23/10/2009 à 09h31

Le végétarisme est un sport de combat

Laurence Poinsart | Etudiante


Campagne de Peta pour promouvoir le végétarisme, à Marseille en août 2004 (Philippe Laurenson/Reuters).

A la suite de notre article sur le livre de Fabrice Nicolino, cette riveraine s'est sentie gênée par la présentation qui était faite des militants de la cause animale. Nous lui avons demandé son témoignage. Pour elle, devenir végétarien n'a rien d'extrémiste. Elle nous raconte sa démarche.

Devenir végétarienne n'a pas été le résultat d'une réflexion sur la cause animale. Certes j'y pensais... parfois. Mais j'avais réussi à dissocier les « gentils animaux » de leurs muscles, soigneusement empaquetés au rayon frais. Cette séparation entre l'animal vivant et sa chair a pris fin lors d'une visite au salon de l'agriculture. Je flânais, quand j'ai vu un agneau apeuré se réfugier auprès de sa mère, qui entreprit de le câliner.

Subitement, j'ai réalisé qu'en mangeant des côtelettes le midi, je tuais des êtres sensibles. Or, je pouvais éprouver de la sympathie envers ces animaux, comprendre une partie de leurs sentiments, de leurs liens. Je vivais déjà cela avec « mes animaux de compagnie » (dont la sensibilité va selon moi bien au-delà d'une projection anthropomorphique de notre part). Mais, pour pouvoir manger tranquillement, j'avais choisi d'être aveugle à cet aspect de la vie des « animaux de boucherie ».

Dès cet instant, je n'ai plus pu en manger.

Ce n'est pas manger « que des légumes »

Pourtant je ne me rendais pas tellement compte de ce que ça allait changer. J'avais peur que ma santé n'en pâtisse. J'ai lu. Visiblement, le besoin de l'organisme en produits carnés n'est pas si impérieux. J'ai appris qu'une alimentation végétarienne était variée et contenait, en plus des légumes, toutes les céréales, les algues, les légumineuses, le soja, et les œufs et les laitages (puisque je n'avais pas décidé d'être végétalienne).

Paradoxalement, en cessant de consommer viande et poisson, j'ai découvert tous ces aliments que je ne mangeais pas. J'étais sortie de ma routine culinaire.

Il restait à trouver comment cuisiner ces nouveaux ingrédients : la cuisine française traite souvent les légumes et les céréales comme de simples accompagnements (je mange depuis très mal quand je me hasarde dans certains restaurants gastronomiques). En rester là aurait rendu mes repas insipides. J'ai donc dû réapprendre à cuisiner. Je me suis tournée vers d'autres traditions culinaires, davantage d'épices, de fines herbes, d'autres méthodes. La cuisine végétarienne s'est avérée saine et délicieuse.

Devenir « marginale »

Mais je n'avais pas pensé à tout. Mon choix étant strictement personnel, je considérais qu'il ne regardait que moi : grossière erreur et grosse claque ! Dans les premiers moments où je me sentais fragile, quand je ne savais pas si j'allais « tenir », tout a été fait pour me dissuader. Mon caractère n'est ni très contestataire ni très militant. Et là, je rentrais dans la marge.

J'ai alors eu droit à tous les commentaires : les plus éculés « et le cri de la carotte ? », les plus stupides « tu préfères les animaux aux humains ! », les plus diététiques « tu verras quand tu seras malade », les plus naturalistes « un homme, ça mange de la viande », les plus politiques « le végétarisme est une alimentation bourgeoise »...

La réaction a été violente, avec comme devise implicite : « Renoncer à la viande, c'est renoncer à la grandeur de la vie. »

Les sites de végétariens, dénichés pour leurs recettes culinaires et cosmétiques, ont servi d'exutoire. J'y partageais les remarques et rejets subis. J'ai rencontré du soutien chez des gens dont je n'en attendais aucun, et une incompréhension totale dans des milieux qui se disent les plus tolérants.

