Samuel Danilo et ses voisins se battent pour obtenir un minimum de transparence de l'administration et de l'entreprise qui stocke, tout près de chez lui 80 tonnes d'explosif. Il anime un blog et Rue89 a recueilli son témoignage.
« Habitant d'une petite commune rurale de Loire-Atlantique, j'ai découvert presque par hasard que je vivais dans la “zone de risque” (à moins de 1,8 km) d'un site classé “Seveso haut”, sur lequel sont stockés 80 tonnes d'explosif.
J'ai aussi appris que la mise en place, à marche forcée, d'un Plan de prévention des risques technologiques (PPRT) allait m'obliger, ainsi que mes voisins, à des travaux coûteux, largement à nos frais.
Rien n'indique que ça puisse faire “boom”
Le soir de ma crémaillère, en 2007, un voisin m'annonce fortuitement que j'habite à coté d'une grosse quantité de dynamite. Ma maison est située sur la commune de Mouzillon en Loire-Atlantique, voisine de Saint-Crespin-sur-Moine, commune située, elle, dans le Maine-et-Loire.
Non loin de Nantes, le coin est en plein développement, mais jusqu'à cet été, ceux qui s'installaient dans l'une des deux communes n'ont pas eu la chance d'être informés de l'existence d'un “cercle de risque” autour du site de l'entreprise Nitro-Bickford et que, pour les protéger un plan de prévention des risques technologiques (PPRT) était en cours d'élaboration.
C'est comme si j'habitais à quelques centaines de mètes de l'usine AZF et que je l'ignorais… Car, oui je l'ai ignoré jusqu'à ce que mes voisins m'en parlent.
Lors de l'achat de ma maison, en mairie, on me dit qu'il n'y a rien à signaler, et c'est en cherchant sur Internet et je trouve une »carte des risques » éditée par la préfecture de Loire-Atlantique : ma maison figure bien dans le cercle tracé autour du dépôt d'explosifs.
Je me promène autour de ce qui ressemble à un grand hangar agricole, que certains de mes voisins décrivent comme un « dépôt de munition militaire », d'autres comme une « fabrique de feux d'artifices », et je ne vois rien indiquant que ça peut faire « boom ».
Pire, un dimanche, lors d'une balade dans les vignes, je me retrouve sans y prendre garde, au beau milieu du site, entre les bureaux et les hangars et je me dis « Tiens, personne ne surveille ce dépôt ? » Non, personne. Là, je commence à m'inquiéter…
En réunion publique : « c'est secret mais c'est surveillé »
Fin 2008, je lis dans un coin de bulletin municipal qu'une enquête a démarré en mairie pour élaborer le PPRT, acronyme désormais familier dans ma bouche, et malgré tous mes efforts pour obtenir un dossier officiel en mairie ou préfecture, il faut attendre début septembre dernier pour que je sois informé d'une réunion publique spécifique pour le… 28 septembre, dont la mairie de Mouzillon n'est même pas au courant !
La réunion est -logiquement- assez houleuse, puisque personne n'était vraiment informé de ce qui se passait sur ce site, le seul en France, selon mon recensement, où soient stockés 80 tonnes d'explosif (civil destiné aux carrières) d'un seul tenant.
Le plan en question prévoit de réduire la zone de risque en divisant par deux le tonnage (pour l'instant, les habitations sont soumises à un risque dans un rayon de 1,8 km autour du dépôt). Nous, riverains, souhaitons que les explosifs soient répartis non en deux « igloos » (des bâtiments enterrés) mais en quatre, afin de limiter encore le risque.
Entre 3 000 et… 1 million d'euros de travaux
Surtout, on ne demande même pas le départ du dépôt, juste de savoir ce qui s'y passe et comment c'est géré. A quoi on nous répond « c'est secret, mais c'est surveillé ».
On apprend à l'occasion de cette réunion qu'il va nous falloir adapter nos habitations à ce risque que jusque là on ignorait : 5 maisons sont soumises à un « aléa moyen » et 65 à un « aéla faible », les montants des travaux n'étant pas les mêmes.
Dans mon cas (« aléa faible »), en me renseignant par mes propres moyens, je découvre que la pose de films plastifiés (contre la projection de bris de vitre) sur mes fenêtres me coûtera aux alentours de 2 000 euros.
Mais pour un éleveur de lapins situé plus près du risque, c'est tout le bâtiment qu'il faudra refaire, et selon un expert mandaté par la direction régionale de l'équipement, cela lui reviendrait à 1 million d'euros !
Seule aide de l'Etat : une réduction de la taxe foncière
Ces travaux en « aléa moyen » sont, d'après ce que l'on nous a dit, obligatoires, et d'après ce qu'on a observé ailleurs (comme pour l'entreprise Nobel à Saint-Maur) pas subventionnés (ils ne nous donnent droit qu'à une réduction de la taxe foncière de 25 à 50% et à un crédit d'impôts de 15% des travaux).
Nous venons de nous organiser en association afin de pouvoir être associé au Comité de liaison intercommunal (Clic) obligatoirement formé par le préfet à chaque PPRT. Nous disons juste une chose simple : c'est à l'exploitant de faire les travaux selon le principe pollueur-payeur, pas aux riverains qui sont déjà potentiellement victimes.
