A debattre 18/11/2009 à 19h20

Comment le grand emprunt est devenu le petit emprunt

François Krug | Journaliste Rue89

Le grand emprunt de Nicolas Sarkozy ne sera pas si grand que ça. Oubliés, les 100 milliards d'euros : ce sera 35 milliards. Officiellement, car une partie des fonds annoncés ne sera même pas empruntée : l'Etat se contentera de récupérer l'argent qu'il avait prêté aux banques.

La commission présidée par Alain Juppé et Michel Rocard rendra son rapport ce jeudi. Leur rapport se veut ambitieux, mais financièrement et symboliquement, le grand emprunt s'est dégonflé au fil des mois.

« Jusqu'à 100 milliards »

Nicolas Sarkozy était resté vague dans son discours à Versailles le 22 juin, ouvrant ainsi un concours de « Qui dit mieux ? ». Un concours remporté par 63 parlementaires de la majorité, dont Jean-François Lamour, Yves Jégo ou Françoise de Panafieu.

« Le grand emprunt ne doit pas devenir un petit emprunt », avertissaient-ils le 2 novembre dans Le Monde :

« Nous devons pouvoir mobiliser une masse critique de plus de 50 milliards d'euros, voire, pourquoi pas, aller, si les projets le justifient, jusqu'à 100 milliards d'euros d'investissements publics supplémentaires, qui seront dépensés sur les cinq à dix ans à venir. »

« Pas plus de 50 milliards »

Ces 100 milliards ont marqué les esprits, un peu trop au goût de l'Elysée et du gouvernement. « Irréaliste », réagissait Eric Woerth dans Le Figaro :

« Un grand chiffre ne fait pas un grand emprunt. »

L'Etat se contentera donc d'un « petit » chiffre. L'Elysée dévoile une fourchette au Figaro : l'emprunt ne sera « pas inférieur à 25 milliards et pas supérieur à 50 milliards ».

« Plus que 35 milliards »

Début novembre, la commission Juppé-Rocard arrête un montant : 35 milliards d'euros. « Une somme très substantielle », assurait Alain Juppé ce mercredi sur RTL :

« Ces 35 milliards auront un effet de levier puisque nous souhaitons que des fonds privés viennent abonder les fonds d'Etat, et donc c'est un ensemble d'investissements qui peut atteindre 60 milliards, c'est tout à fait considérable ».

Sauf que pour obtenir le montant réel de l'emprunt, il faut encore soustraire quelques milliards.

« Finalement, plutôt 20 milliards »

En réalité, les 35 milliards annoncés ne seront pas tous empruntés. L'Etat inclut dans cette enveloppe le remboursement des prêts accordés aux banques, soit 13 milliards d'euros : il ne fait que récupérer son dû, mais cela permet de gonfler le montant total.

Michel Rocard justifie ce tour de passe-passe dans Direct Matin : l'Etat emprunte déjà beaucoup, sa dette se creuse et un nouvel emprunt trop ambitieux risquerait d'effrayer ses créanciers.

« La France emprunte chaque année entre 250 et 300 milliards d'euros sur les marchés. Aujourd'hui, la dette représente près de 70% du PIB et trop l'aggraver nous fait courir le risque de décrocher de l'Allemagne. Le Trésor public dit qu'un emprunt entre 20 et 22 milliards d'euros ne remet pas en cause la signature de la France [sa crédibilité auprès des prêteurs, ndlr]. »

Le grand emprunt sera aussi moins symbolique. Plus question d'y associer les particuliers, qui auraient selon Michel Rocard exigé des taux d'intérêt trop élevés :

« Ça ne vaut pas le coup. Nous lèverons tout auprès des marchés, sans doute en deux fois. »

« Une bonne décision sur le plan financier », approuve Christine Lagarde sur France Info. Et qu'importe si cet emprunt n'en est pas entièrement un :

« Ce qui est important dans ce grand emprunt, c'est le mot “grand”, c'est pas forcément le mot “emprunt”. »

  • 11072 visites
  • 66 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Troll-en-folie
    • Posté à 19h41 le 18/11/2009

    « Plus question d'y associer les particuliers, qui auraient selon Michel Rocard exigé des taux d'intérêt trop élevés »

    Sûr, que les marchés vont se contenter eux, de clopinettes.

  • alberich
    • Posté à 20h10 le 18/11/2009

    Sur ce point il n'a pas tort, d'un point de vue financier la plupart des grands emprunts nationaux ont été extrêmement ruineux pour les finances publiques. (aaaah ...Pinay, Giscard ... les bienfaiteurs du petit épargnant ! )

    Mais avec deux effets difficiles à chiffrer : l'adhésion nationale à un projet et la captation d'une masse financière improductive, effets qui sont précisément ceux recherchés par un emprunt national.

    Là, il s'agira d'un emprunt financier à peine différent que ceux faits habituellement par l'Etat. Son produit va être à tout coup soit saupoudré, soit investi dans un « plan calcul » de plus.

    Breeeeeeeeef ......

  • ecor1
    ecor1 répond à PoG
    sur le fil
    • Posté à 20h32 le 18/11/2009
    • Internaute
      sur le fil

    C'est pas le problème d'emprunter, le problème c'est le mou dans le manche quant au projet. Juste après avoir annoncé ce grand emprunt il quelques mois le gouvernement je me souviens s'était empressé de préciser qu'il ne savait pas encore quoi en foutre et comment dépenser le pognon. Grand ou petit l'emprunt ne servira a rien si l'argent n'est pas investi là ou justement comme le dit Juppé il peut faire levier.

    D'autre part c'est quand meme dramatique d'attendre qu'il y ait une crise de cette ampleur pour se dire qu'il faudrait investir dans la recherche et les technologies. Puisqu'ils parlent de l'Allemagne les deux ex-premiers ministres, elle, au contraire de la France, a toujours investi dans sa recherche, c'est une des principales raisons pour lesquelles l'Allemagne est la puissance dominante en europe.

  • xaxa
    xaxa répond à Troll-en-folie
    • Posté à 12h10 le 19/11/2009
    • Internaute

    Les marchés vont se contenter d'un 2% sur un emprunt courte durée, et d'un 3.5 sur un emprunt long terme.

    Si le grand emprunt est proposé aux épargnants, il faut qu'il soit attractif, donc que son taux nominal brut soit alléchant, dans les 4.5 à 5% pour faire bonne mesure, comme EDF l'a fait en proposant un 4.5 sur son emprunt.