
Si on a un peu suivi l'actu ce week-end, on sait que l'équipe de France de football a battu l'Irlande et que Vincent Peillon a organisé ce samedi à Dijon un débat sur l'Ecole avec des responsables du PS, du Modem, des Verts et d'autres formations de gauche.
Mais que retient-on de ce débat sur l'école ? Que Ségolène Royal s'est invitée à la dernière minute, que Vincent Peillon s'est montré très mécontent, qu'elle a répondu en critiquant son « dérapage verbal ».
Avant que Peillon ne juge aujourd'hui qu'elle « ne pourra pas faire gagner la gauche » en 2012…
A-t-on parlé de l'école ? Des idées nouvelles ont-elles émergé ? Et d'ailleurs, ce débat annoncé sur l'école s'est-il tenu ? Impossible de le savoir.
Pourtant, Véronique Soulé, la journaliste chargée de l'éducation à Libération, l'avait annoncé sur son blog comme un événement prometteur, et on ne peut pas dire que cette question n'intéresse pas les Français :
« Les Rencontres de Dijon, aujourd'hui, devraient d'ailleurs être l'occasion d'intéressants débats, avec des tables rondes sur les questions scolaires et une belle brochette d'experts. »
Le bilan est double :
- Pour les politiques, et particulièrement pour le PS, le constat qu'une nouvelle fois, les affrontements personnels sont voués à prendre le pas sur les échanges d'idées et la réflexion de fond.
- Pour les médias, une incapacité chronique à rendre compte de ces idées et de cette réflexion. Si Ségolène Royal ne s'était pas invitée, aurait-on plus parlé d'école ? Même pas sûr.
En l'occurrence, Rue89 ne fait pas mieux : nous n'étions pas à Dijon ce samedi, car la taille de notre équipe ne nous permet pas de suivre ce genre d'événements. Tout au plus peut-on nous reconnaître de ne pas avoir rendu compte de la polémique Peillon-Royal, l'ayant considérée comme une énième manifestation des bisbilles au sein du PS.
« L'image répugne à la complexité, demande du conflictuel, de l'affectif »
Ce nouvel épisode est une occasion d'observer comment le jeu entre politiques et médias tient à l'écart les idées et la réflexion sur les projets.
A de nombreuses reprises, ces derniers mois, Michel Rocard a critiqué le rôle des médias dans la faiblesse du débat politique. Il y voit un cercle vicieux : les médias se délectent des querelles de personnes ; et, pour faire parler d'eux, les hommes politiques se sentent obligés de rentrer dans ce jeu. Une évolution selon lui dictée par le poids de la télévision. Voici par exemple ce qu'il disait dans une interview récente à Lyon Capitale :
« Le drame c'est que la télé est devenue le média dominant pour fixer les opinions. Et la presse écrite n'a pas su résister en faisant un contrepoids suffisant. Or l'image a des caractéristiques qui ne sont pas celles du texte écrit.
L'image répugne à la complexité, demande du conflictuel, de l'affectif, du dramatique, et sûrement pas du complexe, du sociologique et de l'explicatif. L'image ne sait pas aider une pensée sur le long terme. Il faut de l'événementiel. Du coup, dans notre société, on ne réfléchit jamais à plus de quelques semaines. Et ça c'est tragique. La mort de la démocratie est là ! »
Un autre ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, n'a pas une réflexion très éloignée sur ces questions, comme le montre ce petit souvenir personnel : lorsque j'étais journaliste à Libération, chef du service économie, j'ai participé à un déjeuner à Matignon, avec une partie du service politique. Raffarin avait commencé la discussion par une attaque très rude contre le journal :
« Quand je lis vos pages politique, j'ai l'impression de lire l'Equipe. Vous ne vous intéressez qu'aux combats individuels. On ne peut pas dire que vous nous aidiez à faire vivre le débat public. »
Alors, si vous étiez présents au débat de Dijon, n'hésitez pas à nous dire ce que vous avez entendu. Et si vous en avez vu des compte-rendus, à nous les signaler.



















