Bonnes feuilles 09/11/2009 à 12h31

ONG : enquête sur le business des donateurs


Dans « Donateurs, si vous saviez », Marc Reidiboym dévoile les coulisses de ce business très lucratif. Extraits.


Adriana Karembeu pose pour la Croix Rouge à Strasbourg le 21 mai 2005 (Jean-Marc Loos/Reuters)

« Bonjour Madame, Monsieur, vous avez deux minutes ? ... » Face à vous, un ou une étudiante qui va vous réclamer un don pour une ONG. Croix-Rouge, Aides ou Médecins du monde : tous les poids lourds de l'humanitaire usent du street marketing pour recruter des donateurs. En faisant appel à de vrais pros, rémunérés. Le livre « Donateurs, si vous saviez » enquête sur ce phénomène de rue.

Marc Reidiboym en avait assez d'être pris pour un gogo sans coeur. C'est en regardant le Téléthon et son spectacle parfois culpabilisant que ce journaliste spécialisé dans la grande distribution a décidé d'enquêter sur les techniques marketing des ONG. A commencer par les ressorts utilisés par les grands shows télé qui usent (et abusent) de l'émotion pour ouvrir les portefeuilles.

De cette plongée (notre homme se fait embaucher par ONG Conseil, société spécialisée dans le recrutement de donateurs) dans l'humanitaire, on ne ressort pas indemme. Un exemple : si vous acceptez de donner une dizaine d'euros par mois, par prélèvement mensuel, il faudra entre 8 et 12 mois avant que le coût de votre « recrutement » ne soit amorti et que le don arrive enfin dans les poches de l'association retenue ! Un dispositif inventé par Greenpeace.

Y-a-t-il un modèle vertueux de développement pour les associations ?

Autre point fort de cette enquête : la comparaison entre plusieurs associations ayant fait des choix de développement très opposés. Des Restos du coeur au Secours populaire, en passant par l'Association française contre la myopathie (AFM) et bien d'autres, l'auteur dresse un tableau parfois inquiétant du monde associatif lorsqu'il se trouve confronté à la logique marchande.

Dans ce paysage, l'Etat ne brille pas par son souci d'efficacité. L'enjeu est pourtant de taille : les 20 premières associations françaises collectent plus de 1,1 milliard d'euros chaque année. Or, une grosse ONG faisant appel à la générosité publique risque de se faire contrôler par la Cour des comptes trois fois par... siècle. Quant au Comité de la Charte, son action est pour le moins inexistante, aucune association n'ayant jamais été radiée.

Dernier détail : cette enquête est éditée par Bertrand Gobin, éditeur indépendant dont il faut souligner à la fois les choix judicieux de sujet (L'Empire Mulliez, Le système Leclerc...) mais aussi la marque de fabrique qui consiste à raconter les ressorts de l'enquête en même temps que son déroulement. Vivifiant, à l'heure où les fast book s'écrivent plus vite qu'ils ne sont lus. Rue89 publie les bonnes feuilles du livre à paraitre jeudi, ainsi que l'interview vidéo de son auteur.

► Donateurs, si vous saviez... de Marc Reidiboym (éditions Bertrand Gobin, 19 euros).
Lire le premier extrait : « Une société spécialisée dans la quête du don » et voir la vidéo

Une société spécialisée dans la quête du don

ONG Conseil n'a rien d'une association caritative. C'est une société anonyme à responsabilité limitée (SARL) créée en 2004 par deux anciens membres de Greenpeace. Elle vend ses services aux acteurs du monde humanitaire et caritatif, comme une agence de conseil facturerait ses prestations à des entreprises privées.

A ce jour, 17 organisations se sont laissé convaincre. La plupart ont pignon sur rue : Ligue nationale contre le cancer, Aides, Croix-Rouge française, Médecins du monde, Handicap international, WWF, Action contre la faim, Les amis de la Terre, etc.

