Tribune 16/11/2009 à 11h06

Burkina Faso, le développement humain vu du bas du tableau



Dominique Strauss-Kahn visite une école de Ouagadougou avec Mariam Traore, son directeur (Stephen Jaffe/FMI/Reuters)


Le Rapport mondial sur le développement humain 2009 du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) vient d'être rendu public.

Si un pays comme la Norvège occupe le premier rang à l'issue de cet exercice qui a porté sur les données de 2007, ce n'est pas du tout le cas du Burkina Faso, malheureusement, qui continue de se démener dans les profondeurs du classement avec un rang peu enviable de 177e sur 182 pays. Le « Pays des hommes intègres » fait légèrement mieux que le Mali (178e), la République centrafricaine (179e), la Sierra Leone (180e), l'Afghanistan (181e) et le Niger (182e).

Comme on le voit, le Burkina Faso devance des pays qui sont en bute aux troubles sociaux, voire en guerre. En effet, le Mali et le Niger ont maille à partir avec leurs rébellions touarègues respectives. Ce qui n'est pas propice à tout projet de développement. La République centrafricaine contrôle difficilement une rébellion. L'Afghanistan est en guerre depuis, et la Sierra Leone sort à peine d'une longue guerre civile.

Alors si on ne dépasse que ces pays en guerre, il n'y a pas de quoi se frotter les mains.

L'éducation tire le Burkina vers le bas

Rappel important : les indices du développement humain (IDH) permettent de disposer d'une évaluation globale des accomplissements d'un pays dans différents domaines du développement humain.

Pour le cas du Burkina Faso, il ressort que l'éducation, l'alphabétisation et l'enseignement secondaire constituent le ventre mou de nos actions de développement. Et là-dessus, nous [L'Observateur Paalga, ndlr] titrions, d'ailleurs, le 12 novembre, que « La variable éducation tire le Burkina vers le bas ».

Sans vouloir se dédire, on se demande si cette titraille n'est pas, en fait, en déphasage avec les profondeurs qu'a toujours occupées notre pays au niveau du classement.

Le plus grave, c'est la petite flèche vers le bas qui figure devant la ligne du Burkina Faso dans le tableau de classement 2009, et qui signifie une « détérioration du classement et le nombre de place(s) perdu entre 2006 et 2007 ».

Il y a deux ans, le gouvernement avait contesté la méthode du Pnud

On se rappelle, il y a deux ans, ces mêmes résultats avaient suscité une vive polémique ; le gouvernement burkinabé ne s'était aucunement gêné de réfuter publiquement certains critères et la pertinence des statistiques nationales transmises au Pnud.

Pourtant, Dieu seul sait que ce sont les mêmes critères qui sont imposés sans complaisance aucune à l'ensemble des pays des cinq continents. Alors pourquoi autant de tergiversations inutiles si c'est pour adopter un profil bas peu après ?

Il est temps que nos gouvernants sachent qu'on n'a pas besoin du Pnud pour reconnaître que le Burkina ne se porte pas bien. Il se porte même très mal, avec une paupérisation qui gagne chaque jour du terrain. Au Burkina, la misère semble la chose la mieux partagée.

Ce récent classement reste un cinglant démenti, voire un aveu d'impuissance. Il est temps de reconnaître que le Burkina est bel et bien malade, de misère, de pauvreté, afin de travailler à lui administrer la bonne cure.

Un plan décennal de développement de l'éducation contesté

Il est ainsi inconcevable que l'éducation, entre autres, fasse plonger notre pays dans l'abysse du classement et que, dans le même temps on débauche de nombreux enseignants pour les nommer préfets.

Et où en est-on avec notre fameux Plan décennal de développement de l'éducation de base (PDDEB) dont la gestion, plus qu'opaque, a suscité, à une époque donnée, le courroux de certains partenaires techniques et financiers !

Des avancées significatives ont été faites dans certains domaines pour sortir du gouffre, mais le chemin reste encore bien long. Il va falloir ranger les beaux discours et se mettre résolument au travail. C'est la seule porte de sortie, enfin ! , celle de l'espérance...

En partenariat avec L'Observateur Paalga


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  • herselves
    • Posté à 12h53 le 16/11/2009

    Quand on cherche à y voyager, on lit rapidement au sujet du Burkina Faso qu'il est un des pays comptant le plus d'ONG.

    Je trouverais intéressant de connaitre, par exemple, le taux de scolarisation réalisé grâce à ces ONG, ... ou, d'une manière ou d'une autre, la mesure dans laquelle ces organisations améliorent la situation dans ce pays ; avant que des petits malins en viennent à conclure que leur action est nulle vu que ce pays reste en bas du tableau.

    C'est beau cet article aux lendemains des discours de Blaise Compaore pour la paix en Guinée... c'est vrai que Monsieur le président Compaore semble détenir quelques secrets intéressants pour la paix, qu'il sait maintenir dans son pays à l'état catastrophique, alors que la population, quand on échange avec elle sur place, donne à entendre un grondement sourd mais certain...

    Et qui fera le médiateur quand à force d'avoir essoré son peuple et soigné ses intérêts personnels Blaise Compaore ne saura plus juguler la colère populaire ?

  • mr_megot
    mr_megot répond à herselves
    .
    • Posté à 14h05 le 16/11/2009
    • Internaute
      .

    Bah, les ONG et associations diverses ont beau avoir la meilleure volonté du monde, leur travail ne remplacera jamais les actions sensées être mises en place par l'Etat, ce que ce dernier ne se presse pas de faire...

