Sur le terrain 16/11/2009 à 17h49

Ma bataille contre les logiciels qui empêchent de glander

François Krug | Journaliste Rue89


Glande au boulot (Tim Patterson/Flickr)

Au bureau, devant votre ordinateur, vous êtes incapable de résister à un petit tour sur YouTube, Facebook ou Rue69 ? Des applications anti-distractions peuvent vous aider. Problème : vous risquez de perdre encore plus de temps, en cherchant par tous les moyens à contourner ces contraintes.

Parmi ces applications : RescueTime et LeechBlock. La première mise sur la culpabilisation. La seconde organise un sevrage forcé. Deux solutions à tester si votre employeur n'a pas déjà bloqué l'accès aux sites nuisant à votre productivité.

Des statistiques pour culpabiliser


RescueTime1_3.jpg

Avec RescueTime, plus d'excuses. Une fois téléchargée, cette application gratuite (et en anglais) suivra à la seconde près toutes vos activités sur votre ordinateur. A vous, ensuite, d'en tirer les conclusions qui s'imposent.

Première étape, dresser le « Top 3 » de vos activités les moins productives. En ce qui me concerne : traîner sur les réseaux sociaux, lire les sites de la concurrence et visionner des vidéos plus ou moins drôles.

J'ai bien tenté de faire preuve de mauvais esprit, en plaçant l'activité « Business » dans ce palmarès des choses à m'interdire. RescueTime m'a vite remis dans le droit chemin : « Vous êtes sûr ? La plupart des gens considèrent que le business est très productif. »


RescueTime2_1.jpg

Deuxième étape, définir ses objectifs. Plein de bonne volonté, je promets à RescueTime de limiter mes activités anti-productives à moins d'une demi-heure par jour, et d'être productif au moins huit heures par jour. La nouvelle réjouit mon rédacteur en chef.

La suite est moins réjouissante. A 11h11, petit mail de RescueTime : j'ai déjà atteint la demi-heure de distractions que je m'étais autorisée. Comment survivre jusqu'à ce soir ? Je n'y arriverai jamais.

La pression devient vite insupportable. D'autres mails me rappellent à l'ordre. Les pauses ne font pas baisser la tension, au contraire. Lorsque je reviens devant mon ordinateur, un message de RescueTime envahit l'écran : « Que faisiez-vous ? »


RescueTime8_0.jpg

La journée s'achève, c'est l'heure du verdict. Les graphiques de RescueTime m'obligent à me rendre à l'évidence : je suis un glandeur. Sur une échelle allant de -2 à +2, j'obtiens la note de -0,78.

Une courbe me révèle que j'ai été brièvement « très productif » vers 14 heures, et « très distrait » tout le reste de la journée. Et RescueTime m'offre un décompte à la seconde près de toutes mes activités sur mon ordinateur.


RescueTime4_0.jpg

Heureusement, je suis le seul à avoir accès à ces chiffres. Pour l'instant, en tout cas. RescueTime propose aux employeurs des versions payantes, permettant « une surveillance discrète ». Le site recommande cependant d'avertir les salariés : cela aurait « des effets significatifs et mesurables sur la productivité ».

Un sevrage forcé

RescueTime a eu peu d'impact sur ma productivité. J'opte donc pour une alternative radicale, LeechBlock. Cette application destinée au navigateur Firefox m'empêchera tout simplement d'accéder aux sites dangereux pour ma productivité.


LeechBlock1_0.jpg

Ici, il ne s'agit plus de se fixer des objectifs vagues et irréalistes, mais d'identifier clairement l'ennemi. Je dresse ma liste noire : YouTube, Facebook ou encore, dans un accès de pudibonderie, Rue69. Je donne mes consignes, plutôt sévères : Leechblock devra bloquer l'accès à ces sites dès que j'y aurai passé plus de deux minutes dans la même heure. Puis j'attends.


LeechBlock3_0.jpg

Le résultat ne tarde pas. Je me plonge dans la lecture de Rue69, sans remarquer le compte à rebours qui s'affiche discrètement en bas de l'écran. Deux minutes plus tard, Leechblock bloque l'accès. Une vidéo de Dailymotion est, elle aussi, interrompue en plein visionnage.

Il en faudra plus pour me forcer à travailler. Rien de plus facile que de contourner Leechblock : il suffit d'ouvrir un autre navigateur. Les vidéos idiotes de YouTube sont bloquées sur Firefox ? Je les regarde tranquillement sur Internet Explorer.

Après tout, pourquoi culpabiliser ? Pour un journaliste travaillant sur Internet, lire des blogs, traîner sur les réseaux sociaux ou visionner des vidéos fait partie du travail.

Mais vous qui n'avez même pas ces excuses, comment faites-vous pour résister aux tentations et vous concentrer sur votre travail ?

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  • Pseudo
    • Posté à 18h07 le 16/11/2009

    Je ne glande pas, je soutiens la presse en ligne ! : -)

  • Repie.
    Repie.
    accorhédoniste sur Internet
    • Posté à 18h10 le 16/11/2009
    • Internaute
      accorhédoniste sur Internet

    Il y a quelques jours vos confrères d'Ecrans, sortaient la même excuse : « Oui mais nous c'pas pareil c'est notre travail »... vous êtes sur que le gros problème de la presse française, ça serait pas l'accès internet des journalistes ?