ONG Conseil embauche, forme et rémunère en leur nom ce qu'elle appelle des « recruteurs de donateurs ». Leur mission : investir des lieux très fréquentés et aller au contact des passants pour les convaincre d'effectuer un don régulier et automatique, par prélèvement bancaire.

Cette démarche a prouvé son efficacité. Elle permet non seulement aux associations d'accroître rapidement le nombre de leurs sympathisants mais, aussi, de bénéficier de revenus sûrs et réguliers. Enfin, elle draine des donateurs au profil particulier : plus jeunes que ceux des campagnes de sollicitation classiques par voie postale ou via des actions dans les médias, ils apportent souvent là leur premier soutien financier significatif.

Un public fort intéressant, donc... Et une mine pour ONG Conseil, parvenu en cinq ans à imposer en France ce que les Anglo-Saxons nomment le street fundraising : la collecte de fonds dans la rue.

Problème : ces campagnes exigent une présence nombreuse et continue sur le terrain. Elles sont donc nécessairement coûteuses pour les associations. De plus, l'activité d'ONG Conseil a peu à voir avec les collectes classiques effectuées par des bénévoles. Elle suppose des méthodes d'approche professionnelles, des techniques de persuasion dignes d'une entreprise de démarchage à domicile. Autant de méthodes souvent contestables...

Après réflexion, je dois me rendre à l'évidence : la meilleure façon d'en apprendre davantage est d'endosser les habits d'un recruteur de donateurs. Le coup de téléphone du jour a donc un seul et unique objectif : tenter de me faire embaucher par ONG Conseil. (...)

Voir la vidéo et lire la suite : « La formation des recruteurs de donnateurs »

La formation des recruteurs de donnateurs

Au passage, le jeune responsable de programme nous fournit une information essentielle : en moyenne, une personne qui signe et ne se désiste pas dans la foulée maintient son prélèvement bancaire pendant...cinq ans !

C'est l'une des clés du marketing de rue : une fois recruté, le donateur s'avère très fidèle. Même s'il n'adhère plus tout à fait aux valeurs de l'association, l'effort requis pour retrouver les coordonnées de l'association, joindre la bonne personne et mettre fin au prélèvement le dissuade la plupart du temps.

« La rentabilité d'une mission de rue s'apprécie sur le long terme, me confirmera plus tard Pascale Decap, responsable de la collecte de fonds chez Aides. Contrairement à un grand événement médiatique, qui fournit des sommes importantes mais ponctuelles, elle produit des revenus réguliers et durables, sans avoir à renouveler l'investissement de départ. »

La responsable sait de quoi elle parle : présente dès la création d'ONG Conseil en 2004, son association figurait parmi ses tout premiers clients.

En quatre ans, 110 000 donateurs réguliers au total ont été recrutés dans la rue. A 9 euros par mois en moyenne, cela représente près de 12 millions d'euros assurés chaque année. Les derniers comptes publiés par l'organisme ne mentionnent que 9,4 millions d'euros de recette.

Mais ils datent de 2007 et sont nettement supérieurs à ceux de l'exercice précédent (+ 100% ! ). Ils représentent déjà, pour Aides, 80% des ressources issues de la générosité publique...

Notre efficacité sur le terrain est donc primordiale. Tout le sens de la formation qui démarre est de faire de nous des recruteurs productifs. Les présentations à peine terminées, Clément commence d'ailleurs à nous délivrer ses premiers conseils : ne pas cibler les passants selon leur âge, leur aspect ou leur couleur de peau, par exemple.

Ce sain principe répond certes à des considérations éthiques -un document remis plus tard dans la journée parle de « visée universaliste » de la communication pilotée par ONG Conseil- mais permet, surtout, d'accroître notre efficacité. Cibler les passants, en effet, c'est « choisir spontanément des gens qui nous ressemblent et passer à côté d'autres, tout à fait disposés à donner ». Exemple : des personnes âgées que l'on préfère généralement préserver... L'argument est confirmé par Clara, la recruteuse expérimentée du groupe.

