A débattre 06/12/2009 à 14h20

Identité nationale : à droite aussi, des voix s'élèvent contre le débat

Zineb Dryef | Journaliste Rue89

Villepin, Juppé, Raffarin, Baroin ou encore Kouchner et Hirsch prennent leur distance avec la trop grosse ficelle de Besson.


Eric Besson lors du débat sur l'identité nationale à l'Institut Montaigne, vendredi (Benoit Tessier/Reuters)

Que restera-t-il du débat sur l'identité nationale ? Une célébrité malheureusement acquise pour le maire xénophobe d'un village de 40 habitants (« On va se faire bouffer ! Y en a 10 millions, qu'on paie à rien foutre ! »). Un déversoir de paroles haineuses et inquiètes déguisées en contributions « citoyennes ». Et à quelques mois des régionales, la conviction d'un débat mis en place à des fins électoralistes.

Le grand débat sur l'identité nationale, lancé par Eric Besson, n'est pas seulement rejeté par la gauche. A droite, de plus en plus de voix s'élèvent contre ce coup politique, au point que Nicolas Sarkozy donne l'impression de s'être retiré du débat.

Ce vendredi, alors qu'il devait discourir sur le sujet lors du colloque organisé par l'institut Montaigne, le président a préféré laisser la place à François Fillon. Lequel a plutôt bien tenu son rôle de démineur en prononçant un discours mesuré, sensé rassurer ses troupes :

« Ce débat n'est pas de circonstance. Il doit être permanent, inséparable de la constitution même de notre pays. La question de l'identité nationale est aussi vieille que la France et aussi plurielle que les Français.

Ici ou là, on a prétendu que le débat était dangereux, qu'il allait raviver les défiances. Mais le danger n'est pas de débattre ! Le danger, c'est de laisser monologuer les tenants du repli national, les nostalgiques qui sont prêts à emboucher le clairon de Paul Déroulède et de Vichy. »

Pas d'unanimité au sein du gouvernement

Pourtant, au sein du gouvernement même, les ministres dits d'ouverture ont fait part de leur désaccord. Bernard Kouchner, interrogé sur la question, a prudemment donné son avis :

« Je pense que les Français veulent bien en parler mais il ne faut pas que ce soit théorique, il ne faut pas que ce soit contraint, il faut que ce soit ouvert, propositionnel, dynamique, vivant.

Le débat à mener, c'est plutôt celui des propositions de la France, la proposition française de financement innovant pour le développement, des idées pour que l'Europe existe (...) Voilà le débat qu'on doit mener
indépendamment des valeurs de la France, que tout le monde connaît ou reconnaît. »

Martin Hirsch a souligné l'opportunisme du gouvernement à quelques mois des régionales sans condamner le débat :

« C'est un débat 100% politique. Et ça ne doit pas occulter les autres. Il y a des débats dans lesquels on s'adresse à ses électeurs et je trouve ça normal en démocratie, qu'on s'adresse à ses électeurs, qu'on aille chercher ceux des uns, des autres, etc. Mais ça, je ne sais pas le faire, moi je m'adresse à des gens. C'est assez différent. Je trouve
que la France n'a pas de problème d'identité. »

Deux ministres, anonymes, ont reconnu dans Le Monde être mal à l'aise avec ce débat :

 »« On voit que l'identité nationale est un sujet dangereux. Il faut redonner au débat de la dignité et de la profondeur », s'inquiète un ministre, qui estime qu'on aurait dû faire d'abord une série de grands colloques.

