

Connues d'un petit nombre de spécialistes, des églises protestantes « d'expression africaine » ont émergé depuis une vingtaine d'années, pour représenter aujourd'hui probablement quelques centaines d'assemblées en région parisienne.
Qualifiées parfois d'églises « ethniques » parce que leurs pasteurs sont originaires d'Afrique, et parfois des Antilles ou de Haïti, elles s'inscrivent dans un paysage protestant caractérisé, aujourd'hui, par la vitalité du courant évangélique dans toutes ses ramures (pentecôtistes…).
L'œil distrait du flâneur dans le quartier de Barbès, à Paris, ou vers Saint-Ouen et Saint-Denis aura pu rencontrer des affiches mentionnant « croisades d'évangélisation » ou « trois grands jours de séminaire biblique ».
Carte des églises noires et carte de la pauvreté se recouvrent
Le recueil systématique de ces affiches révèle au sociologue et au géographe un paysage insoupçonné.
Environ 80 affiches photographiées (et décollées) depuis un an environ donnent une idée de la géographie des églises africaines (ou « d'expression africaine », ou « afro-antillaises »…) de la région parisienne.
En plaçant sur une carte les lieux de culte mentionnés sur les affiches, voici ce que l'on obtient. Chaque point rouge indique la localisation d'une salle ayant servi de bâtiment d'église. (Voir la carte)

Les Parisiens et assimilés reconnaîtront une répartition familière : ces églises se trouvent principalement en Seine-Saint-Denis.
Et il suffit de superposer cette carte avec une carte de l'inégale répartition des revenus pour faire apparaître une corrélation. Ainsi, dans la carte suivante, plus la zone est verte, plus les ménages riches sont surreprésentés, et plus la zone est rouge, plus les ménages pauvres sont surreprésentés. Elle est extraite de « Qu'apporte l'échelon infracommunal à la carte des inégalités de richesse en Ile-de-France de Jean-Christophe François et Antonine Ribardière. (Voir la carte)

Les églises africaines ne sont pas installées partout. Et quand les services religieux ont lieu dans les départements plus riches (comme les Hauts-de-Seine), c'est dans les communes pauvres de ces départements.
Mais cette réalité religieuse est au quotidien largement invisible. D'abord parce que ces églises sont des plus “ précaires ” : elles sont installées dans des friches urbaines, à la frontières de zones industrielles et commerciales, elles investissent d'anciens hangars reconvertis ou louent des salles collectives d'hôtels “premiers prix ”.
Lles communautés sans local, “ églises SDF ” louent, elles, d'une semaine sur l'autre, ce qu'elles peuvent se payer. Cette invisibilité est telle que le chercheur doit improviser pour localiser les lieux de culte dans l'espace urbain.
Pour trouver le lieu de culte, repérer les personnes endimanchées
Pas question de faire une recherche sur les pages jaunes, il n'y a souvent pas de ligne fixe. La meilleure solution reste alors de se poster le dimanche matin dans une gare RER du nord de l'agglomération parisienne, de repérer des personnes “ endimanchées ”, une bible à la main.
On est alors tout étonné d'entrer dans une salle où quelques éléments-clé (un pupitre, des fleurs, des rideaux, et surtout une sono) métamorphosent un vulgaire hangar en un lieu de culte.

Eglises indépendantes, elles ne sont pas dotées de représentants collectifs : les pouvoirs publics n'arrivent pas à cerner ces acteurs évangéliques, et donc à les accompagner dans la recherche de locaux et de terrains, comme ce peut être fait pour l'islam.
Réalité invisible aussi parce que ce sont des églises facilement qualifiées d'églises “ noires ” : ce sont des assemblées homogènes, le plus souvent de petite taille, qui vont rassembler par interconnaissance des immigrés structurellement récents (l'immigration en provenance d'Afrique sub-saharienne).
Des immigrés à la situation parfois précaire et incertaine. Elles font peut-être un travail invisible d'insertion, en fonctionnant comme réseau social “ clé en main ” d'entraide possible. Et un travail invisible d'inculcation des normes néolibérales :
“Jésus a pour vous un dessein… que vous deveniez PDG.”
