
A Prague, les promesses perdues de la révolution de velours

Le 17 novembre 1989, la « révolution de velours » a éclaté par une manifestation estudiantine dans les rues de Prague. Six semaines plus tard Vaclav Havel, l'ex-dissident et prisonnier du régime communiste déchu, a terminé son premier discours dans son nouveau rôle du président par cet appel mémorable :
« Que l'amour et la vérité l'emportent sur le mensonge et la haine ! »
Ce credo, marqué d'un idéalisme frôlant la naïveté manichéenne a attiré pas mal de sarcasmes (on surnomme depuis les partisans de Havel les « amourovéritétiens »). Et dans cette profession de foi, maintes fois remâchée par le président Havel durant ses treize ans de mandat, où était la place à la démocratie et au pluralisme ?
Les oligarques prennent le gouvernail
Vingt ans plus tard, on s'apprête à commémorer à Prague les événements du 17 novembre 1989, qui ont eu raison du communisme. La publication d'une enquête, début novembre, a créé un choc : d'après le sondage de l'agence Médian, 88% des Tchèques seraient insatisfaits de la situation politique actuelle dans leur pays.
Désabusée, la population a le sentiment que la nouvelle élite du pays, préoccupée exclusivement par ses intérêts, reste indifférente aux problèmes de « ceux d'en bas ».
En novembre 1989, tout était en en ébullition ; de nos jours, les positions-clé sont bien réparties. A l'image des « oligarques » qui gouverneraient la Russie, des oligarches tchèques (Petr Kellner, Zdenek Bakala, Tomas Chrenek, Andrej Babis et quelques autres) se sont spectaculairement enrichis au cours des années 90 et consolident aujourd'hui leurs empires en se partageant leurs sphères d'influence.
Des escrocs blanchis, en fuite ou tués
Quelques-uns, présentés hier comme des criminels ayant accédé illicitement à leurs fortunes (Pavel Tykac), se sont entretemps racheté une réputation, faisant des affaires avec des oligarques du meilleur cru.
D'autres barons, accusés ou déjà condamnés par la justice tchèque, lui ont échappé, fuyant dans des pays « sûrs » sous le nez (et l'œil mi-clos) de la police tchèque, dans des circonstances rocambolesques : Radovan Krejcir et Tomas Pitr.
Frantisek Mrazek, le boss de la mafia tchèque, lié avec ces derniers et entretenant des rapports discrets avec plusieurs hommes politiques, a été tué par balles en 2006, en plein jour dans une rue de Prague ; le tireur n'a pas été retrouvé, l'affaire a récemment été classée.
La politique sous l'emprise du grand business
Les partis politiques tchèques sont pauvres, mais leurs chefs s'enrichissent. Un ex-Premier ministre -Stanislav Gross, 2004-2005, pour le Parti social-démocrate- qui aurait reçu des billets de banque empaquetés dans un sac en plastique de la part d'un oncle retraité et démuni, vient de s'acheter une luxueuse propriété en Floride, aux Etats-Unis.
Un autre ex-premier ministre -Mirek Topolanek, 2006-2009, pour le Parti civique démocrate, droite libérale- étale au grand jour son train de vie hautement dépensier, alors que l'entrepreneur qu'il était avant d'entrer en politique flirtait avec la faillite…
Le parquet est discrédité par son favoritisme apparent envers les puissants : nombreux sont les cas de politiciens qui ont vu leur dossier stoppé juste avant de se voir traduits en justice, parfois au prix d'un changement de procureur de dernière minute.
Au lendemain du novembre 1989, le débat public était souvent houleux et la bataille tournait autour de réels problèmes du pays ; de nos jours, la discussion se consume dans le superflu. Nombre de journalistes polémistes avaient volontairement quitté la scène, d'autres ont été « remerciés ».
Précisons qu'une bonne partie des médias a été achetée par les oligarques mentionnés plus haut, l'autre se trouvant sous leur emprise publicitaire.
Le désordre des années 90 a été promu en un ordre pervers qui ne profite qu'à une tranche étroite de nantis. Comment s'en sortir ? Je m'en suis sorti, quoique ma recette m'est très personnelle : je vis depuis plus d'un an en France.
Photo : l'ex-président tchèque Vaclav Havel lors d'une conférence à Prague le 14 novembre (Petr Josek/Reuters)
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De miles.v
Matheux | 18H20 | 16/11/2009 |
Êtes vous sûr que vous parler de la république Tchèque? Car quand je lis:
" Le parquet est discrédité par son favoritisme apparent envers les puissants : nombreux sont les cas de politiciens qui ont vu leur dossier stoppé juste avant de se voir traduits en justice, parfois au prix d'un changement de procureur de dernière minute."
et :"Précisons qu'une bonne partie des médias a été achetée par les oligarques mentionnés plus haut, l'autre se trouvant sous leur emprise publicitaire"
cela peut s'appliquer à pas mal de pays (dont le notre).
De kikifrik
artiste | 21H43 | 16/11/2009 |
Oui, c'est vraiment n'importe quoi cet article...bien sûr que la scène politique locale n'est pas folichonne, mais il y a un vrai débat critique dans les médias tchèques, et le pouvoir en place n'a absolument pas la mainmise sur la presse ....d'où l'auteur sort-il de telles absurdité?
de même peut-il mentionner les sources selon lesquelles 88% des tchèques seraient insatisfaits de la situation politique actuelle?
et franchement peut-on sérieusement se réfugier en France pour échapper aux magouilles politiques???
De jula
cnrs | 22H11 | 16/11/2009 |
Pour que cela soit clair: Quand je parle de la propagande néo-communiste, je parle de l'article du Grand Soir.
En ce qui concerne l'article dans Rue89: Il est très partisane. Il parle des vrais problèmes, et oui, les gens sont très en colère au sujet de ces choses. Mais cela a très peu à voir avec Novembre 1989.
Jiri Suchy, artiste très célèbre tchèque, a dit très clairement:
Le capitalisme est infiniment mieux que socialims.
Mais il est pire que ce que nous avons espéré.