Tribune

Burkina Faso, le développement humain vu du bas du tableau

Dominique Strauss-Kahn visite une école de Ouagadougou avec Mariam Traore, son directeur (Stephen Jaffe/FMI/Reuters)

Le Rapport mondial sur le développement humain 2009 du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) vient d'être rendu public.

Si un pays comme la Norvège occupe le premier rang à l'issue de cet exercice qui a porté sur les données de 2007, ce n'est pas du tout le cas du Burkina Faso, malheureusement, qui continue de se démener dans les profondeurs du classement avec un rang peu enviable de 177e sur 182 pays. Le « Pays des hommes intègres » fait légèrement mieux que le Mali (178e), la République centrafricaine (179e), la Sierra Leone (180e), l'Afghanistan (181e) et le Niger (182e).

Comme on le voit, le Burkina Faso devance des pays qui sont en bute aux troubles sociaux, voire en guerre. En effet, le Mali et le Niger ont maille à partir avec leurs rébellions touarègues respectives. Ce qui n'est pas propice à tout projet de développement. La République centrafricaine contrôle difficilement une rébellion. L'Afghanistan est en guerre depuis, et la Sierra Leone sort à peine d'une longue guerre civile.

Alors si on ne dépasse que ces pays en guerre, il n'y a pas de quoi se frotter les mains.

L'éducation tire le Burkina vers le bas

Rappel important : les indices du développement humain (IDH) permettent de disposer d'une évaluation globale des accomplissements d'un pays dans différents domaines du développement humain.

Pour le cas du Burkina Faso, il ressort que l'éducation, l'alphabétisation et l'enseignement secondaire constituent le ventre mou de nos actions de développement. Et là-dessus, nous [L'Observateur Paalga, ndlr] titrions, d'ailleurs, le 12 novembre, que « La variable éducation tire le Burkina vers le bas ».

Sans vouloir se dédire, on se demande si cette titraille n'est pas, en fait, en déphasage avec les profondeurs qu'a toujours occupées notre pays au niveau du classement.

Le plus grave, c'est la petite flèche vers le bas qui figure devant la ligne du Burkina Faso dans le tableau de classement 2009, et qui signifie une « détérioration du classement et le nombre de place(s) perdu entre 2006 et 2007 ».

Il y a deux ans, le gouvernement avait contesté la méthode du Pnud

On se rappelle, il y a deux ans, ces mêmes résultats avaient suscité une vive polémique ; le gouvernement burkinabé ne s'était aucunement gêné de réfuter publiquement certains critères et la pertinence des statistiques nationales transmises au Pnud.

Pourtant, Dieu seul sait que ce sont les mêmes critères qui sont imposés sans complaisance aucune à l'ensemble des pays des cinq continents. Alors pourquoi autant de tergiversations inutiles si c'est pour adopter un profil bas peu après ?

Il est temps que nos gouvernants sachent qu'on n'a pas besoin du Pnud pour reconnaître que le Burkina ne se porte pas bien. Il se porte même très mal, avec une paupérisation qui gagne chaque jour du terrain. Au Burkina, la misère semble la chose la mieux partagée.

Ce récent classement reste un cinglant démenti, voire un aveu d'impuissance. Il est temps de reconnaître que le Burkina est bel et bien malade, de misère, de pauvreté, afin de travailler à lui administrer la bonne cure.

Un plan décennal de développement de l'éducation contesté

Il est ainsi inconcevable que l'éducation, entre autres, fasse plonger notre pays dans l'abysse du classement et que, dans le même temps on débauche de nombreux enseignants pour les nommer préfets.

Et où en est-on avec notre fameux Plan décennal de développement de l'éducation de base (PDDEB) dont la gestion, plus qu'opaque, a suscité, à une époque donnée, le courroux de certains partenaires techniques et financiers !

