Lyon Capitale 30/11/2009 à 12h25

Carignon « conseiller politique bénévole » d'Hortefeux

Raphaël Ruffier-Fossoul | LyonCapitale


Alain Carignon arrive au tribunal de Lyon le 20 mai 1996 (Robert Pratta/Reuters)


Dans le numéro de décembre de Lyon Capitale, Alain Carignon défend la réforme de la Justice et règle ses comptes. Sa principale cible : Philippe Courroye, le juge qui avait instruit l'affaire qui a valu à l'ancien maire de Grenoble une condamnation en 1996 à quatre ans de prison ferme pour corruption passive, recel d'abus de biens sociaux et subornation de témoins.

Grâce à l'amitié jamais démentie de Nicolas Sarkozy, Alain Carignon reprend du service comme « conseiller politique bénévole » du ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux. Un rôle de « visiteur du soir », « de boîte à idées », « à la manière d'un Alain Minc auprès de Nicolas Sarkozy », précise Le Monde. Extraits de l'entretien à Lyon Capitale.

Le renvoi devant la justice de Jacques Chirac

« C'est un peu regrettable que ces dossiers soient traités si tardivement par la Justice. Cela tombe sur Chirac, par des jeux de hasard. Pourquoi lui plus qu'un autre ? Tous les hommes politiques de l'époque devraient être traduits devant la justice : 100% d'entre eux ont bénéficié, directement ou indirectement, de financements qui ne pouvaient être qu'illégaux... puisqu'il n'y avait pas de loi ! (...)

Je ne vois pas pourquoi Pasqua serait poursuivi, et pas Daniel Vaillant ainsi que tous les ministres de l'Intérieur de sa génération ! (...) Tout le monde a pu voir que pour Pasqua les ennuis ont commencé au moment où il a souhaité se présenter à la présidentielle.

Comme on voit bien que le juge Courroye qui s'en est occupé a eu des promotions extrêmement rapides, à tel point que le Conseil supérieur de la magistrature s'est opposé à certaines d'entre-elles. Les excès de pouvoir des juges d'instruction aboutissent à leur disparition. »

La disparition des juges d'instruction

« Ils ont commis des excès, ils seront supprimés. Souvenez-vous de l'affaire Outreau et de Patrick Dils ! J'ai rencontré beaucoup de gens qui ont été victimes du pouvoir solitaire du juge d'instruction. On va passer à une justice plus équitable, où, dans l'instruction, les droits de la défense seront mieux préservés. Et où un homme seul ne pourra plus décider de tout. (...)

Quand on entend Eva Joly s'exprimer comme députée européenne (Europe écologie), cela justifie la disparition du juge d'instruction. Elle a des côtés totalitaires. Comme justiciable, auriez-vous envie d'être confronté à elle, avec tous les pouvoirs de son seul côté ? »

Philippe Courroye

« En arrivant à la mairie de Grenoble, j'ai eu le tort de ne pas mettre fin au système. Mais ça fonctionnait indépendamment de moi. Et tous les partis y participaient, y compris la gauche. C'est évidemment une faute que le juge Courroye a utilisée pour sa carrière.

Maintenant M. Courroye passe ses vacances à Saint-Tropez, fréquente M. Bouygues, M. Pinault et son épouse travaille pour M. Naouri, PDG de Casino. Il a même organisé un dîner révélé par le Canard enchaîné entre l'enquêteur de la PJ chargé du dossier casino, son épouse, M. Naouri et Me Lombard l'avocat !

S'il s'appliquait sa doctrine des années 90 il devrait se mettre lui-même en détention provisoire... car c'est sur la base d'un déjeuner avec 8 personnes que j'ai été placé en détention. Et ma femme n'était pas salariée de la Lyonnaise des eaux ! C'est vraiment très agréable que la vie soit longue car on peut mieux approcher la vérité des hommes. »

Son rôle auprès de Brice Hortefeux

« J'officie à titre amical. C'est une fonction amicale et bénévole. En total accord avec le président de la République. »

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Photo : Alain Carignon arrive au tribunal de Lyon le 20 mai 1996 (Robert Pratta/Reuters)

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 12h52 le 30/11/2009
    • Internaute
      délinquante avérée

    Cette « nouvelle » qui n'en est pas vraiment une parce que ça fait pas mal de temps que les journaux en parlent, va conforter les Grenoblois dans leur détestation du gouvernement actuel.

    Il faut dire que Carignon en se présentant dans la 1ère circonscription de Grenoble, la seule de droite, a fait élire une PS avec 63 % des voix, alors que l'UMP en avait obtenu 53 % en 2002 !

    L'UMP local n'oublie pas non plus par quels trucages Carignon a remis la main sur le parti.

    Il ne veut plus de juges d'instruction ? Bin, normal, l'enquête menée a démontré ses coups tordus, bien qu'il avait pris comme avocat Guy Danet, l'associé de Nicolas Sarkozy. En même temps, il s'oppose au président du Conseil Général de l'Isère, André Vallini, qui a conduit une mission, après Outreau, sur les améliorations de la justice et avait proposé une collégialité des juges d'instruction.

    Bref, parlez de Carignon ici, et tout le monde rigole.

  • AbdulAziz
    • Posté à 13h27 le 30/11/2009

    Carignon dénonce la forme pour mieux occulter le fond. L'octroi de l'exploitation de la compagnie des eaux de Grenoble,l'immense appartement du Bd St Germain,nous ne saurions énumérer tous les avantages dont il a profité, sans toucher à ses salaires de ministre et député. Un grenoblois consciencieux et travailleur a recueilli toutes les coupures de presses qui se sont avérés être d'inéluctables charges contre ce moralisateur de la justice. Il a écrit un livre d'environ 400 pages sur ses scandaleux écarts et magouilles, qui se chiffraient en millions de Francs .Faites donc revenir cet écologiste sur le devant de la scène, il a certainement des « compléments » de révélations à faire.Je ne l'écris pas car je ne suis plus sûr de son nom. Chapeau Monsieur ? ? ? Rapprochez vous d'Eva et Dany...

  • fée clochette
    • Posté à 13h33 le 30/11/2009

    Carignon a un raccourci étonnant sur les motifs de sa condamnation, mais son analyse sur le juge Courroye n'est pas isolée, même ses confrères en conviennent, sa promotion et ses fréquentations posent question