Témoignage 24/11/2009 à 18h26

Le cabinet de Besson contacte le « sale Arabe » de Sciences-Po



« Dégage, sale Arabe ». Ces mots barrent la Une de Libération ce mardi. D'après Anyss Arbib, élève de Sciences-Po, habitant de Bondy et d'origine marocaine, ce sont ceux que lui ont adressé des policiers mercredi soir à Paris, alors qu'il fêtait la qualification de l'Algérie pour la Coupe du monde de football. Peut-être pour s'en expliquer, le cabinet d'Eric Besson vient de lui proposer un rendez-vous.

Encouragé par Richard Descoings, directeur de Sciences-Po, Anyss a d'abord raconté cette altercation sur sa page Facebook. Il y explique comment un ami algérien l'a convaincu de se rendre sur les Champs-Elysées pour célébrer la victoire de son équipe sur l'Egypte. Comment, arrivés sur les Champs-Elysées, les choses dégénèrent très vite :

« Des jeunes lancent des bouteilles et des pétards sur les forces de l'ordre. Les habituels casseurs profitent des circonstances pour briser des vitrines et se livrer à des larcins. [...] Les forces de l'ordre répliquent, ce qui est normal. »

Les deux jeunes hommes décident de rentrer en voiture à Bondy. Ils stationnent Porte Maillot en attendant un ami. Des CRS sont présents. C'est alors que les choses dégénèrent :

« Des hommes descendent et commencent à donner des coups de matraque à toute personne en dehors de sa voiture. Ils cognent sans raison et sans ménagement sur des gens qui n'ont rien à se reprocher. Ils instaurent un climat de terreur. »

Suit le récit de nombreuses violences policières, auxquelles Anyss et son ami assistent médusés. Puis un CRS s'approche de leur voiture : « Qu'est-ce que tu regardes, dégage, dégage ! » Réplique de l'étudiant :

 »« Je regarde devant moi, je connais mes droits, je suis étudiant à Sciences Po. » Réponse : « J'emmerde Sciences-Po ! » Je lui fais observer que je suis poli avec lui et qu'il n'a pas à utiliser un tel langage. Il coupe court : « Ferme ta gueule ! »

Son collègue me pulvérise sur le visage un gel lacrymogène. [...] C'est une agression gratuite. [...] J'ai la sensation d'agoniser. Mon ami est dans le même état. On me dit : « Dégage sale Arabe. » [...] Quand il y a des manifestations de ce type on se retrouve comme un ennemi dans sa propre République. Or les seuls points communs entre un casseur et moi, c'est qu'on est tous les deux français et qu'on a tous les deux le teint bronzé. »

Le soutien de Dominique de Villepin

Suite à la publication de ce témoignage à la Une de Libération, Anyss a reçu par mail le soutien de Dominique de Villepin. Il l'avait rencontré à la fin de son année de terminale, comme d'autres jeunes de banlieue reçus à Matignon. Il avait dit au Premier ministre : « Comme vous, je veux faire Sciences-Po et l'Ena. » En quatrième année à Sciences-Po, passé par la convention ZEP, il fait aujourd'hui partie du club lancé par Villepin.

Plus étonnant, Anyss dit avoir été contacté par le cabinet d'Eric Besson, le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale ayant exprimé son souhait de le rencontrer. Il n'a pas encore donné suite, comme il l'explique à la caméra de Sciences-Po TV. (Voir la vidéo)

Par son témoignage, Anyss espère lancer le débat sur la discrimination dont sont victimes les jeunes de banlieue :

« Changer le discours sur les personnes issues de l'immigration. Il y en assez que l'on parle de la burqa, du voile. Ce sont des phénomènes marginaux en banlieue qui concernent très peu de personnes. Les vrais problèmes sont la discrimination, le chômage en banlieue, l'égalité des chances [...]. Il faut recentrer le débat sur l'identité sur les problèmes qui nous concernent vraiment ».

Le jeune homme envisage aujourd'hui de porter plainte. Il devrait être invité du Grand Journal de Canal + ce mardi soir aux côtés de Rachida Dati et des députés devraient interpeler le gouvernement jeudi à l'Assemblée. Conclusion tout de même positive de toute cette affaire :

« Ça m'a beaucoup motivé pour mener des combats politiques à l'avenir. J'ai toujours aimé la politique ce n'est pas aujourd'hui que ça va changer. »


« Dégage sale Arabe » (Chimulus)

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  • Dolf395
    • Posté à 18h37 le 24/11/2009

    Un Français se fait « lacrymoniser » et insulter par un policier français ? A coup sûr le ministre de l'intérieur va lui présenter ses plus plates excuses et va lui assurer que des sanctions disciplinaires...
    Ah bah non tiens ! c'est le ministre de « l'immigration et de l'indentité nationale » qui le contacte pour un rendez-vous !

  • flixp
    flixp
    Aboyeur
    • Posté à 18h41 le 24/11/2009
    • Internaute
      Aboyeur

    Lorsqu'un ministre de l'intérieur dit « Quand il y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes »,

    peut-on reprocher à la police de faire son boulot ?

  • Annabelle Azadé
    • Posté à 18h46 le 24/11/2009

    Et c'est quoi le fin mot de l'histoire ? Qu'il soit à Sciences-Po ça lui apporte plus de crédibilité qu'un quidam qui se fait attaquer injustement par un flic ? ! Super.

  • gg89
    gg89
    étudiant journaleux
    • Posté à 19h05 le 24/11/2009
    • Internaute
      étudiant journaleux

    En lisant ce post, suis partagé entre la joie et la rage.

