Revue de commentaires

Mougeotte sur Sarkozy : les critiques disparaissent !

En marge de l'« interview exclusive » de Nicolas Sarkozy recueillie par un bataillon de cinq journalistes du Figaro en plus de lui-même, Etienne Mougeotte, directeur des rédactions du quotidien de Serge Dassault, signe ce vendredi matin un édito d'une rare flagornerie.

La plupart des lecteurs de son site web sont en tous cas de cet avis, et le lui ont fait vertement sentir. Au point que les commentaires ont été un moment fermés, avec cette explication :

« LeFigaro.fr a décidé de fermer les commentaires sur cet article en raison de trop nombreuses attaques personnelles auxquelles se sont livrés certains internautes. »

Vers 19h30, l'article était rouvert aux commentaires, sans autre explication. Samedi matin, la moitié des commentaires avaient été supprimés par la modération.

On lira avec profit l'éditorial de l'ancien n°2 de TF1, âgé de 69 ans et arrivé aux commandes du plus vieux titre de la presse quotidienne nationale fin 2007. Sous le titre « La fin de la récré », il écrit que les autres chefs d'Etat, eux, peuvent travailler tranquilles au règlement de la crise, fustige les dernières polémiques ayant embarrassé la majorité comme venues de « l'écume des jours », et renvoie les auteurs de critiques au sein du gouvernement et de la majorité à leurs chères études :

« Si certains ou certaines ministres se sentent mal à l'aise au gouvernement, la porte est grande ouverte. On ne les retiendra pas. Quant à la majorité parlementaire, députés et sénateurs confondus, on lui recommande la lecture de l'interview du Président. »

Les lecteurs du Figaro.fr, très remontés sur l'affaire Jean Sarkozy comme l'a montré Marianne2.fr, n'ont pas du tout aimé l'article. Une petite proportion se contente de commenter le fond, à savoir la situation actuelle du gouvernement et les propos du Président, avec des critiques acerbes de lecteurs se disant de droite. Avant que l'équipe de modération fasse un ménage drastique entre vendredi et samedi, tous les autres réagissaient à l'éditorial d'Etienne Mougeotte. Les réactions positives étaient bien rares.

« Etre de droite, ce n'est pas servir la soupe »

Le reste n'était que lynchage. Mais entre vendredi en fin de journée et samedi matin, les commentaires ont diminué de moitié (de plus de 140 à 76…). La modération du Figaro.fr a fait un gros ménage, alors que la plupart des réactions de lecteurs supprimées n'étaient pas insultantes, juste violemment critiques. Presque toutes celles que nous citons ici ont été dépubliées.

Alors qu'un internaute parle de « degré zéro du journalisme », « Je13190-0000001 » emploie le terme de « carpette » :

« Comment un “journaliste” de votre expérience peut-il se comporter en carpette de la sorte ? […] Vous seriez mieux à votre place dans un ministère de l'Information (façon Peyrefitte) que dans un grand journal de droite. Etre de droite, b…, ce n'est pas servir la soupe et encore moins servir de valet au pouvoir en place… »

« ci75016-0000001 », « un électeur de droite jusqu'à mardi dernier », est un de ceux qui mentionnent la Pravda :

« Est-ce le retour de la Pravda ! ? Comment peut-on autant se méprendre sur les réactions de son lectorat ? Vous n'avez pas fait votre travail de journaliste. Et ce d'autant plus que la devise de Figaro est (encore ? ) “sans la liberté de blâmer, il n'y a pas d'éloges flatteurs” ! »

Un autre se disant électeur de droite, « Stanbouliote », parle de « grave erreur » :

« Monsieur Mougeotte, cet éditorial fait honte à votre journal. Vous sous-estimez gravement la portée de cette affaire, notamment dans l'électorat de droite dont je fais partie. »

« Lecteurs du Fig, la porte est grande ouverte ! »

« Gaullienne » :

