Pourquoi ça marche 19/11/2009 à 12h44

Cafés : le tour du monde en 450 Starbucks



Employées d'un café Starsbucks de Sao Paulo au Brésil (Rickey Rogers/Reuters).

Bryant Simon a visité 450 cafés Starbucks autour du monde. Il en a tiré un livre. Nous lui avons demandé comment la chaîne avait fait pour se développer dans des pays déjà riches en cafés et pourquoi elle n'était pas la cible des mêmes attaques que les McDonald's.



Jaquette du livre de Bryan Simon sur les cafés Starbucks (DR).

Rue89 : Vous dites que le développement de Starbucks parle de ce qu'est devenue l'Amérique. Mais ces dernières années, la chaîne a connu des difficultés. Que faut-il en conclure ?

Bryant Simon : Il y a eu une époque où des villes suppliaient Starbucks de venir ouvrir des cafés chez elles. C'est ce qu'ont fait par exemple le maire de Baltimore et le gouverneur du Maryland : avoir des Starbucks chez soi, c'était montrer qu'on était une ville riche. Plus récemment, le conseil municipal de Benicia, petite ville de Californie, a annoncé vouloir limiter l'ouverture de nouveaux Starbucks.

De 2002 à 2007, Starbucks a ouvert 10 000 points de vente. Il y a eu un moment où la chaîne ouvrait un Starbuck toutes les six heures. Ensuite, Starbucks a marqué un recul, c'était avant la récession et la faillite de Lehman Brothers.

Que s'est-il passé ?

B.S. : Au début des années 2000, Starbucks était un symbole de consommation visible mais abordable. Une tasse de café Starbucks, c'était un moyen de dire à peu de frais que vous étiez sophistiqué, que vous aviez du discernement et assez d'argent pour du bon café. C'était un petit luxe de tous les jours, un moyen d'exprimer que vous apparteniez aux classes moyennes supérieures ou que vous vouliez en faire partie.

Le recul s'est amorcé quand il y a eu tellement de Starbucks qu'y boire son café s'est mis à signifier au contraire que vous étiez ordinaire. Quitte à être ordinaire, autant boire un café moins cher ailleurs comme chez McDonald's. Et si le but était de boire du bon café, les gens ont commencé à se tourner vers les petits cafés indépendants.

D'ailleurs, c'est intéressant de voir que Starbucks vient d'ouvrir deux établissements à Seattle et à Londres qui ne portent pas son nom, pour essayer d'avoir l'air d'un café indépendant. Comme si l'entreprise savait que sa marque n'était plus aussi porteuse.

Starbucks a aujourd'hui 16 000 points de ventes dans 49 pays. Comment cette marque fait-elle pour ne pas susciter le même type d'hostilité anti-américaine que McDonald's ?

B.S. : Starbucks ne s'est jamais agressivement vendu comme un produit américain, mais se présente comme une entreprise basée à Seattle qui vend des boissons italiennes faites à partir de cafés récoltés dans le monde entier. Les photos dans les magasins sont celles de récoltants de cafés à travers le monde.

En France, par exemple, sa croissance s'est faite prudemment, à partir d'abord des quartiers touristiques.

La chaîne a quand même connu quelques difficultés. En Chine par exemple, elle a dû faire marche arrière de la Cité interdite à cause d'une campagne contre l'impérialisme américain. Dans d'autres endroits comme au Liban ou en Malaisie, il y a eu des campagnes de boycott de Starbucks sur les réseaux sociaux, qui s'appuyaient sur des rumeurs liées au fait que le propriétaire de l'entreprise est juif.

On comprend que Starbucks ait pu se développer aux Etats-Unis où il n'y avait pas vraiment de culture du café. Mais comment la chaîne peut-elle se développer en France, en Espagne ou dans des pays où on trouve déjà du bon café facilement ?

