Enquete 19/10/2009 à 10h54

Les syndicats refusent la médecine du travail sauce Medef


Le gouvernement va-t-il oser faire plier le Medef sur la médecine du travail ? Presque deux ans après la première enquête Rue89/France Inter, rien n'a vraiment changé. Deux ans de discussions entre employeurs et syndicats pour aboutir à une impasse, ces derniers ayant refusé en bloc la timide réforme du patronat. Les médecins, eux, sont très remontés. Ils dénoncent l'immobilisme du gouvernement et redoutent la disparition de leur spécialité. Polémique.

Une lettre ouverte au ministre du Travail

Une fois de plus, la fronde émerge sur le web. Sous la forme de collectifs plus ou moins organisés. En Rhône-Alpes, les médecins de la Société de médecine et santé au travail Dauphiné-Savoie ont même rédigé une lettre ouverte à Xavier Darcos.


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Poliment, mais fermement, ils demandent au ministre du Travail d'écarter les projets de réforme soutenus par le Medef. Pour le docteur Jacques Venjean, médecin du travail et allergologue, ce projet ne prend pas du tout en compte l'analyse des praticiens, à commencer par la question de la gouvernance. (Ecouter le son)

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Dans son projet, le Medef veut que :

  • la gouvernance des services de santé au travail reste aux mains des employeurs
  • la visite médicale soit obligatoire tous les trois ans (au lieu de deux), à cause du manque de médecins

Autre point litigieux : l'aptitude, dont le rôle sélectif serait encore renforcé. Ce qui revient à faire jouer au médecin un rôle d'auxiliaire de l'employeur... une disposition introduite par le régime de Vichy en 1941 pour sélectionner les « candidats » au STO. (Ecouter le son)

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Le docteur Jacques Venjean

Pour le Medef :

  • l'inaptitude serait définie comme « l'existence de contre-indication physique ou psychique entraînant une restriction pour le salarié à remplir une ou plusieurs tâches liées à son poste de travail »
  • l'aptitude serait définie comme « l'absence de contre indication physique ou psychique à la tenue, par le salarié, du poste de travail »

Rejet des syndicats, le gouvernement va légiférer

En septembre, toutes les confédérations ont rejeté le projet de réforme du patronat. De la CGC à la CGT, en passant par la CFDT et la CFTC, toutes estiment que la question de la gouvernance n'a pas été traitée sérieusement par le patronat.

Là encore, le projet du Medef prévoit de renforcer la présence patronale au sein des conseils d'administration des services de santé au travail en leur offrant des pouvoirs étendus, notamment celui de « mettre en oeuvre les orientations du service ». Or, c'est là le point qui fâche, comme Rue89 l'avait démontré lors de nos précédentes enquêtes. Bernard Salengro, de la CFE-CGC, le disait en janvier 2009 sans mâcher ses mots. (Voir la vidéo)

Le malaise des médecins prend une autre tournure sur le site Sauvons la médecine du travail. Ce collectif de praticiens a lancé une pétition pour éviter de « liquider notre spécialité médicale », texte ayant déjà 600 signataires. L'objectif de ce collectif est de ne pas faire oublier les principes fondateurs de leur activité. Pour André Causse, médecin du Travail dans l'Essonne et porte-parole du mouvement, il s'agit de préserver les acquis du Conseil national de la Résistance :

« La loi de 1946 confie aux médecins du travail le soin de préserver la santé des travailleurs. Aujourd'hui, il y a un transfert de ce pouvoir vers les services et les patrons de ces services. Quels que soient ces patrons -du Medef, des syndicats ou autres-, les médecins ont besoin d'un statut de salarié protégé pour pouvoir agir en toute indépendance. »

En février 2008, quand Rue89 avait rencontré le docteur André Causse, il dénonçait déjà l'absence de contrôle des services de médecine du travail (voir la vidéo) :

Ce faisant, il reprend en grande partie l'analyse des rhône-alpins, que le docteur Venjean traduit ainsi :

« Nous sommes au service de l'homme au travail. Nous ne sommes pas comme les gens qui s'occupent des ressources humaines dans les entreprises, au service de l'optimisation de la santé des hommes pour le travail. L'homme n'est pas une ressource pour nous, ce n'est pas un moyen, c'est une fin. Il faut clarifier le rôle du médecin du travail. » (Ecouter le son)

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Le docteur Jacques Venjean

Seront-ils entendus par le gouvernement ? Les médecins ont toujours pesé lourd dans la sociologie électorale de droite...

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  • Eliott
    • Posté à 11h50 le 19/10/2009
    • Internaute

    Ce n'est pas demain qu'on aura une médecine du travail indépendante.

    Faire que les médecins du travail aient un lien avec le patronat est catastrophique pour leurs indépendances et pour la santé des salariés (essayer de faire constater une harcèlement de l'employeur par le médecin du travail est impossible).

    Si nous continuons dans la logique du MEDEF, pourquoi pas faire que les inspecteurs du travail dépendent du MEDEF.

    Je ne comprends même pas la réaction du MEDEF, sauf si il y a plein d'argent à se mettre dans les poches, et sauf si il craint qu'une médecine du travail indépendante rendrait la tâche pour les employeurs difficile.

  • Sibyllin
    • Posté à 15h13 le 19/10/2009

    « Nous sommes au service de l'homme au travail ».

    Que ces intentions sont louables !
    Seulement il faudrait peut être que tous les médecins concernés aient cette charte dans leur bureau !
    Pour (mauvais) exemple je puis vous parler de la médecine du travail dont je dépends. Pendant 9 ans au sein d'un service ou le stress faisait des ravages sur tout ceux qui y travaillait, j'ai eu 9 visites ou je me suis plains à 9 reprises de l'attitude de mes responsables et des cadences imposées... Toujours une oreille complaisante de l'autre côté du bureau pour s'épancher sur mon sort et m'assurer que le nécessaire serait fait afin de changer les choses... Et bien ce n'est que du vent !
    Et ce malgré un nombre croissants de plaintes de la part des salariés de ce service.
    Se plaindre au près d'eux c'est peine perdue, hélas ! seul recours changer de société ou de service... ceux qui ne peuvent pas subiront encore et toujours.

    Par contre le jour ou le médecin a eu besoin de pistonner son fils pour travailler chez nous dans un service pas trop sujet à ces cadences excessives, et bien le bureau du pdg il a su le trouver !

    Ces médecins sont payés pas les entreprises et de fait à leur service !
    Remarquez peut être avons nous été entendu en fin de compte puisqu'ils délocalisent...

  • sylvainxy
    • Posté à 19h56 le 19/10/2009

    Mon épouse est medecin du travail.

    j'ai des copains chef d'entreprises qui n'y connaissent rien
    à la médecine du travail, c'est déplorable ;

    mais quand je vois la somme des inepties qui défile dans vos
    commantaires, les bras m'en tombent...

    L'actualité du moment, est que la médecine du travail sera
    peut-être gèrée par la sécu dans le futur...

    quoi qu'il en soit, il s'agit de médecins spécialistes, ayant
    réussis le concours d'internat, concours que 80% des généralistes
    qui se disaient près il y a 5 ou 6 ans à assurer la mission des médecins du travail, ont ratés...
    cqfd