Jeudi noir à Paris : les habitants triés sur le volet
Un riverain a contacté Rue89 jeudi 26 novembre dans la soirée. Il voulait raconter l'accueil que lui avait réservé Jeudi noir lors de son séjour parisien. Un témoignage de la frustration grandissante à l'égard du collectif des « galériens du logement ».
Lorsqu'il écrit à Rue89, il vient de rentrer dans l'Est de la France, où il vit chez des proches, entre Metz et le département de la Marne. Son séjour parisien, en compagnie d'un pote, a tourné court. Fraichement sorti des études (industrie culturelle et sciences politiques en master), il n'est plus boursier et cherche du boulot depuis le début de l'année. Il n'a pas encore déposé de dossier pour avoir les minima sociaux, estime qu'il n'est sans doute pas le plus à plaindre. Il a 23 ans.
A Paris, il souhaitait postuler pour un job d'assistant dans le domaine culturel. La veille du départ, il avait contacté le collectif Jeudi noir. De ces militants qui ont investi il y a un mois un hôtel particulier de la Place des Vosges inoccupé, il ne savait pas grand chose. Tout au plus ce qu'il en avait vu dans la presse et quelques reportages télé montrant des étudiants et de jeunes actifs retaper des locaux pour y installer des matelas propres.
Des jeunes punks laissés à la porte
Le séjour à Paris tourne à la désillusion :
« Aucune réponse après avoir contacté par mail Jeudi noir et rempli leur questionnaire, expliquant que nous arrivions sur Paris et que nous aurions besoin d'un logement au moins à court terme. En allant dans un cybercafé non loin de la Gare de l'Est, à peine arrivés, on n'avait aucun retour. On a donc appelé Julien Bayou [un des cofondateurs du collectif, ndlr] dont on trouve le numéro sur Internet. Pas de réponse.
On lui a ensuite envoyé un SMS pour lui demander un rendez-vous, des contacts de gens qui pourraient nous orienter vers un squat pour nous dépanner. Il nous a dit qu'il avait des réunions, et c'est tout. »
Dans des articles sur le Net, les deux jeunes avaient récupéré une liste d'adresses occupées par Jeudi noir. Le premier avait fermé. Le deuxième, c'était l'hôtel particulier de la place des Vosges. Porte close. Devant, des SDF qui n'ont pas pu entrer et qu'on voit sous les arcades depuis plusieurs semaines :
« Les Jeudi noir étaient enfermés à l'intérieur et un habitant du quartier nous a dit qu'il était peu probable qu'ils nous reçoivent. Un petit groupe de jeunes punks très remontés nous a dit qu'ils avaient été laissés à la porte. Ça nous a un peu choqué.
En repassant devant, on a pu rencontrer un des habitants qui nous a confirmé qu'on n'avait aucune chance et que lui-même ne pouvait pas faire venir ses amis. Il faisait déjà nuit, on a dormi une nuit dans la rue après avoir découvert des squats artistiques, plus ouverts. Puis on est repartis dans l'Est. »
« Un discours très sélectif, j'ai été vraiment choqué »
Notre riverain se sent davantage famillier de squats plus alternatifs mais dit ne pas non plus franchement s'identifier aux « punks à chiens ». C'est d'ailleurs pour cela qu'il s'étonne :
« Je ne suis pas très différent du profil des gens de Jeudi noir. Et il y a des SDF autrement plus dans le besoin que moi, qui ai malgré tout une famille. Leur discours très sélectif m'avait déjà un peu interpellé, mais j'ai été vraiment choqué, là. »
Des témoignages de ce type sont rares dans la presse, où Jeudi noir a plutôt bonne cote, y compris sans doute sur Rue89. Sur le terrain, pourtant, la frustration contre le collectif augmente, justement parce que la médiatisation l'a plutôt servi jusque-là. (Voir l'extrait que leur a consacré le 20 Heures de TF1 début novembre)
Interrogé par Rue89, Julien Bayou, confirme que ces requêtes pas toujours adéquates se multiplient :
« Je vois de qui il s'agit, je n'ai pas pu les rencontrer. D'autant que je savais qu'on n'avait pas de place pour eux. Vous n'imaginez pas comme on est débordé de demandes de ce type. En août, avant d'ouvrir la place des Vosges, on avait pointé 950 demandes de gens répondant à nos critères ! Mais on ne peut pas accueillir tout le monde : collectivement, les habitants de la place des Vosges risquent 115 000 euros d'“indemnités” par mois. Il faut des gens pleinement conscients des risques. »
Logique militante et bouts de chandelles
Actuellement, ils sont trente à vivre dans 25 chambres dans l'hôtel particulier. Lui-même ne compte pas parmi les habitants. Il n'est pas sans savoir la frustration que leur médiatisation engendre :
« Il suffit d'ouvrir la porte deux minutes pour entendre des gens qui râlent parce qu'on ne peut pas les accueillir. Je ne plaisante pas, c'est tous les jours qu'on rencontre cet agacement. C'est un effet de la médiatisation : les gens s'imaginent que nous sommes une association soutenue financièrement par les pouvoirs publics. Or pas du tout : ce sont des bouts de chandelle et mon forfait téléphone perso, par exemple. »
Et la poignée de SDF qui dort devant dans le froid ? Là encore, Julien Bayou « assume » :
« Les SDF dehors sont alcooliques et violents, on assume de ne pas les accueillir. Nous sommes très critiqués par les squats d'extrême gauche qui sont sans doute plus ouverts. Nous, nous sommes dans une logique militante parfois très complexe, sur des questions de fiscalité, par exemple. On entend rééquilibrer le droit au logement et le droit à la propriété. »
Jeudi noir affirme avoir obtenu cette semaine le soutien historique du Conseil de Paris. Du côté de ses détracteurs déçus, on reproche au contraire aux leaders du collectif d'avoir été récupérés par les partis politiques. Notre riverain, lui, parle carrément d'« instrumentalisation ».
Photo : Jeudi noir, Paris janvier 2008 (manuel | MC/Flickr).
- Sur Rue89Jeudi noir tapine pour dénoncer les propriétaires pervers
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- Sur jeudi-noir.orgLe site du collectif Jeudi noir
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C'est quand meme dingue que des neuneus confondent Jeudi noir avec une agence immobilière et viennent ensuite chouiner sur Rue89.
C'est aussi un peu simpliste de confondre un truc militant sur le logement des étudiants et des précaires et la problématique des SDF qui dépasse largement celle du logement pour aller sur celle de l'exclusion sociale. On peut donner un logement à tous les SDF, il ne seront pas inclus dans la société et on continuera à mourir dans nos rues




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