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Au procès de Duch (2/2) : le temps des désillusions

Kaing Guek Eav, alias Duch, à son procès à Phnom Penh (Reuters)

Deuxième et dernier volet de notre retour sur six mois du procès de Duch à Phnom Penh, alors que les procureurs viennent de réquérir 40 ans de prison contre l'ancien tortionnaire khmer rouge. Ils ont pointé « l'efficacité impitoyable » du dirigeant du camp S-21, où près de 16 000 personnes ont été torturées et tuées sous le régime khmer rouge.

(De Phnom Penh) Fin août, lorsque les avocats des parties civiles se sont vu refuser la possibilité de poser des questions sur la personnalité de Duch et de commenter sa peine, les familles ont boycotté la fin du procès.

Antonya Tioulong, Cambodgienne naturalisée française, responsable du service de documentation L'Express, venue au Cambodge représenter sa sœur Raingsi et son beau-frère, deux des 17 000 victimes broyées dans l'enfer de S21, raconte l'état d'esprit des familles :

« Il y a le soulagement d'avoir pu exprimer nos souffrances devant des magistrats nationaux et internationaux, d'avoir pu mettre des noms et des visages sur des chiffres. Les questions, les interrogations, tout cela, nous avons enfin pu les déposer officiellement. »

Emprisonnés quelques mois après la chute de Phnom Penh le 17 avril 1975, Raingsi et son mari ont été exécutés après des mois d'interrogatoire et de tortures. Leurs photos et leurs « aveux », des dizaines de pages où ils « avouaient » espionner pour la CIA, ont été retrouvés dans les montagnes d'archives de Toul Sleng. Sur le dossier de Raingsi cette indication : « Battue à mort. »

« A lui seul, Duch a tenu les rênes du procès »

Antonya Tioulong poursuit :

« Mais au-delà du soulagement, nous sommes douloureusement confrontés aux failles de ce procès : l'accusé a disposé d'un temps de parole considérable alors que les procureurs ou les avocats n'ont pas pu rebondir sur ses contre-sens. A lui seul, il a tenu les rênes du procès. Et le tribunal l'a laissé faire. Résultat : Duch a tenu la vedette. »

La Franco-Khmère de poursuivre :

« Ses réponses étaient mécaniques, lui-même était hermétique, cynique. Quand il citait des vers de Ronsard ou d'Alfred de Vigny au lieu de répondre aux questions, c'était hallucinant et insultant pour les victimes. Il est quand même accusé de crimes très graves ! »

Comme toutes les autres familles de victimes, Antonya Tioulong sort meurtrie de sa rencontre avec Duch :

« Je voulais des éclaircissements sur les circonstances de la mort de ma sœur et de mon beau-frère, il ne m'a pas répondu. »

Mais le jeu de Duch n'est pas seul en cause. Les témoins de l'accusation se sont souvent contredits. Les procureurs étaient mal préparés et leurs questions peu pertinentes. Quant aux avocats des parties civiles, ils ont eu toutes les peines à se coordonner.

Et cela sans compter les lacunes dans les traductions (les audiences, traduites du khmer à l'anglais, puis en français, perdaient en chemin des pans d'échanges, si bien que les francophones, magistrats compris, devaient se contenter de versions approximatives et parfois incomplètes). Le procès du siècle censé marquer un tournant dans la justice internationale a fait par moments bien piètre figure.

500 000 pièces à conviction

« Les procureurs et les avocats des parties civiles ont sous-estimé Douch », s'insurge Rithy Panh. Le réalisateur cambodgien, rescapé des camps de Pol Pot, a suivi assidûment les audiences. Il a notamment assisté aux comparutions cet été de Him Houy et Prak Khân, protagonistes de son documentaire S-21, la machine de mort khmère rouge.

Alors que le réalisateur a réussi à travers son film à obtenir de ces anciens membres de S-21 des témoignages capitaux et cohérents pour la compréhension du passé, les procureurs n'ont manifestement pas su en tirer profit.

Rithy Panh, l'un des architectes de la mémoire du génocide, est convaincu de la nécessité d'un procès pour tourner la page. Mais selon lui, la méconnaissance de l'histoire du pays par les magistrats internationaux pose un problème de fond.

« L'accusation a voulu fuir le terrain historique et idéologique, ce qui est une erreur grave. Ce n'est pas en demandant 20 fois comment les prisonniers étaient enchaînés ou en montrant 20 fois les mêmes photos aériennes de S21 qu'on allait avancer.

