Enquête

Au jeu du foulard, que des perdants… et parfois des morts

Des parlementaires UMP proposent un « code de la cour » pour interdire ce « jeu » qui tue une quinzaine de jeunes par an. Enquête.

« Un code de la cour » pour protéger les enfants des jeux trop dangereux pendant la récréation… c'est ce qu'ont proposé mercredi les députés UMP Cécile Dumoulin (Yvelines) et Patrice Verchère (Rhône). Du « jeu du foulard » au « jeu de la tomate », en passant par « le rêve indien » et « le baiser du dragon », on estime qu'une quinzaine de jeunes entre 4 et 20 ans meurent chaque année en France.

Ces jeux, qui ont lieu avec le consentement et la participation de la « victime », consistent à bloquer l'arrivée du sang au niveau de la carotide ou à empêcher la respiration.

A l'aide d'une main, d'un foulard ou par compression du thorax, ils dérèglent le rythme cardiaque et la tension artérielle, privant le cerveau d'oxygène… Ce qui peut parfois se terminer en crises épileptiques, paralysies ou état végétatif irréversible. Ou en encore par la mort par arrêt cardiaque. (Voir la vidéo)


Une drogue ?

Il s'agit parfois d'un rite d'initiation, où les initiés sont poussés à accepter le défi par la pression psychologique et le besoin d'être reconnus par le groupe. Mais beaucoup pratiquent le jeu du foulard en solitaire et de façon quotidienne.

« Il s'agit de jeunes en pleine forme physique et émotionnelle et particulièrement curieux de l'inconnu », précise le pédopsychiatre Christophe Rathelot. Ils apprécieraient les effets pseudo-hallucinatoires que l'expérience pourrait leur provoquer -pendant que leurs neurones meurent- et ignorent ou sous-estiment les risques auxquels ils se soumettent. Certains deviennent dépendants des effets de l'apnée.

Le Net coupable ?

A en croire les parents de Marie, 16 ans, retrouvée morte en mai, leur fille a reçu des encouragements par Internet pour jouer au foulard, notamment via le site « Copains d'avant ». D'après eux, avant que la police n'intervienne, en juin dernier, une des « passions communes » proposées sur le site était le jeu du foulard.

Des adultes y auraient promis à Marie « toujours plus de sensations sans risque » à condition d'effacer de son ordinateur toute trace de leur contact.

Le site Copains d'avant conteste ces affirmations. Il nous précise que la jeune fille « n'était en rien inscrite à un groupe du même nom sur Copains d'avant et n'a nullement échangé avec des membres d'un tel groupe ». La mère de Marie, que nous avons contactée, maintient pourtant ses affirmations, capture d'écran à l'appui.

Pour les députés à l'origine du rapport parlementaire, Internet a en effet joué un rôle central dans la propagation de ces pratiques. Ils suggèrent donc « une concertation tripartite entre pouvoirs publics, hébergeurs Internet et associations », afin de sanctionner par la loi ceux qui diffusent des contenus incitatifs. Pour le député Patrice Verchère, cité par l'AFP :

« Si vous tapez “jeu du foulard” sur Internet, vous trouverez un nombre important de vidéos filmées avec des téléphones portables. »

Reste que la grande majorité des vidéos qui apparaissant sous le nom de « jeu du foulard » sur YouTube et Daily Motion sont le fait d'associations ou de particuliers qui militent contre le jeu et alertent sur ses risques.

La loi du silence

En 2007, Pierre, 12 ans, a perdu la vie. Sa maman, Nathalie, éducatrice spécialisée dans de la protection de l'enfance depuis 1988, se lamente de ne pas avoir pu prévenir son fils des dangers du jeu du foulard, car « l'information n'est jamais réellement arrivée à moi, même dans le cadre de mes fonctions ».

Probablement eux-mêmes mal informés, de nombreux responsables d'établissements scolaires refusent en effet de prendre des mesures pour contrer ce phénomène ou alerter du danger. Pour les parents de la petite Marie, le lycée dans lequel elle était scolarisé se préoccupe davantage de sa réputation que de la vie de ses élèves :

« Une semaine avant le drame, d'après certains élèves, la psychologue scolaire avait convoqué notre fille dans son bureau à cause du jeu du foulard.

Elle avait décelé chez elle un comportement à risque, suffisamment alarmant pour lui en parler et pour lui donner l'adresse de trois psychiatres, en lui disant qu'elle pouvait les consulter anonymement sans la présence de parents. »

Quant les parents ont demandé à la psychologue la raison pour laquelle elle ne les avait pas alertés, « elle nous a froidement répondu qu'elle ne voulait pas nous alarmer » :

Le lycée a « téléphoné aux parents d'élèves de la classe de notre fille pour les informer que son décès était un suicide, alors que l'enquête de police, loin d'être terminée, s'oriente plutôt vers le jeu du foulard ».

