Entretien

Le « sale arabe » de Sciences-Po porte plainte contre la police

Insulté par des CRS au soir de la qualification de l'Algérie, son témoignage avait fait la Une de Libé. Interview.

Le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, Eric Besson, s'étonnait que l'étudiant de Sciences-Po franco-marocain Anyss Arbib, qui affirme avoir été agressé et insulté par des CRS le 18 novembre après avoir célébré sur les Champs-Elysées la victoire de l'équipe de football de son ami algérien, n'ait toujours pas déposé plainte. C'est désormais chose faite, affirme ce mercredi Anyss Arbib sur Rue89.

L'histoire avait fait la Une de Libération le 24 novembre. Le même jour, dans une interview à Sciences-Po TV, le jeune homme indiquait qu'il venait d'être contacté par le cabinet d'Eric Besson. Ce que le ministre confirmait quelques jours plus tard au même média, tout en précisant qu'il ne s'agissait que d'une coïncidence :

« J'organise régulièrement ce que j'appelle des “dîners citoyens”. J'invite des Français d'origine étrangère, par pays. (…) Il se trouve que le 16 décembre prochain des Français d'origine marocaine sont invités au ministère. (…) Il était, parce qu'il doit être responsable d'une association ou il avait dû prendre déjà des responsabilités, sur la liste des invités. »

Eric Besson reconnaissait également que son témoignage paraissait « extrêmement sincère », mais le mettait en garde : « Dans un Etat de droit, on n'accuse pas la police, des CRS, sans preuve. » Et pointait ce qui, selon lui, « pose problème dans cette affaire » :

« Il n'y a ni plainte ni même saisine de l'Inspection générale. Moi, je trouve bien que ce jeune étudiant, s'il est sincère et je veux bien le croire, soit porte plainte soit au moins saisisse l'Inspection générale. » (Voir la vidéo)


« Ce n'était pas la seule plainte déposée »

Deux affirmations auxquelles Anyss Arbib répond sur Rue89. Après avoir pris comme avocat, Jean-Pierre Mignard, l'ex-président de l'association de Ségolène Royal Désirs d'Avenir, il s'est rendu mardi à l'Inspection générale des services, la police des polices :

« J'ai déposé plainte contre trois agents des forces de l'ordre, deux pour jet de gaz lacrymogène sur ma personne et un pour insulte raciste. Les policiers de l'IGS ont écouté mon récit et m'ont indiqué qu'une enquête allait être ouverte.

Ils m'ont aussi précisé que ce n'était pas la seule plainte déposée qui concerne ce soir-là, pour des violences plus graves encore, des fractures notamment. Je ne suis donc pas un cas isolé. »

L'IGS l'a d'ailleurs rappelé ce mercredi matin pour lui préciser « qu'ils avaient déjà vérifié des éléments de [son] récit, dont la course poursuite avec la BMW ». Ils ont retrouvé la trace de l'incident et de l'interpellation. Son ami « est également d'accord pour témoigner quand il sera convoqué », ajoute-t-il serein :

« J'ai vraiment confiance en cette enquête. J'espère que la justice va arriver à prouver que j'ai raison. Je n'ai pas filmé, je n'ai que ma bonne foi pour prouver mes dires. Personne ne peut prévoir d'être agressé par des forces de l'ordre. »

« Je n'ai jamais eu de relation avec ce gouvernement »

Quant à l'invitation à dîner dont parle le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, l'étudiant de Sciences-Po « exclut la coïncidence », même s'il dit ne pas vouloir « entrer dans une polémique avec Monsieur Besson » :

« L'appel du ministère de Monsieur Besson est intervenu en fin de matinée, le jour de la publication de mon témoignage dans “Libération”. A quel titre serais-je invité à un dîner de personnalités franco-marocaines ? Je n'ai jamais été ni responsable ni membre d'une association qui s'occupe des liens franco-marocains.

Je n'ai jamais eu de relation ni avec ce ministère ni avec ce gouvernement. J'ai été invité par Dominique de Villepin pendant la crise des banlieues parce que j'habitais Bondy. Je suis également membre du Club Villepin. Mais à aucun moment, il n'avait été précisé mon origine marocaine. »

Contacté par Rue89, ledit cabinet maintient la version de son ministre et nie toute récupération : « On a invité plein d'étudiants de Sciences-Po et de grandes écoles. S'il vient, il le découvrira. » Et d'arguer que « si le ministre avait voulu le contacter suite à son témoignage, il ne l'aurait pas fait appeler par une secrétaire, comme cela a été le cas ».

« C'est beaucoup de fatigue, beaucoup de pression »

L'étudiant martèle toutefois : « Je ne veux pas politiser le débat. » Parce que « ça fausse le débat et ça met en arrière-plan le fond de cette affaire ». Alors, Anyss Arbib entend également rectifier la « rumeur » d'une instrumentalisation par Richard Descoings, le médiatique directeur de son école :

« En réalité, en sa qualité de directeur de Sciences-Po et en sa qualité d'être humain, il m'a simplement conseillé d'écrire mon témoignage sur ma page Facebook, il n'est aucunement responsable de la Une de Libération.

Il a ensuite repris mon témoignage sur sa page Facebook, comme d'autres de mes amis. Il se trouve que l'un d'eux était aussi ami avec le journaliste de Libération qui m'a appelé. Ça devait d'abord paraître dans les pages “Rebonds”, puis c'est monté en pages “Société” pour finalement arriver en Une au bout de quelques heures. »

Celui qui a également saisi le Comité national de déontologie de la sécurité, l'organisme indépendant chargé d'enquêter sur de potentielles bavures des forces de l'ordre, se dit aujourd'hui « fatigué mais décidé à continuer », malgré « les critiques et les pressions » :

« Beaucoup de gens voient dans mon témoignage une formidable opportunité de me faire connaître. Mais je ne veux pas m'imposer à n'importe quel prix en politique, même si je suis engagé. C'est beaucoup de fatigue, beaucoup de pression.

