Décryptage 19/11/2009 à 23h29

Europe : Van Rompuy et Ashton, plus petit dénominateur commun

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

Le choix d'inconnus comme président et ministre des Affaires étrangères permet aux dirigeants européens de garder la main.


Le Belge Herman Van Rompuy et la Britannique Catherine Ashton jeudi à Bruxelles (Yves Herman/Reuters)

Apprenez bien son nom : Herman Van Rompuy... Il sera VOTRE président à partir du 1er décembre. Non, ne rêvez pas, il ne remplace pas Nicolas Sarkozy, mais Herman Van Rompuy sera le Président du Conseil européen, pas tout à fait le « président de l'Europe » mais presque. Une nouvelle ère pour l'UE ? Pas si vite...

Les nouvelles institutions européennes, prévues par le traité de Lisbonne enfin ratifié à l'issue d'un long parcours du combattant prévoient en effet la nomination d'un Président du Conseil européen pour deux ans et demi renouvelables, et celle d'un Haut Représentant pour les Affaires étrangères.

Ces deux personnalités sont censées apporter plus de poids à la voix de l'Europe, en les inscrivant dans la durée là où le système des présidences tournantes tous les six mois n'y parvenait pas.

Qui pour occuper les postes ?

Comme toujours avec les nouvelles institutions, le premier casse-tête a été de désigner les premières personnalités pour les occuper. Cela fait des mois que l'affaire agite les coulisses des 27 pays de l'Union européenne, avec les habituelles luttes d'influence, mais aussi, une chose qui ne change pas dans la gestion des décisions politiques européennes, avant comme après Lisbonne : l'opacité.

Le Président -tout comme le quasi ministre des Affaires étrangères- n'a évidemment pas été élu par les citoyens européens -vous en auriez entendu parler-, mais choisi par les chefs d'Etat et de gouvernement des 27 dans le plus grand secret. Daniel Cohn-Bendit n'a évidemment pas tort lorsqu'il parle de « caricature de démocratie ».

Ainsi, dans les coulisses, on a longtemps dit que l'ancien Premier ministre travailliste britannique Tony Blair avait la préférence de Nicolas Sarkozy, ce qui n'a pas empêché le président français de le larguer en pleine campagne le mois dernier lorsque cette candidature est devenue irréaliste. Blair paye son engagement en Irak au côté de l'administration Bush, tout comme le refus de la Grande-Bretagne d'entrer dans la zone euro et dans les accords de Schengen.

Les dirigeants européens sont hélas prévisibles, et face à leurs divisions sur le choix, pourtant important, de la première « tête » de l'Europe, ils ont choisi le plus petit dénominateur commun.

C'est comme ça que M. Van Rompuy, un chrétien démocrate flamand de 62 ans, premier ministre depuis seulement un an d'une Belgique au bord de la crise de nerfs, s'est retrouvé à ce poste convoité. Sans charisme, sans notoriété réelle en dehors de son pays, il a été choisi de guerre lasse, propulsé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qui l'ont imposé à leurs collègues.

Il y avait pourtant quelques candidats qui méritaient examen, comme l'ex-présidente de la Lettonie Vaira Vike-Freiberg, parfaite polyglotte, scientifique, femme et venue de l'Est, ou le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, vieux routier de l'Europe.

Pour le poste de Haut Commissaire aux Affaires étrangères, le même théâtre d'ombre s'est produit, l'idée étant d'y nommer un travailliste britannique comme lot de consolation pour le rejet humiliant de la candidature de Tony Blair.

Le premier choix s'est porté du David Miliband, le secrétaire au Foreign Office, mais celui-ci n'a pas voulu abandonner son poste, malgré la perspective d'une défaite électorale dans quelques mois. Finalement, c'est Catherine Ashton, actuelle commissaire au Commerce, totalement inconnue sur la scène diplomatique, qui aura le poste.

A quoi ça sert ?

La vraie question, au-delà de la dimension anecdotique de ces chaises musicales européennes, est de savoir ce que ça changera ? Mon pronostic : rien. En tout cas dans un premier temps. Les dirigeants des principales puissances européennes ne sont pas encore prêts à lâcher une part de ce qu'il leur reste encore de pouvoir, en particulier en politique étrangère. Le choix de personnalités effacées leur permet, de ce point de vue, de dormir tranquilles.

Il est peu probable, en effet, que M. Van Rompuy ou la baronne Ashton (oui, une aristo travailiste) soient la réponse à la question que posait autrefois Henry Kissinger, le chef de la diplomatie américaine : « L'Europe, quel numéro de téléphone ? » Question que posent aujourd'hui également les dirigeants chinois...

Les deux premiers dépositaires des institutions de Lisbonne seront dépendants des mandats que voudront bien leur accorder les 27, lorsqu'ils seront d'accords. Le vrai test viendra lors d'une grande crise qui nécessitera un consensus européen : on peut se demander si les 27 ont bien retenu la leçon de l'Irak qui les a vus se déchirer.

Et on peut compter sur Nicolas Sarkozy pour n'en faire qu'à sa tête lorsqu'il le souhaitera, au Proche Orient par exemple où il rêve de supplanter Barack Obama comme « faiseur de paix ».