► Le Christianisme du Sud à l'épreuve de l'Europe - numéro spécial des Archives de sciences sociales des religions - n°143 - juillet-septembre 2008.
Photos et illustrations : devant l'église de Pentecôte de France à Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89), une affiche pour une “grande journée de délivrance” de l'église de la fraternité chrétienne du réveil (DR), la carte des églises évangéliques africaines en Ile-de-France et la même, superposée à celle des inégalités de richesse (Les Disparités des revenus des ménages franciliens en 1999 J. C. François, H. Mathian, A. Ribardiere, T. Saint-Julien, UMR, Géographie-cités, Etude pilotée par P. Rohaut, DUSD, DREIF, 2003), une affiche devant l'église de Pentecôte de France, à Saint-Denis et les locaux de l'église Charisma, à Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89).


















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De Aloïs
Etudiant | 18H28 | 01/11/2009 |
Et bah ! Vous me surprenez agréablement rue89. Là ya un peu de profondeur dans l'article, on fait une comparaison géographico-économique entre la situation de ces Eglises, et la concentration des ménages riches/pauvres. Article intéressant qui aurait peut être mérité un peu plus de profondeur dans le contenu (les raisons d'émergences de ces Eglises, leur rôle...)
à Aloïs
De Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
(auteur)
Sociologue et géographe | 18H58 | 01/11/2009 |
Aloïs : ne vous inquiétez pas, la profondeur sera au rendez-vous (de la thèse de Frédéric Dejean ou d'articles en préparation). Considérez cet article comme un avant-goût.
à Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 20H38 | 01/11/2009 |
est-ce volontairement que la religion juive est écartée http://a.pwal.fr/FJN ? le secteur Gare du Nord/La Fayette est-il considéré comme trop bien ?
à FabiendeMénilmontant
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 20H42 | 02/11/2009 |
tiens j'apprends qqchose pas qu'il y est des juifs noirs mais qu'ils se regroupent,
Peut-être est-ce écarté car ils sont moins nombreux ?
à amonhumbleavis
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 01H49 | 03/11/2009 |
ils sont estimés à 5%, ce qui n'est pas négligeable. d'où ma question, pour l'instant toujours sans réponse.
à FabiendeMénilmontant
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 12H57 | 04/11/2009 |
5% de quoi?
à Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
De ALLAIN JULES C@MMUNICATION
09H54 | 02/11/2009 |
Bonjour.
Votre article est vraiment net, clair et précis. Je fais partir justement d'une de ces Eglises. En revanche, il n'aborde pas un aspect qui de plus en plus rend les chrétiens instables.
Ceci, c'est les prédicateurs, pasteurs ou prophètes escrocs. J'ose espérer que c'est dans la thèse de votre confrère.
Cet aspect est inquiétant parce que ces "hommes de Dieu-là" exploitent la précarité sociale de certains adeptes pour s'enrichir. C'est un paradoxe.
http://allainjules.wordpress.com/
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 18H32 | 01/11/2009 |
« Lorsqu’il s’agit de morale, l’instituteur n’approchera jamais le curé ou le pasteur. »
nico Sarko
Qui détruit les services publics donne un coup de main au culte.
De rodikol
dindon de la force | 18H33 | 01/11/2009 |
Et une fois devenu PDG, on goûtera avec joie à "l'argent qui corrompt"...paradoxal!
De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 18H38 | 01/11/2009 |
L'opium du peuple enfin géolocalisé.
C'est sans surprise. En fait on apprend pas grand chose.Misère et crédulité procurent un terreau très fertile à tous les bonimenteurs du bonheur pour plus tard.
Outre le travail d'inculcation des dogmes néolibéraux l'insertion consiste en un désamorçage des velléités de révolte par la soumission à une volonté divine.