Des avancées significatives ont été faites dans certains domaines pour sortir du gouffre, mais le chemin reste encore bien long. Il va falloir ranger les beaux discours et se mettre résolument au travail. C'est la seule porte de sortie, enfin ! , celle de l'espérance…

En partenariat avec L'Observateur Paalga

Photo : Dominique Strauss-Kahn visite une école de Ouagadougou avec Mariam Traore, son directeur (Stephen Jaffe/FMI/Reuters)

42 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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De lorem-ipsum

empereur de transpatagonie | 19H31 | 16/11/2009 | Permalien

Notez tout de même que, si l'Idh est parfois présenté comme une alternative au classement des pays par PIB, son calcul est essentiellement une synthèse de celui-ci, d'une mesure du niveau éducatif et de l'espérance de vie*. Comme ces deux dernières grandeurs sont largement dépendantes de la première --- sans surprise, on vit plus vieux et on se paie de meilleures études quand on est plus riche --- le classement de l'Idh revient en fait par des voies détournées à une comparaison du degré de richesse des pays. Que le Burkina-faso, malgré toute la sympathie que m'inspirent ses habitants, ne soit pas parmi les régions les plus prospères du globe n'est vraiment une nouvelle pour personne.

*La formule précise qui agrège ces trois grandeurs est plus compliquée qu'une simple moyenne, mais elle s'appuie grosso modo sur la même idée de fusion de plusieurs grandeurs en une seule.

Portrait de Yann Guégan

à lorem-ipsum Portrait de lorem-ipsum De Yann Guégan

Rue89 | 23H22 | 16/11/2009 | Permalien

La formule complète de calcul de l'IDH (Wikipedia)
http://fr.wikipedia.org/wiki/IDH#Formules

Portrait de General Subverciòn

De General Subverciòn

viva Makhnovchtchina | 18H30 | 16/11/2009 | Permalien

c'est DSK le représentant du développement humain? je croyais qu'il était au FMI...dont c'est pas la tasse de thé vu le nombre de pays qu'ils ont rendu exsangues, économiquement parlant...
Il n'aime plus les hongroises,au fait ? il préfère les burkinabaises? forcément vu le nom...

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De napoko

expat | 18H49 | 16/11/2009 | Permalien

La photo a été prise lors du séjour de DSK et des autres au Forum Mondial du Développement Durable du 9 au 11 octobre 2009 et d'une remise de dons aux sinistrés des inondations du 1 Septembre. Il est avec la Ministre de l'action sociale.
Lors de ce forum, il fallait voir sur le parking le nombre hallucinant 4X4 à 70 000 euros chacune, de tout ce beau monde venant défendre le développement durable. ONG comprises bien sûr.
Les indicateurs du DHD du PNUD prennent en compte le revenu des habitants, la scolarisation, le taux d'alphabétisation ...
Le taux de scolarisation est faible, la pauvreté ne fait que grandir malgré tous les programmes de lutte contre la pauvreté et les objectifs du millenium qui ne seront jamais atteints, la corruption est omni présente. Les riches sont ne plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.
Les ONG sont nombreuses mais il y a peu de retombées sur le terrain. Construire des écoles c'est bien mais il faut payer la scolarité et les parents n'ont pas les moyens. Il faudrait d'abord que les parents aient des activités rémunératrices et ensuite ils pourraient envoyer leurs enfants à l'école et les soigner.
Au livre de Bertrand Gobin "donateurs si vous saviez", ma réponse est vous ne donneriez plus. La seule solution est de donner directement. Sinon ..... Les frais de fonctionnement des ONG et institutions diverses sont trop élevées et le but n'est pas de réussir mais de faire ce qui a été prévu, peu importe qu'on fasse un forage à côté d'un autre forage en panne, le budget est prévu pour faire un forage pas pour le réparer.

Portrait de samivel51

à napoko Portrait de napoko De samivel51

Jeune insolent | 19H13 | 16/11/2009 | Permalien

Si je vous comprends bien, le Burkina s'en sortira quand les ONGs paieront le forage ET l'entretien du forage. C'est ca?
C'est ce qu'on croyait naivement il y a 50 ans...
Le Burkina s'en sortira plutôt lorsqu'il exportera des textiles au lieu de vendre du coton brut sans valeur ajoutée pour acheter ensuite des habits "made in China". Les exemples de ce type sont nombreux...

Portrait de napoko

à samivel51 Portrait de samivel51 De napoko

expat | 19H20 | 16/11/2009 | Permalien

Non pas le forage et l'entretien, mais mettre en place une gestion du forage par les populations pour pouvoir l'entretenir. Le problème est que les ONG n'ont pas d'actions concertées entre elles. Si une arrive pour faire un forage dans un village et qu'elle voit qu'un forage existe déjà mais qu'il est en panne, elle ne va pas le réparer, elle va en faire un autre à côté. Et quelques fois la réparation c'est trois francs six sous.
Pour le coton tout à fait d'accord.
Mais mettre des usines en place suppose un marché local. Et les produits fabriqués ne seront jamais compétitifs par rapport à ceux importés de chine.
De même que le riz produit sur place est plus cher que le riz importé.

