l'édito 19/11/2009 à 23h34

Europe : un Président pêché dans l'eau tiède

Pascal Riché | Redchef Rue89

Souvenez vous de l'ambition contenue dans ces trois mots : « Président de l'Europe » ! C'était la grande avancée qu'on nous promettait il y a encore quelques mois. C'était aussi l'un des principaux arguments de vente du Traité constitutionnel européen puis du traité de Lisbonne.

« Pour la première fois de notre longue histoire, un homme ou une femme pourra se dire président du Conseil européen. C'est un événement formidable ! », s'enthousiasmait encore l'an dernier Valéry Giscard d'Estaing, qui imaginait un premier président de l'envergure de Washington, pas moins.

Notre Washington s'appelle donc Herman Van Rompuy, pour deux ans et demi. Je ne le connais pas ; pas grand monde le connait à vrai dire. C'est le Premier ministre belge depuis quelques mois, mais une grande partie des Belges l'ignorent. Il est décrit partout comme un « facilitateur » : le type qui met de l'huile dans les rouages, avec une burette. Son profil n'a pas grand chose à voir avec le premier président des Etats-Unis.

Au poste de Haut représentant aux affaires étrangères, c'est une travailliste britannique, Catherine Ashton, qui a été nommée jeudi soir par les 27. Jusqu'alors commissaire européenne au Commerce extérieur, elle n'a aucune réelle expérience en politique étrangère ; mais pour respecter les équilibres internes au panier de crabe européen, il fallait trouver quelqu'un qui fût anglais, social-démocrate et si possible femme. Le choix était donc assez limité.

Quatre numéros de téléphone

Avec le triste Jose Manuel Barroso à la tête de la Commission -lui aussi pêché en eaux tièdes- voilà le formidable triumvirat qui va incarner l'Union européenne. Ce n'est pas tout : les présidences tournantes sont conservées : comme c'est le cas actuellement, tous les six mois, un pays présidera aux destinées de l'Europe. Celle-ci aura donc quatre têtes (et quatre numéros de téléphone).

Cette désespérante situation est à l'image de l'Europe au lendemain de l'exténuante ratification du traité de Lisbonne : une énorme machinerie, opaque, épuisée, désenchantée. Le choix de Rompuy et Ashton n'obéït à aucune véritable volonté : ils ne sont apparus que quand tous les autres candidats ont été, au gré des tractations, gommés de la liste. Les personnalités politiques d'envergure, et l'Europe n'en manque pas, n'ont même pas eu le loisir de s'afficher candidats.

Le traité de Lisbonne devait permettre de rapprocher l'Europe des citoyens : c'est bien mal parti. A part la nomination du Pape ou du président Chinois, il n'existe guère de procédure moins démocratique que celle qui a conduit à ce tandem censé incarner l'Union européenne et ses 350 millions de citoyens. Tout s'est joué en coulisse, loin des citoyens et de leurs représentants élus.

Les incohérences de la politique européenne de la France

La France, dans cette affaire, n'a pas joué un rôle tellement plus glorieux que la main de Thierry Henry. Sarkozy voulait, paraît-il, une personnalité politique forte : l'Anglais Tony Blair ou l'Espagnol Felipe Gonzalez. Il s'est finalement secrètement entendu avec la chancelière allemande Angela Merkel pour pousser Von Rompuy. Il est vrai que le chef de l'Etat (et plus généralement la classe politique française) a sur l'Europe la cohérence d'un volet qui claque : tantôt en guerre contre les dicktats bruxellois, tantôt en faveur d'un renforcement de la gouvernance européenne ; tantôt favorable à une politisation des dirigeants de l'Union, tantôt accroché à la souveraineté nationale.

Un président de l'Europe « à la Washington », élu au terme d'une procédure transparente impliquant les élus, aurait peut-être pu enfin remettre un peu de politique et de souffle dans la construction de l'Union. C'était l'ambition de départ. On a préféré jeudi soir à Bruxelles ajouter une nouvelle pelletée de terre sur l'aventure européenne.

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  • Propergol
    • Posté à 01h02 le 20/11/2009

    On aurait préféré un président pêché dans le suffrage universel, mais que voulez-vous...n'est pas démocrate qui veut.

    C'est tordant ! Faire autant de bruit, de vent médiatique, de chantage et harcèlement pour au final que les choses ne bougent qu'un minimum.

    On s'est bien fait avoir avec le traité. On n'en voulait pas, ils nous l'ont imposé, maintenant ils ont les mains libres pour faire ce qu'ils veulent.
    Et le pire c'est qu'ils ne font pas grand chose.