Des parents regroupés en associations

Françoise Cochet et Magali Duwelz ont toutes deux également perdu leur enfant. Elles ont fondé l'Apeas (Association des parents d'enfants accidentés par strangulation) et SOS Benjamin. En juin dernier, elles ont été reçues par l'ancien ministre de l'Education Nationale, Xavier Darcos, qui leur a alors assuré :

« Dès cette année, les médecins, infirmiers et assistants de service social de l'Education nationale, nouvellement nommés, ont été sensibilisés au phénomène des jeux dangereux. »

Un colloque international sur le sujet aura également lieu le 3 et 4 décembre au ministère de la Santé.

De leur côté, l'Apeas et SOS Benjamin soulignent la nécessité de reconnaître les « signes » révélateurs de ces pratiques : joues rouges, traces sur le cou, violents maux de tête, lacets ou ceinture qui trainent dans la chambre, tendance à s'enfermer, soudaine agressivité…

Enfin, pour le Dr Rathelot, si « aucun profil n'est encore dessiné », les adolescents pourraient être les sujets les plus vulnérables, car ils retrouvent l'impression de « tout puissance » que caractérise la période pré-œdipienne de l'enfant (entre 3 et 6 ans) et ressentent le besoin d'explorer les limites de leur corps et de la vie.

► Mis à jour le 27/10 à 10h22. Ajout du démenti de « Copains d'avant ». Voici la réponse que le site nous a envoyée :

Sa réposnse » La personne décédée suite à la pratique du jeu du foulard n'était en rien inscrite à un groupe du même nom sur Copains d'avant et n'a nullement échangé avec des membres d'un tel groupe. Le site Copains d'avant met au contraire tout en oeuvre pour protéger ses membres les plus jeunes, notamment en rendant impossible la consultation de la fiche d'un membre mineur sans faire partie de son réseau d'amis. »

7 commentaires sélectionnés

Portrait de toots

De toots

void | 20H23 | 26/10/2009 | Permalien

J'ai joué à cela quand j'avais 12-14 ans. J'en ai des frissons quand j'y repense maintenant. Je me souviens d'une volonté d'avoir une expérience similaire à ce qui peux pousser un adolescent à boire: altérer la perception du réel.

Je ne sais pas ce qu'il faudrait faire à ce sujet. Il me semble difficile de gérer les comportements à risques des adolescents. Les parents qui, par exemple, s'indignaient que la psychologue ne les ait pas contacté ne s'imaginent pas, je pense, à quel point la limite entre un comportement adolescent "normal" et celui qui amène à tuer son ami par strangulation sont proches. Si cette personne devait alerter les parents à chaque fois, elle devrait sûrement alerter la moitié, sinon plus, des parents du collège..

Accuser internet comme pseudo vecteur de popularisation du "jeu" est ridicule. Ridicule et inefficace. J'ai joué à cela alors que nous n'avions ni internet ni téléphones portables. Et quand je suis allé en vacances en Angleterre, mes amis là bas connaissaient aussi ce jeu. Ici encore, nos hommes politiques vont nous pondre une loi superficielle qui servira juste à désigner un coupable facile, la nouveauté, internet, ce média qui, par ailleurs, les dérange tant.

Bref, ce sujet me touche parce que je me suis rendu compte que très récemment que ce fameux jeu du foulard, qui m'apparaissait comme un phénomène purement médiatique, et bien j'en ai pratiqué une variante.

En revanche, je reste toujours insatisfait de constater qu'à chaque fois on traite ce problème individuellement, comme un phénomène isolé, une sorte de "maladie" qu'il faudrait éradiquer absolument.

On aurait mieux à faire de discuter du problème de la prise de risque chez les adolescents, du fait qu'il n'est pas possible de laisser un enfant arriver à l'age adulte sans qu'il prenne des risques à un moment où un autre, que la volonté du tout sécuritaire des parents est normale, mais qu'il faut trouver un point qui permette aussi à l'enfant d'avoir l'impression de trouver par lui même ses limites, tout en évitant autant que possible les catastrophes..

Enfin, le profil "Oedipien" d'enfant de "4-6 ans" qui joueraient à s'étrangler me parait plus que douteux.. Voir complètement risible...

Portrait de tweesty

De tweesty

Né 1jour ferié | 20H24 | 26/10/2009 | Permalien

Il y a un problème qui n'est pas abordé quand on traite ce problème: le déficit de surveillance des cours d'école de la république.
Un nombre incalculable de surveillants et d'auxiliaires d'éducation ont vu leur poste supprimé ces 5 dernières années. Dans le même temps, les accidents de ce genre se sont multipliés. Faut-il y voir un lien de cause à effet?