Ma critique muette gênait, les représentations étaient trop ancrées. Pourtant, j'ai trouvé depuis beaucoup d'arguments confortant mon choix, peu en sa défaveur. L'argument naturaliste se veut sans appel. Or, je ne vois pas en quoi l'alimentation serait un domaine sur lequel l'homme ne pourrait faire porter sa réflexion et choisir sa conduite. Nous étions de grands singes tropicaux, notre nature a donc déjà été profondément remodelée.

Tourner les végétariens en dérision, c'est plus simple

Par contre, les arguments en faveur du végétarisme (ou au minimum d'une forte réduction de notre consommation de viande) sont très forts. Les conditions d'élevage industriel, qui permettent une telle orgie, sont insoutenables. Et en voulant à toute force manger tant de viande, on les rend nécessaires. Il faut conclure que « les poussins broyés vivants, c'est dur, mais on ne peut l'éviter ». Le nombre d'animaux abattus est terrifiant.

La pollution générée par l'élevage est considérable au niveau local (les nitrates) et global (14 à 18% des gaz à effet de serre). La quantité de céréales, et donc de terres, nécessaire à l'entretien de ce cheptel est astronomique. Les mers se vident de certaines espèces... Pourtant, nous fermons les yeux. Et c'est peut être pour cela qu'il est important de tourner les végétariens en dérision.

Aujourd'hui, l'étiquette végétarienne est bien collée sur mon front. Les gens que je connaissais l'ont admise, ceux que je rencontre l'intègrent à mon identité. Je suis de plus en plus sûre de mon choix, et de plus en plus peinée de voir qu'il n'est pas plus répandu.

Mais j'ai aussi conscience de faire bien peu en ne modifiant que mon comportement individuel. Alors que les militants pour la cause animale, si souvent dénigrés et moqués, travaillent concrètement pour changer les choses, et se battent pour des valeurs importantes même si marginales. Importantes parce que tellement marginales.

Photo : campagne de Peta pour promouvoir le végétarisme à Marseille en août 2004 (Philippe Laurenson/Reuters).

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  • theshadedcucumber
    • Posté à 09h57 le 23/10/2009

    L'article commençait bien, mais se termine de façon extrémiste ! Il est surprenant que vous critiquiez l'extrémisme des anti-végétariens, mais que vous soyez vous-mêmes extrémistes envers les non-végétariens.

    Vous semblez dire que les amateurs de viande et de poisson (dont je fais partie) sont responsables des conditions d'élevage désastreuse des bovins ou de la disparition des poissons.

    C'est faux, et même un peu ridicule ! Ce qui pose problème, ce n'est pas la consommation de viande ou de poisson, mais leur surconsommation ! La nuance est importante !

    Pour rien au monde, je ne souhaiterais me passer de viande ou de poisson et devenir végétarien ! Même ce que vous dites ne m'y encouragera pas ! Par contre, je suis conscient du fait qu'il faut modérer sa consommation, pour la ramener à un niveau raisonnable, correspondant en réalité à nos besoins. Si tout le monde adoptait un mode de consommation (de viande et de poisson ici) raisonnable, et responsable, je suis prêt à prendre le pari que les conditions d'élevage seraient meilleures, que les mers se repeupleraient !

    Pas besoin de devenir végétarien pour cela...

  • -Candide-
    -Candide-
    Jardinateur
    • Posté à 10h18 le 23/10/2009
    • Internaute
      Jardinateur

    Voila un discours qui mélange beaucoup de sujets pour en faire une conclusion simpliste.

    - On peut très bien dire que l'on mange trop de viande dont la production a un impact direct sur la production céréalière déjà à peine suffisante pour nourrir 6 milliard d'habitants

    - On peut rappeler que beaucoup d'élevages et d'abattages industriels ne respectent même pas les règlementations en vigueur.

