Revue de web 26/11/2009 à 11h07

Rentabiliweb : BHL défend son ami distributeur de billets

François Krug | Journaliste Rue89

Le plus célèbre de nos philosophes est enfin sorti de son silence sur la distribution ratée de billets dans les rues de Paris. Sans surprise, Bernard-Henri Lévy est outré. Ce qui surprend, c'est qu'il ne dénonce pas l'opération marketing, mais les attaques contre son organisateur. Une belle preuve d'amitié : sur le web, BHL doit beaucoup à Jean-Baptiste Descroix-Vernier, le patron de Rentabiliweb.

BHL a consacré sa dernière chronique sur le site américain The Huffington Post (en anglais), mardi, à l'opération ratée de Mailorama, filiale de Rentabiliweb. Ce jeudi, il a mis en ligne sur son site officiel la version française de sa chronique, également destinée à son « Bloc-Notes » hebdomadaire dans Le Point.

BHL décrit « mon ami Jean-Baptiste Descroix-Vernier » comme un homme « qui n'aime que la discrétion, la solitude, sa péniche à Amsterdam, le silence de ses ordinateurs » :

« Lui dont le credo est celui d'un Internet moralisé dont l'honneur sera de se mettre au service de justes causes (dans combien de croisades ne l'ai-je pas moi-même embarqué à travers, en particulier, le site qu'il a conçu pour archiver mes prises de position et mes textes  ! ), le voilà dépeint en monstre cupide, en pornocrate (Rentabiliweb possède des sites érotiques, ndlr), quand ce n'est pas -sic- en “exploiteur de la misère sociale” . »

Ce qui choque BHL, c'est la violence qui a accompagné la distribution ratée de billets, et ces émeutiers « attirés par la promesse d'une distribution d'argent tombé du ciel ». Pris pour cible par les médias, Jean-Baptiste Descroix-Vernier ne serait qu'un « bouc émissaire ».

Un carnet d'adresses bien rempli

Son carnet d'adresses est en tout cas bien rempli. Comme l'avait déjà raconté Eco89, Bernard Arnault et l'ex-producteur de télévision Stéphane Courbit sont actionnaires de Rentabiliweb, et Jean-Marie Messier et Alain Madelin siègent au conseil d'administration.

Bernard-Henri Lévy, lui, doit à Jean-Baptiste Descroix-Vernier la professionalisation de son site officiel. Fan du philosophe et créatrice du site, l'Américaine Liliane Lazar explique aux lecteurs :

« Son ami Jean-Baptiste Descroix-Vernier a bien voulu, à sa demande, m'apporter son précieux concours ainsi que celui des adorables équipes de Rentabiliweb afin de faire de ce site, longtemps artisanal, un site à la fois graphiquement élégant, ergonomiquement performant et disposant de tous les relais que permet aujourd'hui l'univers Internet. »

Le patron de Rentabiliweb aurait aussi contribué à empêcher l'élection à la tête de l'Unesco du ministre de la Culture égyptien, connu pour ses opinions antisémites. Un portrait publié dans Le Figaro Magazine explique :

« Convaincu par Bernard-Henri Lévy et quelques autres du danger d'élire l'Egyptien Farouk Hosni, il a habilement popularisé sur le Net les bourdes et dérapages de celui-ci. Avec l'efficacité que l'on sait : archi-favori, le ministre de la Culture a finalement été battu par une Bulgare inconnue au bataillon. »

BHL avait d'ailleurs salué sur son site le patron de Rentabiliweb :

« Merci à l'équipe de Jean-Baptiste Descroix-Vernier qui, comme moi, a trouvé juste insupportable qu'un censeur, un ennemi de la vraie culture, un chasseur d'internautes et de bloggers, un adversaire de la liberté de la presse et de la pensée, puisse accéder à la direction de la plus haute institution culturelle mondiale. »

On est loin, donc, d'un vulgaire spécialiste du marketing, prêt à tout pour faire du « buzz ». Y compris à distribuer des billets dans les rues de Paris. Connu pour ses indignations sélectives, BHL aurait-il eu la même analyse de cette opération marketing si Jean-Baptiste Descroix-Vernier n'avait pas été son « ami » ?

Mis à jour le 27/11/2009 à 0h10 après la mise en ligne de la version française du texte de Bernard-Henri Lévy, sur son site officiel (les traductions d'Eco89 ont été remplacées).

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  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 11h22 le 26/11/2009

    BHL est un homme de réseau, pas un philosophe.
    C'est un homme de pouvoir et non un intellectuel.