     : P

    (moi c'est différent, je pratique une veille par serendipité )

  • BlackCougar
    BlackCougar
    lecteur
    • Posté à 18h19 le 16/11/2009
    • Internaute
      lecteur

    De nombreuses études montrent que le surf au travail ne nuit absolument pas à la productivité, au contraire même il l'augmenterait...

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  • MagnusMaximus
    • Posté à 18h31 le 16/11/2009

    La question que je me pose, c'est que faisaient les gens de leur journée de travail avant que n'arrive internet ?
    Parce que lors ma plutôt courte expérience du monde du travail, j'ai vu des gens passer plus d'une heure sur internet, et ce hors pause « café ». Il y a dix ans, quelqu'un au même poste aurait donc travaillé une heure de plus ?
    Ceci me parait improbable, sinon, certaines entreprises auraient déjà enregistré des baisses de productivité de plus de 10% (1 h sur 8 passée au bureau ! ).

  • Dolf395
    • Posté à 20h40 le 16/11/2009

    Etudiant, je travaille l'été depuis 4 ans au CIO (branche ouest du CIC), quand il n'y a pas de client, que tous les chèques ont été enregistrés, que le téléphone reste muet la seule occupation possible (après avoir lu la dernière analyse financière sur l'intranet) est internet.Les sites sur lesquels on va ne sont pas vérifiés mais tous les mois, on voit sur l'intranet le nombre total d'heure de connexion par agence ou service du siège (avec le nombre de postes afin de comparer). Et bien, grâce à moi, mon agence était ma foi relativement très bien classée vu que souvent, je ne fermais jamais ma page sur Le Monde ou Rue89 même quand je ne la regardais pas...
    Une anecdote, alors que j'étais justement et impudiquement sur Rue69, je clique sur un lien. Là un énorme signe interdit avec cette phrase : « Ce site est classé comme PORNOGRAPHIQUE, veuillez considérer ce message comme un avertissement ! » Un coup de tête vers la gauche, un autre vers la droite.... Oufff personne ne m'a vu ! ! : D

  • The_Reaper
    • Posté à 11h24 le 17/11/2009

    J'aurais bien aimé pouvoir tester mon manque de productivité, mais malheureusement depuis environ un an, mon entreprise a décidé de bloquer tout site contre-productif (sites de loisirs, Deezer, Youtube, Facebook, dernièrement Vie de Merde, etc..). Encore heureux, ils n'ont pas encore bloqué les sites d'information générale (et les mails). Mais quand ils auront traqué mes commentaires sur Rue89 et autres, ils finiront bien par le faire. Bien que finalement, malgré ce contrôle de la productivité, les résultats seront sûrement en hausse par rapport à l'année dernière, durant laquelle on avait accès à tout et n'importe quoi, jusqu'aux jeux Flash...

    D'ailleurs, je salue les personnes qui s'occupent de cela, vous qui n'avez que ça à faire de nous fliqueralors que le système informatique est en rade tous les jours ! ^_^

  • Lictor
    • Posté à 12h22 le 17/11/2009

    Le problème est dans le postulat de base : glander nuirait à la qualité du travail. Avec un autre problème associé : évaluer le travail par la simple productivité et non pas comme un produit entre la productivité et la qualité.

    Et on touche également à d'autres problématiques. Par exemple, le stress au travail, qui en bout de compte affecte la productivité et la qualité de l'ensemble de l'entreprise.
    Il y a une forme de stress en entreprise particulièrement dévastateur : l'inactivité. La surcharge de travail est aussi un stress, mais il est positif : si on a les moyens de faire face à cette surcharge et si elle n'est pas continue, le stress est finalement évacué dans de la production. L'inactivité, elle, est un stress destructeur, parce qu'elle n'a pas de résolution : le stress tourne à vide et ne peut être évacué dans rien de positif. Pire, dans pas mal d'entreprise, il faut continuer à faire illusion en ayant l'air occupé, en continuant de finir tard...
    Dans ces conditions, glander quand on a rien à faire est une bien meilleure solution. Il n'y a pas de baisse de productivité, étant donné qu'il n'y a pas d'activité à faire baisser.

    L'autre aspect, c'est qu'un travailleur n'est pas une simple unité de production, qui débiterait de la valeur ajoutée à rythme continu.
    Par exemple, face à mon travail, j'ai essentiellement deux modes.
    Soit je suis face à une tâche simple. Je « pisse du code », comme on dit. Ça, je peux le faire dans mon sommeil. Ce qui veut dire que je ne justifie pas mon salaire dans ce mode : ce que je peux faire en dormant, un autre moins bien payé pourra le faire dans un demi-sommeil.
    Soit je suis face à un problème complexe. C'est globalement pour ça qu'on me paye. Face à ce genre de problème, je ne suis pas collé à mon clavier à tapoter. Je vais regarder le plafond, les nuages, écouter de la musique, voire surfouiller. Activités que ces logiciels analysent comme une perte de temps. Pourtant, ce sont ces activités qui permettent de se déconcentrer et de s'éloigner des détails du problème. Rester rivé sur un problème complexe est le meilleur moyen de se perdre dans les détails...

    Finalement, je pense que ces phases de « glande » sont une partie intégrante de tout travail intellectuel, si l'on veut rester efficace sur la durée.
    Sur le fond, il y a aussi le fait que ces logiciels se basent sur des postulats assez navrants mais hélas de plus en plus répandus : la défiance envers les salariés, la réduction de l'activité humaine à des règles simplistes et automatique, la notion qu'il faudrait une force extérieur (logiciel, diététicien, psy) pour contrôler nos activités (travail, alimentation, relation de couple, consommation de substances...)...