Portrait de samivel51

à napoko Portrait de napoko De samivel51

Jeune insolent | 10H34 | 17/11/2009 | Permalien

Je regrette, mais vous êtes toujours dans une approche d'assistanat, qui entrave le développement. Reprenons votre exemple du forage, qui est très illustratif.
Il existe des petites entreprises locales (formées par des ONG américaines) qui savent creuser des forages manuellement et fabriquent localement des pompes à eau potable. Le tout pour seulement 300 à 600 euros tout compris, sans subvention. (tapez "manual drilling" et "rope pump" dans google pour vous en convaincre)
Une somme largement à la portée d'une communauté villageoise. Malheureusement, les fonctionnaires concernés et les grosses ONG préfèrent offrir (ou subventionner à 95%) des forage industriels et des pompes importées, le tout pour 10 à 20 fois plus cher. Cela permet au premiers d'avoir leurs commissions à tous les étages (douane, installation, contrôle...) et aux seconds de justifier leurs gros budgets auprès des donateurs.
Résultat: les villageois préfèrent attendre la pompe du prochain "projet" (qui ne sera pas entretenue puisqu'elle était "cadeau" et que les pièces importées coûtent cher) plutôt que d'investir dans leur propre pompe et créer des emplois locaux. Ces entreprises locales sont même directement torpillées par les fonctionnaires qui veulent maintenir le système actuel. D'autant qu'une fois que les pompes importées sont toutes en panne, on peut demander des fonds pour un "projet de réhabilitation". Et se servir encore au passage :-)
Cet exemple montre comment l'assistanat institutionnalisé tue dans l'oeuf le développement et maintient la dépendance. Cela se vérifie de la même facon dans presque tous les secteurs.
Que le pays se développe vraiment serait même la pire qui puisse arriver aux apparatchiks et aux ONG de développement "compassionnelles"! C'est consternant mais c'est la vérité.
Compassion et générosité sont nécessaires pour les interventions d'urgence (type MSF, Action contre la Faim, etc.) mais PAS pour le développement. Le développement passe au contraire par la responsabilisation des acteurs (= fini l'assistanat), le soutien aux entrepreneurs locaux (transfert de technologie, capitaux - mais pas subventions) et aux mécanismes de marché.

Portrait de napoko

à samivel51 Portrait de samivel51 De napoko

expat | 18H09 | 17/11/2009 | Permalien

Non je ne suis pas dans une approche d'assistanat puisque je dis de créer des comités de gestion villageois.
Mais effectivement le pire qui pourrait arriver serait que ces pays se développent. Il n'y aurait plus cette manne qui sert à tous les intermédiaires. Il y a 10 ans 15 % de l'aide arrivait réellement aux bénéficiaires. Depuis cela a du diminuer puisque les PTF (partenaires techniques et financiers) ont accepté que la partie joliment appelée "appui institutionnel" soit prépondérante. Sur un projet, une étude il y a environ 50% qui part dans cette rubrique. Pour financer des réunions avec indemnités journalières pour les participant, sinon personne ne vient. Pour être sûr que les gens viennent participer, on organise la réunion dans une petite ville, donc il y a l'hébergement, la restauration, le transport, et les fameux "per diem".
Ce sont les bailleurs qui sont complices, de plus qd ils voient qu'il y a eu un détournement ils remettent au pot sans rien dire. Alors d elà à penser que....

Portrait de big némo

à samivel51 Portrait de samivel51 De big némo

charcutier- coiffeur et je m'en sor... | 12H04 | 17/11/2009 | Permalien

le burkina , et les pays en voie de développement en général,s'en sortira quand l'interdiction qui lui est faite de subventionner ses matieres premieres ( le coton dans le cas du burkina) s'appliquera aussi aux autres pays, les états unis dans le cas du coton..
Il est assez dingue de penser que l'omc interdise le burkina de subventionner son coton alors que les états unis ne s'en privent pas...
Et effectivement, pouvoir vendre des produits manufacturés le sortirait surement plus de la merde que les ong...
Continuons comme cela et on va relancer sérieusement l'industrie aéronautique européenne, va falloir en commander des charters pour renvoyer les clandestins chez eux.....parce que cela m'etonnerais qu'ils restent tous assis chez eux a regarder leurs gosses crever...