Pour un autre membre de gouvernement, « ce débat est une opération purement politique depuis le début. Comme dans l'affaire Jean Sarkozy, les ministres appliquent tous la consigne du Président en même temps, cela devient lourdingue. » »

Un hippopotame électoraliste

Plus sévère, l'ancien ministre François Baroin estime de cette manœuvre politicienne qu'elle est inutile, voire dangereuse :

« C'est gros comme un hippopotame dans une mare asséchée (...) Mélanger identité nationale et immigration, c'est une faute ; lancer un débat sans objectif, c'est ouvrir la boîte de Pandore. »

Jean-François Copé alterne soutien et égratignures à Eric Besson. Alors même qu'il juge le débat utile, le président du groupe UMP à l'Assemblée a déclaré que si « c'est bien d'avoir lancé le débat, ça ne peut pas être un gadget qui dure trois mois ». Selon Le Canard Enchaîné, il aurait balancé, face à plusieurs journalistes :

« Le truc est loupé. D'abord, parce que, avant les élections, ça fait opération. Ça ne peut pas marcher. Ensuite, le débat risque de se résumer à des gadgets. »

Un débat inutile et dangereux

Sans critiquer directement l'existence même de ce débat, Yazid Sebag, le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances a fait part de
ses réserves, sur Mediapart :

« Je déplore les termes de ce débat et je l'ai dit à Eric Besson. »

Trois anciens Premier ministres de droite ont également remis en cause l'utilité d'une consultation nationale sur la question de l'identité,
s'interrogeant également sur la pertinence de lier immigration et identité.

Dominique de Villepin, signataire de la pétition « Nous ne débattrons pas », s'en est expliqué :

« Il n'est pas besoin de grand débat sur la République, sur l'identité nationale. Il est simplement nécessaire de faire vivre les principes qui sont les nôtres : liberté, égalité, fraternité. »

Jean-Pierre Raffarin a fait observer que cette question était traitée au raz des pâquerettes par le gouvernement :

« La question de l'identité ça ne peut pas être une réflexion de comptoir. (...) Je pense que le gouvernement doit évoluer sur le sujet. Si on veut éviter le populisme, il aurait fallu sans doute qu'on pose intellectuellement la question à un certain nombre de responsables pour avoir une réflexion préalable. (...)

Notre identité est métissée, il faut bien aujourd'hui l'admettre, c'est une réalité. Il faut donc élargir le débat aux identités, au pluriel et d'autre part il ne faut pas mettre les élections régionales dans ce débat. »

Alain Juppé, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, considère ce grand rendez-vous comme totalement superflu :

« Les définitions de la Nation sont nombreuses. Il me semble que celle qu'en a donnée Ernest Renan, dans sa très belle conférence du 11 mars 1882, reste indépassable. Une Nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n'en font qu'une constituent cette âme, ce principe spirituel.

L'une est dans le passé, l'autre dans le présent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs ; l'autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l'héritage qu'on a reçu indivis. Tout est dit. A quoi bon relancer un débat ? »

Besson persiste, Lefebvre signe

En dépit de toutes ces voix hostiles à son projet, Eric Besson ne se décourage pas. Sur Europe 1, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale a défendu son grand débat, estimant qu'il ne tournait pas mal. Et que les « réflexions de comptoir cela fait partie de l'identité nationale ». Quant au porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, il s'est à nouveau distingué de ses collègues en prenant la défense du maire de Gussainville :

« Je ne partage pas les propos qu'il a tenus, mais en même temps, ce que je veux dire, c'est qu'il est maire d'une commune de 40 habitants. Il y a beaucoup de petits villages comme ça qui font la France. Il y a une
inquiétude en France. Ce que je n'aime pas, c'est la manière dont tout le monde lui tombe dessus. »

Le chemin vers la dignité et la profondeur risque d'être long.

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 14h55 le 06/12/2009
    • Internaute
      délinquante avérée

    Il est très étonnant que tous ces bon apôtres ne s'en prennent qu'à besson (toujours sans majuscule), alors que celui-ci ne fait qu'obéir à notre bon maitre à tous, qui a déclaré, lors de son discours à La Chapelle en Vercors, le 12 novembre dernier :

    Voilà pourquoi nous devons parler de notre identité nationale. Ce n'est pas dangereux, c'est nécessaire. Ce qui serait dangereux ce serait de ne pas en parler, de faire comme si tout allait bien en se disant »à quoi bon ? ' », a insisté le chef de l'Etat. « C'est avec cette politique de l'autruche qu'on laisse le champ libre à tous les extrémismes. C'est pourquoi j'ai voulu ce débat. C'est pourquoi j'ai voulu que nous discutions ensemble, que nous réfléchissions ensemble. L'identité nationale ça nous concerne tous, ça concerne tous les Français »

    Le gras ne s'entend pas dans le discours, c'est moi qui le rajoute : -) Maintenant que ça tourne au vinaigre, il se défile, not'bon maitre ... pas très courageux de ne pas assumer !

