Enquête

En France, le débat sur les minarets s'est désormais apaisé

Après la votation suisse, des élus tentent d'importer une polémique qui n'a plus lieu d'être selon la communauté musulmane.

La mosquée de Lyon en 1994 (Robert Pratta/Reuters)

Les minarets vont-ils s'inviter dans le débat politique français ? Après la votation suisse, qui, à 57%, a décidé d'interdire la construction de minarets, l'UMP tente de relancer le sujet, alors que la communauté musulmane estime qu'il y a désormais consensus.

Embrayant le pas à Marine Le Pen, qui s'est félicitée de la décision des Suisses, le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand s'est déclaré « pas certain » qu'on ait besoin de minarets pour pratiquer l'islam en France. Des propos jugés « électoralistes » par le socialiste Pierre Moscovici tandis que le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, reliait cette tentative d'importer le vote suisse au débat lancé par Eric Besson sur l'identité nationale en France.

Mais du coté de la communauté musulmane, le débat sur les minarets semble clos, comme l'explique à Rue89 Sadek Sellam, historien de l'Islam Contemporain et auteur de « La France et les musulmans » :

« Depuis la fin des années 90, ce n'est plus un problème. Les maires, qui gèrent la question au quotidien le savent bien, les anciens refus ont disparu. Les musulmans tiennent compte du droit de l'urbanisme et ne réclament plus de grands minarets.

Ils sont conscients de la primauté de la laïcité et font comme pour les églises qui depuis la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat de 1905 ne dépassent pas le plus grand monument de la ville. La Suisse est en retard. »

Très peu de minarets visibles, voire pas du tout

D'ailleurs, les musulmans conviennent volontiers que le minaret n'est qu'un élément architectural symbolique mais pas un élément religieux, dans la mesure où sa vraie fonction, d'appeler les fidèles à la prière, ne peut servir en Europe où le muezzin ne s'entend pas à l'extérieur.

Les radios diffusent les appels à la prière, mais contrairement aux églises qui sonnent les cloches, les mosquées restent muettes. Pour le recteur de mosquée de Lyon, Kamel Kabtane :

« Nous avons essuyé les plâtres dans les années 80, à Lyon par exemple nous avions souhaité un minaret de 35 mètres de haut, mais les tribunaux nous ont obligés à appliquer le plan d'occupation des sols et nous avons ramené la hauteur à celle des autres bâtiments.

D'ailleurs, c'est aussi une question financière puisque la communauté fait en fonction de ses moyens, qui sont faibles. Il y a une dizaine de projets de mosquées en Rhône-Alpes et très peu ont des minarets visibles, voire pas du tout. Il faudrait faire attention à ne pas utiliser ce sujet à des fins électoralistes. »

L'opposition aux minarets a parfois traversé les courants puisque le socialiste Georges Frêche, connu pour ses dérapages verbaux, s'était opposé au minaret dans sa ville de Montpellier, et que le communiste Jean-Pierre Brard à Montreuil (Seine-Saint-Denis) avait tenté de s'opposer à un projet de mosquée.

En août dernier, la municipalité communiste de Gennevilliers a également inauguré sa mosquée, dont le minaret ne dépasse pas 15 mètres, la hauteur de la tour de la mairie. (voir la vidéo)


Un signal lumineux et non vocal

A Marseille, la Grande Mosquée en construction dans les quartiers Nord, sera dotée d'un minaret de 25 mètres de haut, visible depuis l'autoroute A7 lorsque l'on descend vers la Méditerranée. Maxime Repaux chef de projet du Bureau Architecture Méditerranée, qui la construit, relève que :

« Normalement pour le minaret, on aurait vu plus grand par rapport aux proportions du bâtiment, mais on s'est conformé aux règles d'urbanisme. Comme l'appel à la prière ne sera pas audible de l'extérieur, nous avons proposé un signal lumineux, à l'image d'un phare. » (voir la vidéo)


Le projet marseillais, qui s'étend sur 8000 m2, avec une salle de prière de 2500 m2, soit un peu plus petit que la mosquée bleue d'Istanbul, « fait consensus dans la ville qui a une histoire forte avec la communauté musulmane », assure Maxime Repaux, pourtant elle a mis plus de huit ans avant d'être concrètement lancée. Sadek Sellam décrypte l'attitude de la municipalité :

Elle « était opposée à la mosquée lorsque le FN faisait peur mais quand Gaudin a découvert qu'il pourrait perdre plus de voix de musulmans qu'il ne gagnerait d'électeurs du FN, il est devenu un fervent défenseur de la mosquée ».

« Les mentalités sont prêtes »

La Grande Mosquée de Strasbourg, dont le projet a près de vingt ans, a aussi connu de sérieuses difficultés. Mais désormais en construction, elle pourrait même finalement avoir un minaret. Lors de la pose de la coupole, vendredi 27 novembre, jour de la fête de l'Aïd el-Kébir, le sénateur-maire PS de Strasbourg, Roland Ries en a fait la proposition. (Voir la vidéo)


Saïd Aalla, président de la Grande mosquée de Strasbourg revient sur ces aller-retours :

« Le projet déposé auprès de la mairie en 2000 comportait un complexe culturel et une partie cultuelle avec un minaret, puis la droite nous a demandé d'enlever le minaret et maintenant la municipalité socialiste nous l'autorise, on va donc déposer un permis de construire rectificatif pour la mosquée, dont la construction a démarré en 2004.