    Continuer à lui donner du « philosophe » est un contre-sens en plus d'une insulte pour ceux qui en font leur vie.

  • Sei
    Sei
    Infographiste 3d
    • Posté à 11h26 le 26/11/2009
    • Internaute
      Infographiste 3d

    Promettre une distribution d'argent en plein Paris, en période de crise, pour finalement ne pas se déplacer et accuser les « émeutiers » du mauvais déroulement de « l'opération » je trouve ça quand même fort.
    L'idée de base était des plus stupide et allait forcément entraîner des problèmes. On devrait au moins faire payer à cette boite tous les dégats causés.

  • Gom
    Gom répond à rivoual
    • Posté à 12h19 le 26/11/2009

    +1 pour rivoual, BHL condamne la distribution, même si c'est quelqu'un que je n'apprécie pas, il est un peu à charge votre article monsieur le journaliste.

    « Ce qui surprend, c'est qu'il ne dénonce pas l'opération marketing, » et ça c'est quoi pour vous ? « Everything started with an online company that came up with the absurd idea » « the worst when it assembles in the middle of Paris, on the strength of what we now call a “buzz,” 7000 suckers and rioters drawn by the promise of literal pennies from heaven. »

    il y en a deux ou trois autres comme ça. Encore une fois je n'apprécie pas BHL mais là on a vraiment l'impression que vous n'avez pas pris la peine de lire correctement l'article avant d'écrire le votre : /

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h16 le 26/11/2009
    • Internaute
      Now future & karpe diem

    Et entre ceux qui jettent la pierre à l'organisateur et ceux qui le défendent, est-ce qu'au moins il y en a qui ont fustigé les seuls et uniques coupables : les abrutis qui ont foutu la merde ?

    Ha oui c'est vrai, c'est pas de leur faute, on leur promet des billets, ils en ont pas et donc ils saccagent tout.
    Mais c'est étrange, y'a dix millions de franciliens qui n'ont pas eu les billets non plus, alors pourquoi Paris n'est pas devenu un champ de ruines ? Et tous les jours le champ de ruine, parce que c'est quotidiennement que la pub nous promet plein de fric.

    A moins qu'on leur ai greffé une puce dans le cerveau qui permet de les contrôler à distance, je vois pas trop d'excuse.
    Ou alors ce sont des animaux, car il n'y a que pour un animal qu'on peut accuser un humain d'être responsable de ses actes.

  • lifka
    lifka répond à François Krug
    • Posté à 16h03 le 26/11/2009
    • Internaute

    « il le fait dans des termes finalement assez modérés. »

    Que fait-il quand il dit « the Pandoras who started everything » ? . et d'un événement qui « should have been stopped immediately » ? ou quand il reprend l'expression de « colossal mistake. » pour l'attribuer collectivement à l'organisateur et à ceux qui n'ont pas empêché l'événement et en venir au « the venom of crazy money » et aux « fools counting on some act of God to get the rioters to stay quietly at home ». Non vraiment, tout ça n'est pas « modéré ».

    Pour vous faire plaisir, il aurait donc fallu qu'il le fasse sur le même ton que celui que justement il dénonce ?

    Il dit au contraire très calmement et très exactement que cette opération stupide devait se terminer de cette façon et aurait dûe être interdite. Simplement il affirme que la responsabilité doit être partagée entre tous les acteurs de cette farce. Et en premier lieu par les autorités qui ne se sont pas mouillées pour l'interdire, et qui ont ensuite voulu faire porter toute la responsabilité sur l'organisateur, et par tous ceux qui étaient prévenus longtemps à l'avance et n'ont rien fait pour l'empêcher, ce qui leur aurait permis si ça avait marché de rigoler du « gag ».

    Sans oublier en effet les casseurs - nihilistes « with no other aim but to destroy for the sake of destroying » - qui en ont profité et qui sont bien loin, selon lui (voir l'avant-dernier paragraphe) de représenter cette « foule attirée par l'argent ». Foule que rien dans cet article ne stigmatise réellement, si ce n'est peut-être ce mot de « sucker » qui signifie à la fois « niais » et « suceurs » et que l'on pourrait appliquer à tous les amateurs de loterie qui espèrent en l'argent facilement gagné.

    Son article que vous avez fort mal lu va bien au delà de la simple défense de son ami qui pourrait en effet gêner. Il insiste surtout - comme le dit sa conclusion que vous avez aussi négligée - sur les « wrong focuses » et sur le fait que cet incident démontre surtout le « malaise in French civilization, and in democratic civilizations in general ».