Dans le même registre, notre formateur nous incite à ne pas trop perdre de temps en efforts de persuasion :

« Si quelqu'un manifeste une hostilité viscérale à l'égard de la Croix-Rouge ou des associations caritatives en général, n'insistez pas, nous conseille-t-il. Il vaut mieux passer à quelqu'un d'autre. Nous n'avons pas la prétention de changer les mentalités. Notre rôle est de multiplier les contacts pour maximiser nos chances de trouver des donateurs. »

Il conclut par une jolie métaphore, assez révélatrice :

« Nous sommes des chercheurs d'or, pas des alchimistes, nous ne cherchons pas à changer le plomb en or. »

Clara acquiesce à nouveau... Je fais alors remarquer qu'en tant que « porte-drapeaux » de l'association nous sommes censés défendre ses valeurs auprès des passants et corriger, le cas échéant, les fausses rumeurs ou inexactitudes. Si quelqu'un prétend connaître un scandale à la Croix-Rouge, par exemple, notre rôle n'est-il pas de le contredire ?

« Tu confonds recruteur de donateurs et militant, me répond Clément. Quelqu'un qui tente de gagner les autres à sa cause, c'est un militant. On a déjà essayé de faire des missions de rue avec des militants bénévoles : ça ne fonctionne pas. Ils ont tendance à vouloir convaincre tout le monde, même quand c'est peine perdue. A la fin de la journée, ils y ont passé beaucoup de temps, leur bilan est maigre et ils sont le plus souvent complètement démoralisés. »

► Voir la vidéo et lire la suite : « Le coût pour les associations »

Le coût pour les associations

Une fois la formation achevée, je questionnerai Sylvain à ce sujet. Un peu embarrassé, il me fournira tout de même les chiffres demandés, malgré la présence de mes six coéquipiers à nos côtés :

« Oui, alors, je n'aime pas trop aborder le sujet mais, après tout, il faut l'avoir à l'esprit quand on est dans la rue. Entre vos salaires, les charges sociales, l'équipe administrative et logistique qui travaille chez ONG, tous les frais divers et variés, chacune de vos heures est facturée au minimum 60 euros aux associations.

Selon leur durée et la taille de l'équipe, on arrive à un coût global par mission de 40000 à 60000 euros. C'est beaucoup et ça doit être un facteur de motivation supplémentaire pour vous : plus vous ferez signer de bulletins, plus la mission sera rentable pour l'asso. »

Un peu abasourdis par les chiffres annoncés, les membres de l'équipe écoutent sans broncher le court exposé de Sylvain. J'aurai l'occasion de vérifier ses dires chez Aides, qui débourse 68 euros de l'heure en moyenne, toutes charges comprises. A raison de 800 heures environ par mission, on arrive à un coût global de 54 400 euros, en plein dans la fourchette révélée plus haut.

Autre information capitale : le montant moyen du prélèvement consenti par les donateurs. Toujours chez Aides, il s'élève à 9 euros par mois. Ce montant est plus élevé dans d'autres associations (il approcherait 11 euros par mois, par exemple, à la Croix-Rouge), de sorte que la « moyenne des moyennes », toutes associations confondues, tourne autour de 10 euros. L'information permet de mesurer précisément la rentabilité de l'opération pour les « assos ».

Petit problème d'arithmétique : si Aides dépense 68 euros de l'heure pour faire travailler le recruteur et si ce dernier convainc un donateur par heure, combien de temps faut-il à l'association pour rentrer dans ses frais ? Réponse : huit mois. Au bout de cette période, en effet, l'association a perçu 8 x 9 = 72 euros. Il s'agit là d'une recette. Et, comme pour toute opération commerciale, c'est en soustrayant les dépenses des recettes que l'on obtient le bénéfice : 72 - 68 = 4 euros.

Conclusion : Aides est rentrée dans ses frais en huit mois. A partir du neuvième, la somme prélevée sur le compte du donateur bénéficie à 100 % à l'asso. La réalité diverge toutefois assez nettement de cet idéal. Même avec la meilleure volonté du monde, il est impossible de convaincre un donateur par heure.

