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Raoult veut bâillonner Ndiaye et les Goncourt, pour la France

Marie Ndiaye à la sortie de chez Drouant après avoir reçu le prix Goncourt (Benoit Tessier/Reuters)

En partenariat avec LesInrocks.comEric Raoult, maire UMP du Raincy et député de Seine-Saint-Denis, veut faire taire Marie Ndiaye. Dans une question écrite transmise au ministère de la Culture la semaine dernière, le député UMP réagit violemment à un entretien publié par Les Inrockuptibles au mois d'août et en appelle au « devoir de réserve dû aux lauréats du prix Goncourt » :

« Monsieur Eric Raoult attire l'attention de M. le ministre de la Culture et de la Communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt.

En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française.

A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays. »

« Le droit d'expression ne peut pas devenir un droit à l'insulte »

Les prises de position de Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu'elle trouve « cette France [de Sarkozy] monstrueuse », et d'ajouter « Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux », sont inacceptables.

Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du chef de l'Etat. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel.

Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente.

C'est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu'il compte entreprendre en la matière ? »

« Nous sommes partis à Berlin en grande partie à cause de Sarkozy »

Dans l'entretien, à la question « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ? », l'écrivain répondait :

« Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous [avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants, ndlr] ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça.

Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux.

Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus.

Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c'est la mort.” »

Corinne Raoult, épouse du député, explique avoir « découvert l'article sur le site de France Antilles » et prévenu son mari, qu'elle dit « très choqué » parce que « le prix Goncourt représente la France ».

On attend désormais la réaction de Marie Ndiaye, qui, jointe par téléphone, n'avait pas encore pris connaissance des propos d'Eric Raoult.

Photo : Marie Ndiaye à la sortie de chez Drouant après avoir reçu le prix Goncourt (Benoit Tessier/Reuters)

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11 commentaires sélectionnés

Portrait de Peureux anonyme

De Peureux anonyme

10H56 | 10/11/2009 | Permalien

Etat d'esprit assez significatif de la classe politique actuelle, que de vouloir censurer un écrivain. On est bien revenu sous l'Ancien Régime.

Je comprends Mme Ndiaye d'être allée vivre à Berlin, comme sous Louis XV les intellectuels allaient à Londres ou à Amsterdam.

Portrait de Tyb

De Tyb

(par ici, par là) | 10H56 | 10/11/2009 | Permalien

Bravo.

Raoult n'a qu'à militer pour donner le Goncourt 2010 à Ben Ali.

Portrait de alberich

De alberich 84604

fumiste | 11H00 | 10/11/2009 | Permalien

Le prix Goncourt et l'académie du même nom sont strictement privés, personne morale régie par la loi de 1901 déclarée d'utilité publique elle est contrôlée de ce fait par les ministères sans qu'elle n'ait de comptes à rendre autres que financiers.

Comme le prix Nobel, son prestige lui est propre et ne doit rien à la France et encore moins à un maire de banlieue et encore ... moins que moins à sa bonne femme !

Portrait de Kodje

De Kodje

Economiste / Statisticien | 11H04 | 10/11/2009 | Permalien

Il faut quand même remercier chaleureusement Eric Raoult. Grâce à lui ce qui serait probablement passé inaperçu a quelques chances d'obtenir une bonne exposition médiatique.
Il eut été dommage que les propos de Marie Ndiaye ne soient pas relayés massivement alors même qu'on lance, sans aucun calcul politicien, un débat sur l'identité nationale devant impliquer les "forces vives" de la nation.
Merci à vous Marie.

Portrait de seg

De seg

assistante | 11H19 | 10/11/2009 | Permalien

Pour une fois, je vais lire le Goncourt, merci de l'info...

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 11H35 | 10/11/2009 | Permalien

Vite, un MUR autour de Marie Ndiaye !

Portrait de register.

De register.

republicain | 11H43 | 10/11/2009 | Permalien

C'est effectivement une grande question. Les écrivains ont-ils le droit de critiquer le pouvoir en place ? En permanence ou bien uniquement lorsqu'ils ont reçu un prix ? Ce débat rejoint celui sur l'identité nationale. Car justement notre identité nationale c'est ça (aussi) : des écrivains ont risqué le cachot et parfois leur vie pour avoir osé critiqué le souverain. Mais les citoyens ont fait la révolution et jugé que "sans liberté de blâmer il n'est point d'éloge flatteur". Allez Messieurs de l'UMP encore un effort dans votre dérive totalitaire et brûlez Zola, Montesquieu, Voltaire... et Camus, prix Nobel de littérature qui a osé critiqué l'occuppation, aurait-il du se taire ?

