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Chirac-Sarkozy : derrière les effusions, un mariage de raison

Oubliée la « rupture », Nicolas Sarkozy adore Chirac. Il est venu le dire vendredi à la Sorbonne, à l'occasion de la remise des premiers prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits. « Jacques » par ci, « cher Jacques » par là, l'actuel Président a loué la « vision du monde » de son prédécesseur, son « courage », « l'esprit de paix » qui l'anime, etc.

« C'est pas tous les jours que j'ai le plaisir d'être aux côtés de Jacques Chirac », a-t-il conclu, ravi de mettre en scène la « continuité des responsabilités ». En ajoutant, allusion aux mémoires de l'ancien Président :

« Ce qui ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout et qu'on l'a été sur tout, si j'ai lu un bon livre récemment sorti en librairie et dont il n'est pas lieu de faire la promotion aujourd'hui. » (Voir la fin de la vidéo)

Certains esprits subtils, au Journal du Dimanche, par exemple, ont trouvé de l'ambiguïté dans les propos de Sarkozy. Après avoir visionné cette vidéo, je n'ai pas du tout ce sentiment.

Mais il y a quelque chose d'étrange dans ce spectacle donné à la Sorbonne. A Villepin, considéré comme « coupable » avant son jugement dans l'affaire Clearstream, Sarkozy promet son « croc de boucher » ; à Chirac, il professe son « estime et son amitié ».

Pourtant, les notes du général Rondot tendent à montrer que dans l'affaire Cleastream, s'il y a eu manipulation pour déstabiliser Sarkozy, comme en est convaincu ce dernier, elle a eu lieu sur instruction du « PR », comme il est écrit dans ses petits carnets.

La hache de guerre est enterrée

Dans ses mémoires, Chirac flingue Giscard et Balladur, mais ménage Sarkozy. Tout au plus concède-t-il qu'il a mal vécu sa trahison, en 1994, lorsque le jeune politicien « nerveux, empressé, avide d'agir » choisit de soutenir son rival Edouard Balladur à la présidentielle :

« Cette première défection ne me laisse pas indifférent. Nicolas Sarkozy est à mes yeux bien plus qu'un simple collaborateur. »

Le livre de Chirac ne couvre que la période allant jusqu'à sa victoire à l'élection présidentielle de 1995. Pour ses rapports houleux avec son ministre Nicolas Sarkozy, il faudra attendre le deuxième tome. On se souvient notamment de la remise au pas qu'il avait tenté de faire, en juillet 2004, en rappelant la préséance qui s'impose : « Je décide, il exécute. » (Voir la vidéo)

Ce qui s'est passé à la Sorbonne vendredi est un pur moment de politique. Les couteaux ont été remisés, l'affectif a été étouffé, l'intérêt a repris le dessus.

Et l'intérêt d'un rabibochage est réciproque. Chacun, en rehaussant l'autre, renforce le prestige de la fonction présidentielle, et donc leur prestige. Mais cette explication n'est pas sufffisante : Chirac a moins d'égard pour Giscard, qui est pourtant un autre dépositaire de l'aura présidentielle. Les vraies raisons sont ailleurs :

  • Jacques Chirac vient d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel pour l'affaire des emplois fictifs à la mairie de Paris. Apparaître comme un grand président, populaire, admiré par son successeur, renforce évidemment sa position dans la partie judiciaro-politique qui s'ouvre.

    Bernadette, sa femme (que Sarkozy a qualifié un jour de « bonne fée ») l'a poussé à se réconcilier avec Sarkozy. Et à oublier que c'est sur le rejet de son propre bilan (« l'immobilisme ») que ce dernier a astucieusement construit sa campagne électorale en 2007…

  • Nicolas Sarkozy, lui, souffre d'une chute de popularité. Il est pour la première fois perçu comme « battable ». Selon un sondage CSA pour LCP, Dominique Strauss-Kahn pourrait désormais le battre en 2012, s'il se présentait.

