Après une grande salve au début du mandat de Nicolas Sarkozy, le départ de la numéro 2 du service politique de France Inter, Françoise Degois, vers le cabinet de Ségolène Royal, relance le débat sur la porosité entre les deux sphères.
Parmi les transferts les plus emblématiques, on peut citer les conseillères de l'Elysée Catherine Pégard (venue du Point), de Matignon Myriam Lévy (ex du Figaro), le conseiller presse de Bercy Jean-Marc Plantade (ancien du Parisien). Plus récemment, Emile Josselin a quitté 20minutes.fr pour devenir le tout nouveau chargé des « contenus web » du PS.
A 45 ans, Françoise Degois devient « conseillère spéciale » au cabinet de la présidente de la région Poitou-Charentes, où elle « sera notamment chargée de mettre en place les politiques de civilisations », annonce le communiqué officiel diffusé lundi. « Je m'occuperai d'articuler le global et le local », précise à Rue89 la journaliste, qui dit avoir cessé de couvrir le PS depuis qu'elle a signé son contrat, il y a une dizaine de jours.
Ce qu'il y a de particulier avec Françoise Degois, c'est qu'elle a déjà essuyé de la part de certains de ses confrères des reproches de proximité avec l'ancienne candidate socialiste à la présidentielle.
En février, Degois a publié un livre d'entretiens avec Royal, « Femme debout » : rien de surprenant pour une journaliste politique. Moins habituel, le fait que Françoise Degois ait poursuivi, avec ses consoeurs Ilana Moryoussef (France Info) et Isabelle Mandraud (Le Monde), le journaliste et écrivain Daniel Carton. Il a été relaxé en 2008, elles n'ont pas fait appel.
En 2007, Degois et deux autres « subjugées » par Royal, selon un confrère
Dans son livre publié juste après l'élection présidentielle, « Une campagne off », Carton décrivait très vertement la manière dont les trois femmes remplissaient le rôle assigné par leurs rédactions (suivre la campagne de Royal). Bakchich en publiait des extraits :
« Elles sont en effet trois, attachées depuis des mois à suivre la dame en tous lieux, subjuguées par une beauté qui les fascine, épousant son combat contre les horribles machos, misant, chose plus courante dans le milieu, sur son élection pour s'assurer demain quelque promotion sait-on jamais ? […]
Tout ce qu'elle faisait, tout ce qu'elle disait, elles l'ont mis en scène, ne mégotant pas sur le maquillage. »
Joint par Rue89, Daniel Carton dit sa stupéfaction :
« C'est incroyable : elle me fait un procès parce que j'écris qu'il y a une accointance entre elle et Royal, et deux ans après, elle la rejoint ! Curieuse façon de faire appel… »
Un ami : « Ça ne donne pas une bonne image de notre profession »
Des journalistes ayant côtoyé Degois dans le sillage de Royal soulignent unanimement ses hautes qualités professionnelles. Pour Nicolas Barotte, du Figaro :
« C'est vrai qu'elle a une relation particulière avec Ségolène Royal, mais ça ne l'a pas empêchée de la critiquer si nécessaire. Même s'il y a eu une évidente rencontre entre ces deux femmes, Françoise a toujours fait son travail de journaliste. »
Un autre journaliste, « un ami », préfère ne pas s'exprimer, glissant simplement que le départ d'une journaliste vers un cabinet politique « ne donne pas une bonne image de notre profession ».
Pour un troisième, « Daniel Carton n'a pas totalement tort, même s'il a un peu abusé dans sa formulation ». Selon lui, Degois aurait très bien pu se retrouver à l'Elysée dès 2007 à la place de Pégard si la candidate du PS l'avait emporté :
« Vis-à-vis de Royal, elle perdait sans doute un peu de son objectivité. Leurs rapports reposent sur quelque chose de naturel et de compréhensif de la part d'une journaliste qui a beaucoup plus bataillé qu'un homme pour s'imposer, à cause du plafond de verre. »
Degois : « Ça fait vingt ans que je commente, maintenant je veux agir »
Louant « l'énorme talent d'analyse » de Françoise Degois, le même journaliste se souvient l'avoir vue « une ou deux fois sympathiquement souffler ses réponses à Ségolène Royal » lors de conférences de presse où l'élue socialiste cherchait ses mots.