Mais il est probable que si cette double fonction à la tête de l'Europe prend forme et acquiert sa propre légitimité, elle développera sa cohérence et il peut naître une dynamique pour le confier à des personnalités de plus de poids, de plus de charisme.

On en est encore loin : M. Van Rompuy et Mme Ashton ouvrent certes une page d'histoire, mais retenez votre excitation, ça ne sera pas spectaculaire.

Photo : le Belge Herman Van Rompuy et la Britannique Catherine Ashton jeudi à Bruxelles après leur nomination (Yves Herman/Reuters)

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  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 00h36 le 20/11/2009
    • Internaute
      yetiblog.org

    MERDE À LEUR EUROPE ET À SON PRÉSIDENT D'OPÉRETTE

    L'Europe n'existe pas. Le président de l'Europe n'existe pas. C'est juste un mauvais cauchemar à passer pour nous, Français, qui l'avons refusée majoritairement par référendum en 2005.

    Merde à leur Europe et à son président ! Et à tous ces fantoches compassés qui ont essayé de nous refourguer leur package tordu d'une façon aussi crapuleuse que lisbonienne.

    Oui, merde à leur saleté d'Europe ! Ça vous va comme slogan ?

  • Irfan
    • Posté à 01h24 le 20/11/2009
    • Internaute

    Moi, quitte à avoir un président de l'Europe, j'étais plutôt pour Vaira Vike-Freiberg, la moins à droite des choix proposés, une femme, venue de l'Est, avec une excellente réputation dans son pays, et qui semble s'être un peu retirée des affaires lituaniennes.

    Par contre, les médias français ont été nuls pour expliquer l'Europe, encore une fois. Pour parler foot et autres conneries, montrer des nichons, dire des gros mots et faire des prouts, ça oui, TF1, M6, parfois les autres aussi, ça y va. Pour servir la soupe aux mêmes consultants surpayés et un peu limités, pour nous abreuver de talk-shows généralement insipides, pareil. Mais pour informer de façon intelligente, y'a pô foule !
    Pourtant, avec du temps et une présentation intelligente, on peut parfaitement expliquer ce qui est positif et négatif dans la construction européenne, ce qui met du temps, ce qui fait débat, quels changements sont prévus bientôt...

  • Aspirant-juriste
    Aspirant-juriste répond à Le Yéti
    Etudiant
    • Posté à 01h34 le 20/11/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Non, moi ça ne me va pas comme slogan.

    On peut effectivement regretter le manque de transparence de ces marchandages secrets entre chefs d'Etat, le manque de charisme de Van Rompuy et l'inexpérience d'Ashton. Mais dire « Merde à l'Europe » est totalement idiot.

    Les changements introduits par le Traité de Lisbonne peuvent permettre de donner une cohérence politique à l'ensemble. Oui, Van Rompuy et Ashton n'arriveront pas à s'imposer, MAIS la fonction de Président du Conseil Européen est désormais en place. Il ne manque plus que l'homme (ou la femme) qui pourra l'incarner au mieux.

    Et puis, historiquement, on ne peut dénier l'utilité du processus d'intégration européenne. Auriez-vous préférer un monde fractionné, sans échanges ? (2 exemples tirés de ma vie d'étudiant strasbourgeois : ERASMUS qui va peut-être me permettre d'étudier à l'étranger, et l'euro qui me permet de traverser la frontière sans avoir besoin de passer par le Change.)

    La construction européenne est un mouvement sans fin, en constante amélioration. Il y a des défauts mais on y remédie petit à petit.

    Un européen convaincu.

  • Anastaze
    Anastaze
    profiteur-assisté et électeur
    • Posté à 07h39 le 20/11/2009
    • Internaute
      profiteur-assisté et électeur

    Il ne peut pas pas être MON président, puisque ce n'est pas pas MON Europe.

    Puisqu'il a été élu par des tractations de coulisses il sera un machiniste, ou un pompier de service, ça tombe bien le feu couve.

  • nono le simplet
    nono le simplet
    bidochon
    • Posté à 07h46 le 20/11/2009
    • Internaute
      bidochon

    son titre officiel est :
    Président stable du Conseil Européen .
    ( stable en référence à la présidence tournante qui précédait )
    ce glorieux titre est obtenu par tirage à la courte paille dans l'opacité la plus complète ...
    on ne verra plus Nicolas parader à la tête de l'Europe ... sauf que deux ans et demi ça nous amène en 2012 , et que si Nicolas n'est plus président de la France il lui restera l'Europe à convoiter , dimension plus à la hauteur de ses ambitions ...

  • fdrebin
    • Posté à 08h23 le 20/11/2009

    Tous ceux qui disaient la même chose de Merkel au début s'en mordent aujourd'hui les doigts. Méfiez-vous de vos préjugés et laissez aux nommés le temps de faire leur preuve parce que, mine de rien, vous reprochez à Van Rompuy et Ashton un délit de sale gueule.

    Ah, les français, leurs dirigeants « expérimentés » et leur morgue...

    PS : Mme Ashton n'est pas née aristocrate, elle l'est devenue. En France c'est l'inverse, il faut être bien né pour réussir.