B.S. : Oui, le café était affreux aux Etats-Unis. Tom Waits parle dans une de ses chansons du café qui est « trop faible pour se défendre ». Aux Etats-Unis, Starbucks a créé un appétit pour le bon café qui a profité à d'autres entreprises, aux fabricants de cafetières et qui s'est presque retourné contre l'entreprise quand le consommateur a eu l'impression d'en savoir plus qu'elle sur le sujet.

A l'étranger, la chaîne s'installe d'abord dans un quartier touristique. D'abord ce sont des Américains qui y viennent pour retrouver leurs marques, puis des gens qui voyagent. Et quand des locaux consomment au Starbucks, ils ne prennent pas ce qu'ils prendraient dans leurs cafés –un café simple– mais des frappucinos, cappucinos… ce que j'appelle les milk-shakes pour adultes. Quand les locaux y vont, ce n'est pas tant pour la boisson que pour le lieu. Aux Etats-Unis, 75% des ventes de Starbucks sont à emporter. En Europe, ce chiffre est tout petit.

► Everything but coffee, learning about America from Starbucks - Bryant Simon - University of California Press - 320 p., 25,95 dollars.

Photo : employées d'un café Starsbucks de Sao Paulo au Brésil (Rickey Rogers/Reuters).

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  • Tony Le Minoux
    Tony Le Minoux répond à funkystefffff
    Resp Commercial
    • Posté à 13h29 le 19/11/2009
    • Internaute
      Resp Commercial

    Avant de mettre starbucks en avant vous pourriez regardez le film « black gold » => ce reportage montre comment comment les 5 plus grands acheteurs de café au monde dont fait parti Starbucks exploitent les agricultueurs africains etc. en achetant sous leur cout de revient...depuis je n'ai jamais remis les pieds dans cette franchise.

    Cà serait intéressant qu'Eco89 fasse une « contre-enquête » pour vérifier.

    A+

  • r_v
    r_v
    • Posté à 13h57 le 19/11/2009
    • Internaute

    J'étais a Londres le we dernier et je suis encore étonné du nombre de starbuck qu'il y a. Dans les rues passantes du centre, il y a peut être un starbuck tous les 200m...

    Malgré le fait que je ne comprenne pas l'envie de boire un café dans la rue alors que celui-ci peut-être bu au comptoir avec d'autres clients (c'est l'occas de casser un peu de sucre sur le dos de celui qui nous gouverne, ca change des sondages), j'ai fait comme les romains de Londres et j'ai pris un café a emporter.

    Conclusion : Le café est immonde et a part l'intérêt de réchauffer ses petites mains sur le gobelet en carton, je ne comprend pas ce succès.

    En province (comme ils disent), on n'est pas encore envahie par les starbuck et j'espère bien que l'on gardera ce retard longtemps !

  • snoopygirl
    snoopygirl
    Passante
    • Posté à 15h12 le 19/11/2009
    • Internaute
      Passante

    Et bien personnellement, j'apprécie leur café au lait. Je ne bois que du café au lait.

    Un élément qui manque à l'article : sur place, pour 4euros 40, chez Starbucks j'ai un demi litre de café avec du bon lait, un service agréable, rapide (c'est vrai que ça dépend des starbucks) et un fauteuil confortable où je peux rester autant que je veux.
    Au bistro d'en face, j'ai une petite tasse de café flotteux fait avec du lait en poudre, servi par un serveur souvent fort désagréable, pas forcément bien assise (j'ai le voisin sur mes genoux).

    Pour moi, il n'y a pas photo, même si en général je donne plutôt dans l'antiaméricanisme primaire et que je déteste le principe des « chaines ».

    A emporter, là évidemment, c'est moins rentable, dans la mesure ou ça « crée un besoin ». Mais je me déplace presque toujours à pied et j'apprécie de pouvoir siroter mon café du matin en me rendant tranquillement au travail (30mn de marche), sans avoir à me lever plus tôt pour prendre mon petit dej'. C'est mon luxe de la journée, mais ça me met de bonne humeur, alors...

