Etudes débiles 01/12/2009 à 11h03

Le gratte-ciel le plus haut du monde ? Attention : récession !



Photo : le Chrysler building, à New York (Flickr/Il conte di Luna).

On vous avait parlé des jupes qui raccourcissaient en période de reprise économique, c'était oublier les gratte-ciel qui rallongent avant les récessions. La construction du Burj Dubai qui doit, à Dubai, devenir le plus haut gratte-ciel du monde, annonçait-elle la tempête financière de Dubai ?



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On appelle ça le skyscraper index. Il a été mis au point en 1999 par Andrew Lawrence, alors économiste de la banque Dresdner Kleinwort Benson, assurant que les périodes d'érection de gratte-ciel de taille record coïncident avec la fin de cycles économiques. La construction d'un « gratte-ciel le plus haut de... » est selon lui un bon moyen de prédire l'arrivée de crises économiques.

Il observe que le projet de gratte-ciel est annoncé alors que la période de prospérité touche à sa fin. La construction se termine avec le début du cycle économique suivant.

Le Burj Dubai s'élève d'abord en même temps que la bourse

Le XXe siècle fournit quatre grands exemples. D'abord la panique de 1907 qui correspond à la construction à Manhattan du Singer Building en 1908 et du Met Life en 1909. Le Chrysler Building (fini en 1930) et l'Empire State Building (terminé en 1931) à New York ont été mis en chantier juste avant la crise de 1929.

Le World Trade Center a été terminé en 1973, la Sears Tower de Chicago, la plus haute du monde pendant 22 ans, un an plus tard, alors qu'éclatait la crise pétrolière. Les tours Petronas de Kuala Lumpur sont devenues les plus hautes de la planète en 1997, juste avant la crise asiatique.

Le Burj Dubai a été qualifié de gratte-ciel le plus haut du monde (voir la vidéo) le 21 juillet 2007, le jour où la bourse de New York était à son plus haut avant d'entamer sa baisse.

Y a-t-il une relation de causalité ?

Qu'est-ce qui explique quoi ? Dans une analyse de la fiabilité de cet index, Mark Thornton, un chercheur américain, s'interroge :

« Pendant la période de spéculation des années 1920, alors que le prix du terrain augmentait, les tours devenaient de plus en plus hautes. A moins que ce ne soit l'inverse : alors que les gratte-ciel devenaient plus hauts, le prix du terrain augmentait. »

Il indique que pour ces quatre crises, quatre périodes se sont enchaînées : d'abord des années de crédit facile, qui nourrissent ensuite une phase d'investissements qui voit émerger de nouvelles technologies, avant que des indicateurs inquiètent les marchés financiers, et que le chômage augmente. Les gratte-ciel, avance le Guardian, « sont la matérialisation de l'exubérance irrationnelle ».

Bien sûr, précise le chercheur, il ne s'agit pas de limiter la taille des gratte-ciel pour s'éviter les déconvenues économiques.

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  • Disciple ressucité
    • Posté à 11h23 le 01/12/2009

    Ouh la ! Les gratte-ciel comme thermomètre de l'économie.
    On nous dit que les sciences économiques ne manquent pas de fondement, mais j'ignorais tout de cette méthode pour mesurer sa fièvre.

  • WarrantMarrant
    • Posté à 11h25 le 01/12/2009

    Hummm... Les architectes sont donc eux aussi complices de la crise économique ? ! ? ; -)

    J'adore ces petites études toutes simples qui fonctionnent. Alors forcément, on peut se demander pourquoi ça marche, mais c'est pas vraiment le but ! C'est de la psycho-économie ? C'est beau !

    Un peu dans le même style, les analyses de Stefen D. Levitt, à l'origine du best seller Freakonomics, sont incroyables. Mais pas vraiment conventionnelles !

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  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 11h36 le 01/12/2009
    • Internaute
      Les mouches ne me trouveront (...)

    Les jupes qui raccourcissent.
    Les bourses en repli et l'érection de Burj Dubai J'ai cru un moment que c'était un article de Camille.
    Donc, si j'ai bien compris, ces érections un peu folles sont presque toujours annonciatrices d'une débandade prochaine.

  • Arcus_Plus
    • Posté à 12h06 le 01/12/2009
    • Internaute

    ça me rappelle une sentence énoncé par un prof de bio qui m'avait marqué : « dans l'évolution des espèces le gigantisme précède souvent la disparition », en prenant pour exemple la disparition brutale des ammonites. Une sorte d'aphorisme pour décrire la décadence.

  • lorem-ipsum
    • Posté à 13h29 le 01/12/2009

    Il n'est pas très difficile d'imaginer pourquoi cela peut marcher /en gros et à peu près/*. Construire le plus gros gratte-ciel du monde est une entreprise exceptionnellement coûteuse, peu utile, risquée et de longue haleine. Il paraît naturel que l'on ne décide de s'y lancer et que l'on ne trouve des mécènes prêts à y investir de grosses sommes que lorsque l'économie est déjà sortie depuis un moment de la crise précédente et qu'elle entre dans sa période d'euphorie excessive, le moment où tout le monde commence à perdre le sens de la mesure et se sent l'envie de projets frappadingues**. Comme il faut quelques années pour réunir les fonds, préparer les plans, désigner les entreprises, et commencer la construction, il est en somme probable que la fin des travaux coïncide plus ou moins avec le pic d'irrationnalité économique qui précède la crise suivante.

    *J'insiste sur cette qualification qui devrait être aussi courante en économie que le fameux /coeteris paribus/.
    **Le moment aussi où l'on dispose de trop de fonds dont on ne sait au juste quoi faire.

  • ThatJazz
    ThatJazz répond à Albedo
    • Posté à 14h00 le 01/12/2009

    Oui mais si vous étudiez le contexte de la construction vous verrez qu'en général c'est le dernier saut avant une période de déclin ou de fermeture. Par exemple, la muraille de Chine dans sa forme actuelle a été construite par la dynastie Qing, qui s'est illustrée par l'arrêt des contacts avec le monde extérieur. La dynastie précédente avait entamé un programme d'exploration des mers du monde qui a été brutalement arrêté, laissant à l'Europe la possibilité de s'approprier de nombreux territoires. Les pyramides de Gizeh montrent la puissance de l'Ancien Empire qui sera détruit par les luttes internes et les invasions asiatiques. Après ça ne veut pas dire que ces bâtiments ne soient pas spectaculaires !

  • Iv
    Iv répond à Disciple ressucité
    Roboticien utopiste
    • Posté à 15h23 le 01/12/2009
    • Internaute
      Roboticien utopiste

    Ca ne me semble pas idiot que les gratte-ciels record traduisent une période de spéculation, y compris immobilière et trahissent une bulle qui ne demande qu'à éclater.