Portrait de ecor1

De ecor1

sur le fil | 11H52 | 10/11/2009 | Permalien

Tout a fait, pas de dérogations concernant la liberté d'expression.
De plus le Goncourt n'a pas vocation a représener la France et son attribution n'est pas subordonée au léchage de bottes des membres du gouvernement en fonction.

J'ajouterais que si la liberté était un élément caractérisant l'identité Francaise alors cette femme serait une excellente ambassadrice.
Malheureusement j'ai bien l'impression que la liberté sera la grande victime des années Sarkozy, avant meme le social.

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 13H53 | 10/11/2009 | Permalien

Le prochain prix Goncourt sera désigné entre 3 écrivains émérites
Pierre, Jean et Louis Sarkozy. Le jury se réunira au Fouquet's et comprendra les membres suivants
F. Lefebvre, N. Morano, F. Mittérand, E. Zemour, V. Pécresse et I. Balkany
Et à l'unanimité, les trois candidats seront déclarés vainqueurs.
Un dans la catégorie Album à colorier
Un dans la catégorie Littérature et immobilier
Un dans la catégorie le Rap et la littérature à travers les siècles.

Portrait de Bovary

De Bovary

13H48 | 10/11/2009 | Permalien

Le monstrueux Raoult a encore frappé (il doit être jaloux de Mgr Lefebvre, le cabot de l'Union Mussolinienne Patentée). Et en plus il ne dit que des c… bêtises.
L'entretien date du mois d'août… Il se réveille un peu tard et peut-on lui faire remarquer que :

1) 'à l'époque Mme Ndiaye n'était pas encore prix Goncourt,

2) le prix Goncourt n'appartient pas à l'État français,

3) le devoir de réserve ne saurait s'appliquer à qui que ce soit (ci-joint copié-collé du forum "Gendarmes et citoyens" :
"Le devoir de réserve est une notion souvent évoquée, mais qui pourtant n'existe pas dans le droit administratif de la fonction publique en France. Le texte de référence est la Loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires (loi Le Pors) .
Dans ce texte il n'est nulle part fait mention d'un "devoir de réserve", ni d'une "obligation de réserve".
Anicet Le Pors, qui fut ministre de la Fonction Publique de 1981 à 1984 et qui à ce titre fut l'auteur de cette loi de référence, a publié dans Le Monde du 31 janvier 2008 une tribune (qu'on peut trouver par exemple ici : [2] ) où il revient sur les principes qui ont guidé la rédaction de ces textes sur le statut général des fonctionnaires. Il y explique notamment que c'est volontairement que le devoir de réserve n'a pas été intégré aux obligations des fonctionnaires, laissant à la jurisprudence le soin de réguler certaines situations rares et très particulières : un amendement tendant à inscrire l’obligation de réserve dans la loi a été rejeté à l’Assemblée nationale le 3 mai 1983, et il fut alors précisé que celle-ci était "une construction jurisprudentielle extrêmement complexe qui fait dépendre la nature et l’étendue de l’obligation de réserve de divers critères dont le plus important est la place du fonctionnaire dans la hiérarchie" et qu’il revenait au juge administratif d’apprécier au cas par cas.
Dans cette même tribune, Anicet Le Pors précise que ce supposé "devoir de réserve" des fonctionnaires ne saurait en aucun cas être confondu avec le "secret professionnel" et la "discrétion professionnelle" évoqués dans l'article 26 de la loi, qui concernent "les faits, informations ou documents dont ils ont connaissance dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions". Il ne peut donc s'agir des faits, informations ou documents portés à la connaissance de tous les citoyens (par exemple des lois ou projets de lois, ou des déclarations publiques des membres du gouvernement).
Plus important, Anicet Le Pors rappelle l'article 6 de la loi : "La liberté d’opinion est garantie aux fonctionnaires." Et Le Pors renvoie alors à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, (...) pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi", rappelant par là que la loi sur le statut des fonctionnaires ne saurait s'opposer à la Déclaration de 1789, sauf à dénier aux fonctionnaires leur qualité de citoyen !").

4) les lauréats du prix Goncourt ne défendent pas "les couleurs llittéraires de la France" (lesquelles n'existent que dans la tête des paranos) : ils défendent leur écriture. À ce titre, ils n'ont aucune raison "de respecter la cohésion nationale et l'image de notre pays" comme l'affirme sottement le dernier Raoult venu.

5) est-il besoin de l'ajouter : je partage les propos de Mme Ndiaye.

Portrait de Anastaze

De Anastaze 53186

☺ | 13H53 | 10/11/2009 | Permalien

Didier flingue Éric en fin de chronique:

Sarkozy qui abat le mur de Berlin... photo truquée ?
envoyé par franceinter. - L'info video en direct.

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