Le PS lâche Julien Dray, mais personne n'assume

Rarement candidat aux élections régionales n'aura compté autant de soutiens en si peu de temps… et pourtant son parti refuse de le présenter ! Telle est la situation pour le moins paradoxale dans laquelle se trouve aujourd'hui Julien Dray, député socialiste de l'Essonne et vice-président du conseil régional d'Ile-de-France.
Il avait prévenu qu'il prendrait « très mal » un rejet de sa candidature sur la liste socialiste pour les régionales en Ile-de-France. Il n'a pas été écouté. Réuni lundi 23 novembre, le conseil fédéral du PS de l'Essonne a décidé de ne pas s'embarrasser de celui contre qui une enquête préliminaire est ouverte pour « abus de confiance, faux et usage de faux ».
Une bouée de sauvetage crevée
Tout juste a-t-il eu droit à une bouée de secours au cas où il serait prestement blanchi : Carlos Da Silva, la tête de liste finalement désignée dans l'Essonne (car aux régionales, on vote par département), se retirerait à son profit. Rien qu'une manoeuvre de plus, a rectifié Julien Dray samedi sur son blog :
« La convention nationale de ratification des listes du PS pour ces régionales a lieu le 12 décembre prochain. Or le parquet a annoncé, la semaine dernière, que le complément d'enquête qu'il a demandé sur mon affaire lui serait rendu le 15 décembre.
Celles et ceux qui ont conçu cet échafaudage bancal, avec une liste essonnienne complète que l'on changerait en cas de classement sans suite de mon dossier, connaissent très bien ce calendrier, et ont déjà dans leur manche l'argument à m'opposer si je suis effectivement “blanchi” : mais voyons Julien, oui, tu as été blanchi, mais c'est trop tard, les listes ont été validées et bouclées au plan national… »
Une présomption d'innocence bafouée
Ni condamné ni même mis en examen, Julien Dray n'a pas bénéficié non plus de la part de ses camarades de la présomption d'innocence. Ce qu'a dénoncé, Après Vincent Peillon, André Vallini, François Rebsamen et Jack Lang, Ségolène Royal dimanche sur France 5 :
« Il y a la présomption d'innocence. Julien n'est toujours pas jugé et je trouve quand même inadmissible de lui faire subir la double peine. Les socialistes qui se sont battus contre la double peine ne doivent pas, je pense, l'infliger à Julien Dray, il n'a aucune raison d'être chassé de cette liste sinon une double peine avant même qu'il ne soit jugé. »
Un refrain repris jusqu'au sein de la majorité. Pour le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, le PS s'est mué en « un tribunal, mais un tribunal sans les droits de la défense ». Rama Yade et Frédéric Valletoux, porte-paroles de la chef de file de l'UMP en Ile-de-France Valérie Pécresse, ont accusé le président socialiste sortant de la région Jean-Paul Huchon de montrer ainsi « le peu de valeur qu'il attache au principe de la présomption d'innocence ». Tout comme, mercredi dernier sur Europe 1, Patrick Balkany, député-maire de Levallois (Hauts-de-Seine) :
« C'est bizarre, moi je pensais que la présomption d'innocence existait. C'est bizarre d'avoir ses compagnons d'armes, “ses camarades” je crois que l'on dit chez eux, qui vous jugent avant les autres sans même savoir. »
Un parti qui se renvoie la balle
Du côté de la direction du parti, que Julien Dray accuse de vouloir l'« éliminer », on fait preuve de la même compassion à son égard, tout en refusant d'assumer et en se contentant d'appeler au respect de la décision du conseil fédéral de l'Essonne. A l'image du porte-parole Benoît Hamon, selon qui « la décision a été prise souverainement par la fédération et nous la soutenons ».