    La joie, parceque c'est toujours bon de rappeler que la police française ne fait pas souvent dans la politesse, pour rester allusif...

    La rage, parcequ'il faut que ce soit un étudiant de Science-po qui subisse ce traitement pour qu'on en parle. Des centaines de français entendent ce genre de choses et subisse ce genre de traitement chaque année. Mais quand c'est un intellectuel ça change les choses ?
    Les jeunes beurs à bac-4 peuvent se faire taper en silence, les médias ne se déchainent que pour les thésards...
    A quand un diplome minimum pour la couverture médiatique de son tabassage ?

  • Bobus Trucus Bidulus Maximus-
    • Posté à 19h34 le 24/11/2009

    Quant on voit le niveau auquel on recrute dans les CRS, il ne faut pas s'étonner que certains CRS aient un vocabulaire limité et un sens de la nuance aléatoire. Qu'ils soient racistes serait plus surprenant, ce n'est pas directement lié au niveau d'instruction le racisme, et je doute que ce soit un critère à l'embauche dans la police. Ca doit se développer après, si c'est vrai.
    Qu'ils soient animés d'un désir de revanche social, c'est bien possible aussi (« J'emmerde Sciences Po »).

    Mais tout ça n'est pas spécifiques aux CRS. Il y a beaucoup de gens qui ont l'entendement limité, qui sont racistes et qui sont animés par un désir de revanche sociale.

    Le problème ici, c'est qu'il s'agit de gens armés, qui ont le droit de faire usage de leurs armes (matraques, tasers, lacrymogènes, voire flingues), et qui ont a priori raison devant la justice, étant assermentés.

    De ce fait, tout dérapage est intolérable et devrait être sanctionné avec la plus grande rigueur. Il faut que le CRS moyen, de même que le flic moyen, se dise au moment où il laisse ses hormones le gouverner, qu'il va perdre son boulot voire aller en prison. Ce qui n'est manifestement pas le cas si on lit les nombreux témoignages de violences policières et de gardes à vue abusives.

    Et on peut faire cela tout en conservant la politique du chiffre, ce n'est pas incompatible. Il suffit de donner à la police des polices des objectifs chiffrés de nombre de policiers et CRS qui doivent recevoir un blâme ou être révoqués.

  • La mouche du coche-
    • Posté à 22h00 le 24/11/2009

    z
    z
    Hum, le problème est que l'on n'a que la version de cet étudiant, c'est maigre. Surtout quand on voit qu'il est intelligent et qu'il a un but : lancer une revendication. Peut-être ne s'est-il rien passé de tout ce qu'il raconte.
    z
    z

  • kebra
    • Posté à 22h26 le 24/11/2009

    Tout est bon au Galouzeau pour faire chier Toupty 1er et se démarquer de la politique raciste du gouvernement. Ce coup est superbe. MC Villepin au secours de la caillera chic, j'aurai tout lu...

  • alaixih
    • Posté à 23h28 le 24/11/2009
    • Internaute

    A croire qu'il faut être à Science Po pour avoir une parole qui porte.

    Si cela était arrivé à n'importe qui d'autre ayant un autre cursus ( et typé maghrebin ) je pense qu'on n'en aurait jamais parlé. Mais science po.

    Ce que je trouve lamentable c'est qu'il faille en passer par là.
    Mais franchement allez dans les quartiers... Les bac et le contrôle au faciès ainsi que les violences injustifiées d'une certaine police sont le quotidien de beaucoup de gens.....

    Après à cela ajoutez le manque de perspectives, l'impression d'être exclu avant d'avoir fait quoi que ce soit et vous avez une parfaite cocotte minute qui peut exploser....

    Depuis que la droite est au pouvoir un certain type de force de maintien de l'ordre a l'impression d'avoir tous les droits.... Ces gens ont des droits mais aussi des devoirs. Ils sont sensés représenter l'état et faire respecter l'ordre.....

    Après les CRS qui violent des putes, on aura certainement droit à la bastonnade organisée par les forces de l'ordre. Un seul droit celui de la fermer. Nous ne sommes pas assermentés. Alors ils ont le droit pour eux.....

    Et si la république faisait un peu le ménage ?

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 00h12 le 25/11/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Encore un auvergnat qui vient se plaindre, alors que la France lui permet de faire Science Po et l'ENA. Ah pardon, on me souffle dans l'oreillette qu'il est Français, c'est pas grave, il y a un charter pour Clermont Ferrand de prévu pour demain matin.
    L'abus de Besson est dangereux.

  • Docteur Panel
    • Posté à 00h22 le 25/11/2009

    Trop fort ce Besson. C'est ce qu'on appelle du marketing one-to-one.
    Ce serait amusant de répéter à grande échelle l'exercice effectué sur Anyss. Besson recevant chaque type qui s'est fait maltraiter par la police pour cause de faciès « pas franchement louche mas franchement basané » (disait Coluche). J'imagine le dialogue : « alors comme ça vous vous êtes fait agresser par un agent ? Ce devait être un malentendu. Oublions ça, soyons constructif. Ce qu'il nous faut, c'est des gens comme vous pour éradiquer le racisme : courageux, travailleurs, fiers de notre république et de ses valeurs. Vous voulez être notre porte parole ? laissez tomber Villepin c'est un tocard ». Nul doute que c'est ce genre de civilités qui s'échangent dans les commissariats tous les jours, multiplié par xxx arrestations quotidiennes...