A la une 06/12/2009 à 12h24

Massacre, tentative de coup d'Etat : la Guinée sur un volcan

Pascal Riché | Redchef Rue89

Depuis jeudi, la Guinée est sur un volcan. Dans des circonstances encore floues, son leader, le capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte au pouvoir, a été blessé lors d'une une tentative d'assassinat, dans un campement militaire à Conakry.

Il a été transporté au Maroc à bord de l'avion médicalisé du président burkinabé Blaise Compaoré, pour y être soigné. Il s'agit d'une « opération mineure », a assuré son porte-parole Idrissa Chérif, qui jure que « ses jours ne sont pas en danger ». (Voir la vidéo)

Pour éviter une vacance du pouvoir, le ministre de la défense Sekouba Konate , aimablement surnommé « El Tigre » (pour sa férocité) est rentré dare-dare du Liban pour prendre les commandes. Le calme était revenu hier à Conakry, mais dans ce pays encore marqué par un gigantesque massacre, fin septembre, la situation reste très instable.

Un an de pouvoir de la junte

Camara a pris le pouvoir en décembre dernier, juste après la mort (naturelle) du Président de la République, le général Lansana Conté, successeur de Sekou Touré (1958-1984). Dadis Camara a alors assuré ses concitoyens que cette prise du pouvoir était provisoire, et que des élections se tiendraient normalement en 2010, auxquelles aucun membre de la junte ne se présenteraient.

Mais l'exercice du pouvoir l'a, selon ses opposants, fait changer d'avis : il s'apprêterait à se présenter aux élections, normalement prévues en janvier.

Fin septembe, des opposants qui manifestaient pacifiquement ont été sauvagement massacrés par l'armée dans le stade de Conakry. On comptait plus de 150 morts et de nombreuses femmes violées. Dans une interview à RFI, Dadis Camara s'est déclaré « très désolé », parlant « d'un mouvement incontrôlé ». Il a de nouveau refusé de se prononcer quant à sa candidature à la présidence. Le massacre du stade a visiblement précipité les désaccords au sein de la junte au pouvoir.

Le Major Diakité, alias « Toumba », est en fuite

Personne ne sait trop si Dadis Camara, hospitalisé à Rabat, pourra revenir rapidement en Guinée. Certains témoins parlent de plusieurs blessures par balle. Selon le chef d'Etat Burkinabé Blaise Compraoré (à qui les pays voisins ont confié une mission de conciliateur en Guinée), son état serait « difficile, mais pas désespéré ».

Le porte parole de la junte minimise la gravité de ses blessures, mais précise que son garde du corps et son chauffeur ont été tués à coup de machette au cours de la tentative de renversement.

C'est l'ex-aide de camp de Camara, le major Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », qui est soupçonné d'avoir organisé l'opération. Il a réussi à prendre la fuite avec quelques membres de la garde présidentielle. Il a déclaré à l'AFP qu'il était en Guinée, mais a refusé de commenter l'attentat contre Dadis Camara.

Selon certains témoins, Toumba serait l'homme qui aurait conduit le massacre du 28 septembre. « El Tigre » aurait en vain tenté de le faire arrêter en octobre. Il a offert une forte récompense pour tout renseignement permettant de le retrouver. Plusieurs proches de Toumba ont été arrêtés.

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  • Civodul
    Civodul
    Documentaliste
    • Posté à 20h13 le 06/12/2009
    • Internaute
      Documentaliste

