L'édito 03/12/2009 à 15h30

Identité nationale : Sarkozy piégé par le « gros rouge qui tache »

Pascal Riché | Redchef Rue89


Nicolas Sarkozy au Pole Emploi le 23 novembre (Reuters)

Jusque-là, le pouvoir avait toute raison de se féliciter de son idée de débat sur l'identité nationale, lancé depuis la case « immigration ». Cela marchait comme sur des roulettes. Malgré quelques protestations -justifiées- contre les arrières-pensées électorales de l'Elysée, le débat a « mordu » dans l'opinion et a pris de l'ampleur.



Audio file

BOTCHOTHON09_04_RED_STAIN.mp3

Les intellectuels s'y sont plongés avec délice, noircissant les pages « opinion » des journaux ; les Français se pressent aux réunions organisées sur le sujet ; Eric Besson, traître à la gauche devenu sa cible, est désormais auréolé de ce succès, au point que même Libération juge qu'il « trahit avec panache ». Le pouvoir, quand à lui, anime le « grand débat » sans grande orientation : l'essentiel est que l'on entende les mots « national », « immigration » et « sécurité ».

L'objectif de Nicolas Sarkozy est de consolider les positions qu'il a prises en 2002 sur l'électorat traditionnel du Front national, en vue des régionales. Et pour y parvenir, il n'hésite pas à aiguillonner ses lieutenants. Sur l'immigration, leur a-t-il déclaré, « allez y à fond la caisse » ! Sur l'identité nationale, il leur a lancé : « Je veux du gros rouge qui tache » (traduire : ciblez les milieux populaires)... L'UMP s'y est mise à coeur joie. Mariages gris, burqa, expulsions et couvre-feu... tout est bon pour nourrir les passions.

Problème, le gros rouge tache plus fort que prévu. Il éclabousse. L'affaire des minarets suisses, imprévue, a libéré la parole. Les inhibitions tombent, avec des bruits de vase. La xénophobie suinte sur le site mis en place par le ministère. Un maire UMP peut même déclarer sans honte qu'il est « temps de réagir » pour ne pas « se faire bouffer » par ces « dix millions » (il ne les nomme pas) que l'on « paye à ne rien foutre »... Ajoutez à cela l'apparition de sondages sur les mosquées, et le tableau est complet.

Tel le docteur Frankenstein, la droite voit sa créature prendre son autonomie et détruire tout sur son passage. Conçue pour siphonner les voix du Front national, elle vient gonfle l'extrême-droite dans les têtes d'abord, en attendant de gagner le fond des urnes en 2010. La machine, devenue folle, se retourne contre ses créateurs : elle fabrique désormais du FN, du bon gros FN qui tache.

  • 74273 visites
  • 322 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Pierre Serisier
    • Posté à 15h28 le 03/12/2009

    D'un autre côté, le gouvernement ne peut s'étonner qu'à force d'aiguillonner ce paisible herbivore qu'est la démocratie il réagisse, de temps à autre, en mettant un coup de sabot.
    Cela étant dit, il est certain qu'en posant le débat tel que cela a été fait, il ne pouvait rester qu'au ras des pâquerettes.

  • bahianino
    • Posté à 15h34 le 03/12/2009
    • Internaute

    La stratégie UMP est on ne peut plus simple : élue grâce au captage des voix du front national, elle sait que le racisme et le sentiment d'insécurité constituent son fonds de commerce.
    Partant de ce postulat, l'ensemble de la politique mise en oeuvre depuis 2007 consiste à créer et entretenir les conditions d'un désordre social permanent, favoriser le développement de la délinquance, et diviser l'ensemble de la population afin de lui retirer tout socle de valeurs communes qui lui permettraient de se rebeller.
    Pour atteindre ces objectifs, les moyens mis en oeuvre sont ceux dont dispose l'Etat : destruction méthodique et non assumée des services publics, abandon de la population à la petite délinquance par suppression de la police de quartier et réduction des effectifs, stratégie de communication calamiteuse consistant à présenter comme des causes nationales et actuelles le réchauffé de vieilles idéologies nationalistes dignes des années 30, enfin last but not least, le pillage systématique des ressources et des richesses de notre pays.

