DéCRYPTAGE

EPR : Areva et EDF ont du plomb dans l'atome

Manifestation contre l'EPR français en Finlande le 5 juin 2006 (Lehtikuva Lehtikuva/Reuters)

Areva et EDF ont beau afficher la plus grande sérénité face aux demandes de l'Autorité de sûreté nucléaire sur la conception des réacteurs troisième génération (EPR), le fleuron technologique si bien vendu à l'étranger semble sérieusement mis en cause.

Fait sans précédent, les autorités de sûreté indépendantes de trois pays, Finlande, Grande-Bretagne et France, où des réacteurs nouvelle génération sont en projet, ont exigé, http://asset.rue89.com/files/Declarationcommune_HSESTUKASNtraduite__3_.p… 94« >dans un communiqué commun, des réponses précises à des questions techniques touchant la sûreté des systèmes de contrôle-commande, véritable cerveau du réacteur. Ils demandent aux exploitants et aux fabricants “d'améliorer la conception initiale de l'EPR”.

L'Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), rendue indépendante par la loi de 2006 qui garantit “le droit du public à une information fiable et
accessible en matière de sécurité nucléaire” est particulièrement sévère envers EDF, futur exploitant de l'EPR en construction à Flamanville, dans la Manche :

“La complexité de l'architecture proposée par EDF rend difficile l'élaboration d'une démonstration de sûreté satisfaisante. (…)

Compte tenu de l'ampleur et de la complexité des démonstrations restant à fournir pour justifier le respect de ces principes, l'ASN estime que la certitude d'aboutir in fine à une démonstration de sûreté acceptable fondée sur l'architecture actuellement prévue n'est pas acquise.”

Areva est “content”, les experts divisés

EDF, l'exploitant du futur site, comme Areva, qui fournit le réacteur, ne se disent ni surpris ni inquiets et jurent qu'ils feront le nécessaire. Areva précise à Rue89 :

“On est content que cette démarche se déroule entre les autorités de sûreté des trois pays, car ça va nous pousser à une standardisation de nos contrôles commande. Ça nous permet de prendre une longueur d'avance sur nos concurrents.”

Interrogé par Le Point, Jean Gassino, spécialiste des systèmes électriques et du “contrôle-commande” à l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire semble partager cet optimisme car :

“Le problème posé par le contrôle-commande sur l'EPR est similaire à celui posé pour les centrales de générations précédentes.”

Si Areva est forcé d'admettre des déboires sur la construction de l'EPR finlandais (livraison repoussée à 2012 et un probable doublement des coûts), l'entreprise tape sur son confrère français :

“Pour Flamanville, ça se passe très bien, et d'ailleurs c'est plus à EDF de répondre, nous ne fournissons que les réacteurs. Livrer comme prévu en 2012 n'est pas insurmontable du tout.”

Un avis que ne partage pas l'expert indépendant Yves Marignac interrogé sur France Info ce matin :

“Remettre à plat la conception et la démonstration de ce système n'est pas quelque chose qui pourra se régler en quelques mois… Si on y arrive un jour ! ”. (écouter le son)

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Une autorité indépendante qui commence à montrer les dents

Areva reste de marbre tant face aux appels de Dominique Voynet à stopper le chantier et de Corinne Lepage d'un moratoire sur les constructions d'EPR que devant les rappels à l'ordre répétés de l'Autorité de sûreté nucléaire.

Récemment, on a découvert du plutonium non recensé dans les ateliers de Cadarache qu'Areva avait omis pendant plusieurs mois de signaler à l'ASN. Et un peu plus tôt, la sortie de l'enquête sur les déchets nucléaires français exportés en Sibérie a abouti à la saisine par Jean-Louis Borloo du Haut comité pour la Transparence et l'Information sur la Sécurité Nucléaire.

