aujourd'hui la chine 18/10/2009 à 13h11

Les 16 gigolos de Xie Caiping au procès de la mafia de Chongqing

Aujourd'hui la Chine"

Plus de 2 000 arrestations, un procès digne de Hollywood : les autorités de la ville mènent une vaste opération contre le crime organisé.


Un immeuble de Chongqing (Moniquz/Flickr)

(De Pékin) En fin de semaine, c'était au tour de Xie Caiping de passer devant le juge. Au programme : accusations de participation au crime organisé, faux emprisonnement, corruption, protection de réseaux de trafic de drogue et gestion illégale de casinos.

L'accusée aurait notamment ouvert vingt-deux casinos dans le centre de Chongqing, dont un en face de la Haute Cour de justice.

Ce sont pourtant les révélations sur la vie sexuelle de Xie qui ont fait couler le plus d'encre. Agée de 46 ans, elle aurait eu recours aux services de seize hommes bien plus jeunes qu'elle afin de satisfaire ses désirs sexuels.

Ses relations avec Luo Xuan, 28 ans, chauffeur puis gérant de casino à son tour, lui aussi à la barre des accusés dans les procès du crime organisé de Chongqinq, ont eu un fort écho dans la presse.

Elle lui aurait donné près de 24 000 euros pour s'acheter une voiture et ouvrir un salon de coiffure, versé un salaire mensuel, aurait couvert ses frais de bouche et autres virées nocturnes, et lui aurait donné une carte de crédit. Tout cela grâce aux revenus de casinos, pourtant illégaux en Chine continentale. Ils étaient ensemble lorsqu'elle a été arrêtée.

Wang Lijun, superflic aux vingt cicatrices, envoyé faire le ménage à Chongqinq

Mme Xie avait des « guanxi », des réseaux. Elle est l'épouse du petit frère de Wen Qiang, ex-chef de la justice de cette municipalité de 31 millions d'habitants du centre de la Chine, et plus importante prise de la police depuis qu'a été lancée l'offensive contre les mafias de Chongqing.

Wen est lui accusé d'avoir servi de « parapluie » aux réseaux criminels en échange de millions de yuans de pots de vin. Lors des interrogatoires, Wen aurait rétorqué aux officiers qu'il leur avait tout appris.

Résumé des épisodes précédents : le super flic Wang Lijun fait le ménage à Chongqing. Depuis qu'il a lancé en juin dernier une campagne contre le crime organisé, plus de 2 000 personnes ont été arrêtées. Parmi elles, 67 parrains présumés.

La presse chinoise a multiplié les portraits de Wang, l'homme aux vingt cicatrices, autant de preuves qu'il a payé de sa personne son engagement infaillible contre la corruption, qui lui a déjà valu dix jours de coma par le passé.

Wang a été nommé l'an dernier par Bo Xilai, secrétaire du Parti de Chongqing, ancien ministre du Commerce, qui a la réputation de faire parti des leaders de la « 5e génération » au sein PCC. Bo Xilai a été envoyé par Pékin à Chongqing pour en consolider le développement, dans le cadre d'une politique visant à porter les fruits de la croissance économique à l'Ouest, et dont Hu Jintao lui-même a fait son cheval de bataille.

Dans ce haut lieu du boom économique chinois, la mafia est de retour

Emblématique du boom économique chinois des trente dernières années, Chongqing illustre également le retour du crime organisé en Chine continentale, où son influence avait été considérablement réduite sous le communisme pur et dur. Wang Lijun a estimé que les prêts illégaux s'élevaient à 3 milliards d'euros, soit un tiers du revenu annuel dela métropole.

Les procès se sont ouverts le 12 octobre, après quatre mois de descentes, d'arrestations et d'enquêtes au cours desquels un fond de soutien aux familles de policiers décédés a été créé pour rassurer les nouvelles recrues. 263 accusés au total doivent être jugés.

Des mesures de sécurité draconiennes ont été mises en place devant les cours de justice. Les agents chargés d'amener les accusés dans les salles d'audience devront tous vivre sur le même lieu pendant la durée du procès et les juges pourront recevoir un soutien psychologique si la pression est trop forte.

Sur le parking du tribunal, des Mercedes, Bentley et autres Maserati

L'un des premiers à passer devant le juge était Yang Tianqing, l'un des barrons des gangs de la ville, qui devait répondre de sept chefs d'accusation différents dont ceux de meurtre et de prêts à taux usurier. « Je n'avais pas de travail et pas de revenus. Alors que pouvais-je faire à part monter un gang » a dit Yang, 35 ans, selon la presse chinoise.