    La droite s'en prend à un transfuge qu'elle n'a jamais admis dans son sein. Beurk pour tout le monde et les petites magouilles électoralistes.

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 14h58 le 06/12/2009
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Rue 89 est quand même l'un des seuls sites à avoir titré sur l'injonction de Sarko à ses lieutenants concernant ce débat « je veux du gros rouge qui tache » et « sur l'immigration, allez y à fond ». Rien que cette phrase élégante qui dit en quelle haute estime il tient le peuple aurait du disqualifier définitivement et son auteur et le débat !

  • cunégonde
    • Posté à 15h06 le 06/12/2009

    Juppé : Sud-Ouest rapporte que vendredi 4 décembre, au conseil de quartier de La Bastide, sur la rive droite de Bordeaux, lorsqu'un habitant réclame un référendum sur la construction de la future grande mosquée bastidienne, le maire le mouche, sec et juste :
    « Je suis navré de tant de démagogie contre les musulmans de France. Ils ont besoin d'un lieu de culte et la mairie ne s'y opposera pas. C'est une question de respect ». Applaudissements dans l'assemblée.
    Lien
    Alors sa position sur ce débat nauséabond ne m'étonne pas.
    Je ne suis pas fana de Juppé, mais là, il réagit comme il faut.

  • puresonic
    • Posté à 15h10 le 06/12/2009

    On leur a pas dit qu'en jouant avec le feu........

  • thierry reboud
    • Posté à 15h17 le 06/12/2009
    • Internaute

    Juste une précision : lorsque vous écrivez que Sarkozy devait discourir sur le sujet lors du colloque organisé par l'institut Montaigne, il me semble que nous avons une impropriété de langage. Selon notre expérience (putain, déjà deux ans et demi ! ), je crois bien plutôt qu'il avait prévu de pérorer et de s'y goberger.

    Sinon, soyons honnête : ce n'est tout de même pas une nouveauté qu'il se trouve des gens intelligents même à droite. On peut simplement regretter, surtout compte tenu de l'état de la gauche, que ce ne soit pas ceux-là qui y tiennent le haut du pavé.

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 16h15 le 06/12/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Pour lancer un débat d'une si haute importance sur l'identité d'une nation il faut, au préalable, être certain d'en maitriser les méandres et d'en connaitre la finalité, donner les quelques clés qui permettent aux citoyens de ne pas se fourvoyer dans des discutions stériles et nauséabondes.
    Laisser des citoyens se pencher sur l'Histoire, c'est prendre le risque qu'ils ne la revisitent et qu'ils ne vaticinent sur leur futur.
    Laisser les citoyens débattre de la finalité d'une identité nationale au moment où l'espace Européen s'agrandit et permet la libre circulation des biens et des hommes, c'est rétrécir la nation.
    Les Sarkozy, Besson et Hortefeux ne resteront dans l'Histoire que comme les maitres à penser de A. Valentin Maire de Gussainville (19 habitants) qui applique à la lettre leurs consignes
     » Affirmez vos convictions, n'hésitez pas à cliver, les Français nous soutiennent » et qui prononce des phrases qui ne resterons pas dans l'histoire
    « Il est temps qu'on réagisse, parce qu'on va se faire bouffer »
    Nous avons les gouvernants que l'on mérite dit on, je pense que nous avons dû, quelque part commettre une faute lourde pour avoir avoir un tel châtiment

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 16h25 le 06/12/2009
    • Internaute
      Dessinateur de presse