Face à la pratique « décomplexée » du pouvoir présidentiel mise en évidence par l'affaire Jean Sarkozy, des limites éthiques doivent être posées.
La citation cornélienne remise au goût du jour dit qu'« aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années ». La polémique autour de Jean Sarkozy aura néanmoins révélé que, de toute évidence, la chance d'avoir pour géniteur un père haut placé réduit le temps qu'un jeune ambitieux doit consacrer à ses études et à l'acquisition d'une expérience pour que ses qualités soient remarquées.
Le renoncement du fils du président de la République à prendre la présidence de l'Etablissement public pour l'aménagement de la région de La Défense (Epad) fera peut-être taire les accusations de népotisme adressées à Nicolas Sarkozy.
Reste que l'affaire s'ajoute à une liste, désormais fournie, de petits scandales et de moindres esclandres nés de la manière dont l'hôte actuel de l'Elysée pratique le pouvoir, parfois à mille lieux de la « République irréprochable » qu'il appelait de ses vœux avant d'accéder à la fonction suprême.
Depuis le début du mandat de Sarkozy, de nombreux écarts comportementaux
Sans revenir sur le récent lapsus présidentiel qui a fait des prévenus de l'affaire Clearstream des « coupables » désignés (méprise difficilement pardonnable dans la bouche d'un ancien avocat, définitivement inadmissible dans celle du garant de l'indépendance l'autorité judiciaire), les écarts comportementaux sont nombreux qui ont émaillé la première moitié du mandat de Nicolas Sarkozy.
- Qu'on se souvienne des avantages acceptés de riches industriels (vacances, déplacements en jet privé), difficilement accommodables avec l'idée de probité et d'impartialité des pouvoirs publics.
- Qu'on se remémore aussi les conditions de nomination du secrétaire général adjoint de l'Elysée à la tête du groupe Caisse d'épargne-Banque populaire, loin d'être irréprochables.
- Qu'on garde encore à l'esprit, les propos du président sur la religion, qui ont pu être perçus comme autant de remises en cause de la neutralité de l'État et du principe républicain de laïcité.
- Qu'on n'oublie pas enfin, même si le tir a depuis été corrigé, la conduite du nouvel arrivant à l'Elysée, peu pudique sur sa vie sentimentale alors tumultueuse et occasionnellement prolixe en interjections malheureuses (par exemple lors d'un Salon de l'agriculture). La dignité de la fonction présidentielle, selon certains, en aurait été entachée.
Cette pratique dite « décomplexée » du pouvoir, dont l'affaire du « Prince Jean » est le dernier avatar, frôle quelquefois, sans a priori les dépasser, les bornes fixées par le droit. Et quand bien même un fait pénalement condamnable serait imputable au président, l'immunité juridictionnelle qui lui est garantie par l'article 67 de la Constitution de 1958 ferait obstacle à toute poursuite judiciaire tant que durent ses fonctions.
La parution devant la Haute Cour, bombe atomique
A l'heure actuelle, la seule soupape réside dans l'article 68 de la Constitution, qui permet la destitution du président par les deux chambres du Parlement réunies en Haute Cour, ce en cas de « cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de ses fonctions ».
Bombe atomique, la procédure n'est censée intervenir que dans des cas tout à fait exceptionnels, en comparaison desquels les reproches actuels faits au président ne seraient que broutilles.
Pourtant, même lorsque la conduite présidentielle n'encourt aucune condamnation au regard des règles juridiques applicables, il y a bien dans ces pratiques « quelque chose qui gêne ». Quelque chose qui tient moins du droit que de l'éthique.
C'est cette zone grise recouvrant ce qui est moralement discutable sans être pénalement répréhensible, qui pourrait être régie par un code d'éthique applicable au président de la République et -pourquoi pas ? - aux autres membres de l'exécutif (conseillers, premier ministre, membres du gouvernement ou des cabinets ministériels), voire par extension à tout élu.
Le procédé du code d'éthique, initialement développé par les entreprises multinationales, permet de fixer des standards comportementaux relatifs à l'intégrité, au respect des lois, à la révélation de conflits d'intérêts etc., que dirigeants et employés des sociétés sont invités à respecter.