    Je vais essayer de donner mon opinion dans cette histoire. Juste pour indication, j'habite au Burkina (dont le président est Blaise Compaoré)
    Pour en avoir parlé avec des amis et collègues, la façon de voir qui m'est ressortie ici de ces événements est assez différente. Mon commentaire s'appuiera sur mon opinion personnel, qui a été influencé par les opinions des collègues et amis auxquels j'en ai parlé.
    En tout premier lieu, il faut être clair : lors de la mort de Sekou Touré, le putch était perçue une très bonne chose. Si rien n'était fait, le pouvoir aurait été repris par le même clan, et rien n'aurait changé. L'Union Africaine avait à l'époque élevé une voix contre ce putch, mais c'était uniquement sur le principe (et de toute façon la plupart des présidents de l'UA ont pris le pouvoir par putch... donc quelle pourrait bien être leur crédibilité ? )
    Ce qui me choque le plus à la lecture de la presse, c'est l'avis unanime qui est fait de la lecture des faits.
    Au niveau du massacre de Conakry, il est toujours rapporté que Dadis critiquait l'opposition d'avoir provoqué le massacre. Ce qui n'est pas dit (ou rappellé), c'est en quoi consistait cette critique. Je me permettrais ici de rappeler les faits. L'opposition avait appelé à la manifestation le jour de la fête nationale. Dadis avait proposé de remettre la manifestation à une autre date, mais celle-ci a refusé. C'est un peu comme si une manifestation était organisé le 14 juillet sur les Champs Elysées si on veut donner à cela un équivalent français.
    La suite est beaucoup mieux connue (le sang fait-il mieux vendre les journaux que les explications ? ) Le massacre a eu lieu, etc.
    A cela, j'aurai quand même deux commentaire.
    Dadis a dit par la suite qu'il ne contrôlait pas l'armée. Cela ne parait pas si improbable puisque d'une part il a été amené au pouvoir par l'armée (et qu'il la représente donc - en théorie...) et que d'autre part 1 an ce n'est pas forcément suffisant pour avoir une position stable (surtout quand le pays ne l'est pas) . De plus, comme vous le savez sans doute, l'esprit patriotique dans une armée est assez important, et manifester le jour de la fête nationale n'est pas très bien vu du point de vue des soldats.
    Je ne veux pas me positionner pour ou contre Dadis. Je veux simplement dire que le traitement de ces évènements dans la presse a été tronquée, et unanime. Quel journal a défendu Dadis en quoi que ce soit ? Depuis son arrivée même au pouvoir, il n'a eu que mauvaise presse. C'est étrange non ?
    Que croyez vous donc enfin ? La Françafrique, c'est ça aussi. Dés qu'un président africain ne plaît pas, hop, on se débrouille pour en changer. Et là, que vois-je ? Un traitement unanime dans la presse. Cela laisse une franche impression de manipulation d'opinion.
    Je ne demande pas aux journaux de prendre une opinion tranchée sur le sujet. Mais prenez un peu vos distances avec les organes de presse, qui véhiculent l'information qu'on leur a demandé de véhiculer.
    Sur un autre sujet, sans vouloir passer pour inhumain, 150 morts, de nombreux viols et blessés, ce n'est pas la révolution la plus sanglante de l'histoire. Je ne souhaite pas me faire le défenseur de la violence d'état, mais à mon avis croire qu'on peut changer radicalement un pays (et c'était le but - mettre un terme aux systèmes de corruption, de trafic de drogues etc. -) sans qu'une goutte de sang ne soit versée c'est se tromper du tout au tout sur les réalités du terrain et cela relève de l'utopie. Du reste, ceci n'explique pas cela, c'est effectivement un drame ce qui s'est passé ce jour là. Ceci dit, il faut le prendre du recul et en tentant de prendre en compte les réalités du terrains.
    Il y a une chose que j'aimerai demander aux journalistes de Rue89 quand même. Quels ont été les résultats, jusqu'à présent, de la politique de Dadis quant à la corruption et l'économie du pays ? Et une autre question : pourquoi aucun journal ne parle de ça ? 1 an, c'est cours, mais des politiques en ce sens ont-elles été créés ?
    Pour conclure, je voudrai dire que je ne suis pas un défenseur acharné de Dadis ou de n'importe qui d'ailleurs. Je voudrais simplement que l'on m'explique l'acharnement médiatique dont il est l'enjeu. Un peu plus haut, un riverain prenait en référence l'exemple de Sankara et de Blaise Compaoré. La comparaison a été reprise ici aussi.
    Blaise Compaoré a « surement » fait tué son « ami » Sankara , mais c'est aussi sans doute avec la bénédiction de la France qui avait très peur que l'exemple burkinabé ne se répande en Afrique. Après 20 ans de pouvoir de Blaise, beaucoup ici regrettent Sankara.
    A l'exemple de Chavez, Dadis essuie une campagne d'acharnement médiatique depuis son arrivée au pouvoir. C'est le rôle des médias libres que de donner un contrepoint à cela. Tentons de ne point avoir de jugements hatifs ou à l'emporte pièce. Tentons d'avoir des journaux qui informent en donnant toute l'information.
    A vos encriers mesdames et messieurs les journalistes !

