
« Où est le corps ? » L'homme doit avoir une trentaine d'année. Il cherche le corps de son père pour le réensevelir. « Que voulez-vous dire par réensevelir ? », l'interroge un fonctionnaire. Réensevelir, explique l'homme, c'est lui rendre les rituels qui accompagnent toute dépouille. Retrouver ainsi ce père disparu.
Son père est l'un de ces milliers d'opposants disparus entre les années 60 et les années 80 au Maroc. Des années de plomb que l'Etat marocain a toujours entourées de silence. Jusqu'en 2004 avec la mise en place de l'instance Equité et réconciliation, chargée d'établir la vérité sur ces violences commises par l'Etat.
C'est l'histoire de cette recherche que propose Leïla Kilani avec le remarquable « Nos lieux interdits ». Trois années durant, la réalisatrice marocaine a promené sa caméra sur les visages de quatre familles de disparus. Où l'on voit les premières discussions, les hésitations, les rendez-vous avec les membres de la commission et la tentation de ne pas trop remuer le passé.
A travers leurs voix, la réalisatrice raconte la violence de cette période et la difficulté des Marocains à affronter collectivement cette mémoire.
Des femmes usées par la peur, la honte et la souffrance d'avoir perdu un mari, un fils ou un oncle. Des disparus empêtrés dans leurs vies marginales et désormais « ratées », dit l'un d'eux. Ceux qui restent avançent tatonnants dans une administration « sans archives », pressée de « fermer le dossier des disparus », s'interrogent sur le bien fondé de ces recherches et évoquent parfois leur honte. Et ce sentiment douloureux d'un côté comme de l'autre que rien ne peut être reconstruit, que la vérité ne sera jamais que parcellaire. (Voir des extraits du film et le sujet réalisé par Mediapart)
Parmi ceux qui sont partis, Driss Benzekri, président de la Commission et ancien prisonnier politique. Le film est dédié à la mémoire de ce grand monsieur dont on rapporte que l'un des derniers gestes a été de signer en 2007 sur son lit d'hôpital, un texte créant une couverture médicale en faveur des victimes des années de plomb.
► Une projection et un débat auquel je participe aura lieu ce jeudi 22 octobre à 20h30, au Reflet Médicis, 3 rue Champollion à Paris (Ve). D'autres débats sont programmés à Paris et ailleurs.




















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De beuhrète
parent désenfanté par l'irresponsab... | 12H19 | 22/10/2009 |
Si le respect accordé au défunt est le
reflet du degré du développement d'une
société, il est temps d'oser réfléchir
à notre soi-disant « civilisation »
occidentale du troisième millénaire.
Je constate, hélàs, que dès que l'on
prononce certains mots comme
« morgue, ou cimetière » le commun
des mortels balaye rapidement le sujet.
Il en arrive même à négliger l'entretien
des tombes de sa famille! En effet, ce
sujet est devenu récurrent, en une ou
deux générations, c'est pourquoi entre
autres causes de nombreuses personnes
choississent l'incinération.
On assiste à une méconnaissance
totale et alarmante des rites funéraires.
Ils permettent cependant d'introduire
humanité et solidarité, hommage
et respect.Ils permettent d'exprimer
souffrance et absence.
La banalisation, l'indifférence et la
dérision marquent, sans aucun doute,
une certaine peur et un manque
d'intégration dans l'éducation des
vivants de leur finalité mortelle.
Module de droite intitulé "éternité"
http://life-in-the-dead.over-blog.com/
De beuhrète
parent désenfanté par l'irresponsab... | 12H25 | 22/10/2009 |
J'allais oublier les rites plus en rapport avec le sujet de cet article mais on peut justement faire une comparaison entre les cultures:
Rites berbères
http://life-in-the-dead.over-blog.com/article-26176984.html
De caro
délinquante avérée | 15H40 | 22/10/2009 |
la violence du pouvoir n'aurait-elle pas changé d'aspect ? de physique (enfermement, meurtres, disparitions ...) elle est devenue juduciaire, cf le procès d'un dessinateur de bakchich, mais elle existe toujours ...
De LienRag
10H56 | 23/10/2009 |
Le documentaire est en effet remarquable, et j'espère que vous publierez une interview de la réalisatrice, elle a des choses à dire, et son discours enrichit son oeuvre.
Mais ce beau film aux parti-pris formels intelligents risque d'être assez hermétique à ceux qui s'intéressent à l'histoire des années de plomb sans connaître celle du documentaire moderne, c'est un peu regrettable.
Il y a aussi une certaine contradiction entre le rôle de simple témoin que se donne, avec pudeur et sensibilité, Leila Kilani dans le film et la dédicace à Driss Benzekri qui dans ce contexte sonne comme un adoubement de l'homme et de ses actes.