    - Mais on oublie complètement l'élevage rural qui na aucun rapport avec les points précédents.
    Quand j'étais petit, mon oncle élevait des moutons dans sa prairie.
    Je jouais avec les agneaux, et j'avais du mal à concevoir qu'un jour on allait manger ces moutons.
    Jusqu'à ce que mon oncle explique à mon âme sensible, que le jour ou j'arrêterai de manger du mouton, il arrêterait probablement d'élever des moutons.
    Et adieu les petits agneaux qui gambadent dans son pré.

    Tous les agriculteurs qui s'attachent à leur bestiaux, en appelant leur vache par un nom, etc. savent très bien que leur consommation est leur raison d'exister.
    Elever des animaux pour leur consommation, n'exclue pas d'avoir un respect pour la vie et n'oblige pas à assimiler les humains aux autres espèces animales.

    ( Mon dieu, j'ai osé dissocier l'espèce humaine des autres espèces animales ! Probablement une forme de racisme ! )

  • Laurence Poinsart
    Laurence Poinsart
    Auteur(e) de l'article Etudiante
    • Posté à 12h51 le 23/10/2009
    • Internaute
      Etudiante

    Troisième jet :

    @Rodyone : Je ne dis pas que l'homme n'est pas un omnivore qui de fait mange de la viande, ou qu'historiquement, il ne s'est pas mis à manger de la viande. Je ne suis pas assez spécialisée pour répondre à votre développement sur le fait que l'homme est devenu ce qu'il est parce qu'il a mangé de la viande. Je n'en sais rien. Mais je me méfie un peu de ce genre d'argumentaires « l'homme est ce qu'il est grâce à la viande ». Je suis en train de lire un livre où il est dit (grossièrement) que l'élevage a été la source de la violence, des hiérarchies sociales dans les sociétés humaines (même si je simplifie grandement) : « on a perdu une part de notre sensibilité en asservissant les animaux, et là çà a été le début des ennuis, et on a pu asservir l'homme ». Là aussi çà me laisse dubitative, j'ai l'impression de retrouver le péché originel.
    Dire que l'homme « s'est élévé au dessus des autres espèces » cela me gêne aussi du point de vue de l'évolution. Je suis d'accord pour dire que l'homme est différent et infiniment respectable de par ses capacités de raisonnement et ses réalisations. Cependant, biologiquement, il n'est pas au dessus, il n'est pas le couronnement de la création. Darwin parlait de « descendances avec modifications » et peu d'évolution, pour justement qu'on la sépare de l'idée de progrès. (ll a par ailleurs écrit un livre sur les émotions des animaux et des humains). Il y a un ensemble d'espèces, qui ont réussi à survivre jusqu'à aujourd'hui. Et il en existe une, qui a très visiblement réussi à dominer les autres, par sa technique.

    Ceci dit, je pense juste qu'il n'y a pas UNE nature humaine immuable, qui voudrait que l'on ne puisse changer son alimentation. Grâce à ses capacités de raisonnement, l'homme a adapté son environnement suffisamment pour pouvoir conquérir le monde. Mais elles lui donnent aussi la capacité de réfléchir aux conséquences de ses actes : à sa responsabilité de par sa position dominante, et à ce que cela suppose de manger d'autres bêtes (ceci d'ailleurs les autres carnivores ne peuvent le faire). Dans bien des domaines, il s'est extrait de sa condition naturelle. Je pense donc qu'il peut réfléchir à celui ci, et faire de même pour des raisons morales.

