Décryptage

Régionales : Sarkozy en tension avec ses ministres candidats

Le Président s'immisce dans les élections du mois de mars au mépris du gouvernement et des choix des militants UMP.

Valérie Létard, Rama Yade et Roselyne Bachelot, en 2008 à l'Elysée (Charles Platiau/Reuters)

Pour ceux qui l'ignorent encore, tout ce qui a trait à l'UMP se décide à l'Elysée. Y compris les noms des têtes de listes aux régionales de mars prochain. « Je vous demande de ne pas étaler vos états d'âme », a encore répété Nicolas Sarkozy, le 9 septembre en Conseil des ministres. Injonction partiellement respectée. Ces régionales sont loin d'être une élection tranquille entre le Président et les membres du gouvernement.

Principal obstacle dressé sur la route des ministres, la règle de non-cumul énoncée par le Premier ministre François Fillon quatre jours plus tôt dans une interview au Figaro Magazine :

« Les ministres qui l'emporteront dans leur région devront la présider et quitter le gouvernement. On ne peut plus aujourd'hui demander aux électeurs de vous porter à la présidence d'une Région et ne pas l'assumer en cas de succès. »

Ceux qui ont cédé

La règle a fait abandonner Brice Hortefeux, le ministre de l'Intérieur qui ne se voit pas abandonner son maroquin, même pour la présidence du conseil régional d'Auvergne. Du coup, le relais a été pris par Alain Marleix, son secrétaire d'Etat, qui a été approuvé par les militants lors des primaires de l'UMP. Il était le seul candidat.

Egalement seule candidate dans les Pays-de-la-Loire et donc adoubée par les adhérents du parti de la majorité présidentielle, Roselyne Bachelot a elle été contrainte de jeter l'éponge. « Je suis tout à fait capable d'être à la fois ministre et présidente de région », avait plaidé la ministre de la Santé, le 2 septembre sur LCI. Las, elle devrait être remplacée par le président UMP du conseil général de Maine-et-Loire et député européen Christophe Béchu. Tant pis pour les militants qui l'avait choisie comme candidate.

Alain Joyandet non plus n'était pas au courant de la règle de non-cumul au moment de se présenter au scrutin interne à l'UMP. Le secrétaire d'Etat à la Coopération et la Francophonie disait d'ailleurs vouloir « les deux », ministère et région, encore le 8 septembre sur LeFigaro.fr. Mais il a fini par rentrer dans le rang et opter pour la tête de liste en France-Comté.

« Je ne souhaite pas être candidat »

Idem pour la ministre de l'Enseignement supérieur Valérie Pécresse en Ile-de-France, le ministre du Travail Xavier Darcos en Aquitaine, le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire en Haute-Normandie, ainsi que le secrétaire d'Etat au Commerce Hervé Novelli dans le Centre. Des régions qui sont loin d'être gagnées d'avance.

Surtout en Poitou-Charentes, où le candidat de la droite devra faire face à Ségolène Royal. Le conseiller régional UMP Henri de Richemont, candidat unique qui avait remporté les suffrages des militants UMP, a été jugé trop léger pour ce défi. Alors Nicolas Sarkozy a forcé la main du secrétaire d'Etat aux Transport Dominique Bussereau. Ce dernier avait pourtant confié le 9 septembre au Figaro : « Je ne souhaite pas être candidat. Mais, si le Président me convoque, j'en parlerai avec lui… » Ce qui s'est produit.

Ceux qui ont résisté

L'un des plus beaux coups a incontestablement été réalisé par Valérie Létard. La secrétaire d'Etat en charge des Technologies vertes et des Négociations sur le climat voulait se présenter dans le Nord-Pas-de-Calais au nom de la majorité depuis de longs mois. Problèmes : elle est vice-présidente du Nouveau Centre et deux candidats UMP, le député-maire de Phalempin Thierry Lazzaro et le conseiller régional sortant Max-André Pick, concourraient déjà pour la primaire.

Le premier l'a largement emporté sur le second, mais peu importe puisque l'Elysée a opté en faveur de la secrétaire d'Etat. Un tour de passe-passe a permis d'entériner la volonté présidentielle : les groupes UMP et Nouveau Centre viennent de fusionner au conseil régional du Nord-Pas-de-Calais. Suffisant à l'UMP pour justifier une nouvelle fois de ne pas respecter le choix de ses militants.

« Je déçois le Président, j'en suis conscient »

Ce coup-là n'est pas mal non plus, mais on ignore comment il va finir pour l'intéressé. Comme Valérie Létard, le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants Hubert Falco avait pour ambition de concourir à la tête de l'exécutif de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, mais lui a préféré reculer face au non-cumul.

