Sur le terrain 12/11/2009 à 12h33

Vaccinée contre la grippe A, j'arrête de me laver les mains


La troisième tentative aura été la bonne : malgré les convocations erronées, malgré le flou dans les consignes, j'ai eu ma piqûre.



Centre de vaccination contre la grippe A dans un gymnase près du périph parisien, jeudi (Guillemette Faure/Rue89)

Samedi dernier, j'ai reçu une lettre de Roselyne Bachelot me recommandant d'aller me faire vacciner dans les dix jours (c'était en gras dans la lettre) contre la grippe H1N1. Avec un enfant de moins de six mois, je fais partie des personnes prioritaires.

Trois jours plus tard, mardi donc, je suis à l'adresse indiquée. Un gymnase près du périph. L'endroit est entièrement vide. Sauf un gardien très gêné. La lettre du ministère de la Santé s'était trompée en demandant de venir sous dix jours. En fait, les vaccinations ne commenceront que jeudi, m'explique t-il :

« On y est pour rien, on a des gens qui viennent depuis lundi. »

Une campagne de vaccination qui commence par des erreurs dans les convocations, ce n'est pas très bon signe.

J'y retourne ce jeudi matin. Cette fois-ci, je suis sûre de moi. La veille sur TF1, Roselyne Bachelot a annoncé que les vaccinations commenceraient ce jeudi (quel dommage qu'elle ait oublié de l'écrire dans sa lettre de convocation) et qu'elle se ferait vacciner (mais Nathalie Kosciusco Morizet, qui contrairement à Bachelot, fait partie des prioritaires ne veut pas dire si elle le fera).

« Désolé, ils n'ont pas donné d'heure »

Ce jeudi matin, un panneau « vaccinations » a été accroché à une barrière. Une voiture de police surveille la barrière.
Mais cette fois, ils sont deux gardiens gênés.

« Les vaccinations ne commencent que cet après-midi. On est désolé, ils n'ont pas donné d'heure. »

C'est un peu inquiétant de savoir que c'est le même ministère qui vous demande de vous présenter dans les dix jours en omettant de préciser que les centres de vaccination n'ouvriront que cinq jours plus tard, qui a scientifiquement calculé une commande de 94 millions de doses.

Un sondage CSA indique que seuls 21% des Français ont l'intention de se faire vacciner. Mais finalement avec une campagne de vaccination qui vous convoque à de mauvaises dates dans un gymnase en bordure de périphérique, ils pourraient être encore moins.


Le centre de vaccination dans un gymnase près du périph parisien, jeudi (Guillemette Faure/Rue89)

Jeudi après-midi, je retourne au gymnase. Sous les paniers de basketball, des grands cartons et des barrières marquent le parcours du vacciné.

Première étape : la convocation. Une femme montre celle de ses enfants :

- « Ah, les enfants, c'est pas ici.
- Mais à l'autre centre, ils m'ont dit de venir ici.
- Alors si c'est ici, c'est pas aujourd'hui. Vous n'avez qu'à téléphoner... »

Elle fait remarquer qu'il n'y a aucun numéro de téléphone indiqué sur la convocation.

Deuxième étape : le rendez-vous avec un médecin. Il examine le questionnaire médical que j'ai rempli. Je lui pose des questions sur les effets secondaires. Ses réponses ne me rassurent qu'à moitié : elles commencent par « Normalement, non ».

Troisième étape : la piqûre. Une feuille « mode d'emploi » est scotchée à côté de l'élève infirmière qui me pique. On y lit « faire asseoir la personne à vacciner sur une chaise ».

Quatrième étape : les papiers à signer. Un responsable administratif me demande de revenir le 3 décembre pour la deuxième injection. Je demande : « C'est obligatoire la deuxième injection ? » Il réfléchit. Pause. « En fait, on ne sait pas encore. Vous le saurez par les médias. » (Il va falloir que je lise Rue89 plus souvent)

Pourquoi préférer les gymnases anonymes aux médecins ?