à Jonas2
De Hélène Crié-Wiesner
Ecrivain, spécialisée en environnem... | 19H07 | 01/11/2009 |
Oui, c'est comme ça que fonctionnent la plupart des religions. Mais ce qui est intéressant, dans cette histoire d'"églises noires", c'est que ces gens-là ne soient plus attirés par le catholicisme (en France), ou par les cultes protestants bon teint (nord de l'Europe, USA...). Pourquoi donc? Ils l'ont été à une époque, pourtant. C'est donc que ces nouvelles églises leur proposent un cadre spirituel plus en phase avec leurs désirs. J'espère que la thèse de ces chercheurs sera publiée et accessible.
à Hélène Crié-Wiesner
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, pierr... | 19H36 | 01/11/2009 |
peut etre parce que le catholicisme est plus stucturé hierarchiquement
difficile "d'ouvrir une église" sans l'ordonation d'un pretre
à Hélène Crié-Wiesner
De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 19H47 | 01/11/2009 |
C'est vrai. Je n'avais pas réfléchi à cet aspect. J'arrimais mon commentaire sur le modèle WASP qui n'a pas sa place dans cet article.
à Hélène Crié-Wiesner
De lavoine
région parisienne | 19H53 | 01/11/2009 |
Non,mais c'est que ces nouvelles églises sont plus communautaristes! Normal, lorsque des minorités ethniques et religieuses sont plus nombreuses, elles préfèrent rester entre elles. ...ainsi naissent des quartiers africains et bientôt des villages africains.
à Hélène Crié-Wiesner
De caro
délinquante avérée | 20H18 | 01/11/2009 |
Bonsoir,
Je crois que vous avez tout à fait raison de souligner la différence de cadre avec les églises ou temples.
J'ai assisté cet été en Guyane à un office dans une toute petite chapelle et moi, la mécréante, j'ai été saisie par la joie de prier qui émanait de l'assistance, les prières chantées en rythme, soutenues pas un petit orchestre de tambours et de cordes.
C'était une toute autre ambiance, très en phase avec la vie des Guyanais et leur amour de la musique. Je me retrouvais pour de vrai et en français dans les reportages sur les églises des noirs des USA.
Je ne sais pas si le développement de ces "églises noires" est uniquement le fait de la pauvreté, je crois qu'il faut aussi le lier à une autre perception de la religion, qui n'est pas uniquement tournée vers la repentance et la faute.
à Hélène Crié-Wiesner
De Crepitus
Retraité | 22H17 | 01/11/2009 |
N'y aurait-il pas dans le " christianisme " négro-africain (ceci étant dit sans la moindre intention raciste) comme dans sa version haïtienne une forte dose de syncrétisme ? Je veux dire par-là une osmose entre le culte imposé (chrétien) et la religion originelle (plus ou moins animiste) ? Auquel cas ces " évangélistes " promettant des effets " miraculeux " doivent pouvoir très bien fonctionner auprès de populations étant à la fois : déracinées, paupérisées, méprisées (hélas !) et encore plus ou moins proche de leur culture originelle. Est-ce un bien, est-ce un mal ? Difficile de répondre ; bien que pour moi toute prétendue solution relevant de l'irrationnel ne puisse qu'apporter encore plus de désillusion à ceux qui crurent pouvoir s'extirper de leur détresse en espérant en des chimères.
De Julien Marot
18H59 | 01/11/2009 |
En fait ne s'agit-il pas là d'hommes qui se sentent éloignés de leurs coutumes, de leurs racines, essayant à travers le lien d'une religion de retrouver un collectif, une rencontre avec d'autres qui sauront les comprendre parce que plus proches d'eux ?
Mais certains ne profiteront-ils pas de leur détresse comme les marchands de drogue ?
à Julien Marot
De Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
(auteur)
Sociologue et géographe | 19H39 | 01/11/2009 |
Il y a sans aucun doute une dimension communautaire qu'il faut prendre en compte et les églises fonctionnent dans certains cas comme des "sas d'intégration". Mais il ne faudrait pas y voir une forme de repli communautaire autour de "racines" perdues: d'abord parce qu'il s'agit d'églises chrétiennes, et ensuite parce que le groupe communautaire est aussi une façon de mieux trouver sa place dans la société globale.