Portrait de filou64

De filou64

fantaisiste | 20H57 | 16/11/2009 | Permalien

Bonjour,
A la question posée : que font les ONG ? je répondrais en tant que membre de l'une d'entre-elles qui essaie avec de très faibles moyens de développer les technologies de l'information dans le secteur éducatif.
Nous avons formé des centaines d'enfants, des demandeurs d'emploi ainsi que des enseignants à l'usage de l'ordinateur, à l'utilisation de logiciels éducatifs, à la pratique d'outils bureautique.
Quand je dis nous, cela comprend aussi et surtout des bénévoles burkinabè de l'association qui ayant reçu une formation considèrent qu'il est normal de la dupliquer.
Mais le bénévolat a des limites. Nos moyens (nous ne bénéficions pas de subventions et les donateurs ou adhérents se font rares) ne nous permettent même pas d'indemniser les formateurs de leurs déplacements. Aussi, aujourd'hui, nous traversons une phase critique où nous interrogeons sur la pérennité de l'association alors que son objet nous parait utile.
Il faut que l'Etat français, dans le cadre de l'aide publique au développement, délègue plus de financements aux ONG qui sont en contact avec les populations et qui garantissent que les fonds seront correctement employés.
Il me semble également nécessaire que les gens comprennent que seule l'aide au développement permettra aux burkinabè de s'en sortir et de prendre en main leur destin.
Mais ce discours est-il recevable à un moment où la seule chance de recevoir un don passe par le canal de l'émotion et de l'apitoiement ?

Philippe Villette
Vice-président NTBF France
http://ntbf.net

Portrait de chapolin

De chapolin

scoresdownload.com | 15H17 | 17/11/2009 | Permalien

Je suppose que la plupart des lecteurs de rue 89 font comme moi, ils reçoivent la newletter et cliquent sur les sujets qui les intérêssent. Ainsi ils parcourent au moins une fois TOUS les sujets.

Evidement il y a des problèmes intèrieurs au Burkina Faso, c'est d'une confondante évidence ... mais il n'y a pas que çà et loin de là.L'une des preuves c'est le nombre de votes qu'a sucité cet article en une journée: 10 avec le mien il y a un instant.

La réalité c'est que le Burkina Faso est dans une misère abominable mais qu'en plus le monde l'ignore.

Même sur un site comme rue 89 ou l'on traite de sujets sensibles et ou le droit d'expréssion est de mise, on semble ne pas vouloir s'interêsser à l'existence malheureuse d'un pays misérable.

"Ils peuvent mourrir et souffrir çà ne nous interêsse pas."

La question qui se pose c'est: "Est-ce que si le monde s'interêssait au Burkina Faso, celui-ci serait dans la même misère ?"

Et d'un autre côté, dans un monde ou une telle misère ne touche presque personne n'est-il pas normal qu'une telle misère puisse éxister et péréniser ?

Enfin est-ce que cet état de misère est directement lié à notre ignorance. En quelque sorte est-ce que çà n'est pas nous qui la fabriquons directement ou bien nos destins sont-ils indépendant ?

Est-ce que cette misère (presque insoutenable) est dangereuse pour nous ? N'est-elle pas l'un de nos plus sombres reflets ?

Portrait de PIT LE CHIEN

De PIT LE CHIEN

15H19 | 17/11/2009 | Permalien

« Notre révolution n’aura de valeur que si, en regardant derrière nous, en regardant à nos côtés et en regardant devant nous, nous pouvons dire que les Burkinabés sont, grâce à elle, un peu plus heureux. Parce qu’ils ont de l’eau saine à boire, parce qu’ils ont une alimentation abondante, suffisante, parce qu’ils ont une santé resplendissante, parce qu’ils ont l’éducation, parce qu’ils ont des logements décents, parce qu’ils sont mieux vêtus, parce qu’ils ont droit aux loisirs ; parce qu’ils ont l’occasion de jouir de plus de liberté, de plus de démocratie, de plus de dignité. (...) La révolution, c’est le bonheur. Sans le bonheur, nous ne pouvons pas parler de succès (1). » C’est ainsi que Thomas Sankara, président du Burkina Faso, définissait le sens de son action, treize jours avant le coup d’Etat du 15 octobre 1987 au cours duquel il devait être assassiné. (...)

(par les sbires de Blaise Campaoré, son "meilleur ami', actuel Président, avec les complicités franco-ivoiriennes que l'on sait).

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