    @Infiltré : Ahhhh ! une petite version du cri de la carotte, malin d'avoir choisi le brocoli, mais je vous ai vu. Le système nerveux des animaux étant ce qu'il est, et les végétaux étant ce qu'ils sont je ne crois pas que les souffrances soient comparables. Je citerai Voltaire : [le chien] « qui trouve enfin dans son cabinet le maître qu'il aime, et qui lui témoigne sa joie par la douceur de ses cris, par ses sauts, par ses caresses. Des barbares saisissent ce chien, qui l'emporte si prodigieusement sur l'homme en amitié ; ils le clouent sur une table, et ils le dissèquent vivant pour te montrer les veines mésaraïques. Tu découvres dans lui tous les mêmes organes de sentiment qui sont dans toi. Réponds-moi, machiniste, la nature a-t-elle arrangé tous les ressorts du sentiment dans cet animal, afin qu'il ne sente pas ? a-t-il des nerfs pour être impassible ? Ne suppose point cette impertinente contradiction dans la nature. »
    En revanche, la plante est supérieure à moi dans le sens où elle peut se nourrir uniquement d'eau, de soleil et de minéraux. Pour ma part je suis condamnée à me nourrir d'êtres vivants et de leurs produits. Je respecte les végétaux, mais j'ai moins de compassion pour eux que pour les animaux, voilà tout.

  • Laurence Poinsart
    Laurence Poinsart
    Auteur(e) de l'article Etudiante
    • Posté à 13h06 le 23/10/2009
    • Internaute
      Etudiante

    Quatrième jet :

    @gauchitude : J'aime énormément votre histoire, je me sens parfois un peu comme un petit colibri, et c'est pourquoi j'ai beaucoup de respect pour ceux qui s'investissent réellement.

    @Di Si des sectaires sont végétariens, çà ne veut pas dire que les végétariens sont sectaires. La personne (dont j'ai oublié le pseudo) qui a répondu a votre post me semble avoir bien répondu.

    @Keldan, je vois que vous avez envie d'entrer de manière constructive dans le débat, je vous en félicite.

    @Crainquebille : Je ne peux avoir de preuves absolues quant au degré de projection de nos émotions sur les animaux. Mais j'ai des expériences, des lectures et des convictions à ce sujet.
    Quand on côtoie des animaux et que l'on peut repérer des caractères différents, des attitudes, des apprentissages, je trouve qu'il est difficile de rejeter leurs émotions sur nos éventuelles projections. Il existe des animaux sociaux qui ont donc des relations entre eux, et sont organisés. Si la société n'est pas le propre de l'homme pourquoi rabattre les émotions des animaux sur l'instinct. C'est évidemment particulièrement visible chez les grands singes.
    J'ai lu deux livre à ce sujet : « Emotions animales » et « Quand les éléphants pleurent ». Darwin en a écrit un aussi mettant en relation les émotions des animaux et les émotions humaines.
    Donc, j'ai la conviction que, si la vie émotionnelle des êtres humains est particulièrement riche, la vie émotionnelle existe à des degrés divers chez les animaux. Et nous en avons hérité.

  • HabitantDeLaTerre
    • Posté à 14h42 le 23/10/2009

    Bonjour.

    Témoignage.

    Je suis français, carnivore. J'ai grandi en France. J'ai vécu et travaillé 5 ans en Irlande, 4 ans en Suisse, un peu en France.

    La perception négative du végétarisme en France relève de plusieurs choses.