  • amilcar
    amilcar répond à Civodul
    • Posté à 21h14 le 06/12/2009

    je ne vois pas où vous trouvez que le 28 septembre est une fête nationale en Guinée, en outre accuser l'opposition d'être venu se faire tuer par les gentils militaires contre leur gré est indécent, vous pourrez avec ce déraisonnement toujours accuser les victimes, qui n'auront pas défilé le bon jour, les femmes seront venues se faire violées par malchance, c'est indigne d'avancer cela.

    la comparaison de dadis avec sankara fera rire toute personne qui a un cerveau entre ses deux oreilles, sankara était un cas unique, et on ne pourra jamais dire que tout ce qui porte un treillis et un béret est un intellectuel éclairé, c'est comme si vous aviez un sportif qui soit agrégé de philosophie et qu'ensuite vous voudriez reconnaitre les philosophes à leur tshirt numéroté et leur short.

    que c'est-il passé en Guinée, c'est fort simple, avec la venue de la commission d'enquête de l'onu sur les massacres Dadis a voulu faire porter toute la responsabilité à son aide de camp et le faire arrêter et ce dernier n'a pas accepté de payer pour les autres. il n'en reste pas moins et sans trahir le secret médical que la fulgurante carrière politique de dadis risque d'être ralentie par cet incident. Est-il si difficile de comprendre que la démocratie ne s'instaure pas à partir de l'arbitraire militaire ? dans quel manuel lit-on que la démocratie est un cadeau d'une armée en goguette ?

    pour finir on entend partout que la santé du capitaine camara n'inspire pas d'inquiétude, c'est le moins qu'on puisse dire. La démocratie se pose sur la constitution et l'armée n'existe que pour faire respecter cette constitution, hors constitution ce ne sont que chiens sans collier, meute sans foi ni loi, et ça n'amènera jamais rien de bon.

    enfin pour ceux qui estime devoir déposer un commentaire pour dire qu'ils se foutent de la guinée, je leur suggère de taper le nom d'un sujet qui les intéresse dans google et de lire autour de leurs centres d'intérêt, google reste un site très méconnu encore de nos jours.

  • Civodul
    Civodul répond à amilcar
    Documentaliste
    • Posté à 00h57 le 07/12/2009
    • Internaute
      Documentaliste

    « Le 28 septembre est un jour de fête nationale en Guinée. C'est le jour où le pays commémore le référendum de 1958, quand le peuple guinéen a voté pour l'indépendance vis-à-vis de la France. »
    Lien

    28 septembre 1958 : [référendum] concernant l'intégration des colonies de l'Afrique occidentale française au sein d'une éventuelle Communauté française
    Lien (chipitre 3.3 Vers l'indépendance)

    « 'les manifestations organisées par l'opposition politique, le 28 septembre, jour de la fête nationale de la Guinée est interdite… et reportées au mardi 29 septembre' ».
    Lien (journal ivoirien)

    Ce n'est quand même pas un secret. Pourquoi est-ce qu'aucun journal (français) ne le signale ?

    Je citerai quand même la fin de l'article ivoirien « En clair, et pour moi, l'opposition politique guinéenne est responsable des tueries du 28 septembre 2009 à Conakry. “ Il n'est pas le seul à le penser ici.

    Pour ce qui est de faire accuser les victimes de s'être fait tués, ce n'est pas mon propos. Si je voulais accuser quelqu'un, j'accuserai les organisateurs plutôt.

    Pour ce qui est de la comparaison. C'est vrai, les deux hommes sont différents. Pour ma part, la comparaison est valable du point de vue ou les deux hommes ont tentés de faire quelque chose de différent pour leur pays et de changer les choses. Après je comprend qu'on puisse ne pas être d'accord avec moi, mais bon... Ce serait quand même agréable de ne pas me faire insulter (je suppose -j'ai encore des doutes- avoir un cerveau entre les deux oreilles, vous avez le droit de ne pas être d'accord, je n'en disconviens pas, mais de là à m'insulter, il y a des bornes à ne pas dépasser, merci)

    Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'en Afrique trop souvent (certains pays s'en sortent bien) l'opposition mange à la même table que le pouvoir en place. En clair, une fois qu'un parti d'opposition arrive à se faire connaître, le pouvoir en place s'explique avec et s'arrange pour que tout le monde puisse manger à sa faim (c'est une métaphore mais je parle bien ici de dessous de table...)

