
C'était le temps de l'état de grâce, celui qui suit l'élection présidentielle. Le temps de l'euphorie pour Nicolas Sarkozy, qui portait aux nues la rupture et l'ouverture. Il le promettait : ce gouvernement débattrait. La promesse a fait long feu : les ministres sont de nouveau sommés de la fermer.
Revoilà donc la jurisprudence Chevènement : « Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l'ouvrir, ça démissionne. » Dimanche sur Canal +, la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, vient de le rappeler vertement à son homologue des Sports, Rama Yade, qui a osé s'opposer à la suppression d'avantages fiscaux pour les sportifs de haut niveau :
« Quand on n'est pas d'accord avec la politique qui est menée par le gouvernement, c'est simple : “Ou on ferme sa gueule, ou on démissionne”, vous connaissez cet adage. Donc on peut se l'appliquer à chacun. A chacun sa règle de fonctionnement. Donc, lorsqu'on n'est pas d'accord, on fait un choix, soit on se tait, soit on s'en va. » (Voir la vidéo)
Le chef de l'Etat s'isole et s'énerve des polémiques à répétition, alors personne n'ose plus lui porter la contradiction. Et lorsqu'un ministre se permet quand même la folie de sortir du rang, tous les laudateurs présidentiels s'évertuent aussitôt à le remettre au pas. Il faut dire que la contestation s'amplifie au sein de la majorité, en témoigne la dernière fronde des sénateurs UMP contre la suppression de la taxe professionnelle.
Hirsch n'est pas dans « un régiment »
Le quinquennat de Nicolas Sarkozy a pourtant commencé sous de tous autres auspices. Ouverture oblige, il faut rompre avec la « jurisprudence Chévènement » de 1983. La première épreuve ne tarde pas à arriver avec Martin Hirsch, ancien président d'Emmaüs France et haut-commissaire aux Solidarité actives contre la pauvreté, qui fait connaître fin mai 2007 son opposition aux franchises médicales :
« Est-ce que j'approuverai cette mesure ? La réponse est non. J'ai dit il y a 15 jours, un mois, deux mois, trois mois que ça ne me paraissait pas une bonne mesure. Je peux être convaincu, mais je pense vraiment que ce n'est pas ce qu'il faut faire. »
Premier couac ? L'ouverture qui se referme déjà ? Rien de tout cela, selon Xavier Bertrand. Alors ministre du Travail et poids lourd du gouvernement, il vole le jour même au secours de son collègue :
« Un gouvernement, ce n'est pas un régiment. Ce que l'on demande aux membres du gouvernement, ce n'est pas de renier leurs idées, leur convictions, ni même leurs amitiés, mais d'apporter ce qu'ils ont et ce qu'ils sont. »
« Amara a secoué un peu les choses »
Fadela Amara fait plus fort quelques semaines après. Débauchée de Ni Putes Ni Soumises, la secrétaire d'Etat à la Politique de la ville qualifie en octobre de « dégueulasse » l'instrumentalisation qui serait faite par le gouvernement des tests ADN pour le regroupement familial.
C'est le porte-parole du gouvernement en personne qui est cette fois chargé de faire taire les remous dans la majorité parlementaire. Pour Laurent Wauquiez, elle « n'a pas les codes de la langue de bois », et il s'en réjouit :
« Fadela Amara a contribué à secouer un peu les choses. Tant mieux. Cela fait du bien, cela apporte de l'oxygène. (…) Notre approche, c'est qu'un gouvernement se nourrit aussi des débats internes. On ne cherche pas à faire un schéma de mascarade dans lequel on demande à tout le monde d'être exactement sur la même ligne. »
Même le principal visé, Brice Hortefeux, considère alors que la « liberté de parole doit être la règle au sein du gouvernement », que le « débat est un enrichissement et non un appauvrissement »… Ligne identique pour le Premier ministre, selon Fadela Amara :
« François Fillon m'a assurée de sa confiance et, surtout, il m'a assurée de la possibilité de s'exprimer et d'exprimer un désaccord quand on n'était pas d'accord, sans aucun problème et sans aucun souci. »
Sarkozy « partage » la « conviction » de Yade
La troisième illustration vient d'un autre symbole. Pas de l'ouverture à gauche, mais aux minorités. Rama Yade, nommée secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l'homme ne supporte pas la visite de Mouammar Kadhafi à Paris au mois de décembre :
« Le colonel Kadhafi doit comprendre que notre pays n'est pas un paillasson, sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort. »