Les meilleurs recruteurs obtiennent 0,75 signature à l'heure en moyenne et les très bonnes équipes sont à 0,68. Sur le programme Croix-Rouge, nous apprend Clément, le score global est de 0,6. Dès lors, ce n'est plus huit mois que l'association doit patienter pour enregistrer un bénéfice mais plus d'un an.

Une année pendant laquelle les sommes prélevées sur le compte du donateur ne vont pas à la cause mais servent uniquement à payer le recruteur et les autres charges d'ONG Conseil ! Voilà pourquoi notre formateur insiste tant sur notre motivation et notre combativité. Il doit tout faire pour satisfaire les clients d'ONG Conseil, en particulier celui dont il a la charge.

La tâche n'a rien d'une sinécure car tous n'ont pas la patience d'Aides. Certains exigent, paraît-il, de rentabiliser le coût d'une mission en 12 mois au maximum. Quitte à réduire leur contingent annuel d'heures si cet objectif n'est pas atteint

► Donateurs, si vous saviez... de Marc Reidiboym (éditions Bertrand Gobin, 19 euros).

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  • hiaw
    hiaw
    Sur Terre
    • Posté à 14h19 le 09/11/2009
    • Internaute
      Sur Terre

    Cet article me fait chier, je suis donateur pour Care et Handicap international, et c'est vrai que je m'étais demandé pourquoi payer des gens qui demandent des dons, c'est débile

    et puis dans le doute je me suis dit autant que je crache pour les petits africains (entre autre) mais quand je lis l'article j'ai tout de suite envie d'arrêter mes dons ....

    J'arrive pas à me faire une idée

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 14h37 le 09/11/2009
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    Moi , de part mon expérience professionnelle (courte et horrible) dans les échanges de fichiers de presse d'abonnés avec la plupart des grandes ONG de donateurs, les seuls qui m'ont paru scrupuleusement honnêtes, intelligents, vraiment professionnels et réfléchis, ce sont ceux du Secours Catholique .
    Je tenais à l'écrire publiquement ici et je précise que je ne suis pas catholique .

  • Emilie B
    • Posté à 14h58 le 09/11/2009

    Pour répondre à plusieurs réactions vu ici, alors que je connais un peu le milieu ...

    1) Oui ce sera normalement aux Etats de s'occuper des populations qui en ont besoin, ce serait dans un monde parfait. Or c'est pour le moment difficile dans beaucoup de pays, les ONG sont donc un moyen de pallier à ce manque et de permettre à certaines personnes de vivre mieux.

    2) Les dons de particuliers dits dont privés, différents des dons publiques fait par des bailleurs de fond ou l'Etat, permettent aux ONG d'être indépendantes et d'agir où elles le veulent, dès qu'une crise survient.

    3) Oui les petits gadgets que vous recevez dans vos boîtes aux lettres ont un coût, mais celui-ci est dérisoire comparé à ce que gagne une ONG en retour à ces sollicitattions. Sinon elle ne le ferait pas.

    4) En règle générale, pour chaque don, 75% va directement sur le terrain, 12 à 13% finance la communication et le marketing, 7% les coûts opérationnels, etc.

    5) L'humanitaire n'est aujourd'hui plus fait pas des bénévoles. En effet, son action nécessite d'avoir des gens expérimentés, qui savent de quoi il retourne et ce qu'il faut faire sur le terrain, sur le long terme. Or c'est très difficile de fonctionner comme cela avec des bénévoles. De plus, y aurait-il réellement une mission sociale de l'ONG si elle ne rémunerait pas les gens qui travaillent pour elle et les laissaient « dans la merde » ? Même avec toute la bonne volonté du monde et l'engagement que l'on peut avoir, il faut bien manger à la fin du mois.

    6) Je ne dit pas que tout est parfait, tout transparent ni tout rose. Mais il faut savoir que les grandes ONG (MSF, MDM, ACF, HI, etc.) sont sans arrêt controlées, qu'elles doivent rendre compte sur le plus petit de leurs achats, et qu'il est donc rare qu'il y ait détournements etc.