Une solution déjà adoptée pour le CIO et la Cour pénale internationale
Cette forme d'autorégulation, non dénuée d'arrière-pensées en termes de « bonne image », s'est répandue comme traînée de poudre dans la plupart des secteurs sociaux. Le Comité international olympique, par exemple, a créé une commission d'éthique et adopté son propre code après les scandales de corruption dans l'attribution des Jeux de Salt Lake City.
Même le secteur public n'échappe plus à cette pratique mondialisée. Les juges de la Cour pénale internationale de La Haye ont ainsi rédigé un code d'éthique judiciaire fixant des normes déontologiques fondamentales destinées à « garantir la légitimité et l'efficacité des procédures judiciaires internationales », tandis que les fonctionnaires canadiens relèvent pour leur part d'un « code de valeur et de l'éthique de la fonction publique ».
Un code d'éthique présidentielle, que le Conseil constitutionnel pourrait être chargé d'élaborer, viendrait déterminer des normes comportementales propres à encadrer l'exercice du pouvoir.
Des règles sur les cadeaux, avantages, privllèges… du Président
Outre le rappel des grands principes républicains, des standards y seraient fixés, destinés à assurer l'impartialité, la probité, l'intégrité, la neutralité ou encore la dignité de la fonction. Par exemple, afin d'éviter tout conflit d'intérêts, réel ou apparent, des directives pourraient limiter la possibilité d'accepter cadeaux, avantages ou autres privilèges susceptibles d'être raisonnablement perçus comme étant de nature à influer sur l'exercice du mandat présidentiel.
De même, le Code devrait conduire le président à s'assurer que ses proches ne tirent des liens sanguins ou amicaux qui les unissent à lui des faveurs particulières favorisant leur ascension politique.
Un tel code, destiné à rendre irréprochable l'exercice du pouvoir, aurait une fonction essentiellement préventive : son objectif serait de décourager d'éventuels comportements critiquables à partir de standards indiscutables. Il est toutefois envisageable que le non-respect de ses principes emporte certaines conséquences.
Ainsi, sur saisine par exemple de 60 députés ou sénateurs, le Conseil constitutionnel pourrait être conduit à enquêter sur des manquements allégués au code d'éthique. Son rapport circonstancié serait rendu public.
Juridiquement sans conséquences, un manquement à l'éthique alors constaté serait d'un point de vue politique suffisamment désastreux pour que le président accorde préalablement toute son attention au respect des normes fixées par le Code.
La Ve République a gagné en démocratie, allons plus loin
Dans des cas extrêmes, il appartiendrait au Parlement de tirer les conséquences de violations flagrantes des principes éthiques en les qualifiant, le cas échéant, de « manquements graves incompatibles avec l'exercice des fonctions présidentielles » et en votant la destitution.
La pratique du pouvoir présidentiel par Nicolas Sarkozy n'est pas dépourvue d'une dimension schizophrénique. En effet, à rebours des entorses à l'éthique ci-dessus relevées et de son omniprésence envahissante, le chef de l'Etat est à l'origine d'une réforme de la Constitution qui a redonné du pouvoir au Parlement et aux citoyens, tout en limitant à deux mandats consécutifs l'exercice de la fonction présidentielle par la même personne.
Quoi qu'en dise l'opposition, avec la révision constitutionnelle de 2008, la Ve République a gagné en démocratie. Pour autant, l'édifice n'est que partiellement ravalé. De nombreuses améliorations sont encore nécessaires, auxquelles l'adoption préconisée du code d'éthique apporterait sa pierre, rapprochant ainsi la France de la « démocratie exemplaire » qu'à ce jour elle n'est visiblement pas.




















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De marie 75 3563
14H59 | 29/10/2009 |
c'est une réflexion que je me suis souvent faite.
Trop c'est trop!
De bloozmarch
15H00 | 29/10/2009 |
L' éthique contre les tics, de plus en plus visibles, les tics mènent hélas largement au score !
De in girum
15H30 | 29/10/2009 |
imposer un code de conduite éthique au président (dont l'amoralité tient lieu de culture)?
autant de chances que de gagner les 77 euro-millions mis en jeu demain soir. good luck!
De SuperAlAmAs
homo sapiens sapiens qui sait qu'il... | 15H40 | 29/10/2009 |
imposer, limites, éthique... ces mots là n'ont pas l'air d'aller ensemble...