La droite disait que les mentalités n'étaient pas prêtes à voir un minaret, maitenant que l'extrême droite a reculé, ça s'est détendu. On n'a jamais dit pas que c'était obligatoire d'avoir un minaret pour pratiquer, mais architecturalement ça l'identifie mieux. »

Photo : la mosquée de Lyon en 1994 (Robert Pratta/Reuters)

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Freeeman

De Freeeman

Informaticien | 17H27 | 30/11/2009 | Permalien

Très partagé sur la question, je ne dénierais jamais aux Musulmans de pratiquer leur culte. Toutefois, certains symboles sont lourds, un minaret à Poitier ça frôle la provocation à l'identité nationale, même si je ne suis pas adepte de Mr Besson.

Je rappellerais que en 1998 Le premier ministre Turc actuel, M Erdogan, disait : "Les mosquées sont nos casernes, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes et les croyants nos soldats."
Désolé, mais personnellement je n'aime pas le discourt guerrier d'ou qu'il vienne. En regardant ce qui se passe un peu partout, certes par le prisme des médias, je vois bien qu'un Islam politique, ce qu'il est originellement, s'étend à travers le monde. Face au vide politique laissé par la chute des pays communistes ou leur conversion comme la chine, une nouvelle idéologie prend place et ses fondements sont l'Islam.
Comme on le voit dans de nombreuses villes, sous couvert de culturel on utilise des fonds publiques pour construire des édifices d'ou une propagande islamophile peut répandre des idées en opposition totale avec les principes républicains. Déjà 87 tribunaux appliquant la charia en Angleterre, soit une ségrégation misogyne sur les divorces, héritages et autre aspects de la vie quotidienne.
Nous commençons à étudier dans notre pays la mise en place de finance islamique, deux universités vont proposer des formations en ce sens. Ou s’arrête-t-on dans l’application de la charia en occident ? La très grande majorité des musulmans ne demande pas ça ! D’ailleurs ils ne demandent rien si non d’être tranquille.
En réalité, il faudrait surtout que l’on arrête de se mêler des affaires des Musulmans en Europe. Ils veulent créer un conseil, ils le font, ils veulent construire des lieux e culte ils le font, tant qu’ils respectent les règle. Chaque fois que l’état ou les politique s’en mêlent ils créent la discorde entre musulman et avec le reste de nos concitoyens.
L’Islam n’est pas un sujet politique tant qu’il ne vient pas dans la sphère politique. Autrement il sera sujet à la critique comme tout idéologie politique dans une démocratie.

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 17H37 | 30/11/2009 | Permalien

dans la mesure où sa vraie fonction, d'appeler les fidèles à la prière, ne peut servir en Europe où le muezzin ne s'entend pas à l'extérieur.
Pardon ?
On entend les muezzins à l'extérieur en France. Pas partout peut être, mais il existe un endroit où j'ai entendu un haut parleur clamer "Allez au bar", sur les quais de la gare RER D du Vert de Maisons, le vendredi après midi.
Bon par contre j'ai pas traqué l'origine du son, si ça se trouve c'était juste un fanatique à sa fenêtre avec un haut-parleur.
Enfin bien que je ne puisse pas encadrer les musulmans, j'ai trouvé ça drôle et exotique plus qu'autre chose. Mais cinq fois par jour l'amusement risque de s'estomper rapidement laissant place à la lutte sacrée contre les sectes.

Par contre les minarets ça ne me dérange pas vu que c'est silencieux et qu'ils n'existent que si on les regarde.
Par contre, c'est sous condition qu'ils soient jolis. Quand je vois la gueule des cathédrales modernes, je suis totalement dépité du pauvre héritage architecturale qu'on laisse après celui des bâtisseurs de cathédrale du Moyen-Age.

Portrait de AlfredoGarcia

De AlfredoGarcia

Rien | 17H46 | 30/11/2009 | Permalien

"En France, le débat sur les minarets s'est désormais apaisé"

Vous croyez vous ?

J'ai parie qu'on remettra ça, sournoisement, pour les prochaines élections régionales. C'est le complément parfait pour le "débat" sur l'identité nationale qui évite de parler de la nation endettée (8,5 % du PIB pour 2010)

Portrait de .ch

De .ch

retraité | 18H41 | 30/11/2009 | Permalien

Je crois que c'est la première fois qu'un résultat de votation populaire suisse bénéficie d'une telle couverture médiatique à l'étranger.
Ce qui me frappe le plus, c'est le fossé entre les cris d'orfraie poussés par les officiels et les médias, et l'enthousiasme très majoritaire des réactions des gens dans les commentaires et les forums.
On dirait bien que les responsables politiques ont maintenant le cul entre deux chaises: les voix pour être élus ou le respect des sacro-saints principes consensuels? La récupération semble avoir déjà commencé chez certains.
Malheureusement, les seuls qui sont à l'aise, c'est les extrême-droites de Suisse, de France et de Navarre, les seuls qui ont relayé les craintes des gens. Voilà où mène le déni d'écoute des peuples.

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 18H54 | 30/11/2009 | Permalien

Depuis 30 ans , multiplication des minarets !

Portrait de Tchiper

De Tchiper

Internaute | 20H24 | 30/11/2009 | Permalien

Je suis de culture musulmane et sincèrement je ne suis pas choqué par le choix des Suisses (au fait, ces réactions d'indignation de par le monde, ce ne serait pas de l'ingérence dans les affaires internes de la Suisse?). Que l'on respecte ce choix. Ceci étant, l'Islam n'est pas apparats, encore moins fait de minarets.
Sur un autre registre, allez demander la construction d'une église ou d'une synagogue dans un pays musulman... En Algérie, vous risquez gros si lors d'un barrage de police vous êtes en possession d'un exemplaire de la bible, quand bien même ce serait pour votre culture générale.
De toute façon, minaret, clocher ou obélisque restent des représentations phalliques latente dont la genèse est à rechercher dans l'inconscient machiste des hommes et des religions.

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