  • Bernard Girard
    Bernard Girard
    Enseignant blogueur
    • Posté à 15h35 le 03/12/2009
    • Expert
      Enseignant blogueur

    « Cela marchait comme sur des roulettes. Malgré quelques protestations -justifiées- contre les arrières-pensées électorales de l'Elysée, le débat a “ mordu ” dans l'opinion et a pris de l'ampleur. Les intellectuels s'y sont plongés avec délice, noircissant les pages “ opinion ” des journaux ; les Français se pressent aux réunions organisées sur le sujet (...) »

    Sérieusement, où avez-vous vu que le débat « mordait » dans l'opinion ou que les Français se pressaient aux réunions ? Et de quels « intellectuels » parlez-vous ? De Guaino, de Gallo, de Finkielkraut, et d'autres noms à la mode, habitués de la logorrhée patriotique, prêts à tout pour passer à la télé ? Pour l'instant, le débat se réduit à quelques assemblées de sous-préfectures, à un forum hideux, haineux, où s'expriment sans modération les pires délires racistes.
    Et bien sûr, pendant que tout ce petit monde se retrouve à cancaner, minauder, pendant ce temps, donc, des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, de bébés, se retrouvent enfermés dans des conditions sordides, d'autres vivent terrés, redoutant les rafles qui leur seront fatales. Les camps, les rafles, les charters d'expulsés, c'est aussi le travail de Besson, celui à qui une certaine presse de gauche (on ne rit pas), affirme trouver du « panache ». Pauvre presse...

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 15h38 le 03/12/2009
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Bonne initiative :
    Lien

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 15h41 le 03/12/2009
    • Internaute
      délinquante avérée

    besson auréolé ? Ah bon ... pas chez nous, en tout cas ...
    Le discours de sarko, président de l'UMP, à la Chapelle en Vercors n'est pas passé, il parle de l'identité nationale en un lieu où les Résistants au nazisme étaient de toutes les nationalités et de toutes les religions.
    La CGT et le PS locaux ont envoyé des lettres ouvertes au préfet pour expliquer pourquoi ils n'iront pas à la réunion mascarade et d'autres partis, syndicats, associations devraient suivre ce mouvement de refus.
    Hier, nous faisions signer des pétitions et distribuions des tracts en plein centre ville pour soutenir des sans paps, notamment des familles bien intégrées avec enfants scolarisés, menacés d'expulsion. Beaucoup de discussions avec les passants, demandant ce quoi il retournait réellement, personne n'était d'accord pour définir à la sarko l'identité nationale.

    D'ac, Grenoble, ce n'est qu'un petit point de la France, mais c'est aussi la « journée des tuiles » et l'appel de Vizille aux états généraux : -)

    EDIT : oubli
    oui, c'est du gros rouge qui va tâcher, mais pas celui qu'il croit. C'est du gros rouge qui va tâcher le blanc brunâtre ...

  • Chimulus
    Chimulus
    Dessinateur de presse
    • Posté à 16h00 le 03/12/2009
    • Internaute
      Dessinateur de presse
  • guyome
    • Posté à 16h06 le 03/12/2009
    • Internaute

    Il va falloir m'expliquer pourquoi quand un élu Fn tiens un propos raciste, c'est une conviction (qui doit être dénoncé) et quand un élu UMP tiens un propos raciste, c'est un manoeuvre politique (et donc bcp moins dénoncé)

    Parce que Xavier bertrand, qui tortille du cul pour se démarquer du vote suisse, il est ministre UMP. Sans compter M Hortefeux et ses propos auvergnats, la couleur locale de Rama Yade,etc,etc...

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 16h36 le 03/12/2009
    • Internaute
      Aboyeur

    M. Riché vous dites que le gros rouge éclabousse bien fort, se retourne sur son créateur et fabrique du FN. Vous pourriez appeler la Gauche à réellement défendre les valeurs qui la fonde. Y a du champ libre là !

    La posture « me touche pas tu me salis » ne mène à rien ! Il va falloir défendre les idées et être pédagogue. On ne peut laisser la place aux théories xénophobes générées par cette imposture de débat.

  • Foster
    Foster
     ?
    • Posté à 16h37 le 03/12/2009
    • Internaute
       ?

    Je me sens assez mal sur ce sujet parce que immigrée de très longue date, blanche par dessus le marché, mais devant souvent justifier de mon sentiment d'être pleinement Française parce que c'est en France que j'ai fait ma vie (avec tous ceux que j'ai pu rencontrer ici, Français de souche ou non). On me dit très souvent que je suis de la nationalité du pays où je suis née alors que je n'y remets pas les pieds et que j'ai vécu ailleurs les 3/4 de mon existence. Qu'est-ce que ça serait si j'étais moins blanche de peau ? Je n'ose pas imaginer !

    Avec ça, je ne pense pas que tous les immigrés soient automatiquement « gentils ». Par exemple, il y a de sales réseaux organisés par des immigrés pour faire travailler d'autres immigrés comme des esclaves. Difficile de me réjouir s'ils sont accueillis à bras ouverts.

    Pour les minarets, c'est encore autre chose : je crois qu'ils sont là pour vous réveiller vers 4 heures du matin, non ? Faut pas me prendre pour une raciste si je préfère qu'on n'en construise pas à côté de chez moi. Question épineuse ! Et je ne connais pas personnellement tous les musulmans qui demandent la construction de minarets mais, de ceux que je rencontre, certains sont terriblement intolérants... Pas forcément facile d'aller manifester pour ceux-là.