"mise en évidence par l'affaire Jean Sarkozy" et depuis le soir de l'élection ;)
De C. Creseveur
D'actualité | 15H52 | 29/10/2009 |
Votre ambition de code d'éthique est plaisante.
En gros vous souhaiteriez inculquer l'urbanité à des gens issus du grand banditisme!
Avant le code de bonne conduite il y a tout de même la loi et la constitution.
Et vous trouvez que la Ve a gagné en démocratie!
Félicitations!
Avec un président qui s'est arrogé l'immunité et l'irresponsabilité pénales, vous trouvez que nous sommes devant un équilibre démocratique?
Un président qui à la main mise sur toutes les carrières de la magistrature, qui peut attaquer qui il veut sans être jamais attaquable, de la démocratie?
Un président qui envoie nos troupes à la guerre sans débat parlementaire ni vote, plus démocratique?
Un président qui fait revoter par le parlement un référendum dont le résultat ne lui convient pas, ou ce WE encore, un parlement qui revote après un résultat non conforme sur la taxation des profits des banques, de la démocratie?
J'arrête parce qu'il faut faire court.
En tout cas il y a des Nicolas et des Jean qui doivent être sérieusement impressionnés par vos propositions. Peut-être même qu'ils tremblent à l'idée que vous fassiez des émules?
à C. Creseveur
De in girum
16H25 | 29/10/2009 |
five points!
à C. Creseveur
De Lairderien
17H06 | 29/10/2009 |
En bon français de chez nous: 5 points, parce qu'il n'y en a pas plus !
De Tita
oiseau | 16H02 | 29/10/2009 |
Je ne comprends pas.
Généralement, il y a deux acceptions au mot "éthique".
Le premier sens renvoie aux normes minimales auxquelles l'impétrant se doit de respecter. Classiquement, ces normes minimales, ce sont ce que nous dit le droit. Enfreindre une seule de ces normes est généralement grave et sanctionnable. C'est le cas par exemple du médecin qui ne respecte pas le secret professionnel.
Le deuxième sens renvoie aux efforts et aux intentions pour vivre et travailler dans le sens d'un idéal moral. Certains appellent cela "l'éthique positive".
Si l'éthique minimale renvoie à des faits (tout comme le droit), l'éthique positive renvoie au mieux à des principes généraux et au pire à des intentions ou à des motivations.
Une dérive du délit d"intention n'est-elle pas alors plausible dans un tel cas ? Si oui, le président n'aura-t-il pas encore beau-jeu de se défendre, surtout en utilisant le rôle qu'il semble affectionner tant : celui de victime ?
De SB68
16H06 | 29/10/2009 |
Enfin, le président est décomplexé et sans tabous, vous savez bien, c'est lui qui l'a dit ! donc l'éthique, il ne sait pas ce que c'est. Pas la peine d'essayer de lui expliquer, il ne comprendrait pas.
De Marcantoines
trouveur | 16H46 | 29/10/2009 |
Parlons d'exemplarité plutôt que d'éthique.
Les puissants ont un devoir d'exemplarité s'ils veulent diriger.
Ils ont donc le devoir d'appliquer à eux mêmes ce qu'ils demandent aux autres.
Aux faits décrits par l'auteur, j'ajoute les réformes menées par ce gouvernement.
Réforme des retraites des régimes spéciaux : On aurait dû commencer par les plus favorisés : députés, militaires, et terminer par les services publics, transports..; et pas l'inverse.
Effectivement, je crois que nous avons gagné en démocratie : notamment avec le rôle de l'opposition dans les contrôles des comptes de la nation.
Mais le manque d'exemplarité de la part d'une grande partie de nos élites rend toute amélioration illisible.
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 17H02 | 29/10/2009 |
Salut camarade professeur,
je sais pas bien comment on s'y prend pour imposer quelquechose au président de la Vème république, mais si t'as besoin d'un plombier ou d'un électricien, tu peux compter sur moi.
Comme je suis en galère de tickets de rationnement, faut que j'équipe plein de piscines et de troisièmes salles de bain chez les gros plein de soupe, mais je pourrais bosser sur ton projet huit heures par semaine, ce qui est déjà pas si mal !
