Enquete 23/11/2009 à 20h02

Pédés, enculés... les limites de la modération sur Facebook

Augustin Scalbert | Journaliste Rue89

Trois cents millions de membres dans le monde, mais seulement deux équipes de modération et un système basé sur le signalement par les utilisateurs : le plus gros réseau social de la planète peine parfois à gérer correctement les dérapages des internautes.

Nicolas Canut, un étudiant avignonnais de 20 ans, a un jour été invité à s'inscrire à un groupe homophobe sur Facebook. Depuis, il en a découvert d'autres, dont un qui incitait à « couper les mains » des homosexuels, comme le montrent ces captures d'écran diffusées par France 3. Il a alerté le site qui a, pour toute réponse, supprimé son profil, avant de s'excuser et de le rétablir.

Il a ensuite déposé plainte contre l'administrateur de ces groupes, et contre le site communautaire, pour « complicité d'incitation à la haine et à la violence », un délit passible de 5 ans de prison et 45 000 euros d'amende. La procureure de la République d'Avignon a jugé la plainte recevable.

Nicolas Canut affirme qu'à chaque fois, il a « signalé » le groupe en cliquant sur le lien adéquat, sans résultat. Sa conclusion : « Il n'y a pas de modération sur Facebook. »

Sarkozy, « fils de p... », « gros mytho bâtard »

Tout le monde n'est pas de cet avis. Pour avoir choisi comme photo de profil une image comprenant de la nudité (voir ci-dessous), une utilisatrice a été dénoncée par un autre membre, et son compte a été supprimé sans préavis. Elle a écrit au site, et son profil a été rétabli au bout d'une semaine.


Une image ayant provoqué la suppression d'un compte sur Facebook (DR)

Aujourd'hui encore, taper certains mots-clé dans le moteur de recherche de Facebook conduit à la découverte de groupes assez renversants. Jamais plébiscités (quelques dizaines de membres, rarement plus de 300), ils comprennent tous des propos haineux ou illégaux. Exemples :

  • « Enculés » : un groupe de 46 membres baptisé « Bordelais enculés... », manifestement créé par des footeux supporters de Marseille. Son créateur explique ses motivations : « Ce groupe a pour but de réunir tous ceux qui comme moi pensent que Bordeaux est une ville de merde et ses habitants des beaux enculés ! Parce que les bordelais se prennent pour des sudistes alors que ce sont des vrais pètes-cul de merde avec un accent pourri et bien nous on les emmerde... »
  • « Techtonik » : un groupe intitulé « Anti - Techtonik » (244 membres), avec cette description (en anglais) : « Allez vous faire enculer bande d'enculés de vos mères techtonik [...]. Je pense sérieusement à tous vous tuer. » Ou cet autre, en français, appelé « Contre les EMO et les techtonik pd Mort aux hommes féminisés », avec ce post sur son « mur » (en VO) : « moi je di des heurs de torture tete d alumete sous les ongle ect et puis on les tue en les fesant soufrire. »
  • « Anti Sarkozy » : des dizaines de groupes, dont celui-ci (3087 membres) qui accueille depuis dix jours ce commentaire : « quel honte ce fils de p... vivement qu il degage avec ca p... de carba bruni il sont la honte de la france et ces un gros mytho c batard. »

On pourrait continuer ce petit jeu très longtemps, mais posons-nous plutôt la question : la modération sur Facebook, comment ça marche ? Le très efficace service de presse du site nous a apporté des réponses... légèrement lacunaires. Facebook communique peu sur ses secrets de fabrique.

  • D'abord, le site est doté d'une « déclaration des droits et responsabilités ». Au milieu de nombreuses recommandations concernant l'utilisation commerciale du site, on lit notamment ce commandement : « Vous ne publierez pas de contenu incitant à la haine, pornographique, ou contenant de la nudité ou de la violence gratuite. » Et on est prié d'obéir... L'équipe du site me signale que « quel que soit le pays, Facebook applique ces mêmes règles d'utilisation, tout en respectant la législation de chaque pays ».
  • Ensuite, Facebook dispose de deux équipes de modération, l'une en Irlande et l'autre au siège du groupe, à Palo Alto (Californie, Etats-Unis). Impossible de connaître le nombre de personnes qui les composent. « Elles sont aidées par des systèmes automatisés qui tracent et désignent les utilisateurs qui contreviennent aux règles en vigueur », ajoute l'attachée de presse.
  • D'après Facebook, « cette modération n'est pas simplement effectuée de manière mécanique, mais selon une appréciation globale du contenu de chaque message, ce qui permet de respecter les subtilités propres à chaque pays, tout appliquant les règles d'utilisation » du site.
  • Enfin, « bien évidemment, comme tout site à forte composante sociale, l'aide de la communauté est très importante et les boutons “signaler un abus” sont systématiquement placés sur les contenus pour que les utilisateurs puissent porter des contenus qu'ils estiment contrevenants à la connaissance de l'équipe de modération ».
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  • dekox
    • Posté à 20h35 le 23/11/2009

    Il faut voir que Facebook doit faire face à des intérêts contradictoires. D'une part modérer les contenus haineux, d'autres part respecter la sphère privée de gens qui ont choisi de confier une partie de leurs informations au réseau.
    Quand j'essaie d'envoyer un lien piratebay dans un message privé et que Facebook me dit que des utilisateurs ont signalé ce site comme abusif, avec tout le respect que je leur dois ils peuvent aller se faire voir. On a pas idée de s'immiscer de la sorte dans des correspondances privées.

  • Nicovino
    • Posté à 09h17 le 24/11/2009
    • Internaute

    Amusant de voir que ces groupes cités subsistent, mais que le groupe « S'enculer sous la grêle », qui se moquait élégamment (vraiment) des différents groupes plus stupides les uns que les autres a lui été supprimé. Même son avorton, « S'engruler sous laquelle », créé pour relancer la critique des bêtises qui représentent 90% de FB, a été arrêté. Et son auteur supprimé de FB.

    Nico

  • eden-saga.com
    • Posté à 10h07 le 24/11/2009

    Qui a dit : « La tolérance, il y a des maisons pour ça » ? C'était un monsieur du temps où les maisons closes étaient tolérées. Mais maintenant qu'ils ont fermé les lupanars, il n'y a plus de place pour la tolérance. Alors on s'insulte. Et notre leader charismatique donne l'exemple des insultes et de l'intolérance : « Casse toi, pauvre con ! » « Je veux qu'on aille vers la tolérance zéro. » Parlait-il des points de permis ou des sans-papiers ? Les deux mon général !

  • guerzit-
    • Posté à 11h01 le 24/11/2009

    Plus que les insultes, c'est la syntaxe douteuse, la grammaire au hachoir et l'orthographe mal assurée qu'on devrait signaler...

  • sextusempiricus
    sextusempiricus
    travailleur pauvre
    • Posté à 11h06 le 24/11/2009
    • Internaute
      travailleur pauvre

    Le jour où on « modérera “ parfaitement internet ,les politicards auront atteint leur but : plus de media libre dans ce pays (où il n'en reste plus beaucoup).Déjà que la moindre plaisanterie peu vous amener au procès .Coluche , Desproges,passeraient leur vie en prison et le comble ,ce serait au nom des ‘minorités’.