    Un contre exemple parlant : une des actions classiques des ONG au Burkina (et ailleurs, sans doute) est de construire des salles de classe (école primaire) et des logements de maitre, en brousse. Une fois la salle et le logement construits, l'Etat burkinabè est sensé nommer un instituteur pour la rentrée suivante (ce qu'il fait , en tous cas dans le cadre de ma maigre expérience).
    Mais il y a deux ou trois ans une loi est passée, stipulant que lorsque le maitre dispose d'un logement fourni par l'état, un « loyer » est automatiquement déduit de leur salaire. Cette loi est stupide parce qu'elle dissuade les maitres de s'installer en brousse, alors qu'ils y sont déja peu enclin (conditions de vie difficiles, ils vivent loin de leur famille, ils sont plus peinards en ville ou ils peuvent se faire des à cotés en donnant des cours particuliers, voir se lancer dans la politque, etc...). Mais il est en plus relativement décourageant pour les ONG ou les associations de réaliser que le logement de maitre, qu'elles ont payé et dont elles ont organisé la construction, va rapporter du pognon à l'Etat burkinabè qui lui, se foule assez peu pour construire des écoles et développer l'éducation dans son pays...

  • napoko
    napoko
    expat
    • Posté à 18h49 le 16/11/2009
    • Internaute
      expat

    La photo a été prise lors du séjour de DSK et des autres au Forum Mondial du Développement Durable du 9 au 11 octobre 2009 et d'une remise de dons aux sinistrés des inondations du 1 Septembre. Il est avec la Ministre de l'action sociale.
    Lors de ce forum, il fallait voir sur le parking le nombre hallucinant 4X4 à 70 000 euros chacune, de tout ce beau monde venant défendre le développement durable. ONG comprises bien sûr.
    Les indicateurs du DHD du PNUD prennent en compte le revenu des habitants, la scolarisation, le taux d'alphabétisation ...
    Le taux de scolarisation est faible, la pauvreté ne fait que grandir malgré tous les programmes de lutte contre la pauvreté et les objectifs du millenium qui ne seront jamais atteints, la corruption est omni présente. Les riches sont ne plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.
    Les ONG sont nombreuses mais il y a peu de retombées sur le terrain. Construire des écoles c'est bien mais il faut payer la scolarité et les parents n'ont pas les moyens. Il faudrait d'abord que les parents aient des activités rémunératrices et ensuite ils pourraient envoyer leurs enfants à l'école et les soigner.
    Au livre de Bertrand Gobin « donateurs si vous saviez », ma réponse est vous ne donneriez plus. La seule solution est de donner directement. Sinon ..... Les frais de fonctionnement des ONG et institutions diverses sont trop élevées et le but n'est pas de réussir mais de faire ce qui a été prévu, peu importe qu'on fasse un forage à côté d'un autre forage en panne, le budget est prévu pour faire un forage pas pour le réparer.

  • napoko
    napoko répond à Boris Carrier
    expat
    • Posté à 18h55 le 16/11/2009
    • Internaute
      expat

    Saponé est un village où on fabrique ces chapeaux. C'est le chapeau typique du Burkina, différentes ethnies en font, il est en paille et en cuir.

  • samivel51
    • Posté à 19h03 le 16/11/2009

    Cet argument ne marche pas vraiment dans le cas du Burkina. Ce pays n'a jamais eu aucune ressource minière ou forestière que les « multinationales » auraient pu piller. (seulement de l'or, en quantité anecdotique) Les multinationales n'y possèdent pas non plus de plantations.
    La question de la dette se pose, par contre. Mais alors il faut se demander comment cet argent a été utilisé par les dirigeants Burkinabé.
    Concernant le commerce, le Burkina bénéficie de l'Accord de Cotonou qui l'autorise à exporter vers l'Union Européenne sans droits de douane, tout en maintenant des taxes sur ses importations.

  • filou64
    filou64
    fantaisiste
    • Posté à 20h57 le 16/11/2009
    • Internaute
      fantaisiste

    Bonjour,
    A la question posée : que font les ONG ? je répondrais en tant que membre de l'une d'entre-elles qui essaie avec de très faibles moyens de développer les technologies de l'information dans le secteur éducatif.
    Nous avons formé des centaines d'enfants, des demandeurs d'emploi ainsi que des enseignants à l'usage de l'ordinateur, à l'utilisation de logiciels éducatifs, à la pratique d'outils bureautique.
    Quand je dis nous, cela comprend aussi et surtout des bénévoles burkinabè de l'association qui ayant reçu une formation considèrent qu'il est normal de la dupliquer.
    Mais le bénévolat a des limites. Nos moyens (nous ne bénéficions pas de subventions et les donateurs ou adhérents se font rares) ne nous permettent même pas d'indemniser les formateurs de leurs déplacements. Aussi, aujourd'hui, nous traversons une phase critique où nous interrogeons sur la pérennité de l'association alors que son objet nous parait utile.
    Il faut que l'Etat français, dans le cadre de l'aide publique au développement, délègue plus de financements aux ONG qui sont en contact avec les populations et qui garantissent que les fonds seront correctement employés.
    Il me semble également nécessaire que les gens comprennent que seule l'aide au développement permettra aux burkinabè de s'en sortir et de prendre en main leur destin.
    Mais ce discours est-il recevable à un moment où la seule chance de recevoir un don passe par le canal de l'émotion et de l'apitoiement ?

    Philippe Villette
    Vice-président NTBF France
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