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De Pchaudard
Directeur de projet | 12H03 | 15/11/2009 |
Si les journalistes ne se focalisaient pas sur les problèmes de personnes, mais sur le fond, la question titre de votre article ne se poserait pas.
Mais comme les problèmes relationnels du PS sont plus vendeurs que les discussions de fonds ... on continue sur le people.
Faut pas s'étonner que les politiques proposent ensuite une image people, si les journalistes et les français la privilégient aux débats d'idées.
De malpoli
12H15 | 15/11/2009 |
Bonne analyse mais à mon avis la responsabilité incombe tout de même principalement aux hommes et femmes politiques "modernes" qui même lorsqu'on fait l'effort de chercher plus loin paraissent terriblement creux. Voir par exemple les terribles "professions de foi" qui nous sont envoyées à chaque élection. Les stars politiques se sont spécialisées dans le marketing et la communication et ont oublié les convictions, les connaissances et les idées. Michel Rocard est de la vieille école mais aujourd'hui pour entendre un peu plus de fond sur les sujets politiques, il faut descendre plus bas : quelques députés et sénateurs, des élus locaux, des militants, des associations. Cela renvoie peut-être aussi à une autre réalité : le manque d'envie de débats dans la population. L'heure du militantisme n'est plus.
De Iv
Roboticien utopiste | 12H13 | 15/11/2009 |
Oui, enfin on peut critiquer les médias, mais informer d'une façon simple et claire, c'est simple comme un blog.
Le jour où une personne du PS s'intéresse suffisamment à l'information des Français et aux débats d'idées, ça prend 5 minutes d'ouvrir un compte blogger ou facebook. 20 minutes de faire un truc plus carré. A la personne qui fera ça, je promets une fréquentation énorme et une exposition médiatique conséquente.
Ca demande juste un peu d'abnégation et de capacités intellectuelles. De deux choses l'une : soit cette combinaison n'existe pas (plus) au PS, soit lé débat de fond n'existe pas.
Au PS : faites votre primaire, désignez un candidat pour 2012, ça vous détendra. Parlez ensuite des idées comme d'un modèle de société plutôt que comme des munitions pour descendre les concurrents.
De Laurent Mauriac (auteur)
Rue89 | 12H21 | 15/11/2009 |
Le Rassemblement social, écologique et démocrate a certes créé un site et une page Facebook.
http://www.le-rassemblement.fr/
Mais pour l'instant, on y lit uniquement le programme des débats, pas les comptes-rendus des interventions.
Je viens de leur envoyer un e-mail pour savoir si des comptes-rendus seraient publiés.
De Suzanne Citron
Historienne et auteure | 12H33 | 15/11/2009 |
Si j'étais plus jeune j'aurais certainement été à Dijon comme simple participante qui considère que cette journée était un événement. Non tant parce que c'était le 2ème rassemblement "de Robert Hue à Marielle de Sarnez", mais parce que POUR LA PREMIÈRE FOIS DEPUIS L'ÉLECTION DE SATKOZY était préparée et organisée par une équipe dynamisée par Vincent Peillon une réflexion collective sur des questions capitales relevant de l'avenir de notre éducation nationale. Notamment celle du collège, le lieu par excellence de l'échec scolaire et du décalage entre l'institution et ceux à qui elle est destinée.
Préparation méthodique, appel à des personnes investies depuis longtemps dans la réflexion sur ces échecs, représentants syndicalistes. Ce sérieux et cette volonté d'affronter enfin constructivement les v rais problèmes, renforcés par l'agenda media de Vincent Peillon, je pense que cela aurait quand même crevé les faiblesses des media français et leur dispostion à ne relever que les petites phrases ou les conflits de personnes.
J'espère que votre appel à compte-rendus sera entendu et que la "tornade" Ségolène, en l'occurence absolument contestable, n'occultera pas la vérité de l'évènement et les contenus des propositions de cette première rencontre.