« Lecteurs du Fig, la porte est grande ouverte ! Cet éditorial ferait rire, s'il ne donnait pas tant envie de pleurer. Une partie des électeurs de droite (au moins 51%- en tout cas de mon côté, pratiquement tous les moins de 50 ans qui ont voté NS sont ECOEURES) vous parle des valeurs de la droite, des fondements républicains qui sont bafoués et vous nous dites : assez joué, maintenant on se tait et on obéit ! ! ! ! Vous êtes le déshonneur du journalisme ! »

« Triste époque » :

« Quelle tristesse de voir mon pays se dégrader de plus en plus, et toutes les valeurs de notre République bafouées par la volonté aveugle d'un homme orgueilleux et sans courage. La droite avait bien besoin des réformes, mais son électorat avait cru à un changement dans une autre direction, non pas celle des privilèges de plus en plus sauvages. […] Votre édito est un triste exemple de plus de ce même esprit mesquin. »

« Merci beaucoup pour ce grand moment de franche rigolade ! »

Les commentaires sont parfois très violents et insultants. D'autres sont plus gais, comme celui de « Précision17 » qui voit en Etienne Mougeotte une sorte de chroniqueur humoristique :

« Merci beaucoup pour ce grand moment de franche rigolade ! (et je ne plaisante pas) »

On pourrait continuer comme ça sur des kilomètres de pages-écran… « De qui se croit-il le porte-parole, quelle est la légitimité d'Etienne Mougeotte ? », « vite un maroquin pour M. Mougeotte », « vassalité », « affligeant », « minable »…

Terminons tout de même par quelques notes positives pour le directeur du Figaro (à vue de nez, moins de 5% des commentaires). « Enobat » :

« M. Mougeotte, tout à fait d'accord avec vous, mais avec qui les Français vont passer aux choses sérieuses ? Certainement pas avec notre Président et son équipe, qui ne considèrent de sérieux qu'une partie qui concerne essentiellement leurs amis. »

« Randas » écrit, en majuscules, « BRAVO ETIENNE MOUGEOTTE » :

« Quelle justesse d'analyse ! Mais ne croyez-vous pas que les médias sont en grande partie responsables de la situation pour ne traiter que des frivolités ? »

C'est justement un des reproches que faisait la rédaction du Figaro à Etienne Mougeotte quelques mois après son arrivée.

Mis à jour le 17/10 à 11h50 après la suppression massive de commentaires critiques par la modération du Figaro.fr.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de clive

De clive

17H01 | 16/10/2009 | Permalien

Il a vraiment dit « ON » ne les retiendra pas ?

Portrait de spleenlancien

De spleenlancien 78672

manant, de passage sous le soleil. | 17H01 | 16/10/2009 | Permalien

Si Mister President désespére même les lecteurs du Figaro c'est que ça doit sentir un peu la peinture…

Portrait de athica

De athica

17H02 | 16/10/2009 | Permalien

J'avais lu son édito ce midi c'est… affligeant, consternant… Ou à mourir de rire !

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 17H17 | 16/10/2009 | Permalien

Lire cet éditorial a un côté réjouissant : il me rappelle le très drôle (et beau) roman d'Albert Cossery, La Violence et la dérision dans lequel des opposants à un tyranneau oriental lancent une campagne d'affichage d'une rare flagornerie. Bien sûr, le lustre du tyranneau n'y survit pas. Bizarrement, et même si c'est passé très au-dessus de la tête de Mougeotte, il y a un petit quelque chose de cela, dans son éditorial.

Après Nicolas tacle Jean, voilà maintenant Etienne tacle Nicolas : à droite, ça flingue à tout va !

Portrait de El Damien

De El Damien

Espagne | 17H42 | 16/10/2009 | Permalien

Doit-on rire ou pleurer ? Rappelons que la devise du Figaro est :
« Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. »

Etienne Mougeotte parle du gouvernement comme un supporter parle de son équipe de foot :
On va gagner
On est en final
On ne les retiendra pas

Qui a souvenir d'un directeur de la rédaction parlant de ON pour parler du gouvernement ?
Il va falloir regarder dans les archives de la Pravda.

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