On aurait pu imaginer un dispositif plus simple : des vaccins disponibles en pharmacie comme pour la grippe saisonnière et nos médecins conseillant aux personnes vulnérables de se faire vacciner en fonction de leur situation.

Les médecins pourraient donner des conseils personnalisés comme c'est le cas pour la tuberculose (du type vous habitez Paris et votre enfant est gardé en crèche collective, vous devriez le vacciner).

Au lieu de quoi, le ministère de la Santé a préféré un plan de vaccination au rouleau compresseur, excluant les pharmaciens et les médecins de quartiers au profit de centres collectifs.

Une discussion avec un médecin ou un pharmacien que vous connaissez aurait plus d'impact qu'une convocation (avec de mauvaises dates) et des phrases comme « par la présente lettre, le gouvernement vous propose… ».

Le ministère de la Santé a surestimé son pouvoir de prescription : Roselyne Bachelot qui vous demande de vous faire vacciner, c'est un peu comme Jacques Chirac qui vous demande de voter oui pour l'Europe, ça peut être contre-productif.

Une passoire contre la grippe A

Me voilà donc vaccinée pour protéger mon bébé de quatre mois qui ne peut ni être vacciné, ni être traité en cas de grippe. Je passe à la crèche. La directrice m'explique qu'elle ne se fera pas vacciner. Les puéricultrices de la crèche qui s'occupent de la section bébés ne veulent pas en entendre parler non plus.

Elles estiment qu'elles peuvent résister à une grippe. Comme disait un type au 20 heures de TF1, « j'ai pas peur ». Roselyne Bachelot aurait mieux fait d'appeler à protéger les plus faibles en participant à un effort collectif pour limiter les risques de contagion. C'est quand même plus gratifiant d'être traité en protecteur qu'en bibelot fragile.

En fait de bouclier pour protéger ma fille contre la grippe, c'est une passoire. Mais c'est bon, je suis vaccinée, je peux arrêter de me laver les mains.

Photos : Centre de vaccination contre la grippe A dans un gymnase près du périph parisien, jeudi (Guillemette Faure/Rue89)

  • 51464 visites
  • 365 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Homer555
    • Posté à 12h52 le 12/11/2009

    « nos médecins conseillant aux personnes vulnérables de se faire vacciner en fonction de leur situation. »

    Sauf que la plupart des gens ne voient leurs médecins que une fois par an voire moins. Difficile dans ces conditions de cibler les gens. Et je me vois mal faire une consultation juste pour avoir des infos sur la grippe, ça prend la place de gens malades. Je pense que c'est bien d'avoir un autre moyen de communication comme la télévision.

  • Gilles Brun
    Gilles Brun
    consultant formateur (...)
    • Posté à 13h11 le 12/11/2009
    • Internaute
      consultant formateur (...)

    Mon épouse a reçu samedi 7/11 un courrier signé par R Bachelot contenant un bon de vaccination pour se faire vacciner contre la grippe. Nous avons un nourrisson de moins 6 mois. Ce courrier indique à mon épouse que toute personne vivant sous le même toit que l'enfant peut se rendre dans un centre d'accueil de l'assurance maladie pour demander un bon de vaccination.Je veux me faire vacciner cette fin de semaine. Car j'ai un travail avec des déplacements sur toute la France, je pense que c'est judicieux de me faire vacciner rapidement. Je suis donc allé lundi 9/11 au matin à l'assurance maladie de Laval. Ils n'étaient pas au courant du contenu de lettre de la ministre de la santé. Je n'ai pas obtenu mon bon de vaccination. Ils doivent se renseigner et doivent me rappeler (j'attends toujours ! ! ! ).Ensuite, j'ai appelé la préfecture de la Mayenne. La personne au téléphone a noté mon numéro de téléphone pour me rappeler et m'a dit d'appeler la DASS. J'ai appelé la DASS. Ils n'étaient pas au courant. Une personne de la préfecture m'a rappelé (et je l'en remercie ! ! ! ) pour me dire d'aller directement au centre de vaccination avec mon livret de famille. En principe, elle pense que je serai vacciné. Pas sûr, car mardi, j'ai appelé à nouveau la Sécu de Laval m'a dit que pas bon de vaccination alors pas de vaccin ! Mon interlocuteur ne savait pas comment cela allait se passer, ils attendaient des instructions de la direction nationale. J'ai essayé de joindre ce jeudi matin la sécu. Leur serveur était en maintenance ! ! ! Je suis motivé pour me faire vacciner. En revanche, je suis étonné de voir l'impréparation de cette campagne, je l'ai testé ce début de seamaine Je comprends que la majorité des français soit réticent.