  • Matcor
    Matcor
    Chercheur
    • Posté à 16h01 le 19/11/2009
    • Expert
      Chercheur

    dans les grandes villes américaines (la partie « cultivée ») on trouve énormément de petits café « style » starbucks : les indépendants dont parle l'article... Et bien, même si les starbucks sont partout, ces indépendants s'en sortent facilement notamment par une originalité de la déco et de la nourriture.. le problème de starbucks justement c'est qu'ils sont devenus trop grands... donc moins attractifs et trop stétéotypés... et certains starbucks sont franchement laids et ne donnent pas envie de s'y assoir...
    Mais au moins, on commence à trouver du café correct aux USA grâce à eux... alors, merci quand même.. ; -)

    PS : par contre, l'espresso aux USA, c'est toujours pas ça...

  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 18h53 le 19/11/2009
    • Internaute
      sociopathe

    La difference entre McDo et Starbucks tient a une chose : McDo est un truc de pauvres et Starbucks un truc de riches.
    Les intellectuels francais se plaignent de l'americanisation a partir du moment ou elle est accessible a tout le monde. Les memes qui prenaient l'avion pour emmener leurs gosses a DisneyLand en Californie parlaient de « Tchernobyl culturel » quand on a annonce l'ouverture d'un parc aux portes de Paris. Ceux qui trouvaient la television americaine delicieusement trash quand ils la regardaient en vacances a New York ont pousse des cris de vierges effarouchees quand la meme programmation est arrivee sur TF1 ou la 5.

  • KarmaNotAvailable
    KarmaNotAvailable
    Comparateur de cultures
    • Posté à 21h59 le 19/11/2009
    • Internaute
      Comparateur de cultures

    Je n'ai jamais vraiment bien compris le succès de Starbucks : leur café n'est franchement pas beaucoup plus terrible que les atrocités qu'on peut boire a Los Angeles. Je me dis que ça peut venir du fait que tout est très standardisé ici : Taco Bell, McDo, Starbucks, Denny's, Del Taco, Wendie's... les restaurants de chaînes s'entassent le long des boulevards sur des kilomètres et des kilomètres, du Nord au Sud de la Californie. Alors je me dis que peut-être le Californien s'est habitué a ces enseignes familières et ne veut plus tenter autre chose. Il n'y a qu'a voir les Américains qui se ruent sur le premier Starbucks dans les aéroports étrangers...

    Cela dit, ils boivent tellement de café ici qu'il vaut que ce soit du jus de chaussettes...

  • Gerry
    • Posté à 23h07 le 19/11/2009

    je ne suis pas un grand connaisseur en café, mais je préfère starbucks à un café traditionnel parisien parce que :

    - on a pas affaire à un serveur souvent désagréable, qui vous relancera si vous restez trop longtemps sans consommer
    - on y sert pas ces quelques centilitres de potion amère, vite tiède, qu'on trouve souvent ailleurs
    - on y est souvent assis plus confortablement
    - ça a toujours été non fumeur
    - je peux commander dans un gobelet, commencer sur place, et emporter mon café si j'ai envie de partir plus tot que prévu

    J'ai bien remarqué que pour les français, la haute dilution du café dans les americano est un mode de préparation blasphématoire, mais moi je préfère largement une grande quantité de café bien dilué, qui reste chaud longtemps, qui donne pas l'impression de puer de la gueule juste après consommation...
    et puis le café, ya pas UNE bonne manière de le déguster, c'est comme le thé : il y a une différence énorme entre le thé vert japonais sans lait ni sucre et le thé indien avec épices lait et très sucré.... chacun ses goûts !
    Et l'argument éonomique, franchement, quand vous allez dans un bistrot traditionnel, vous demandez si les employé sont bien payés, s'ils ne sont pas employés au noir ?