Une pétition pour réveiller Paris, capitale qui ne sort plus la nuit
« Paris, ville mortuaire », « ville soumise ». Sur la page Facebook de « Quand la nuit meurt en silence », les comments se déchaînent : en quelques jours, cette pétition lancée par certains acteurs des musique actuelles et des professionnels de la nuit (les associations Plaqué Or et Technopol, le disquaire Electro Kitchen) a recueilli plus de 6 000 signatures.
Des professionnels, anonyme, clubbeurs mais aussi des artistes, DJ ou chanteurs (dont Izia Higelin) qui partagent le même constat : asphyxiée par une « loi du silence généralisée », la ville lumière, serait sur le point d'être « reléguée au rang de capitale européenne du sommeil », loin à la traîne derrière les Londres, Barcelone ou Berlin.
Offre réduite, rétrécissement des lieux de nuit (La Loco à Pigalle est sur le point de fermer ses portes), le bilan de la capitale est morose.
La loi antitabac chasse les fumeurs dans la rue et les voisins râlent
Les causes invoquées sont structurelles (une urbanisation hypercentralisée qui rend extrêmement difficile la création de nouveaux lieux et l'insonorisation de bâtiments anciens), économiques (les coûts très élevés de la capitale) et surtout législatives.
Les signataires pointent en effet des « pressions » grandissantes de la préfecture et des services de police dans la gestion des problèmes de nuisance et de voisinage, qui auraient explosé depuis la loi anti-tabac de janvier 2008.
Contactée par nos soins, la préfecture de police a dit préférer ne pas s'exprimer sur le sujet. Eric Labbé d'ElectroKitchen explique :
« On a tous trouvé cette loi intéressante d'un point de vue de la santé publique. Mais personne n'avait prévu que les clients allaient se retrouver dans la rue pour s'en griller une. Les flics ont du gérer avec les moyens du bord. »
Sans licence « club », un bar ne peut passer de la musique pour danser
Benoît Rousseau, programmateur du Point Ephémère (qui vient de fêter ses cinq ans), et Rémi Bonin de Technopol, dénoncent ainsi une augmentation sensible de la répression sur les lieux de vie nocturne -répression qui va de la fermeture administrative aux amendes, en passant par l'imposition de travaux d'insonorisation hors de prix, et la mise en application de règlements un peu bêtes et méchants.
« Un bar qui ne dispose pas de licence “ club ” ne peut par exemple théoriquement pas passer de la musique qui incite à faire danser les gens, c'est une aberration », explique ainsi Rima Abdul Malak, de la direction culturelle de la mairie de Paris, qui dit comprendre et soutenir les doléances formulées dans la lettre.
En forme de soutien, la mairie lance d'ailleurs un site, Nightlife, censé fournir aux parisiens et aux touristes les bons plans de la nuit parisienne.
Les licences de nuit, qui permettent à des salles d'ouvrir jusqu'à quatre heures du matin au lieu des deux heures réglementaires seraient elles aussi de plus en plus rares et délivrées au compte-goutte depuis janvier 2008.
Les patrons sont également tenus pour responsables de ce qui se passe à l'extérieur de leur établissement. Le Batofar a ainsi écopé d'une fermeture de six mois (au final ramené à quelques semaines après un lobbying acharné de la mairie et des associations) pour une bagarre à l'arme blanche qui a eu lieu à 150 mètres de l'établissement.
« Plus pratique que les gens soient chez eux plutôt que dans la rue »
« Faudra me citer une autre profession où l'on est responsable du client jusqu'à ce qu'il rentre chez lui », s'exclame Eric Labbe de Electro Kitchen. Pour lui, ce durcissement s'inscrit dans un climat sécuritaire général :
« On est dans une logique sécuritaire globale, pas uniquement dans des problèmes d'acoustique ou de nuisances. Tranquilité, sécurité. Il est plus pratique que les gens soient chez eux plutôt que dans la rue. »
D'autres, à l'instar de Christophe Vix Gras, (un des associés du Rosa Bonheur, ce bar restaurant situé dans les Buttes Chaumont, haut lieu de la vie nocturne cet été à Paris) plus modérés, y voient une conséquence de la « boboïsation » de la capitale et de la société française :
« On veut la tranquilité et la fête. On a de plus en plus de mal à supporter l'autre, à accepter le bruit, le compromis. Nous sommes dans un pays de normes, on a une nuit à l'image de notre pays. »
Avec leur pétition, qu'ils comptent adresser dans les jours qui viennent au ministère de la Culture, de l'Intérieur, à la région et à la mairie de Paris, les signataires espèrent obtenir des états généraux de la nuit. Ils demandent une clarification de la législation, une aide accrue des autorités, proposent que soit accordé un nouveau statut juridique aux quartiers reconnus comme « festifs ».
Surtout, tous demandent la réaffirmation « en actes, et non seulement en paroles, de l'importance pour la culture des lieux de diffusion de proximité » :
« Dans la situation actuelle, on détruit la scène locale, explique le DJ Dan Ghenacia, qui a préféré s'expatrier à Berlin. Ca fait des années que je ne travaille plus à Paris. Et les artistes de mon label partent vivre à Berlin, ou dans les autres capitales culturelles européennes. »
A en croire le nombre de signataires de la pétition hors région parisienne, il n'y a pas qu'à Paris qu'on a du mal à danser : la France entière semble être sur le point de s'endormir.
En partenariat avec LesInrocks.com
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- Sur quandlanuitmeurtenesilence.comLa pétition "Quand la nuit meurt en silence"
- Sur tsugi.fr"La fermeture probable de La Loco entraîne la grogne des employés" sur Tsugi.fr
- Sur parisnightlife.frNightLife, site lancé par la mairie de Paris
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Roboticien utopiste
Roboticien utopiste
Berlin est une ville où la densité est bien plus faible qu'à Paris, le clubbing s'y fait dans des endroits gigantesques sans déranger le moindre voisin. Le problème de Paris est son coté ville historique : si on faisait sauter l'interdiction de construire des bâtiments de plus de 5 étages, la vie nocturne se créerait de nouveaux endroits où l'on pourrait fumer en extérieur et faire du bruit. Le problème de Paris est qu'on y danse au rez-de-chaussée et qu'on y dort au deuxième étage dans des bâtiments « historiques » donc souvent mal insonorisés. Paris doit assumer soit son statut de ville-musée soit accepter d'évoluer pour continuer à vivre.
A Tokyo, les boites sont souvent à un troisième ou quatrième étage. On prend l'ascenceur pour y aller. Des immeubles de dix étages sont réservés à une vie commerciale et clubbing nocturne. L'immeuble résidentiel est à deux rues de là.
Je sais que Paris est une ville belle et historique, mais que ceux qui veulent la préserver ainsi se rendent compte de la sclérose que cela implique. Les nouveaux lieux intéressants ouvrent de plus en plus loin du centre ville. Moi j'ai fini par déménager....




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