    1- L'ignorance pure.
    Nous ne savons pas en France que le végétarisme est un mode d'alimentation employé depuis des dizaines de générations par des centaines de millions d'être humains et que cela ne pose pas de problème particulier. Voyez l'Inde par exemple.
    Faites en l'expérience. Évoquez cette donné et observez l'incrédulité sur se peindre sur les visages. Observez dans un deuxième temps l'incontestabilité des faits, modifier le visage.
    2- L'ignorance pure
    En France, on ne sait pas qu'un régime végétarien est parfaitement viable.
    2- L'histoire
    Par exemple l'Angleterre et l'Irlande sont infiniment plus exposées aux coutumes culinaires exotiques. En particulier pour l'Irlande avec sa diaspora mondiale, qui ouvre les yeux de ceux qui restent au pays.
    3- Un peu de médisance
    Il est vrai que par exemple en Gb et Irl, la cuisine locale quotidienne est pas terrible. Ça force à aller voir ailleurs.
    4- Un peu de vérité.
    Il est vrai - expérience vécue - que la concept de « cuisine Française » va au delà de l'image d'Epinal : C'est réellement meilleur et culturellement ( pas seulement au restau ) une habitude. Ça ne pousse pas à ouvrir les yeux sur d'autres modes de cuisine, comme le végétarisme.
    5- Un peu d'arrogance bien Gauloise
    En Suisse, des 1998 j'ai mangé en cantine d'entreprise où des menus végétariens étaient systématiquement sur la carte. Il était impensable de ne pas le proposer. Il faut dire, c'était au CERN : grand laboratoire de physique international avec beaucoup de collaborateurs du monde entier.
    6- Un peu de bêtise bien Gauloise
    Un collègue Indien - végétalien - va faire du tourisme en France. Il demande un plat sans viande dans un restau. Il se fait servir... du poulet. Dans ces moments là j'ai honte d'être Français et je ris un bon coup avec mon pote Indien. Mais ça fait un peu mal d'observer combien naïvement on peut être irrespectueux de la demande d'un « autre ».
    7- Une position pro-carnophile arrangeante
    Forcement l'industrie de la viande n'a aucun intérêt à ce que les habitudes et la culture change. Je ne le leur reproche même pas.

    Ainsi, je comprends votre peine à être « tranquillement » végétarienne. Ça m'agace, moi aussi le carnivore

    Mais.

    Je ne pense pas que le choix - entièrement respectable - du végétarisme soit suffisant. Car la question que vous posez est celle de la mauvaise exploitations des ressources. Oh combien pertinente, cette question ne doit pas se limiter à la filière carnée. Voyez-vous où nous arrivons ? Bien sur, à la question des modes de productions. Et petit à petit on ne peut plus échapper à l'idée du bio. Finalement le choix décisif réside dans le bio/pas bio et pas dans le végétarien/pas végétarien.

    Permettez-moi de vous contredire amicalement : Bien sûr que votre décision personnelle à un impact. ( Que je considère positif. Mais c'est anecdotique. )

    Cerise sur le gâteau : je ne mange ni végétarien, ni bio. Aïe !

    Z.

  • Floless
    Floless répond à marabbeh
    • Posté à 17h11 le 23/10/2009
    • Internaute

    « Et depuis quelque temps, je me demande si je ne vais pas devenir végétarien. Pourtant j'aime la viande »

    Le végétarisme n'est pas une secte ! Personne ne viendra vous embeter si vous mangez une viande de qualité de temps en temps.

    L'important n'est pas tant de dire que l'on est végétarien que de réduire sa consommation de viande.

    Ce que je retiens de ce très bon article, c'est que les végés se considèrent comme une minorité qui doit souvent justifier ses choix alimentaires et recevoir des moqueries en tout genres, alors qu'à la base leur choix vient d'un sentiment d'empathie pour l'animal. Le fait est que d'autres arguments se greffent à la faveur du végétarisme, qui peuvent culpabiliser le carnivore.

    Cela ne me semble pas volontaire : lorsque je vais sur les fora, ou les blogs végétariens, les demandes sont plutot en faveur d'un jour sans viande ou d'un choix vegetarien dans la restauration collective.
    Rien d'extremiste selon moi.

  • La mouche du coche-
    • Posté à 18h23 le 23/10/2009

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    Je trouve au contraire la photo parfaite. Elle casse le nez comme dirait Molière, à l'idée comme quoi les végétariens sont des intégristes anémiques et frustrés, mangeant des graines. On les voit amoureux des animaux, donc des gens, donc de la vie. Les pères-la-pudeur sont choqués, c'est bien.
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  • albin
    • Posté à 03h03 le 24/10/2009