Au même moment passait devant la 3e cour intermédiaire Liu Zhongyong, un autre gros poisson de la mafia locale, qui gérait une mine de charbon illégale dont l'effondrement causa la mort de mineurs. Il était en parallèle accusé d'avoir tué un homme qui chantait trop fort à son goût dans un karaoké.

A peine entamés, ces procès ont fait l'ouverture du journal du soir de la télévision d'état, le J.T. le plus regardé de la planète. Sur le web, la fuite de photos du parking où ont été garées les Mercedes, Bentley, Lamborghini et autres Maserati des chefs de gangs ont nourri une vive curiosité.

L'attention médiatique culminera avec le procès du chef de la justice corrompu Wen Qiang, arrêté par Wang Lijun, le policier héros désigné par l'envoyé de Pékin. Une aubaine pour le gouvernement central, qui a fait de la lutte contre la corruption l'une de ses priorités.

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  • solènejazz
    • Posté à 15h41 le 18/10/2009

    l'auteur nous parle de « guanxi » (réseau) mais ce terme n'a pas le même sens en europe et en chine.

    En chine on ne parle pas directement au gens. Quand on veut s'adresser à quelqu'un de compétent pour régler un problème on recherche un intermédiaire qui vous fait profiter de son réseau (de ses « connaissances »). En contrepartie cet intermédiaire se porte garant de vous et vous devrez aussi faire profiter de votre réseau à ce nouvelle interlocuteur. En chine tout fonctionne par réseau.

    Il faudrait vraiment que les journalistes définissent clairement les termes qu'ils emploient mais ça demande du travail et des lectures.

    l

    • alainsun@sina.com
      alainsun@sina.com répond à solènejazz
      Chine
      • Posté à 01h33 le 20/10/2009
      • Internaute
        Chine

      Je suis d accord que en chine tout fonctionne par réseau...

      En chine ça dépend pas qui tu es mais dépend qui tu connais...

      On n a pas de choix ni débouché mais tresser le guanxi de gré ou de force

  • -Marx-
    -Marx-
    Libre Penseur
    • Posté à 16h04 le 18/10/2009
    • Internaute
      Libre Penseur

    Vite, une pétition online pour demander aux Chinois de nous prêter Wang Lijun afin qu'il nous fasse le ménage dans les Hauts de Seine : Il paraît qu'il y a un gang qui y sévit depuis des décennies sans être inquiété le moins du monde. Il est vrai qu'ils ont, d'après ce que l'on dit, des Guanxi au plus haut niveau de l'Etat français ...

    Vidéo en anglais :
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    • TienTien
      TienTien répond à -Marx-
      très très sceptique...
      • Posté à 17h17 le 18/10/2009
      • Internaute
        très très sceptique...

      Excellente idée !

  • chengyang
    • Posté à 16h29 le 18/10/2009

    « L'attention médiatique culminera avec le procès du chef de la justice corrompu Wen Qiang, arrêté par Wang Lijun, le policier héros désigné par l'envoyé de Pékin. Une aubaine pour le gouvernement central, qui a fait de la lutte contre la corruption l'une de ses priorités. »

    Ce Wang Lijun me rappelle le personnage du « Lion » dans les célèbres polars « à caractéristiques chinoises » de Li Likang : les auteurs (il s'agit en fait d'un couple d'écrivains qui écrivent sous ce pseudo) y narrent les aventures de Feng Suhai, chef de la Sécurité, un héros généreux plein de malice, envoyé de l'Etat central chinois en buttes aux féodalités locales (deux ouvrages formidables ont été oubliés chez Bleu de Chine : « Fumier » et « Sanguine »).

    Ce n'est pas un hasard si ce procès tombe seulement deux semaines après la démonstration de force de l'Etat central chinois du 1er octobre : ce défilé était avant tout un message à destination interne qui s'adressait aux innombrables potentats locaux qui, de fait, dirigent la vie de la population de cet immense pays, très loin de la tutelle de Beijing. Ce procès est donc aussi là pour leur rappeler qui « tient le manche » et donner une justification à la politique du gouvernement central aux yeux de l'opinion publique chinoise.

  • chengyang
    • Posté à 17h01 le 18/10/2009

    « Wang a été nommé l'an dernier par Bo Xilai, secrétaire du Parti de Chongqing, ancien ministre du Commerce, qui a la réputation de faire parti des leaders de la “ 5e génération ” au sein PCC. »
    Bo Xilai est membre du bureau politique du pcc, c'est-à-dire un des hommes les plus importants sur le plan politique en Chine. Il est à noter qu'il a un parcours très « atypique » : il n'est entré au pcc qu'en 1980 (ce qui est un « handicap » par rapport à ces collègues, comme Hu Jintao, qui sont membres du parti depuis 40 ans). De plus, il n » pas le profil habituel d'ingénieur qu'ont les dirigeants chinois depuis Jiang Zemin : c'est un lettré qui a fait des études d'Histoire. Il y a du Zhou Enlai chez cet homme ! Il va falloir suivre sa progression au sein du bureau politique, je ne serais pas surpris de le voir jouer un rôle de 1er plan dans les années à venir.
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    • Pierre Haski
      Pierre Haski répond à chengyang
      Cofondateur Rue89
      • Posté à 21h38 le 18/10/2009
        éditeur
      • Journaliste
        Cofondateur