Pourquoi n'ont-ils pas exploité les archives de S21 ? Il y a là plus de 500 000 pièces à conviction, des carnets annotés de la main de Duch sur les aveux des détenus ou les techniques d'interrogatoire, des photos de morts sous la torture. Seule la défense a pensé à utiliser ces documents ! »

Le cinéaste déplore aussi la légèreté avec laquelle l'accusation a préparé ses témoins :

« On juge des faits qui datent de plus de 30 ans. La mémoire est mouvante, elle a ses failles, il faut y chercher la vérité. Les procureurs ne semblent pas l'avoir compris, alors que Duch s'y est préparé. »

Un procès inutile ? Non, soutient Richard Rechtman. Ce psychiatre et anthropologue traite depuis vingt ans les traumatismes des Cambodgiens réfugiés en France.

« Même si la frustration est grande, ce procès est essentiel pour les parents des disparus. Les Khmers rouges, dans leur volonté génocidaire, ont voulu effacer toute trace des morts. Pour y résister, les survivants n'ont pas eu d'autre choix que de porter leurs disparus avec eux.

Le prix à payer est exorbitant, car cela signifie qu'il n'y a plus de frontières entre le monde des vivants et des morts. Mais en déposant devant des juges, des magistrats, des experts internationaux, les familles ne sont plus les seuls dépositaires de ce fardeau. D'autres personnes prennent le relais et font exister leurs morts. »

En partenariat avec la Tribune des droits humains

Photo : Kaing Guek Eav, alias Duch, à son procès à Phnom Penh (Reuters)

7 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de blablablaetblablabli

De blablablaetblablabli

patati et patata | 12H44 | 25/11/2009 | Permalien

Quelle horreur ce type ,40 ans tu parle, maintenant qu'il a passé la majeur partie de sa vie dehors ça doit lui faire ni chaud ni froid!

Portrait de pasapose

De pasapose

fauxtographe | 12H54 | 25/11/2009 | Permalien

Est-ce un procès qu'il fallait ?

On parle de pouvoir vivre ici pour ses victimes et avant même son procès Duch savait qu'il ne sortirait plus de prison.

Duch doit-il aller en prison ou faut-il au maximum le faire parler ?
Y avait-il une autre voie ?

Portrait de christobal0094

De christobal0094

citoyen du monde | 16H15 | 25/11/2009 | Permalien

c'est une vieille histoire
ca n'interesse plus que les Cambodgiens
ceux qui voudraient justice et aveux
ceux qui veulent se faire oublier

et les pays etrangers qui continuent a manipuler ce petit pays aux deux millions de victimes.

Nuits et Brouillards

Portrait de chaluire

De chaluire

simple passant | 20H21 | 25/11/2009 | Permalien

Il ne faut pas oublier que les dirigeants khmers rouges ont été formés par l'Université française, qu'ils ont appliqué à leur malheureux pays les solutions inspirées par les programmes révolutionnaires des intellectuels occidentaux.
La gauche, le parti communiste en particulier, a un examen de conscience à faire. La terreur institutionnelle ici dénoncée est-elle très différente de celle de Robespierre ? N'y-a-t'il pas dans les deux cas la volonté prométhéenne de changer l'homme, de créer un homme nouveau en éliminant sans pitié ceux qui sont soupçonnés d'être hostiles aux idées neuves ?
C'est sans doute pourquoi en Occident ce procès n'intéresse personne.

Portrait de pasapose

à chaluire Portrait de chaluire De pasapose

fauxtographe | 04H03 | 26/11/2009 | Permalien

Dire que ce procès n'intéresse personne je trouve ça un peu court. Il y a de nombreux blogs de journaux qui rendent comptent presque quotidiennement du procès.

Portrait de charl

De charl

écrivain | 21H04 | 25/11/2009 | Permalien

L’ombre du sleng [*]

Au royaume du prince
Les têtes
Peuplent
Les fosses du deuil,
Devant les scènes
De l’enfer
Les ruines du temple
Exhibent
Leurs crêtes rouges
L’ombre du sleng
Masque
Chaque jour
Le visage des bourreaux.

Choeung Ek, 17 avril 1975, Cambodge.
[*] arbre d’asie du sud-est au fruit toxique.

(Extrait du "Voyage des Ombres" Édition du Cygne 2007)

Portrait de Mimi Pinson

De Mimi Pinson

retraitée | 22H37 | 26/11/2009 | Permalien

on en fait vraiment des tonnes sur ce cambodgien assassin qui ne mériterait même pas une ligne.
Qu'on le laisse crever dans un cul de bass-fosse comme il l'a fait avec ses victimes.

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