    Je suis végétarien depuis 2003. Je constate de plus en plus que nous vivons dans une société où nous serions prêts à tout manger. Des insectes dans les sodas, du porc dans les yoghourts,... et de la graisse animale un peu partout. Cette nourriture industrielle, ne prend plus en compte les besoins réels de l'homme. On nous parle tout le temps de protéines animales mais les omnivores mangent-ils assez de fruits et de légumes ? Une grosse partie des produits que vous mangez sont modifiés. Tout est hyper sucré ou hyper salé. Nous avons complètement perdu l'art du goût. La viande et le poisson ont chacun, à mon sens, deux fonctionnements contraires : ils cassent ou enveloppent nos sensations pour n'avoir qu'un seul goût et en même temps, dans beaucoup de pays, on ne peut manger de la viande sans une sauce qui la recouvre (en Amérique du Sud, elle sèche au soleil ou elle est nappée de sel). La variété de légumes, céréales, fruits, algues, ... élargit nos sens. Nous rend curieux aussi. Je comprends bien Laurence qui parle de choix personnel et qui, sans faire de militantisme, se fait « exclure » de la société (marginalisée). Et lorsqu'elle se rebiffe, s'organise, ou gagne sa bataille (celle de faire un choix), on la trouve arrogante, blessante, extrémiste. Combien de fois n'ai-je pas entendu dans les médias l'expression les « ayatollah de la carotte » ?
    Mon choix de devenir végétarien était une question de cohérence. La viande, c'est de la viande. La viande de chèvre, de lapin, de cheval, ....d'être humain... c'est de la viande. C'est la mort que je goûtais de plus en plus. Et ça, je n'en voulais plus. C'est un choix personnel qui n'attend aucun commentaire.

  • Laurence Poinsart
    Laurence Poinsart
    Auteur(e) de l'article Etudiante
    • Posté à 15h44 le 24/10/2009
    • Internaute
      Etudiante

    @Di
    La viande est très chère. Je conseille donc à ceux qui ont peu d'argent de prendre en compte ce nouvel argument pour devenir végétariens !
    Je pense d'ailleurs que la majeure partie des personnes qui sont végétariennes de par le monde le sont soit pour des raisons religieuses, soit pour des raisons pécuniaires.
    Bien évidemment je ne condamne pas les personnes qui n'ont pas d'autre choix. Mais je crois que dans nos pays, cette situation est plutôt marginale.

    @Marigae
    Des chiffres non terrifiants j'en ai plein ma musette. Par exemple nous sommes passés en quelques décennies de 11% de bacheliers par classe d'âge à plus de 60%. Bon çà, çà ne me terrifie pas.
    Par contre 830 millions de poulets consommés par an en France, 25 millions de porcs charcutiers par an... Il est difficile de se représenter l'entreprise d'abattage de tous ces animaux sans ressentir un certain vertige. Enfin c'est mon cas en tout cas.
    Pour ce qui est de la transformation de notre système agricole, je ne crois pas, comme vous semblez le faire, à une modification brutale de nos comportements. Donc, l'adaptation serait progressive. De plus, je n'ai pas les chiffres, mais ils se trouvent facilement, du nombre de litres d'eau nécessaires à la production d'un kg de viande par rapport à ceux que l'on utilise pour produire 1kg de céréales. De même, une grande partie des terres agricoles (c'est dans l'interview de Fabrice Nicolino) sert à produire des céréales pour les « animaux d'élevage ». Donc on a de la marge.