  • Dapandi
    Dapandi répond à Nils Wilcke
    Etudiant
    • Posté à 13h37 le 12/11/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Effectivement, je trouve ces commentaires très excessifs. On a largement critiqué la surestimation de la gravité de la pandémie. Mais beaucoup vont dans l'excès inverse concernant la vaccination.

    Premièrement concernant l'utilisation d'une ou deux dose par vaccination : l'évaluation se fait sur la base de tests biologiques et est difficile à évaluer à l'avance. Ce paramètre est propre à chaque vaccins et pour la majorité des cas on a été « agréablement suppris » d'obtenir une bonne immunité avec une seule dose.

    Deuxièmement ces vaccins on été mis au point avec les mêmes procédés et les mêmes adjuvants utilisés d'ordinaires dans les autres vaccins, notamment ceux de la grippe saisonnière. Donc tout ceci a déjà été évalué auparavant.

    Troisièmement tous les vaccins mis sur le marcher ont obtenu une autorisation de l'Afssaps (autorité experte du médicament) ou de l'EMEA (agence au niveau européen) après évaluation par des experts. De plus CHAQUE LOT de production de vaccins est commercialisé qu'APRES CONTROLE de l'Afssaps (qui effectue des analyses de routine).

    Bref avant de partir dans l'excès et donner des arguments infondés, renseignez vous un peu.
    Et j'insiste sur un point qu'on oubli : c'est l'Afssaps qui autorise la mise sur le marché et cette agence est indépendante( ! ) du ministère de la santé et du gouvernement. Son directeur général n'est soumis à aucune hiérarchie dans ses décisions.

  • jicebe
    jicebe
    journaliste retraité
    • Posté à 13h54 le 12/11/2009
    • Journaliste
      journaliste retraité

    Moi je voudrais me faire vacciner. Je suis seul, hémiplégique, en ALD à 100 % après un accident cérébro-vasculaire et deux infarctus, mais j'habite à 10 km d'un centre de vaccination et le transport en Vsl n'est pas pris en charge sur le bon de Mme Bachelot ! !
    Pour la grippe saisonnière, mon médecin, l'infirmière et le pharmacien locaux sont là. Pour l'A H1N1, je fais quoi ? J'attends d'avoir la grippe pour aller au Samu en ambulance ?

  • Guy Valte
    Guy Valte
    Parisien abonné au gaz
    • Posté à 14h22 le 12/11/2009
    • Internaute
      Parisien abonné au gaz

    Je trouve la réticence populaire très représentative du niveau de confiance accordée aux initiatives de ce gouvernement. C'est pas un sondage mais presque, (encore plus cher que ceux de l'Élysée).

  • bibabouze
    • Posté à 14h30 le 12/11/2009
    • Internaute

    Je me suis fait vacciné ce midi à l'hôpital. J'étais là à l'ouverture et déjà 7 personnes dans la salle d'attente (3 médecins, 1 dentiste et 2 infirmières). 25 minutes d'attente pour 3 minutes dans le cabinet du médecin. Et ils étaient encore dix à attendre quand je suis ressorti.

    Bref, je ne peux qu'abonder dans votre sens Guillemette, pourquoi ne pas laisser les médecins traitants s'en charger ?

    Dans la salle d'attente nous nous disions en plaisantant qu'il fallait installer un self-service : chacun remplit le questionnaire, pique son voisin de droite et en 3 minutes c'est plié !

  • jivé13
    jivé13 répond à Chris.A
    salarié comme plus de 90%des (...)
    • Posté à 15h31 le 12/11/2009
    • Internaute
      salarié comme plus de 90%des (...)

