A débattre 27/10/2009 à 17h02

Combien d'éléments nouveaux pour rouvrir l'affaire Boulin ?



Robert Boulin (DR)

Deux ans après le refus du procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, de rouvrir le dossier Boulin, France Inter révèle ce mardi de nouveaux témoignages sur la mort, en 1979, du ministre du Travail de VGE. Combien de « faits nouveaux » faudra-t-il pour qu'enfin la justice se décide à faire la lumière sur l'une des plus grandes affaires de la Ve République ?

En octobre 2007, Laurent Le Mesle, ancien conseiller de Jacques Chirac, refusait la réouverture de l'enquête. Son argument ? Les « faits nouveaux », révélés par plusieurs enquêtes journalistiques, n'en sont pas, judiciairement parlant.

Résumons : le 30 octobre 1979, à 8h40, le corps de Robert Boulin est officiellement découvert flottant face contre terre dans 60 centimètres d'eau, en forêt de Rambouillet. Son visage présente de nombreuses traces d'ecchymoses. L'enquête, initialement confiée aux gendarmes, échoie rapidement aux policiers du SRPJ de Versailles, sur ordre du procureur général Louis-Bruno Chalret.

L'autopsie

Le corps de Robert Boulin a été autopsié deux fois, en 1979 puis en 1983. Au cours de ce second examen médico-légal, Bernard Rumégoux, « agent d'amphithéâtre » qui témoigne sur France Inter ce mercredi, observe :

  • « un hématome derrière le crâne » correspondant à « un coup »
  • une « coupure au poignet » qu'il identifie comme « des liens très serrés ».

Or, ces détails, qui appuient l'hypothèse d'un homme battu à mort, ne figurent pas dans le rapport des médecins-légistes. Ils s'ajoutent aux ratés de la première autopsie, particulièrement bâclée.

L'heure de la mort et son annonce

Pour la justice, la découverte du corps de Robert Boulin s'effectue à 8h40 du matin, par une équipe de gendarmes. Or, plusieurs témoignages concordent pour signifier que le sommet de l'Etat a été alerté en pleine nuit.

A l'Elysée, comme à Matignon, les hommes de confiance du Président (Giscard d'Estaing) et du Premier ministre (Raymond Barre) savent que Robert Boulin est mort, entre 2h00 et 3h00 du matin. Au même moment, le procureur général Chalret, proche du SAC et des réseaux Foccart, est dépêché avec une équipe pour « arranger » la situation.

Que s'est-il passé entre 2h00 et 8h40 ? L'enquête judiciaire n'a jamais éclairci cette question.

Les témoignages des politiques

Dès l'annonce de la mort de Robert Boulin, ministre gaulliste pendant deux décennies, ancien Résistant, aucun de ses proches n'a cru à la version du suicide. Certains politiques, à commencer par Jacques Chaban-Delmas, ont même exprimé publiquement leurs doutes. Rue89 avait déjà évoqué les confidences faites par Olivier Guichard et Michel Jobert au journaliste de l'AFP Jean Mauriac :

« Deux personnes m'ont assuré de l'assassinat de Robert Boulin : Michel Jobert et Olivier Guichard. Quand un homme aussi au courant des affaires policières et des arcanes du pouvoir qu'Olivier Guichard vous dit cela, ça ne laisse pas indifférent. Michel Jobert, lui, se basait sur la politique. Il disait que Robert Boulin faisait peur.