Portrait de Enki

De Enki

Alchimiste | 20H28 | 26/10/2009 | Permalien

Un code de la cour, un code des couloirs, un code des permanences, un code des vestiaires, un code des toilettes, c'est bien de faire des codes... Comme si les établissements n'avaient pas de réglements intérieurs.

C'est bien des codes, ça fait plaisir aux parents électeurs, ça coûte pas cher.
En plus, comme ça ne sert absolument à rien, ils pourront s'y remettre l'année prochaine et faire une charte de la cour, une charte des couloirs, une charte des perms', une charte des vestiaires, une charte des toilettes.

L'année d'après, une convention de la cour, des couloirs, des perm', des vestiaires et des toilettes...

Et puis tiens, pourquoi pas un Grenelle de la cour de récré, un Grenelle des couloirs, un Grenelle des perm', des vestiaires, et surtout un Grenelle des WC ?

Sinon, des pions, des assistants de vie scolaire, des profs, non?

Parce qu'au rythme où va l'UMP, les gosses seront bientôt tout seuls entre eux à l'école avec pleins de jolis réglements, codes, chartes, conventions, Grenelles, et la lettre de Guy Môcquet.

Portrait de Fred24

De Fred24

Rural | 20H30 | 26/10/2009 | Permalien

Un code...Mon cul. Des surveillant efficaces comme il y avait se serait plus judicieux. On ne peut pas faire l'économie de tout. Et faire des discours.

Portrait de Cinsault

De Cinsault

Graine de rosé | 21H22 | 26/10/2009 | Permalien

Je confirme , ces jeux débiles existaient déjà quand j'étais jeune ... une époque où internet s'appelait encore Arpanet et n'interconnectait que 4 universités US.
Au moins aujourd'hui, notamment grâce à internet, n'importe quel jeune peut voir immédiatement que c'est franchement dangereux (ce dont on n'avait absolument aucune idée il y a 40 ans).

Un problème pas simple, mais qui ne nécessite pas de fausses solutions.

Portrait de hagalma

De hagalma

21H30 | 26/10/2009 | Permalien

Encore un code, ou une loi ! Ce code s'applique-t-il aux choses plus ou moins étranges qui se passent dans les toilettes (généralement dégueulasses) de l'école ? A la cruauté des boutonneux et boutonneuses entre eux ? Au coup de compas planté avec vigueur par Toto dans la main du voisin pendant le cours de maths ? A celui qui a envoyé valdinguer le binocleu dans le couloir ? Au groupe de nazes qui ont fouillé les sacs des filles ? Vite, des lois, des codes, pour nous cadrer tout ça, remettre de l'ordre chaque fois que besoin, c'est-à-dire plusieurs fois par jour, et dans une infinité de situations. L'Ordre veille, agit.
Heu...et les adultes qui autrefois étaient quand même un peu présents dans ces lieux de la République, y'en a plus ? Z'ont tous été mutés ? Virés ? Plus personne n'y croit ?
Incroyable ça, comme s'il fallait faire un code chaque fois que Sarkozy dépense un euro du contribuable, pour être sûr qu'il fait pas n'importe quoi. Non mais vous imaginez ?!
Et puis j'oubliais l'internet. Ah, le méchant internet ! Déserté par les adultes, comme la cour de récrée. Faudrait un code aussi, une loi, un texte, quelque décision administrative pour que nos gamins délaissés arrêtent de faire les cons !

Portrait de Pictulo

De Pictulo

21H46 | 26/10/2009 | Permalien

Je ne veux pas dire que ces jeux sont innocents, je partage la douleur et la colère des parents d'enfants victimes, je comprends la lutte qu'ils mènent à travers leurs associations, mais enfin quand même...Une quinzaine de morts par an, est-ce que ça suffit pour aller légiférer sur la conduite à tenir dans la cour de récré ? On peut sensibiliser le personnel éducatif, les parents et les enfants sans pour autant tomber dans un "code de la cour", non ?
Il faut croire que non...Il ne manque plus que Gicquel et son "La France a peur"...
La répétition de sujets sur la sécurité nous replonge dans la période pré-électorale 2006-2007, avec ces excès nauséabonds qui ont fait le lit du succès de l'alliance idéologique UMP-Front national aux présidentielles. Une sorte de coup d'état médiatique sur fond d'insécurité, auquel tous les grands médias ont participé.
Dans les mois qui viennent, il est probable que ce type de sujet fleurisse à nouveau. On attend le nouveau Papy Voise...

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