    Pourquoi est-on obligé de clamer que la France doit accueillir les immigrés sans discernement ?
    Quand je me suis fait naturaliser Brésilienne, on m'a demandé de prouver que j'étais au moins capable de lire un texte en portugais. Je n'ai pas été choquée. C'est normal qu'on doive au moins apprendre la langue du pays où l'on s'installe.

    Je dirais que l'accueil des immigrés devrait être bien structuré et que cela demande un effort de part comme d'autre. C'est un apprentissage de vivre dans un pays nouveau.

    Pour terminer, je pense que rien n'est tout noir ou tout blanc, tout comme l'identité française.
    (Et, de toute manière, ce n'est plus que l'identité européenne parce que c'est ridicule actuellement de faire la différence entre nous et les Italiens, Espagnols, Portugais, etc., sauf pour des détails plutôt folkloriques.)

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    Le marché autant que possible, (...)
    • Posté à 16h54 le 03/12/2009
    • Internaute
      Le marché autant que possible, (...)

    « Malgré quelques protestations -justifiées- contre les arrière-pensées électorales de l'Elysée, »

    ► J'ai noté qu'autant dans la presse (bien pensante),
    la télévision (carrément les infos),
    la radio (autant Europe 1 ce matin que France Inter),

    toutes les interventions élyséennes
    sont présentées telles des manoeuvres électorales.

    Je n'ai jamais vu ou lu de telles présentations des manoeuvres outrancières de certains socialistes.

    Il apparaît évident que les actions gouvernementales,
    celles de l'opposition,
    les discours même à l'Assemblée Nationale (notamment le mercredi, jourde la présence des caméras),
    ne sont pas inspirées par un souci de bonne gestion,
    mais par un souci politique.

    Et je dis que souligner cet aspect des choses uniquement à l'encontre d'un camp électoral relève d'une intention propagandiste d'inspiration plus politique que journalistique.

  • johanjohan
    • Posté à 17h08 le 03/12/2009

    Le problème de cet édito est que, dans le fond, il continue avec cette thèse aberrante qui présente Sarko comme un barrage contre le FN, pour avoir siphonner ses voix. La différence, cette fois, serait une mauvaise manoeuvre qui rallume la flamme du FN.

    Or, il n'y a jamais eu de barrage contre le FN, on ne détruit pas un courant politique en appliquant son programme. Quelque soit le score électoral du FN, sa politique est déjà mis en oeuvre dans ce pays. Les loi Perben-Sarko avaient déjà largement emprunté au programme de l'extrême-droite, maintenant c'est la déferlante.

    Si l'UMP fait aujourd'hui partie de l'extrême droite, pourquoi le présenter comme un rempart, plus ou moins adroit, à l'extrême droite ?

  • kepkep
    kepkep
    Les politiciens, c'est comme (...)
    • Posté à 18h17 le 03/12/2009
    • Internaute
      Les politiciens, c'est comme (...)

    Je viens de consulter le site gouvernemental. Une belle propagande, une belle censure également. J'ai voulu poster le message ci-dessous qui semble avoir été bloqué, allez savoir pourquoi....

    Avant de me considérer comme Français je me sens avant tout citoyen du monde et européen. Avec le réchauffement climatique en cours se renfermer sur nous-même serait la pire erreur à commettre.
    Je ne vois pas du tout l'utilité de ce débat, enfin un peu si, c'est la meilleure manière de cacher les vrais problèmes actuels tels que la précarité de l'emploi. C'est également une manière pour le gouvernement de récupérer les voix des extrémistes aux élections régionales de 2010.
    Alors désolé, mais savoir ce qu'est l'identité nationale, je n'en ai rien à faire, ce n'est pas cela qui me garantira un niveau de vie correct et une retraite.
    De plus ce débat ne changera rien aux nombreux contrôles d'identité au faciès pratiqués régulièrement.
    Alors arrêtez de dépenser l'argent public (et donc les impôts que je paie) pour un débat plus qu'inutile.

  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 20h23 le 03/12/2009
    • Internaute
       ? ?

    « je veux du gros rouge qui tache »

    Eh bien le message est très bien passé chez les séides du président.Ils ont suivi la recommandation tellement scrupuleusement qu'on se demande en les écoutant si ils ne sont pas au comptoir d'un bistrot.Et encore c'est insultant pour les personnes qui fréquentent les bistrots tellement la surenchère dans les déclarations des uns et des autres sont hallucinantes de populisme.Des propos haineux,des amalgames inacceptables...jusqu'où un politique peut-il aller quand il est coaché par un irresponsable ? Peut-il raisonnablement suivre quoi qu'il arrive les consignes du chef même lorsque celui-ci est motivé par l'obsession pathologique de la sécurité,la xénophobie et le mépris de l'étranger ? A moins d'adhérer pleinement au même programme.