Qu'il y ait certaines dérives et que la détresse des gens constitue un terreau favorable, c'est un fait, mais cela ne représente que la partie émergée de l'iceberg.
à Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 19H47 | 01/11/2009 |
Pour beaucoup d'africains la religion chrétienne fait partie des racines !!! Et l'oeuvre des missionnaires vous l'oubliez??
Dire que le fait que le culte soit chrétien est un gage de non repli : c'est n'importe quoi!!
Je crois que les plus fervent catholique de ma connaissance sont africains (ivoiriens pour être précise).
à amonhumbleavis
De Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
(auteur)
Sociologue et géographe | 20H19 | 01/11/2009 |
Pardon de m'être mal exprimé (c'est Frédéric qui parle) Amonhumbleavis, je voulais simplement dire qu'il ne s'agit pas de pratiques religieuses exotiques mais qu'elles s'inscrivent dans un certain nombre de traditions qui ont pas mal voyagé avec le temps. Par ailleurs, je n'ai pas écrit que le culte chrétien est gage de non repli. Mon commentaire portait sur les racines. Je suis bien d'accord avec vous, que toute pratique sociale et culturelle peut se traduire par une forme de repli.
à Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 21H23 | 01/11/2009 |
"Mais il ne faudrait pas y voir une forme de repli communautaire autour de "racines" perdues: d'abord parce qu'il s'agit d'églises chrétiennes"
Je relis et je comprends toujours la même chose "d'abord, parce que..."
SI c'est juste une erreur de forme pas de problème !
à amonhumbleavis
De samivel51
Jeune insolent | 14H47 | 02/11/2009 |
Je vous signale qu'à part les Palestiniens contemporains du Christ, tous les Chrétiens le sont devenus grâce au témoignage d'autres Chrétiens venus d'ailleurs. Y compris en Europe, et même sur la place St Pierre de Rome!
à samivel51
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 18H25 | 02/11/2009 |
oui et donc?
à amonhumbleavis
De samivel51
Jeune insolent | 19H06 | 02/11/2009 |
Donc affirmer que le Christianisme ne fait pas partie des racines africaines n'a pas beaucoup de sens.
à samivel51
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 19H15 | 02/11/2009 |
je disais le contraire ... vous m'avez mal lue
à amonhumbleavis
De samivel51
Jeune insolent | 19H44 | 02/11/2009 |
Exact. Milles excuses. Vous avez d'ailleurs raison d'évoquer ce débat très présent parmi les chrétiens d'origine africaine: S'intégrer aux églises locales, et renoncer à des célébrations plus joyeuses, plus rythmées, aux cantiques que l'on connais... ou bien fonder une église "africaine" et risquer le repli communautaire.
Ce que je sais c'est que les Eglises "historiques" font de gros efforts pour intégrer les Africains et laisser une place à leurs pratiques, leurs chants, leurs prédicateurs, etc.
à samivel51
De amonhumbleavis
ne trainera plus dans la rue | 20H17 | 02/11/2009 |
pas de problèmes, personne n'est à l'abri d'une lecture trop rapide ou d'une mauvaise interprétation...
je crois que ce débat est nouveau, dans ma jeunesse, ces chrétiens s'adaptaient plus ou moins à l'église historique ... qui était pour les protestants très ouverte (de mon expérience) ! combien d'après midis passés au temple avec mes copines africaines ou malgaches à jouer au baby foot alors que mes parents sont musulmans...
On était déjà bien loin de l'austérité du patronage (je ne sais pas si c'est le terme adéquat en tout cas il était usité) espèce de cathéchisme des enfants espagnols et portugais ou nulle n'était convié.
De lavoine
région parisienne | 19H55 | 01/11/2009 |
et celle qui craint le plus. Beurk!
à lavoine
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 21H59 | 01/11/2009 |
beurk
&
hihan
vocabulaire peu développé
De anini
enseignante | 20H15 | 01/11/2009 |
Vous ne confondez pas l'ouest et le nord par hasard ?