Direction alors ladite fédération. Injoignable depuis une semaine, le premier secrétaire fédéral et titulaire (temporaire) de la tête de liste dans l'Essonne, Carlos Da Silva se terre dans le silence et s'en tient au communiqué publié au nom de la fédération mercredi dernier sur son blog :
« Les responsables socialistes ont réaffirmé leur soutien à Julien Dray face à l'insupportable feuilleton judiciaire et au lynchage médiatique dont il est victime depuis plus d'un an. Ils ont également souhaité confier la tête de la liste qu'ils ont composée à Carlos Da Silva. »
Valls, l'auteur de l'élimination ?
Le « record d'hypocrisie » appartient à Manuel Valls, selon Jean-Luc Mélenchon, ex-leader socialiste du département. Manuel Valls qui a affirmé mercredi : « Je crois à la présomption d'innocence. Julien Dray aurait du être le candidat tête de liste dans l'Essonne. » Une déclaration du député-maire d'Evry fustigée quelques heures plus tard par le nouveau président du Parti de gauche sur son blog :
« Aujourd'hui, l'homme fort du département est Manuel Valls, qui tient les commandes essentielles. Le président du conseil général est son vassal et le premier secrétaire son employé. Rien ne se fait sans son avis. Je connais. J'ai tenu le rôle.
C'est donc lui l'auteur de l'élimination de Dray avec l'appui enthousiaste de tous ceux qui tueraient père et mère pour qu'une place se libère et permette à la file d'attente des petits vassaux d'avancer d'un cran vers la lumière de l'élection automatique. »
Un Manuel Valls tout aussi injoignable que Carlos Da Silva… son suppléant à l'Assemblée nationale. Avec des amis comme ça, Julien Dray va finir par regretter le temps où il avait des ennemis. Lorsqu'il pouvait se présenter à des élections.

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De Julien Martin (auteur)
Rue89 | 21H06 | 30/11/2009 |
Après la lecture de l'article, Carlos Da Silva a (enfin) rappelé Rue89. Il affirme qu'il aurait "souhaité que Julien Dray soit tête de liste", mais s'écarte cependant de l'analyse livrée par ce dernier dans son billet de blog, à savoir que la décision vient de la direction du Parti socialiste :
"Personne n'est sous influence du pouvoir national à la fédération de l'Essonne. Chacun des 67 membres a voté en son âme et conscience. La position de la fédération de l'Essonne n'est pas idéale, mais en tant que premier secrétaire fédéral, j'avais le devoir de rassembler et de ne pas voir plusieurs listes s'affronter devant le suffrage des militants, sur fond de remake du congrès de Reims. Julien est soutenu par toute la fédération de l'Essonne."
Un soutien unanime qui est toutefois à relativiser puisque, selon nos informations, sur les 67 membres, 34 ont voté pour la solution Carlos Da Silva, 20 se sont abstenus, 10 ont voté contre et 3 n'ont pas pris part au vote.
Enfin, Carlos Da Silva a tenu à répondre aussi simplement que clairement à ceux qui accusent la fédération de l'Essonne d'avoir bafouer la présomption d'innocence (dont Julien Dray) : "Je récuse cette accusation."
De opopop
09H15 | 01/12/2009 |
" Je connais. J'ai tenu le rôle" !!
Il lui plaisait bien le "rôle"! il s'amusait bien quand il tenait le "rôle"!
Et maintenant il vient pleurer parce qu'un autre utilise les mêmes méthodes que lui à l'époque??
Qu'il commence par se débarrasser de ses casseroles judiciaires avant de venir nous faire le coup du "père la morale".
De baboune
contemplatif | 09H23 | 01/12/2009 |
Je croyais que le ps était contre le cumul des mandats?
je veux être député, mais je veux aussi être conseiller régional ou général, et je serai en même temps président d'une comcom et pourquoi pas maire etc, tout le mal être de notre système politique est là, un maximum de postes aux mains d'un minimum de personnes.
Si une journée c'est 24h pour tout le monde, pour certains c'est aussi trois salaires, quelle prétention!