      Vous auriez pu ajouter, pour que la bio soit complète, qu'il est le fils de Bo Yibo, l'un des huit « immortels » du PCC, c'est-à-dire un dirigeant historique du Parti. Et qu'il est l'un des rares à avoir embrassé une carrière politique au lieu d'aller faire du fric comme les autres.

      • chengyang
        chengyang répond à Pierre Haski
        • Posté à 22h51 le 18/10/2009

        Oui, mais cela rend le profil du personnage encore plus intéressant, car il aurait pu choisir la voie de la facilité en adhérant très tôt au pcc, comme n'importe quel « fils à papa » (toute ressemblance avec des personnages et des situations tirées de la vie politique française étant absolument involontaire de ma part...). La deuxième partie de votre assertion va, il me semble, dans le sens de ce que j'ai écrit précédemment et démontre qu'il s'agit bien d'une personnalité d'exception, du calibre d'un Zhou Enlai ou d'un Wen Jiabao. Je rajoute que le fait que Hu Jintao l'ait promu à Chongqing n'est pas sans signification politique : cette décision va dans le sens de la politique lancée par Hu visant à la promotion des cadres « propres » et compétents et au développement la démocratie interne au sein du pcc.

         
        • linconnudetiananmen
          linconnudetiananmen répond à chengyang
          Auteur
          • Posté à 23h24 le 18/10/2009
          • Internaute
            Auteur

          La Chine a bien changé depuis que Mao le romantique lançait la « Grande Révolution Culturelle Prolétarienne » pour « bombarder les états majors ». Aujourd'hui, c'est le travail de la technocratie judiciaire, comme chez nous. Mais au fond, ne renoue-t'elle pas avec ses fondements mythiques, les enquêtes du Préfet de Kaifeng, l'incorruptible Juge Bao ?

        1 autres commentaires
  • alberte
    • Posté à 17h17 le 18/10/2009

    J » approuve totalement le commentaire de - MARX-
    Et je trouve bonne l » idée de demander aux chinois de nous prêter Wang Lijun, qui m » a l » air d » un policier hors pair, tant il est vrai q » une sorte de mafia règne dans les hauts de seine faudrait aussi leur demander de nous prêter leurs juges, car hélas chez nous ils seront bientôt tous à la botte du monarque à talonettes, je vous laisse à penser ce que cela donnera lorsque sa majesté aura déclaré un prévenu coupable avant même
    l » ouverture du procès. Et d » ailleurs il n » y aura même plus besoin de procès puisque le roi pourra déclarer qui est coupable et qui ne l » est pas. Ces derniers se situant parmis ses amis bien sûr .

    • Lem
      Lem répond à alberte
      • Posté à 22h07 le 18/10/2009

      En meme temps, il ne faudrait quand meme pas se faire d'illusions : la justice Chinoise n'est pas un exemple d'indépendance... Et des bons flics, on en a aussi plein chez nous. Quand ils ne sont pas muté ailleurs ou que leur dossier n'est pas enterré ils sont aussi très bons. Wang Lijun a eu la chance de travailler sur des dossiers de personnes en disgrace.... Je doute que sa popularité « officielle » soit la meme s'il s'attaquait aux descendants de Mao par exemple (un petit neveu du Grand Timonier à été promu général une semaine avant le défilé du 1er Octobre, facon Jean Sarkozy à l'EPAD).
      Enfin, concernant la présomption d'innocence en Chine : on se plaint que le papa du su-mentionné mette à mal la présomption d'innocence, mais on n'a pas encore le cas chinois avec le prévenu enchainé en tenue de prisonnier et dont l'avocat n'a pas le droit de s'entretenir avec en aparté pendant l'audience (avocat et prévenu sont d'ailleurs assis à plusieurs metres l'un de l'autre)...

      Enfin et à part, la photo est de Pekin, « quartier des fetards » aussi appelé San-Li-Tunr. Une photo de Chongqing, quelqu'un ?

  • MISTER
    MISTER
    celibataire
    • Posté à 21h27 le 19/10/2009
    • Internaute
      celibataire

    moi je voudrai bien etre son gigolo a la dame , avec les temps qui court se faire nourrir loger manger gratuit , avec une carte bleu en plus , les fins de mois ca serai bcp plus facile avec elle ahahaha