Quand on lui répète ces propos, l'intéressée s'insurge :
« C'est faux, c'est un mensonge éhonté ! Je n'ai jamais soufflé le début du commencement d'une réponse à Ségolène Royal, je le promets sur ce que j'ai de plus cher. Sa proposition date de trois semaines, et c'était la première. »
Françoise Degois, qui note d'emblée que sa nomination suscite un « effet de sidération » chez ses confrères, la justifie ainsi :
« Ça fait vingt ans que je commente, maintenant je veux agir. […] Je ne m'en suis jamais cachée : pour moi, c'est Ségolène Royal qui porte le mieux les valeurs nécessaires pour aujourd'hui et pour demain. […] Même si mon esprit n'est pas du tout de miser sur un cheval en politique, je crois à son immense capacité à rester dans le jeu. »
► Ajout le 18/11 à 11h : Télérama.fr ajoute que la journaliste de TF1 Véronique Lafont rejoint Roselyne Bachelot. L'hebdomadaire termine son article en présentant ses « condoléances à la démocratie, de plus en plus affaiblie dans cette guerre toujours plus inégale entre le monde de l'information et celui de la communication ».




















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De hagalma
22H55 | 16/11/2009 |
J'aimais bien sa chronique sur le parti socialiste, elle parvenait à rendre presqu'intéressant ce qui s'y passe, un peu comme un feuilleton à suspens, parvenant à ranimer les morts. Elle n'a pas été toujours complaisante avec Royal, mais avec d'autres, bien moins... Désormais, je ne la confonderai plus avec sa consoeur chargée de l'émission de ciné. Tant qu'ils ne débauche pas Guillon... Et puis étonnant ce terme de sphère pour parler des journalistes et des politiques. J'aurais plutôt parlé d'une bande de Moebius: un coup d'un côté, et puis sans y prendre garde, de l'autre également. Mais sphère, ça dit peut-être que journalistes et politiques écrivent le monde...à distance du peuple...
De vignol
retraité | 23H03 | 16/11/2009 |
aux USA il est interdit à un(e)e journaliste d" accepter une invitation à diner d' un(e) politique et le passage de l' un à l' autre est tres mal vu pour la democratie
comme la bas ( eux ils ont dejà compris ) il faudrait aussi chez nous :
- une vie publique de l' elu reduite au maximum à deux ans ( elu doit remettre en jeu son mandat tous les deux ans )
-une vie publique et activite reelle quotidienne de l' elu controlée et justifiée constamment en echange de sa remuneration publique
- un nombre de deputes cinq fois moins grand en rapport du nombre d' habitants comme aux USA donc coutant :moins cher au contribluable
enfinn aucun depute ne devrait pourvoir être elu s' il ne peut faire la preuve dr' avoir reéllement esxercé une activite et des responsabilites profesinnelles dans la vie quotidienne auparavan pendant pljusieurs années ( nombre de deputes chez nous n' ont jamais travaillé : comment peuvent t' ils parler de l' activite economique ?)
De déluge
menuisier | 23H12 | 16/11/2009 |
Elle ne la rejoint pas en pleine vague de succès.
Celà ressemble à un engagement sincère, donc.
C'est pas Chazal/Ferrari/Ockrent/Drucker, quoi.
De villard1
conseiller | 23H16 | 16/11/2009 |
Quelle surprise !
Depuis 2007, chaque chronique de F Degois sur SR ressemblait à un délire mystique : "Sainte Ségolène contre les méchants néléphants", "Ségolène découvre le monde méchant de la politique", ...
Les politiques de civilisation en Poitou-Charente ... ça va swinguer !
De alberich 84604
fumiste | 23H41 | 16/11/2009 |
Loin d'être ségolatre et même pas socialiste, j'ai rarement vu dans la vie politique quelqu'un se faire taper sur la gueule avec un tel acharnement de tous bords et rester debout.
Il faut au moins lui reconnaître cette qualité, surtout quand on voit les concurrents pleurnicher dès qu'on les égratigne.
(je ne citerais pas de noms pour ne pas me faire accuser d'ostracisme envers les personnes à la verticalité contrariée)
De Asse42
Royalais | 00H17 | 17/11/2009 |
J'aimais bien la journaliste avant car la seule à ne pas descendre systématiquement Royal! Maintenant je vais l'apprécier encore plus ;-) Et puis c'est clair et c'est transparent.
Bienvenue Françoise dans le mouvement Royaliste! Et ça veut dire que Ségolène Royal est déterminée plus que jamais. C'est une bonne nouvelle pour nous.
De mah
retraité | 10H12 | 17/11/2009 |
Je préfère la subjectivité affichée d’un journaliste qu’à sa fausse objectivité.
C’est noble de vouloir s’engager dans l’action politique par conviction personnelle au lieu de se contenter à commenter sans se mouiller.
De Dan51
10H52 | 17/11/2009 |
C'est une maladie française, qui mine la démocratie... ou plutôt ce qu'il en reste...
Dans d'autres pays, notamment dans toute l'Europe du Nord, il y a des barrières entre la presse et les politiques.
En France, ils couchent ensemble, se font la bise et se tutoient, dînent ensemble, etc. etc...
Pauvre pays qui n'a plus de médias dignes de ce nom...