On asssiste là à une montée en puissance de l'Autorité de sûreté nucléaire, qui, pour asseoir sa récente indépendance montre des dents. Comme l'analyse Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire chez Greenpeace :

“L'ASN est gênée car elle avait donné un feu vert global sur la construction de l'EPR français, et se trouve à vérifier si ce qui se fait est conforme ou pas à ce qui était prévu. Là, elle s'aligne sur les Britanniques et les Finlandais pour ne pas avoir à se dédouaner de sa décision antérieure.

Le plus probable est qu'elle a laissé faire Flamanville pour ne pas gêner l'exportation des EPR partout dans le monde… aujourd'hui l'autorité aurait eu l'air bête si elle ne s'alignait pas.”

5 commentaires sélectionnés

Portrait de mamane

De mamane

Ingénieur | 21H47 | 03/11/2009 | Permalien

pour avoir bosser qq temps en validation du contrôle commande des centrale EPR, je peux vous garantir qu'il n'y a rien de surprenant.

Sur des consieration uniquement technique, il est facile de conclure que c'est une véritable honte cet EPR ! Avec les méthodes de travail employées, il n'y a rien de surprenant à ce que les autorité de sureté montrent les crocs.

Portrait de affreuxjojo

De affreuxjojo

22H02 | 03/11/2009 | Permalien

L'inconvénient dans cette affaire, c'est que l'EPR a été vendu un peu partout avant d'être vraiment au point. L'idée étant sans doute, vendons d'abord et avant les concurrents, et on réglera les "détails" relatifs à la sécurité ensuite. Il semble que les clients reniflent de plus en plus l'arnaque.

Deux points sont très inquiétants.
-Tous les pays clients seront-ils aussi intransigeants que la Finlande et le Royaume-Uni en matière de sécurité?
-Qui assumera le coût des retards ou, plus coûteux encore, le coût de l'abandon de cette technologie?

Portrait de Jovan

De Jovan

Nouille Orquee | 01H24 | 04/11/2009 | Permalien

On entends souvent tout et n'importe quoi sur l'energie ce qui prouve a quel point ce dossier est sensible...
Mes deux cents au débats:
1 - Mme Voynet n'est pas écologiste. Non. Un écologiste est un scientifique qui fait de l'écologie, c'est a dire l'étude des écosystèmes. Mme Voynet fait de l'ecologisme qui est le pendant philosophique et politique de la défense de l'environnement.

2 - Le protocole de Kyoto impose aux états signataires de réduire leur production de gaz a effets de serre. En assumant que la production suive la demande il n'y a pas 36 voies: la filière nucléaire est la seule qui puisse produire la quantité d'énergie nécessaire sans produire de gaz a effet de serre.

3 - Les centrales a recyclage d'energie renouvelables ne peuvent assurer la continuité nécessaire de production d'energie. C'est un probleme electrique. Il doit y avoir une parfaite adequation entre l'offre et la demande d'electricite, sinon ca saute et coupure pour tout le monde. SI on avait que de l'eolien, ben une chute de vent et tout le monde dans le noir.

4 - Oui... mais les batteries... Ben les batteries sont polluante. Tres. Et pour améliorer les performances des batteries, on utilise des métaux rares. Dont l'exploitation détruit paysages et problèmes géopolitiques.

5 - La production d'éolienne est aussi très polluante, d'une pollution dont nous ne maîtrisons pas encore la chaîne: Les nano fibres. Ben oui les fibres de carbone sont totalement indigestes pour l'écosystème qui ne les recycle pas. Pourtant sans elles pas moyens de construire des éoliennes efficaces (légère et solides) .

6 - Les États unis ont des lobbies tres important qui militent pour le clean coal (charbon propre). Une technologie qui n'existe pas qui permettrais de rendre la combustion de charbon propre. On voit régulièrement des pubs a la tele. Les entreprises comme General Electrics qui produisent pourtant des éoliennes font parti de ces lobbies.

7 - Quoi que l'homme fasse, il aura une empreinte sur l'ecosysteme. Meme quand je pete je lache des gaz a effet de serre.

8 - Il est impossible par quelque moyen que ce soit d'avoir une source d'energie peu chere, rentable et sure a la fois qui soit en quantité illimitée.