  • zvib
    zvib répond à hungawa
    • Posté à 15h22 le 09/11/2009

    Cet article me perturbe un peu.
    Je suis donateur a handicap international, aide et action et aides.

    1) J'ai été recruté par du « street-marketing », à chaque fois j'ai bien demandé si la personne était payée et on m'a à chaque fois répondu que c'était du bénévolat. Qui croire ?

    2) Les courriers de handicap international avec des béquilles en bois ou d'action contre la faim avec des pipettes etc me surprennent. Déjà, j'ai demandé à être informé par des newletter en pdf par mail et je ne reçois que les rapports annuels et reçus fiscaux par la poste. Si ces associations utilisent réellement autant d'argent pour envoyer tout cela à leur donateur ou pour essayer d'en recruter de nouveaux c'est clairement scandaleux...

    3) Les ONG sont toujours des solutions pour essayer de régler ce que les politiques n'ont absolument pas l'envie/le courage/l'intelligence ne serait-ce que d'essayer de régler. Les réponses du type « le mieux est d'aller aider soi-même » sauf dans le cadre de congés de solidarité (Lien) sont impossibles à mettre en oeuvre pour la plupart d'entre nous...

    Alors que faire mes amis ?

    Les ONG devrait être clairement plus contrôlées pour éviter toutes dérives. Mais il faut également dépenser de l'argent pour ces contrôles... En gros les ONG doivent dépenser de l'argent pour recruter de nouveaux soutiens et certains organismes public devraient en dépenser également pour les contrôler ? Beaucoup d'argent gâché par rapport au but final des ONG, non ?

  • timsalze
    • Posté à 20h34 le 09/11/2009

    Je ne vois vraiment pas se qu'il y a de scandaleux quant à l'utilisation de tels procédés.

    En tant qu'ONG, il est normal de vouloir maximiser les recettes affin d'avoir plus de fonds et un rayon d'action plus important. Le marketing et la recherche de dons est une étape normal de ce processus.Ce procédé est même d'autant plus intéressant qu'il permet d'obtenir un revenu stable à court ou moyen terme et donc de préparer des programmes sur le long terme, certain programmes importants, notamment dans le développement économique, pouvant durer plus d'une dizaine d'année.
    Quant au fait que les personnes recrutant des donateurs ne soient ni des militants ni des bénévoles, cela ne me semble en rien choquant. Je ne vois pas l'objet de la polémique, l'accès à du personnel formé et sélectionné me semble une raison suffisante pour faire appel à cette entreprise.
    Je voudrais aussi ajouter que les ONG se doivent de faire preuve d'efficacité dans leur travail afin de mener à bien leur projet le plus rapidement et de manière la moins onéreuse possible. Pour cela les ONG ont parfois moins besoin de personnes sans qualification partant avec l'ambition de sauver le monde que de professionnels extrêmement qualifiés.
    En dernier lieu, si je devais donner un seul conseil aux personnes désirant partir à l'étranger afin d'aider une ONG, se serait de se renseigner quant aux postes disponibles avant le départ.

  • ah oui
    • Posté à 14h01 le 10/11/2009

    Cet article a le mérite de nous éclairer sur un marché qui préfère sans doute la discretion, celui de la collecte de dons.

    Or, en lisant les commentaires sélectionnés, j'ai l'impression qu'il y a une certaine confusion entre fonctionnement interne des ONG, récolte de fonds, et prestataire de services... Ca vire facilement au « tous des pourris en rayban qui bourrent sur les routes du soudan en 4x4 »

    Il me semble en effet que cet article ne traite pas du fonctionnement interne des ONG (ce pour quoi - comme ca été dit tres justement - elles sont régulièrement contrôlées) mais justement du marché généré par les dons, au sein duquel agissent des entreprises tout ce qu'il y'a de plus classiques.

    la première de toutes (même peut être la seule en France ? ) étant ONG conseil

    comme l'indique l'article, il s'agit d'une SARL qui sous traite l'activité de récolte de fonds (liste des ONG « clientes » : Lien). Ainsi, lorsque vous êtes accostés dans la rue par un démarcheur portant, selon la période, une polaire WWF, un tee-shirt AIDES ou un coupe-vent MDM, il s'agit d'un salarié de ONG conseil, c'est d'ailleurs généralement écrit en tout petit petit sur son badge.