    Or son « cher Jacques », lui, regorge de popularité. S'afficher à ses côtés, vanter l'homme et ses valeurs, sa vision et tout le reste ne peut donc pas faire de mal…

A la Sorbonne, vendredi, on ne jouait donc pas « embrassons-nous Folleville », mais plutôt la fable de l'aveugle et du paralytique ; vous savez, « Moi, je vais vous porter ; vous, vous serez mon guide ». Ces deux hommes souffrent chacun d'une faiblesse, que l'autre peut résoudre. Ne pas s'associer serait vraiment se tirer une balle (ou un croc de boucher) dans le pied.

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de JJLF

De JJLF

citoyen mitoyen | 21H44 | 07/11/2009 | Permalien

Il y a une wild card que vous ne prenez pas en considération dans cette partie à trois, voire à quatre. C'est Pasqua. Quel est son rôle, quel est son poids, et quelle réalité derrière ses menaces ? Les factions UMP s'égorgent sous nos yeux ébahis et ça devient un peu difficile à suivre. A moins qu'il n'y ait derrière tout cela plus de confusion et d'improvisation qu'on ne veut l'imaginer. C'est souvent le cas en politique. Il serait utile d'avoir accès à quelques sondages non-expurgés par les laquais de l'Elysée. Ça doit sentir très fort le brûlé, sinon déjà le sapin.

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De Fnork

| | 22H44 | 07/11/2009 | Permalien

La question soulevée est très intéressante. Les réponses proposées le sont moins selon moi. Cela dit j'ai pas grand chose d'autre à proposer, donc je vais tâcher de rester humble hein...

Je ne pense pas que M. Chirac tire un grand bénéfice de ce rabibochage surréaliste... Car lui, s'il reste des personne à qui il doit rendre des comptes, ce n'est pas dans l'opinion publique: ses fonctions sont derrière lui, il n'a rien à prouver au peuple-qui-comprend-pas-les-méthodes-de-communication, mais à la justice. Qui (du moins je l'espère) en a rien à foutre des aléas people-o-médiatiques des accusés.

M. Sarkozy, quant à lui, n'utilise que peu cette facilité de "poser à côté d'un gars sympa vous rend sympa", et ne crois à priori pas non plus en son contraire: M. Kadhafi a quand même été reçu avec l'élégance et tout le bon savoir faire de la France en matière d'hospitalité, on peut pas vraiment dire que ce soit vendeur en terme d'image.

Mais du coup, et si l'on pense comme moi: la question reste sans réponse... Et amusante, à un certain niveau. Toute action d'un politique, de nos jours, se joue sur le grand échiquier de la communication: alors qu'est-ce qui motive à ce point ces gens que tout sépare à venir main dans la main parler aux français????

Portrait de Hodie

De Hodie

23H58 | 07/11/2009 | Permalien

Hypothèse : Sarkozy s'est invité, son intérêt bien compris, faisant d'une pierre deux coups, à savoir

1/apparaître à la tribune et récolter quelques applaudissements (par exemple, en affirmant l'absurdité d'un G20 comptant trop d'absents ou une ONU n'ayant pas de chefs d'Etats africains parmi ses membres permanents);

2/se payer Chirac en lui volant la vedette au passage. Je viens de regarder son allocution, histoire de me faire une idée, et pour moi il ne fait pas de doute que l'actuel président en envoie plus d'une peu tendre à l'ancien (quand il le "félicite" pour ses engagements dans la résolution de la crise des Balkans - soulignant combien la situation continue d'être extrêmement tendue -, dans celle du conflit israëlopalestinien - toujours pas de solution en vue -, pour sa "complicité" avec Kofi Hannan - dont il rappelle les polémiques auxquelles il fut mêlé -, etc.).

Peut-être les deux hommes ont-ils en effet des intérêts communs les contraignant à un semblant de paix, sans doute n'ont-ils pas trop non plus la possibilité de tirer à vue l'un sur l'autre publiquement (ce ne serait bon ni pour l'image de l'un ni pour celle de l'autre), mais en tout cas il me semble clair qu'avec cette intervention Sarkozy s'est fait plaisir aux dépens de Chirac.

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