Si t'as déjà les plans d'architecte des travaux, je veux bien les étudier, histoire d'anticiper mon travail au milieu de celui des autres et surtout de préparer mes outils et commander les matériaux aux camarades que tu auras contacté à cet effet.
Je n'aurais pas vraiment le temps de m'en occuper, mais je veux bien être tenu au courant des travaux des autres groupes (imposer l'éthique au Parlement, imposer l'éthique dans la Justice, imposer l'éthique dans les secteurs primaire, secondaire et tertiaire, etc.)
Cordialement,
Autist Reading, président du SLIP (Syndicat Libertaire des Installateurs de Plomberie).
à Autist Reading
De zénon denon 84
Bonne | 17H14 | 29/10/2009 |
La ,je suis bien content ,*
Les affaires reprennent ...
surtout dans la tuyauterie et autre plombage ...
Voyez que la crise ,dont on nous rebat les oreilles
c'est comme la grippe hhh11nnn11 -c'est bidon-
Mais pourqui ? là est le problème _ça alors _
à Autist Reading
De Franck Latty
(auteur)
Professeur de droit public à l’univ... | 17H18 | 29/10/2009 |
La formulation "Imposons un code d'éthique au président" n'est pas de moi mais de la rédaction de Rue89.
Pour mettre en œuvre l'idée du code d'éthique, il faudrait passer par une révision de la Constitution, dont les parlementaires peuvent avoir l'initiative...
à Franck Latty
De amatxo
10H00 | 30/10/2009 |
Certes j'approuve votre raisonnement...mais le problème me semble difficile à résoudre dans la mesure où ce même parlement que vous évoquez-et qui devrait être garant de la démocratie car élu par le peuple-est en fait "aux ordres" de ce gouvernement puisque le président reste aussi(ce qui n'est guère compatible avec le fait qu'il devrait être le président de TOUS les Français!) le "chef" incontestable de l'UMP:ainsi on a assisté à un évènement inadmissible cette semaine par le 2ème vote de l'Assemblée(concernant les taxes possibles des banques), sommée de re-voter selon le bon vouloir des gouvernants:cette action est-elle bien démocratique et conforme à l'éthique?
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 17H10 | 29/10/2009 |
L'éthique est décollée.
Il faut la recoller.
De Corum Jhaelen Irsei
Quadra désabusé | 18H55 | 29/10/2009 |
Une loi imposant un code d'éthique n'a pas de sens, de mon point de vue.
Une éthique, ca s'apprend pendant l'éducation, puis ca s'applique à soi-meme.
Ou pas.
Mais qui dit loi, règle, code, dit sanction en cas de non-respect, ou alors ca ne sert à rien. Or on voit bien ce qui se passe pour nos élus (qui fabriquent les lois) : quand on dépasse trop les bornes, on s'auto-absout, et on recommence. Alors un code de plus...
De heinpasdeux
Baballeux | 19H17 | 29/10/2009 |
Le code éthylique dit que :
Même avec de l'eau on peut être bourré...
c'est Poutine qui l'a embrassé la derniere fois .
De Lapin Bleu
Journaliste n°89910 | 19H45 | 29/10/2009 |
Très bon article merci !!
Très bonne idée.
-- lapinesquement,
De einna
09H23 | 30/10/2009 |
Poser la question de l'éthique maintenant est révélateur d'un malaise. L'éthique ne devrait pas être imposable ou discutable mais de fait. S'interroger sur la nécéssité que poser des limites éthiques à un exercice présidentiel vient souligner la quasi absence de dimension éthique de l'occupant actuel du poste qui confond mandat présidentiel et pouvoir personnel, qui mélange fonction publique et vie privée et qui en plus recycle ses discours, pensant sans doute que ses concitoyens sont plus cons que citoyens.
De alberte
Sage-femme retraitée | 17H50 | 30/10/2009 |
Notre monarque d' opérette et sa cour ne savent même pas ce que veut dire le mot ethique qui vient ethikos = morale, soit les principes de la morale. Tout ce petit monde se vautre dans la flatterie, les courbettes les prébendes pour eux et leurs séïdes, les passe - droits, on s' asseoit, sur la loi, quand elle nous perturbe trop, on la change par une autre loi, et on dit que ce sont les autres qui sont malhônnètes. Q' ils se méfient de ne pas un jour aller un peu trop loin, il y a toujours l' effet boomerang.