Je rappelle aussi aux autorités et à l'entreprise concernée que plus on nous cache de choses et plus les gens se font des films… Si on nous disait simplement ce qu'il faut faire en cas de problème, ce serait déjà un début.
Recueilli par Sophie Verney-Caillat


















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De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H18 | 28/10/2009 |
Ce qui est honteux, c'est que la mairie ne le dise pas.
C'est pas en fermant les yeux que les méchantes choses de la vie disparaissent...
Après, le dépôt est là, chacun agit en son âme est conscience. Je sais que certains n'arrivent pas à dormir au pied d'un barrage, mais la plupart des gens n'y pensent pas et à raison.
En plus ce qui est con, c'est de faire casquer les gens pour mettre aux normes leur baraque, sans les prévenir avant de la construire.
Et si l'entrepôt s'est mis là après, selon la bonne vieille règle du premier arrivé premier servi, c'est carrément à lui de payer pour ça.
Un jour peut être le monde comprendra qu'être au courant est bien moins néfaste que l'ignorance qui conduit inévitablement à la supposition, à la peur, à la parano et à la mystification.
De Pierrrrre
17H31 | 28/10/2009 |
"Voisins d'un tas de dynamite "
► Rien ne sert de faire grise mine et de vous mettre en pétard.
Vous n'arriverez pas à les torpiller,
même à vous mettre de mêche avec les politiques.
qui sont tous anti personnels.
Quant à fulminer et à exploser de colère, ça ne fait que des ondes de choc au souffle implosif.
N'y pensez plus, éclatez vous donc, et faites la bombe avec vos potes.
De fdrebin
Dilettante doué | 18H14 | 28/10/2009 |
Chère Sophie, navré si je vous ai froissée, ce n'était pas le but.
Pour répondre à vos questions:
1. le riverain-auteur habite certes dans un autre département mais le PPRT est dans ce cas prescrit par un arrêté inter-préfectoral qui a forcément été signifié aux communes concernées et publié au recueil des actes administratifs de la préfecture.
Après, une fois le courrier de notification arrivé dans la commune, rien n'oblige le secrétaire de mairie et/ou le maire de lire tous les arrêtés reçus... c'est le problème des petites communes.
2. la zone d'étude est un périmètre géographique permettant de mener les études de danger, ce qui fait que c'est très souvent - principe de précaution oblige - une zone plus large que celle qui sera finalement classée en zone de danger.
La procédure du PPRT s'effectue en 4 temps:
- prescription par arrêté préfectoral (depuis 2007 pour ce plan)
- consultations et enquête publique (nous en sommes visiblement à cette étape dans le cas qui nous occupe)
- approbation par arrêté préfectoral
- publicité réglementaire et annexion au Plan Local d'Urbanisme (PLU, anciennement plan d'occupation des sols)
L'enquête publique est l'occasion de recueillir l'avis des acteurs concernés, dont la population riveraine. Une fois l'enquête menée, sur la base des études de danger, intervient la prescription par arrêté préfectoral des zones de danger, la définition de ces zones tenant compte de l'intensité des accidents possibles.:
- zone 1 : zone de dangers très graves pour la vie humaine
- zone 2 : zone de dangers graves pour la vie humaine
- zone 3 : zone de dangers significatifs pour la vie humaine
- zone 4 : zone de dangers indirects pour la vie humaine par bris de vitres.
Pour chaque type de zone des prescriptions sont prises:
- Zone 1 : exproprier
- Zone 2 : appliquer le droit de délaissement
- Zone 3 : interdire les constructions nouvelles ou les soumettre à des prescriptions spécifiques, ces servitudes ne donnant pas lieu à indemnisation
- Zone 4 : imposer des dispositions d'aménagement. Les collectivités pourront, par exemple, prescrire l'équipement de films plastiques sur les vitres pour limiter la pression. Le financement de ces équipements pèsera sur les propriétaires dans la limite de 10% de la valeur vénale du bien.
Le financement des mesures d'expropriation et de droit de délaissement est tripartite et assuré conjointement par l'exploitant, la collectivité et l'Etat.
3. quant à la capacité des riverains de se faire entendre, on doit prendre en compte plusieurs problèmes:
- la dimension économique de ce site qui représente forcément des emplois et de la taxe professionnelle
- le fait qu'il faut bien mettre ce type d'activités quelque part et qu'il est toujours plus difficile de faire déménager que d'aménager un site existant
- l'influence des élus locaux et leur poids politique
Très sincèrement, il faut se féliciter de l'existence de tels plans de prévention qui ne sont pas là que pour servir de "parapluie" aux responsables publics en cas de pépin. Pensez que, depuis 2003, notre riverain, comme ses voisins, vit près de ce site dangereux sans que les mesures de protection ne soient mises en œuvre...
De Samuel Danilo (auteur)
Riverain d'un site Seveso | 00H52 | 29/10/2009 |
en effet j'avais bien fait le tour du voisinage avais remarqué que la carrière d'uranium voisine avait fermée, que le 2 ème perif nantais allait passée pas trop loin ....j'avais bien noté qu'il y avait un "dépot" comme indiqué sur la 25 000 ème , mais un dépot de quoi? de tonneaux de muscadet, de billet de banque ou de matières dangereuse? aucun panneaux ne me l'indique.....et un dépot de dynamite n'as pas le téléphone....