Pourquoi ? Parce qu'il en savait trop sur le financement du RPR, en particulier par le biais de Saddam Hussein. D'où les excellentes relations de Chirac avec Saddam Hussein. C'est ce que m'a dit Jobert. Dans le financement du RPR, il y a aussi Bongo et le Gabon. »

Sur France Inter, Jean Charbonnel, ancien ministre de l'Industrie, fait état d'une conversation avec Alexandre Sanguinetti, gaulliste historique et co-fondateur du SAC, qui parle aussi d'un « assassinat », dès la fin de l'année 1979. Charbonnel, qui se dit prêt à témoigner devant la justice, précise à France Inter que :

« Sanguinetti lui cite alors “ deux noms de personnalités politiques toujours vivantes ” qui pouvaient, d'après lui, être “ impliquées dans cette affaire ” et le nom “ d'une organisation ” pour qui “ Robert Boulin constituait une menace, une gêne, une inquiétude”. »

Les incohérences des lettres de revendication

Une grande partie de la version officielle repose sur une série de lettres attribuées à Robert Boulin après sa mort. Des lettres où l'homme politique semble revendiquer son suicide.

Mais aucune de ces lettres envoyées à des personnalités et à l'Agence France Presse ne présentent un caractère original. Pire : leur examen attentif révèle un montage, ainsi que Rue89 l'avait détaillé en mai 2007. L'ensemble de ces éléments devraient, au minimum, pousser la justice à rouvrir une enquête largement orientée dans les années 80.

Nicolas Sarkoz l'a dit pendant sa campagne électorale : « Je n'oublie pas Robert Boulin... » Etait-ce une formule de style ou un avertissement à ses meilleurs amis gaullistes ?

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  • Pakontoi
    • Posté à 17h24 le 27/10/2009

    Article manifestement écrit par quelqu'un qui ne connaît pas l'affaire, dommage.
    La plus grave erreur est :
    « Dès l'annonce de la mort de Robert Boulin, ministre gaulliste pendant deux décennies, ancien Résistant, aucun de ses proches n'a cru à la version du suicide. »
    Alors qu'au contraire c'est la famille et les proches qui se sont opposés à toute enquête complémentaire pendant plusieurs mois.
    Avant de changer d'avis, mais trop tard pour de nombreux éléments.

    Source :
    Constat au moment des faits, ainsi que les livres écrits par les membres de la famille depuis.

  • David Servenay
    David Servenay répond à Pakontoi
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 17h33 le 27/10/2009

    Cher Pakontoi,

    Relisez donc l'entretien avec Jean Mauriac qui connaît bien l'affaire et la famille Boulin... et vous verrez que ce j'écris n'est pas une « grave erreur ».

    Et puis, à parler d'erreurs, intéressez-vous aux anomalies de l'affaire...

  • Spiripotain
    Spiripotain
    promeneur écoutant
    • Posté à 19h39 le 27/10/2009
    • Internaute
      promeneur écoutant

    « Nicolas Sarkozy l'a dit pendant sa campagne électorale : “ Je n'oublie pas Robert Boulin… ” Etait-ce une formule de style ou un avertissement à ses meilleurs amis gaullistes ? »
    La réponse est contenue dans la question. Et on peut ajouter à l« affaire Boulin l'affaire Fontanet. Sauf qu'à menacer ses “amis”, Sarkocescu Ier risque de s'en prendre une belle, un jour. Serait-ce que certains, mouillés dans l'affaire Boulin, savent trop de choses sur les rétro-commissions pakistanaises, dans lesquelles Sarko a trempé ? Ou bien s'agirait-il de faire taire la vieille garde pour laisser le champ lire aux Sarko-Devedjan-Balkany et consorts ? une chose est sûre, Sarkocescu n'a pas grimpé dans l'appareil RPR/UMP du fait de son seul talent à embobiner les militants, on lui a laissé le champ libre parce qu'il avait des arguments d'un autre genre.

  • marre.du.pipe.hole
    • Posté à 10h37 le 28/10/2009
    • Internaute

    Comment se fait-il que les socialistes ,quand ils étaient au pouvoir , n'aient pas réouvert ce dossier ?

    Ne soyons pas naïfs , tant que tous les protagonistes de cette affaire ne seront pas mort , on ne connaitra pas la vérité .

    Même si , par soucis de transparence : ) , on réouvre le dossier , l'enquête durera le temps qu'il faudra .......