    @je ne sais plus qui (j'ai pas noté votre pseudo) sur les restaurants.
    Je peux vous assurer qu'en France il est plus difficile de devenir végétarien qu'en Angleterre. C'est un fait. Certains posts de personnes qui ont vécu en Angleterre ou en Allemagne, végétariennes ou non, en témoignent.
    Après bien évidemment tous les restaurateurs n'ont pas la même façon de cuisiner, de concevoir la place des légumes dans leurs plats etc... Certains restaurateurs sont très sympathiques et compréhensifs (vous en faites sans doute partie) et me font des plats spécialement, qui sont parfois délicieux. Par contre j'ai un peu la dent dure contre les restaurants gastronomiques, dans la mesure où je trouve çà scandaleux de payer un menu 56€ (comme les copains) pour des oeufs brouillés et des pates sans sauce alors que j'ai prévenu que j'allais venir 24h à l'avance (et que l'on ne m'a pas dissuadée). Je sais que certains chefs sont justement spécialisés dans la cuisine des légumes, j'espère gouter à leur cuisine un jour. Mais là nous conviendrons tous que là c'était du vol. Et ce genre de choses m'est arrivée à plusieurs reprises (pour ce type de restaurants, je n'y ai mangé qu'en tant que végétarienne donc c'est un rapport de 1/1 et pas de 1/100000). Alors que des restaurateur qui font payer 15€ leur menu me font parfois des petites merveilles à l'improviste. Je note par ailleurs que dans certains pays TOUS les restaurants ont au moins un plat végétarien à la carte. Je ne demande évidemment pas à avoir autant le choix que les autres, puisque j'ai moi même circonscrit ce que je mange. Mais au moins un choix çà serait pas mal.
    Je suis désolée de vous avoir blessé, mais 5000 signes laissent peu de place pour la nuance sur tous les thèmes traités.

    @Dr Maboul
    Je suis d'accord avec vous que ce genre de choix a forcément une part d'arbitraire. D'ailleurs certaines personnes cessent de manger de la viande et continuent à manger du poisson. Alors qu'ils ont les mêmes principes que moi.
    Pour avoir assisté à des séances de pêche, je n'ai jamais tellement aimé voir les poissons se débattre et chercher leur air. Et manger des huitres vivantes çà n'est pas mon truc. Mais nous sommes bien d'accord, si je devais recommencer à manger quelque chose çà serait les crustacés et le poisson. Et là, nous revenons à une question déjà abordée : le fait qu'écologie et végétarisme s'ils peuvent se rejoindre ne se recouvrent pas forcément... Parce que çà me peinerait de manger des espèces qui sont menacées par la pêche...
    Comme la plupart des choix éthiques, on ne peut les réduire à une position purement rationnelle, voire scientifique. J'ai choisi de faire comme çà, c'est tout. Il est inutile de chercher la faute finalement car, oui, c'est forcément arbitraire.

    @ J'ai aussi oublié de noter le pseudo.
    Pour les valeurs, elles me paraissent assez évidentes.
    - Respect des autres êtres sensibles
    - Refus du fait que la position dominante de fait de l'humanité sur toutes les autres espèces, donne à l'homme tous les droits dans la manière de les traiter
    - Reconnaissance des animaux pour ce qu'ils sont (enfin il faudrait préciser, c'est un peu à l'emporte pièce. D'autres y ont sans doute réfléchi avant et mieux que moi)
    - Responsabilité dans sa manière de consommer
    - Ecologie

    J'en oublie sans doute, et je précise tout de suite que toutes ne sont pas propriété exclusive du végétarisme. Sauf, peut être, le respect des autres êtres sensibles ? Je n'en sais rien, d'ailleurs çà n'est pas affaire de propriété.

    Voilà, j'ai fait de mon mieux pour répondre à tout le monde (enfin plutôt à toutes les critiques). Maintenant, gérer 280 commentaires çà n'est pas de la tarte, donc j'en ai surement sauté certains et mal lu d'autres.

    En tout cas je vous remercie tous pour votre participation et vos efforts (pour la plupart d'entre vous) de renoncer aux anathèmes et de rentrer réellement dans un débat. J'ai vraiment lu des choses très intéressantes et d'autres témoignages semblables au mien qui m'ont touchée.
    Je remercie aussi rue89 (mais je crois l'avoir fait hier) de permette ce genre de débat, et surtout Sophie Verney-Ciallat de m'avoir encouragée et permis de publier cet article.
    Je mets quelques liens et livres dans mon post suivant...