  • pmithrandir
    pmithrandir
    Developpeur
    • Posté à 04h55 le 20/11/2009
    • Internaute
      Developpeur

    Optimiste que je suis, j'aurais tendance à espérer qu'ils se révéleront des politiques forts capable d'écraser les présidents et d'imposer une Europe plus présente, plus fédérale et moins vérolés par des intérêts nationalistes qui nous font perdre notre énergie, nos moyens et notre union.

    Mais il est vrai que cela semble mal parti. Cette désignation rejoint encore et toujours les sombres calculs politiques et les magouilles opaques de l'Europe.
    Cette Europe est vérolée et le traité de Lisbonne, ce nouveau président de rien du tout sans légitimité n'aura pas de pouvoir.

    Cette Europe, laissons la aller dans le mur, elle n'a que peu d'avantage à nous offrir.
    En revanche, une Europe fédérale, démocratique, dirigée par un gouvernement élu par le parlement, l'institution la plus représentative et démocratique que je connaisse, je ne pourrais que m'en féliciter.

    Laissons au peuple le soin de se diriger, voir d'auto-détruire l'Europe si ca lui chante. Que diable, les partis au pouvoir au parlement Européen ne sont pas non plus des révolutionnaires.

    Donnons une âme à l'Europe, pas une marionnette.

    Un jour peut être...

  • Albedo
    • Posté à 11h33 le 20/11/2009
    • Internaute

    Comment pouvez-vous écrire une énormité telle que « A part la nomination du Pape ou du président Chinois, il n'existe guère de procédure moins démocratique que celle qui a conduit à ce tandem censé incarner l'Union européenne et ses 350 millions de citoyens » ?

    Ils ont été choisis par les chefs d'Etat (ou de gouvernement), tous démocratiquement légitimes, c'est une élection indirecte, certes, mais ça n'a rien d'exceptionnel (vous avez élu votre premier ministre ? non, il est nommé par votre président qui est lui élu, d'autres sont nommés par les parlements, etc...)

    Ca se passe au travers de tractations, oui, forcément, de même que la désignation d'un chef de gouvernement élu indirectement va faire l'objet de tractations, intra-parti et inter-partis... je ne vois pas bien en quoi ça le rend moins légitime.

    Et par ailleurs, comment, en tant que journaliste, pouvez-vous faire reposer votre critique de quelqu'un sur l'argument central de votre ignorance de qui il est ? ? ? C'est étonnant.

    Par contre, la seule bonne raison de les considérer comme illégitimes, vous n'en parlez pas... et c'est le fait qu'ils existent à travers le traité de Lisbonne qui a, lui, été imposé de façon scélérate et anti-démocratique.

  • philipp
    philipp
    « La voix de son maître »
    • Posté à 14h17 le 20/11/2009
    • Internaute
      « La voix de son maître »

    L'Europe n'a pas fini de payer une erreur majeure . Avoir fait l'élargissement à 27 avant d'avoir réglé ses problèmes institutionnels et de gouvernance. Tellement heureux de s'éloigner de l'ex URSS, les pays d'Europe de l'est auraient, en tout état de cause, accepté d'adhérer à une Europe rénovée et relancée pour de vraies politiques d'harmonisation européenne sur le plan social et fiscal notamment . Maintenant c'est le compromis vers le bas, à minima, qui est à l'oeuvre et pour longtemps.

    Ce Herman von Rompuy me fait penser à René Coty ! ! !

  • padiran
    padiran
    Chroniqueur Grolandais
    • Posté à 14h47 le 20/11/2009
    • Internaute
      Chroniqueur Grolandais

    Président de l'Europe, le cher Herman, n'a jamais été candidat à quoi que ce soit, il n'a fait acte d'aucune candidature, son seul et unique programme connu depuis son « élection » est la mise en place d'une taxe verte pour l'Europe. Aussitôt prononcé, cette phrase était déjà décriée et vilipendée par les conservateurs britanniques. Herman aura certainement plus de fil à retordre entre les 27 membres de l'union européenne qu'entre les deux moitiés linguistiques de sa Belgique.
    Elu à l'insu de son plein gré, il fait l'unanimité parmi les 27, car il ne fera jamais de l'ombre à personne. Les Sarkozy et consorts pourront continuer à se prendre pour les maitres du monde tant que Herman sera Président de l'opérette Européenne.
    Une constitution votée contre la volonté des Français, un Président de l'Europe nommé par audio conférence entre partenaires européens.
    Le délire est en marche et on en rigolerais presque si nous n'étions pas directement concernés. Brazil n'est pas loin