Alors quoi faire? Quelle direction prendre si tous les chemins sont trop boueux pour nos chevaux?
A vrai dire il n'y en a pas. Il faudrais une volonte politique internationale pour avoir une economie basee sur la quantite d'energie depensee pour produire un objet que de sa quantite (plus j'achete moins c'est cher).
Repenser notre fiscalité pour induire des breches dans le capitalisme et rendre l'economie de marche eco compatible? Peut-etre. Mais je ne suis sur de rien.

Je ne dis pas que tous les efforts doivent etre abandonnes. Le meilleur moyens de ne pas avoir a construire des EPR c'est de ne pas en avoir besoin. Les solutions miracles n'existent pas.

Portrait de Jovan

De Jovan

Nouille Orquee | 01H33 | 04/11/2009 | Permalien

Je ne sais pas pourquoi l'ASN reagit si tard, mais voila comment la construction de ce type de centrale s'oppere:
On fait d'abord une conception logique de la centrale (on definit les sytemes qui seront mis en oeuvre). Il existe pour l'EPR des "dessins" de principe qui definit quei fait quoi.
Quand les principes sont valides, on attaque la conception physique et la fabrication du gros oeuvre.
Oui on fait les deux en meme temps. Ca permet d'aller plus vite.
Donc la construction commence avant meme que tous les elements de la centrale soit concus (ne soyez pas choques, pour les avions c'est pareil).
Toutes les conceptions sont certifies par l'ASN des pays concernes. Il semblerais -c'est en tout cas ma comprehension- que dans ce cas, la solution technique retenue n'ai pas ete validee par les ASNs. Donc retour a l'envoyeur. l'ASN ne se soucie guere du bien etre des gens. Son but est de certifier qu'un systeme respecte les normes. SI ils valident quelque chose de dangereux leur responsabilite est engagee.
Je ne crois donc pas que les articles de Arte/Libe ont quoique ce soit a faire dans l'annonce de l'ASN. Par contre la cristalisation autour du nucleaire n'en est que plus grande.

PS: malgre ce que je peux ecrire je ne suis pas un grand defenseur du nucleaire. Je veux juste etre le plus objectif possible.

Portrait de Pas lolo

De Pas lolo

fasciné | 06H30 | 04/11/2009 | Permalien

Ça m'étonnerait que l'ASN se soit réveillée en juin. Ils viennent juste de siffler la fin de la récréation.
Si vous lisez le dernier paragraphe de leur lettre (avant les annexes), vous remarquerez un fait curieux. Deux phrases se suivent où ils disent exactement la même chose : "Préparez vous à revoir la copie".

Pour l'historique des faits. Les premiers à avoir prévenu Areva que la démonstration de sureté serait difficile, c'est Stuk. En cherchant sur le net, on trouve des articles parlant de ça, datant de plus de trois ans.

En googlant "Stuk epr i&c", le premier lien est un texte de Sortir du Nucléaire annexant des extraits de Nucleonics week (hebdomadaire en vente seulement sur abo., tarif trés élevé, plutôt reservé aux acteurs du secteur).
Ce qui rend par ailleurs risible l'affirmation que le problème a été découvert par le HSE début juillet. Faut relire ce qu'on a déjà écrit avant d'écrire de nouvelles âneries.

Dernier point. Le constructeur et concepteur du contrôle commande. Ca serait y pas Siemens? Le même qui était associé avec Areva et qui est sorti de Areva ANP en réclamant ses 2,4 milliards d'euros.
Le même qui est de ce fait en bisbille avec Areva qui ne veut pas lâcher l'oseille parce que Siemens s'associe avec Rosatom pour concurrencer l'EPR?

Sur que les modifications sur le CC vont se faire en douceur dans des relations idylliques client fournisseur.

Pour ce qui est de Areva, ils vont cracher un max en Finlande et en Chine. Pour Flamanville, ça dépendra exclusivement d'une décision du premier actionnaire des deux boîtes. Si NS veut, EDF paiera pour les approximations de Siemens ANP.

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