Immédiatement convoquée à l'Elysée et obligée de s'expliquer, en rétropédalant plus ou moins habilement, toute la journée, elle finit toutefois par recevoir le soutien public de Nicolas Sarkozy, qui l'a assurée de sa « confiance » et de son « amitié » :
« Elle est secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme et c'est parfaitement normal qu'elle assure une conviction sur le sujet, que par ailleurs je partage et que j'ai rappelée au président libyen. »
Mitterrand est « certainement sarkozyste »
Au mois d'avril suivant, Nadine Morano elle-même, fraîchement nommée au secrétariat d'Etat à la Famille, affirmait également qu'il n'y avait que les journalistes pour y voir des couacs, qu'il fallait seulement, pour un ministre, trouver le juste milieu entre liberté de ton et solidarité gouvernementale :
« Moi je suis très attachée à trouver le bon curseur entre la liberté de parole, la modernisation de cette façon de s'exprimer du gouvernement, et ce que disait Jean-Pierre Chevènement. »
Elle sait aujourd'hui qu'il faut suivre à la lettre la ligne de l'ancien ministre socialiste, alors elle s'adapte, quitte à se renier. Les petits nouveaux du gouvernement sont priés de bien apprendre les nouvelles directives. « C'est la consigne que j'appliquerai », a d'ailleurs fait savoir Frédéric Mitterrand à peine arrivé au ministère de la Culture, ajoutant :
« Je suis loyal à l'égard du gouvernement et du Premier ministre. En ce sens, je suis certainement sarkozyste. »
Photo : Rama Yade en juillet 2008 à Paris (Audrey Cerdan/Rue89).



















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De philipp
retraité | 21H38 | 02/11/2009 |
Il y a pour le moins contradiction entre le fait d'avoir composé le gouvernement comme un casting de plateau de TV à la Drucker (Dati, Kouchner,Yade , Amara...) et leur demander de jouer les perroquets ! Zappez !!
De sinclair
22H59 | 02/11/2009 |
L'ouverture n'a été et n'est qu'un faux semblant. Le pire est que ces ministres ne servent a rien. Non seulement ils sont pries de la fermer mais on leur fourni les réponses qu'ils sont pries de clamer haut et fort dans les media (d'où les mêmes mots les mêmes phrase d'un ministre a l'autre)
Les ministres et sous ministres tels que Yade Hirsch Amara et autres ne sont là que pour la soupe et leur carrière. Le jour ou un seul démissionnera ou a tout le moins soutiendra fermement ses convictions jusqu'au bout je changerai d'avis. Jusqu'à ce jour les protestations ont été très timides et les couleuvres avalées très grosses.
Même chose pour les députés et les sénateurs. La "fronde" des sénateurs aura tôt fait de s'arrêter au premier haussement de sourcil présidentiel. Qui croit qu'ils oseront voter contre la suppression de la taxe professionnelle?
De Laurent-Weppe
23H11 | 02/11/2009 |
Il y a de lourds sous-entendus dans les déclarations Morano: il ne s'agit pas seulement d'une question de participation ou non au gouvernement, mais de soumission au chef de l'état: l'injonction réelle dépasse le gouvernement: elle se traduit par "Obéi et nie tes désaccords avec le chef ou fait une croix sur ta carrière politique".
De Alex Engwete
Consultant | 00H14 | 03/11/2009 |
Je titrais le billet du 17 octobre de mon blog en langue anglaise Us et coutumes en Sarkoland : africains ». J’y mettais particulièrement en exergue ces propos particulièrement « africains », recueillis par Catherine Coroller de Libération, d’Eric Besson commentant les compétences de Jean Sarkozy pour accéder à la présidence de l’Epad :
« Après, il y a la question de l’âge comme si quinze ans dans le sillage d’un animal politique comme l’est son père, vous ne pensez pas que c’est une formation accélérée? Ce garçon regorge de talents. Il va vite, très vite. Je prends date avec vous, s’il poursuit en politique, il ira très loin, il n'a pas besoin de grand monde pour le faire. Beaucoup de fées se sont penchées sur son berceau, je l’ai remarqué dès que j’ai fait sa connaissance ». Et je concluais qu’Eric Besson parlait comme un Africain, car c’est de cette façon que nous, Africains, parlons des fils de nos chefs d’Etat — sans rire ! Et ces ministres français « sommés de la fermer » rappellent tristement nos ministres africains — tous des thuriféraires les uns plus que les autres. Triste état de la travestie que Sarko fait de la grande République française de nos livres d’histoire de l’école primaire !