    Dans le rayon Revue sérieuse je rajoute Prescrire de novembre :

    La revue Prescrire est la seule revue de formation médicale française qui n'accepte pas dans ses pages la publicité des laboratoires pharmaceutiques, et qui de plus se passe de l'aide à la presse de l'Etat .
    De plus, sa renommée auprès du corps médical tient au fait que les articles ne sont pas confiés à un seul « professeur de médecine » aussi compétent soit-il, mais sont le résultat d'un travail collectif soumis ensuite à des relecteurs nombreux.
    La méthode Prescrire, pour juger de la valeur d'un médicament consiste à éplucher toutes les études parues dans le monde sur celui-ci et d'en tirer un enseignement qui privilégie toujours l'intérêt des patients.
    Ainsi, pour Prescrire, un médicament présenté comme nouveau n'est pas souvent synonyme de progrès pour le patient.
    Dans son numéro de novembre, la revue étudie les 4 vaccins disponibles à ce jour et qui sont tous différents.
    PANENZA de Sanofi (antigène fragmenté sans adjuvant)
    FOCETRIA de Novartis (antigène fragmenté avec adjuvant MF59C.1)
    PANDEMRIX de GSK (antigène fragmenté avec adjuvant ASO3)
    CELVAPAN de Baxter (virus entier inactivé sans adjuvant) ;
    Pour les volontaires de la vaccination demandez-vous si au centre de vaccination de masse on vous donnera le choix.
    Etant précisé que le vaccin de Baxter présente beaucoup d'inconnues liées à l'utilisation du virus entier.
    Que les adjuvants augmentent notablement les réactions locales.
    Que le recul avec un vaccin contenant l'adjuvant ASO3 est beaucoup plus limité qu'avec l'autre.

    Quoiqu'il en soit, voici les conclusions pétries de bon sens médical de la Revue Prescrire :

    « Chez les adultes et les nourrissons en bonne santé, la gravité somme toute sans particularité de la grippe H1N1, ne justifie pas une stratégie vaccinale différente de celle mise en œuvre contre la grippe saisonnière. Chez eux, autant se passer de la vaccination, sauf contact fréquent et étroit avec des personnes à risque élevé de complication grave, par exemple les personnes partageant le même foyer, ou les soignants. »
    « En pratique, le vaccin à virus fragmenté sans adjuvant est à privilégier. »

    NB : les personnes à risque élevé de complication grave, sont essentiellement les personnes atteintes d'une maladie sérieuse de l'appareil pulmonaire ou du cœur ou d'une maladie affaiblissant les défenses immunitaires

  • citizenlambda
    citizenlambda répond à pablico
    trafiquant d'images
    • Posté à 18h03 le 12/11/2009
    • Internaute
      trafiquant d'images

    By Lien at 2009-11-11

    Lien

  • Toz
    Toz
    ingénieur SSII
    • Posté à 18h44 le 12/11/2009
    • Internaute
      ingénieur SSII

    Je réagis au titre de l'article : « je suis vaccinée, je peux arrêter de me laver les mains ».
    Je ne suis pas médecin, et ne souhaite pas jouer l'alarmiste, mais je ne suis pas certain qu'être vaccinée vous dispense de vous laver les mains ou de faire une croix sur les attitudes visant à protéger autrui. Si vous transportez le virus sur vos mains, vous contaminerez votre entourage.

  • jiemo
    • Posté à 07h21 le 13/11/2009

    Grippe A ?

    Ma fille étudiante à Paris est revenue au foyer porteuse de la grippe A, elle n'avait aucune courbature, juste une poussée de fièvre à 39.5.
    Elle a consulté son médecin traitant qui lui a préscrit une cure de Tamiflu, résultat : en 3 jours la grippe était éradiquée.

    Ma femme et moi n'avons pris aucune précaution particulière (pas de masque, hygiène normale) et n'avons pas été contaminés a son contact.

    Cette vaccination est elle utile, je me le demande...

    PS : le Tamiflu n'est pas un médicament annodin, il comporte certains effets indésirables auxquels ma fille n'a pas été confrontée.