    Lorsque vous faites un don à une ONG, quelque chose comme 20% revient à ONG conseil, c'est à dire à un prestataire de service lambda avec un fonctionnement d'entreprise tout ce qu'il y'a de plus classique : des salariés en CDD payés au SMIC (ou un chouilla plus), une flopée de cadres, quelques conflits sociaux et deux patrons qui vivent très très bien de leur gros chiffre d'affaire (et sont donc susceptibles de posséder des raybans et de bourrer en 4x4 dans des jolis paysages, voir plus haut).

    On peut alors regretter deux choses :

    1) que les ONG n'aient pa su créer une plateforme commune de récolte de dons (SCOP ? , association ? coopérative ? ), ce qui aurait évité qu'une partie considérable des dons finissent dans les poches de chefs d'entreprise et ne soient pas dévolues entièrement à l'action humanitaire.

    2) que des types peu scrupuleux qui ont acquis leur expérience chez greenpeace aient été assez malin pour créer un marché là où il n'y en avait pas (ce type d'entreprise existe en effet depuis peu de temps en France mais depuis quelques années en grande bretagne)

    quelques articles existent sur le sujet :
    - Lien
    - Lien
    - Lien
    - Lien

    Ce qui est remarquable, c'est que comme ici, ces articles génèrent un flot de commentaires manichéens qui oscillent entre « les ONG, c'est des américains qui veulent gouverner le monde mais qui s'en foutent des pauvres tu vois » et « celui là qui critique les ONG, c'est celui là qu'il est aigri et qu'il est pas généreux ». il est pourtant légitime de ne pas agréer que les dons et l'engagement humanitaire soient vendus comme des slips

    la meilleure solution reste donc d'envoyer directement ses dons aux ONG qu'on soutient sans passer par l'entremise de vendeurs de charité

  • valentin59
    • Posté à 21h16 le 10/11/2009

    C'est assez consternant de voir à quel point l'acharnement envers le milieu associatif, et particulièrment les ONG, n'a pas de limites.

    J'ai moi même était « recruteur de donateurs », et je suis fier de pouvoir dire que j'ai travaillé pour une entreprise (ONG conseil, citée dans l'article) qui se targue d'un minimum d'éthique. La sincérité et le respect des valeurs des associations étant en permanence défendu. (Exemple pour AIDES : « ne jamais cacher une partie de l'activité comme le programme d'échange de seringues sous pré&texte qu'il pourrait choquer une partie du public (ou publique cf M. Estrosi) »)

    Certes c'est un système ambigu, où l'on ne sait plus si notre rôle est de faire vivre une entreprise dans tout ce qu'elle à de besoin de rentabilité et de profit ou alors d'être la « vitrine » des assos concernés. Le terme vitrine est finalement bien approprié car si ces méthodes paraissent choquantes elles ne sont que celles utilisées par les industriels, commercants et autres vendeurs de rêves.

    C'est finalement une approche pragmatique de la situation. Si l'on peut parler de professionalisation de l'humanitaire avec ce genre d'initiatives, on peut également se rendre compte que celle ci est essentielle et permet une meilleure action globale et solidaire.

    Je suis actuellement « en froid » avec ONG conseil pourtant je continuerai à défendre ce système ambigu sur bien des points mais efficace et réaliste.

    Et si on laissait les assos aider chaque année des millions de personnes, panser les plaies du système et participer à la création d'un monde solidaire et « meilleur » ?

    PS : Ce n'est pas parceque l'on est (grassement) payer que l'on ne s'investit plus dans son métier et que l'on ne croit plus aux causes que l'on défend.