    Vous parlez de démocratie, mais à la sortie de 40 ans de règne, même si les partis d'opposition avaient pris le pouvoir,cela n'aurait rien changé car ils servent les mêmes intérêts. Si les règles de démocratie avait été ‘respecté’, la situation n'aurait pas changé d'un iota. Voir le cas Bongo.

    Pour le reste, certes, ce n'est pas avec le pouvoir militaire que l'on construit un pays. Mais bon quand y'a rien de mieux... on essaie autre chose... Il y a ce qu'on apprend dans un livre, et il y a les réalités de terrain. Le système ‘démocratique’ n'allait rien donner de bon s'il se poursuivait. Il fallait tenter quelque chose d'autre, et ça a été le cas en partant sur de bonnes intentions. Le putch a peut-être mal tourné par la suite (ou pas), mais le démolir comme le fait la presse actuellement ne me parait pas complétement justifié.

    Voilà, je pense avoir défendu mon point de vue.

  • amilcar
    amilcar répond à Civodul
    • Posté à 08h37 le 07/12/2009

    vous vous trompez, la date du référendum de 1958 n'a jamais été fériée en Guinée, ça n'a été qu'une excuse maladroite de la junte pour justifier ses exactions, là encore je vous conseille un site méconnu google, et vous trouverez la date de la fête nationale de Guinée, qui n'est pas et n'a jamais été le 28 septembre.

  • amilcar
    amilcar répond à Civodul
    • Posté à 09h05 le 07/12/2009

    tout bien considéré, à vous lire, je regrette de vous avoir parlé un peu sèchement, je ne pense pas que votre commentaire soit mal intentionné ou malhonnête, vous semblez de bonne foi et de bonne volonté mais vous n'avez pas une connaissance réelle de la situation guinéenne. L'armée guinéenne est un grand corps malade depuis de nombreuses années, divisée en clans, selon les proximités avec le pouvoir en place, certains touchent leur salaire d'autres non, pendant des années, ils vivent de ce qu'ils pillent le plus souvent nuitamment aux populations. Depuis l'arrivée de la junte au pouvoir, l'insécurité n'a fait que croitre alors qu'elle était déjà grande du temps de lansana conté, cette armée déjà responsable de la quasi totalité des violences avant l'arrivée au pouvoir de la junte s'est sentie renforcée et protégée par une immunité avec l'arrivée de dadis, qui de plus ne pouvait pas tenir tous les clans qui la compose. Dans la réalité ça veut dire quoi, ça veut dire que si vous croisez des militaires ils vont vous prendre votre téléphone si vous en avez un, l'argent que vous avez, qu'ils peuvent débarquer la nuit chez vous et se servir, que les opposants sont « visités » par des escouades qui saccagent et pillent leur maison, que les gens disparaissent et que l'insécurité règne à cause de cette armée, après, vouloir croire que ce type d'armée ramènera l'ordre est une illusion folle.

    De plus, ce qui s'est passé au stade le 28 septembre était un plan des militaire pour faire taire toute opposition en lui donnant une leçon, ils ont massacré sciemment en commettant des atrocités pour frapper les esprits et en n'imaginant pas les réactions internationales que ça pourrait déclencher parce qu'ils sont au moins incultes et au plus analphabètes.

    Accuser l'opposition d'être responsable de ces massacres est inacceptable. Le pouvoir a interdit la manifestation sous un prétexte fallacieux et l'opposition a maintenu sa manifestation comme elle le devait, rien ne justifie de massacrer les populations et de violer les femmes en les bloquant dans un stade, imaginez la même chose en france, hortefeux interdit une manifestation d'opposition et si la manifestion a lieu quand même les flics tuent et violent, que dirait-on ? il n'y a pas deux poids deux mesures et prendre la défense d'une junte militaire criminelle est extrêmement léger. Ceci dit je ne vous pense pas de mauvaise foi et je vous crédite de bonnes intentions, je mets vos erreurs sur le compte de la jeunesse et d'une naïveté certaine sous lesquelles je décèle néanmoins un intérêt réel pour la politique africaine. Faites attention quand même dans vos jugements à ne pas soutenir l'indéfendable. Penser que la politique en afrique est radicalement différente de la politique ailleurs est une forme de racisme, interdire une manifestation d'opposants est le même fachisme partout.

    enfin pour votre information la fête nationale de Guinée est le 2 octobre.