Sauf que le chef de l'Etat espère aussi faire tomber la région Paca dans son escarcelle et ne l'entendait pas de cette oreille. Le maire de Toulon n'a toutefois pas flanché, préférant sa ville et son maroquin, qu'il risque pourtant désormais de perdre en guise de sanction. C'est finalement le député du Vaucluse Thierry Mariani qui ira au front, mais quelles courbettes a dû effectuer Hubert Falco lorsqu'il a annoncé publiquement son intention le 18 septembre dans Var Matin :

« Je déçois [le Président], j'en suis conscient. Mais je ne peux pas abandonner, un an à peine après ma réélection, le peuple de Toulon qui m'a fait confiance. »

Ceux qui résistent encore

C'est désormais entre les têtes de listes départementales (oui, aux régionales on vote par département ! ), que les frictions vont apparaître. La secrétaire d'Etat à l'Ecologie Chantal Jouanno, après avoir refusé d'aller mener le combat en Poitou-Charentes, ose aujourd'hui réclamer la tête de liste dans les Hauts-de-Seine, le fief du Président ! L'ex-conseillère de l'Elysée ne semble pas craindre de sortir de ses petits papiers. Elle pourrait néanmoins atterrir à Paris.

Dans ses petits papiers, Rama Yade sait qu'elle n'y est déjà plus, donc joue sa carte à fond. La secrétaire d'Etat aux Sports prend en revanche appui sur sa popularité pour tenter d'imposer ses choix, avec toutefois une fâcheuse tendance à rétropédaler à l'arrivée. Elle affirmait lundi qu'elle ne voulait « pas quitter les Hauts-de-Seine », elle a rectifié quelques heures plus tard : « On verra là où on estimera que je suis le plus utile. » L'Elysée, via l'UMP, voudrait l'envoyer dans le Val-d'Oise.

André Santini dans les Hauts-de-Seine ?

Nicolas Sarkozy a évidemment sa petite idée pour régler l'épineuse question des Hauts-de-Seine, département également convoité par les UMP Roger Karoutchi et Jean Sarkozy, en nommant le Nouveau Centre André Santini. Car il va falloir aussi fusionner les listes de l'UMP avec les autres composantes de la majorité et céder au passage quelques postes en vue, même si cela semble déjà être fixé pour les ministres têtes de listes régionales.

Les résultats de ces négociations de couloirs seront rendus officiels à l'issue du comité de la majorité du 24 novembre puis du conseil national de l'UMP du 28 novembre. Les militants seront alors sommés de soutenir les candidats de « leur » choix.

Photo : Valérie Létard, Rama Yade et Roselyne Bachelot, en 2008 à l'Elysée (Charles Platiau/Reuters).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de flixp

De flixp

11H56 | 28/10/2009 | Permalien

C'était donc cela le rapprochement avec le PC Chinois?
Un échange de méthodes je présume.

Portrait de Pictulo

De Pictulo

12H34 | 28/10/2009 | Permalien

On ricane beaucoup sur l'immobilisme du PS, ses urnes bourrées et sa présidente incapable de créer la synthèse. Et on a raison.
Mais que dire de l'UMP, ce pseudo-parti dont la hiérarchie pyramidale aboutit au bureau du président ?
Xavier Bertrand, combien de couleuvres avalées ?
Le terrorisme présidentiel à l'égard des ouailles UMP est impressionnant. Personne n'ose la ramener après que l'arbitrage a eu lieu. Le phénomène de cour joue à plein, celui qui s'écarte est montré du doigt et rame pour retrouver les faveurs du chef.
Quand on pense que ces gens prétendent présider nos régions, on frémit.

Portrait de Spiripotain

De Spiripotain

dilettante | 13H30 | 28/10/2009 | Permalien

1- Que le président se mêle de choisir les têtes de listes pour les régionales prouve, si besoin était, qu'il n'est qu'un chef de parti (de meute) et toujours pas un président (de tous les français, donc au dessus des partis) de la République
2- La "règle" de non-cumul devrait être une loi depuis bien longtemps. Le cumul est une plaie pour la démocratie car il concentre le pouvoir aux mains de quelques uns qui n'ont, de toute évidence, pas le temps matériel d'occuper toutes les fonctions auxquelles ils ont été élus. C'est du simple bon sens. Un mandat, un homme (une femme).
Français, encore un effort pour êre républicains (pour la démocratie, on verra après)

Portrait de Julien Martin

De Julien Martin (auteur)

Rue89 | 18H12 | 28/10/2009 | Permalien

Nouvelle illustration ce mercredi sur LePoint.fr de la mainmise du chef de l'Etat sur ses ministres concernant les régionales, avec l'annonce par le site de l'hebdomadaire de la candidature forcée de Nathalie Kosciusko-Morizet :

"Nicolas Sarkozy a instamment demandé à Nathalie Kosciusko-Morizet de conduire dans l'Essonne la liste de l'UMP pour les régionales en Ile-de-France. La secrétaire d'État chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique, qui avait publiquement décliné l'offre quand Valérie Pécresse la lui avait présentée début septembre, n'a pu faire autrement que d'accepter."

http://www.lepoint.fr/actualites-politique/2009-10-28/info-lepoint-fr-re...

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