Posté à 14h00 le 07/12/2009
    • Internaute
      Etudiant apolitique

    Excellent article qui me confirme que l'écologie est une préoccupation de nantis (aïe, je sens encore que je vais me faire agresser^^).
    En effet, allez expliquez aux Chinois qu'ils faut qu'ils limitent leur production de gaz à effet de serre pour le bien de la planète... Il y a beaucoup de chances( ou de risques plutôt), qu'ils vous expliquent que les pays émergents ont besoin d'une production industrielle forte pour donner du travail et par conséquent, de la bouffe, à leur population. Sans compter la belle utopie de la décroissance, je vois mal Daniel Cohn Bendit aller expliquer à des ouvriers de chez Peugeot qu'ils sont virés car il faut « arrêter d'exploiter la planète Terre ». . C'est sans doute triste, mais voila : la protection de l'environnement n'apporte pas grand chose à manger, on peut même dire que c'est contre productif (exemple des bio carburants : c'est très in de rouler avec, mais le paysan malien préférerait sans doute que les céréales utilisées dans sa confection lui revienne afin qu'il puisse manger un peu.)

  • Lugi
    • Posté à 14h10 le 07/12/2009

    C'est un sujet intéréssant et il n'a pas échappé au composantes les plus à gauche du spectre politique. La question n'est pas royalement ignorée politiquement mais bien médiatiquement.

    La crise alimentaire et la précarité mondiale est une question à ne pas oublier dans le débat climatique et il est très réducteur et impropre de réduire leur relation à une simple concurrence médiatique.

    En vérité le liens entre les deux est simple, dans le paradigme actuel, avancer sur l'une des deux questions fait reculer sur l'autre, par effet immédiat ou par répercussion. De mon point de vue, la question du développement des pays du tiers-monde ou de la suffisance alimentaire n'a pas été mis de côté simplement car la gouvernance mondiale ne laisse pas suffisamment de place à ses administrés pour leur avenir et leur présent, les riches et les pauvres. Il a été mis de côté car dans un contexte de crise climatique la crise alimentaire est devenu la boîte de Pandore. S'avancer sur les 2 terrains à la fois relève du numéro d'équilibriste si l'on essaye par ailleurs, de ménager les schémas actuels de la mondialisation économique.

    C'est très grave. Parce que c'est pas en fermant les yeux que le problème va se régler tout seul (ou alors il aurait disparu depuis belles lurettes). C'est très grave parce que l'accession des pays pauvres à la suffisance alimentaire et au développement est une bombe à retardement dans le débat climatique qui ne va pas se désamorcer si on ne fait rien.
    Pire, moins on en fait maintenant, plus cela nous prive de moyens d'actions pour plus tard car cela va nuire à la création d'un pacte nord-sud de préservation et de répartitions des ressources de la planète, qui est la seule issue pacifique à la crise écologique.

    Ah merde.
    J'ai fini par le dire.

    Pour résumer et pour ceux qui ne m'auront pas suivi jusqu'au bout. Adhérer à Rome et à Copenhague sans proposer de new deal de la mondialisation, relève de l'hyprocrisie ou du fourvoiement dans leurs formes les plus brutes.

  • Adelyne sur le sable
    • Posté à 14h38 le 07/12/2009

    « Comment expliquer le fait que la planète soit si mobilisée autour de son sauvetage à long terme, et si peu concernée par le sauvetage des hommes aujourd'hui ? “
    Ça y'en a être une bonne question Missié !

    Première réponse qui semble de bon aloi ; parce que les humains (je pense principalement aux décideurs et aux politiques chargés d'administrer les populations) aiment voir avec leur longues vues sans se mouiller, et qu'ainsi ça ne mange pas de pain !
    Et parce que s'occuper des humains dans le présent, demande de mettre les mains dans le ‘cambouis’.

    ‘Exit Bono, vive Hulot et Arthus-Bertrand’

    Pour être plus sérieuse, je crois et vous demande si vous même êtes sérieux dans votre questionnement.

    Vous pensez que ces personnes sus-nommés sont réellement malheureux de leur sort, au point d'être impliqués de manière réelle au point de partager un bol de riz ou un plat de nouille avec les plus démunis, au détriment de leur petit confort personnel, et les avantages subséquents induits par leur notoriété ?

    Ainsi va l'humanité depuis le fin fond des temps, et je ne pense pas qu'un quelconque messie, (mais non), voit le jour avant longtemps, (après que les poètes aient disparus).......

    Au plaisir de vous lire Pierre.....

  • damienorway
    damienorway répond à Pierre Haski
    descroissants.org
    • Posté à 14h45 le 07/12/2009
    • Internaute
      descroissants.org

    Comme beaucoup l'ont déjà dit, l'article est un peu à la ramasse puisque l'on parle de sauver la planète...

    Or l'objectif de Copenhague (après on peut remettre en question la stratégie, les objectifs...) n'est pas de sauver la planète mais de sauver la vie sur Terre et donc les hommes sur la Terre.
    La terre existait sans nous et existera encore après nous.

    Donc on ne veut pas sauver la planète avec Copenhague mais on veut sauver les hommes. Le titre devient alors :
    Sauver les hommes ou s'occuper des hommes ? ...Ca n'a pas trop de sens...

    Ensuite s'il s'agit de parler du long terme face au court terme... De mon point de vue, il est largement faux de dire : l » « objectif à long terme doit-il nécessairemet entraîner, comme on le fait aujourd'hui, l'abandon des objectifs à court terme »

    Alors là, j'aimerais beaucoup avoir des exemples de long terme qui prennent le dessus sur les objectifs court terme. D'où vient cette vérité que le long terme entraine l'abandon du court terme. Nous sommes dans la société du « tout » tout de suite et le court terme n'a jamais été aussi réduit et omniprésent.
    Où est le long terme lorsque nous brulons toutes les ressources d'énergies fossiles, toutes les matières premières, lorsque nous polluons la planète... Si l'humanité survit à notre époque, nous serons connus comme les générations voraces qui ont dilapidé en quelques années ce que la Terre a mis des millions d'années à constituer.
    Nous n'avons aucun objectif long terme, car nous abordons ces questions dans une société individualiste (voir : Lien ) et nos méchanismes de pensées ne peuvent subvenir seuls à des objectifs long terme.

    Donc non, le long terme n'entraine pas l'abandon des objectifs court terme pour la simple raison que nous n'avons aucune vision long terme. C'est bien le contraire qui se produit actuellement, le court terme domine toujours le long terme.

    A la question de sauver les hommes ou sauver les hommes, j'ai vraiment beaucoup de mal à choisir...