a la une 28/11/2009 à 20h37

Chez les Gracques, le débat fait place aux œillades PS-MoDem

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Fort logiquement, la troisième université des Gracques, ces intellectuels sociaux-démocrates qui agitent depuis 2007 les idées au centre-gauche, portait sur un nouveau contrat social d'après-crise. Après des débats de fond samedi matin, la table ronde de l'après-midi avec Marielle de Sarnez (MoDem) et Manuel Valls (PS) a rapidement tourné au lancer de brassées de fleurs, surtout de la part du second.

Attendu dans l'amphithéâtre de l'Ecole normale supérieure, rue d'Ulm à Paris, François Bayrou n'a finalement pas pu venir, pour des « raisons tristes » selon l'ex-Gracque Denis Olivennes (désormais patron du Nouvel Observateur), qui animait le débat. Quelques mois avant la dernière élection présidentielle, les Gracques, groupe créé par des hauts fonctionnaires socialistes ou sympathisants alors anonymes, avaient appelé à une alliance du PS avec le candidat béarnais.

Troisième orateur du débat, l'Italien Franco Bassanini, président de la Caisse des dépôts et consignations de son pays et ancien ministre de la Réforme de l'Etat, est le seul à avoir vraiment respecté le thème, « les changements de relations entre marché et Etat », avec des réponses concrètes puisées dans son expérience en Italie.

Sarnez : « Si le centre peut réfléchir avec la gauche, c'est pas mal »

Les deux autres (surtout Sarnez) ont affirmé leur « volonté politique pour la mise en place des nouvelles règles du jeu » (question précise de cette courte rencontre d'une heure quinze), égrénant quelques belles mesures sur les entreprises, l'emploi, l'éducation nationale, la transparence des institutions ou la place du citoyen. Mais sans s'étendre sur la manière de les mettre en pratique.

Face à un public de choix (les socialistes Gérard Collomb, sénateur-maire de Lyon et Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris ; Erik Orsenna ; Jacques Attali...), Sarnez et surtout Valls ont insisté sur leurs points communs et fait part de leur envie brûlante d'un rassemblement au centre gauche. Une étape de plus dans le rapprochement d'une partie du PS avec le MoDem.

« Si le centre peut réfléchir avec la gauche, c'est pas mal », a dit la députée européenne, avant d'appeler à « des pouvoirs publics forts, qui régulent » :

« En France, on organise la défiance. Quand vous avez toutes les décisions qui remontent vers un seul homme, ça veut dire qu'on ne fait pas confiance aux corps intermédiaires, syndicats, chercheurs...

On doit penser la politique de façon différente, adopter des attitudes plus ouvertes les uns envers les autres. [...] Il y a une dérive des valeurs voulue par le pouvoir en place. »

Valls : « Bâtir l'alternative ensemble, de manière partisane »

Manuel Valls, député-maire d'Evry (Essonne), a déclaré que face à la « crise de l'Etat-providence », « la social-démocratie doit réfléchir à son propre dépassement » :

« Le centre-gauche n'est pas très à la mode en France, mais on voit bien qu'il y a quelque chose à inventer. Nous sommes dans une société de défiance, de défiance profonde vis-à-vis du politique.

Entre les Verts, le PS, le MoDem ou Villepin, il y a une compétition pour savoir qui incarne politiquement cette alternative. C'est pour ça que je plaide pour qu'on parte des questions de fond.

Notre responsabilité, c'est de bâtir l'alternative ensemble, de manière partisane. »

On l'a compris : alors que le socialiste est clairement demandeur d'un parti social-démocrate, la centriste reste plus vague. Quelque forme qu'elle prenne, la dynamique voulue par les invités des Gracques sera lancée après les élections régionales.

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  • MASLR
    MASLR
    Etudiant
    • Posté à 22h20 le 28/11/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Malgré toute ma bonne volonté je ne vois que de l'opportunisme dans l'attitude du MoDem, du genre, bon bah du coté de la droite, Nicolas à tout verrouillé, allons voir de l'autre coté, il y a moyen de faire quelque chose avec les reste d'un PS à la dérive...

  • Anonyme

    tous les six mois environ, je lis un article concernant la vie politique fançaise, en général c'est largement suffisant pour constater qu'on parle toujours d'alliances, de courants, d'ententes, d'arrangements, de bureaux, de débats, de commissions...

    finalement 6 mois c'est peut-être trop fréquent, je vais espacer mes lectures sur le sujet.

  • BA
    BA
    -
    • Posté à 23h06 le 28/11/2009
    • Internaute
      -

    La grande bourgeoisie de centre-gauche discute avec la grande bourgeoisie de centre-droit.

    Les Gracques incarnent une nouvelle aristocratie, une nouvelle aristocratie complètement coupée des classes populaires et des classes moyennes.

    Denis Olivennes, Gérard Collomb, Anne Hidalgo, Erik Orsenna, Jacques Attali, Marielle de Sarnez et Manuel Valls sont d'accord sur 80 % des sujets.

    Un membre des Gracques, Jean-Pierre Jouyet, était membre du Parti Socialiste. Nicolas Sarkozy l'a nommé ministre des Affaires Européennes, puis patron de l'AMF (= le gendarme de la Bourse).

    Ce tout petit monde papote, discute, bien au chaud dans sa bulle.