Les gens ne se rendent pas comptent de la difficulté à faire cette démarche. Je comprends mieux pourquoi les gens sont hésitants à porter plainte. Si je peux, à travers mon cas personnel, faire avancer les choses, j'en serai très heureux. »

5 commentaires sélectionnés

Portrait de cypow

De cypow

étudiant poilu des dents | 20H57 | 02/12/2009 | Permalien

« J'ai vraiment confiance en cette enquête. J'espère que la justice va arriver à prouver que j'ai raison. Je n'ai pas filmé, je n'ai que ma bonne foi pour prouver mes dires. Personne ne peut prévoir d'être agressé par des forces de l'ordre. »

Que de naïveté!!! La seul chance que justice soit faite dans cette histoire est sa médiatisation.
Des cas comme ça voir plus grave encore quand la violence devient physique se recensent beaucoup trop souvent. Des cas ou la violence physique laisse des traces constatées par des médecins donc preuve palpable sont monnaie courante, des cas ou les victimes de violence policière ont réparation sont si rare...

Portrait de RBWL

De RBWL

Chasseurs de banquiers | 21H54 | 02/12/2009 | Permalien

Un après midi, à Strasbourg, en pleine ville, mais pas loin de vieux jardins abandonnés, je vois deux types, quadra, quinqua, fort, s'en prendre très violemment à un gamin de 14 ans. Je saute de ma voiture comme un diable de sa boite, et bien qu'étant archi nul en terme de bagarre, je tente de sauver le gamin d'origine maghrébine.
Les deux types lui balancent des coups de pieds dans la figure ( le gamin était à terre) dans le ventre, comme dans un mauvais film américain. J'ai juste le temps d'empoigner l'un des deux types pour tenter de dégager l'enfant, que je me vois balancer à terre avec un "Police, tire toi connard". Là, mon sang ne fait qu'un tour et je repère la voiture banalisée des flics en civils. Je note le numéro et les informe qu'on allait se retrouver chez le procureur.
Me voilà pris en chasse comme un délinquant, alors que le gamin en profite pour se sauver, complètement ensanglanté.
Les flics sortent leur gyrophare bleu et me coincent quelques centaines de mètres plus loin. Du coup, me voilà, dans le camp des coupables, moi qui ne venait de rien faire d'autre que de démontrer qu'il y avait encore des citoyens capable de venir au secours d'un enfant violenté par des adultes.
Les flics tentent de m'intimider. Il m'expliquent que le gamin les avait caillassé. Je reste sur ma position, et une fois relâché par cette racaille, j'écris une lettre de deux pages au procureur de la République de Strasbourg pour l'informer de ce comportement inacceptable de la part de policiers et porte plainte pour violence aggravée à enfant.
L'affaire a été classé sans suite. Vive la France.

Portrait de menalahy

De menalahy

Tel Quel | 23H12 | 02/12/2009 | Permalien

Trop de coïncidences qui font jubiler et ricaner ceux et celles qui veulent apporter leur soutien indéfectible mais molle à Monsieur Besson et aux forces de l'ordre.

De là émettre l'hypothèse que cette affaire serait un réglement de compte politique entre le pouvoir en place et Monsieur de Villepin, certains n'ont pas hésité à franchir le pas sous couvert d'impartialité et du droit du citoyen à avoir le doute.

Les plus hardis sont allé jusqu'à soupçonner Anyss Arbib de faire sa com pour pouvoir défendre plus tard la baisse des impôts pour les plus hauts revenus.

Je crois que le forum n'est pas le lieu de salir qui ce soit mais de confronter ses idées à celles des autres. Confrontation saine car on ne cherche pas à imposer à l'autre ses points de vue. Mais chercher à corriger ses points de vue pour se faire une idée nouvelle de la chose dont il est question.

Les émotions et les mauvaises fois pullulent sur tous les forums. Parfois, ça tourne jusqu'au point Godwin.

Un débat démocratique ne se fait ni dans l'émotion ni dans le forceps car en ne respectant pas l'adversaire, on ne se respecte pas soi-même : on transgresse les principes démocratiques qu'on prétend défendre.

Je ne poste jamais sans avoir lu les autres contributions. Pourquoi ? Parce que je veux éliminer le maximum d'émotivité dans mes réactions après avoir lu un article. Mais aussi parce qu'en lisant les autres contributions, je peux me rendre compte qu'il y a des aspects qui m'ont échappés. Alors, je corrige mon tir et je publie ma contribution.

Coïncidences ou pas, laissons la justice faire son travail.

Portrait de lancetre

De lancetre

23H45 | 02/12/2009 | Permalien

" Tous les jours, on devrait déposer plainte": mais vous ne vous privez pas de le faire !

Si Jean-Jacques Reboux passe dans le coin, il vous fera un dessin.

Les plaintes pour "outrages" se multiplient, à tort et à travers, et la parole de l'outragé suffit la plupart du temps à prononcer une peine lourde, même sans autre preuve, puisqu'il est assermenté.

" Nous sommes là pour faire respecter l'ordre et la sécurité de tous": non, vous y croyez vraiment ?

MILLE policiers, en moyenne, mobilisés pour un déplacement ordinaire de Sarkozy en province.Les routes sont barrées, on n'approche pas à moins de 2 ou 3 km si l'on n'a pas la carte UMP.

Par contre, essayez donc d'appeler la police si vous êtes victime d'une agression...Personne, jamais, n'est disponible.

Portrait de Chimulus

De Chimulus

Dessinateur de presse | 01H39 | 03/12/2009 | Permalien

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