Faut-il vraiment que nous subissions tout cela ? Le spectacle de la vie politique française donne la nausée, et fournit aux populistes et aux anti-démocrates tous les prétextes pour engranger quelques points. Un spectacle dans lequel une valeur fondamentale a disparu : l'éthique.
Jeudi, j'ai eu le malheur d'acheter l'hebdomadaire L'Express, qui nous a livré les bonnes feuilles du livre de l'ex-femme d'Eric Besson : dans son « Manuel de guerilla à l'usage des femmes » (Grasset), Sylvie Brunel habille le ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale pour plusieurs hivers dans le rôle du beauf-séducteur-queutard-mais-néanmoins-généreux, avec quelques anecdotes qui ont vite fait le tour des dîners en ville.
Je m'en suis voulu d'avoir lu ces pages, et, même si le propos était, paraît-il, de défendre la femme délaissée de 50 ans, cette vengeance publique, publiée de surcroît avec la bénédiction ambiguë de l'intéressé, m'a affligé. Je n'ai pas demandé à entrer dans la chambre à coucher de M. et Mme Besson : j'ai connu Sylvie Brunel mieux inspirée dans l'humanitaire, il y a bien longtemps.
Le même jour, nous avons eu droit au déballage de l'interview de Frédéric Mitterrand au journal de TF1, avec en invité surprise le « boxeur thaï de 40 ans » qui remplacera désormais le plombier polonais dans l'imaginaire collectif des Français. Avec un ministre qui s'enfonçait en pensant avoir des accents de sincérité. Et des questions directes dont on se disait, en les écoutant, qu'on n'avait pas soupçonné une telle pugnacité lors d'entretiens similaires avec, disons, Nicolas Sarkozy…
Ces deux « affaires » font évidemment la « une » : le voyeurisme politico-peopolisé a le vent en poupe. Dans le Journal du dimanche, ce week-end, on a encore droit à une interview de Sylvie Brunel, qui restera dans la (petite) histoire « Mme ex-Besson » et non « Mme ex-Action contre la faim » ; et une autre de Frédéric Mitterrand défendant son honneur perdu largement par sa faute, pour une déclaration arrogante et maladroite sur Polanski qui a ouvert la boîte de Pandore. Besson et Mitterrand squattaient aussi les écrans de télé dimanche.
Népotisme à La Défense
Mais sur un autre registre, l'indécence ne s'arrête pas là. Elle prend une autre forme avec la nomination de Jean Sarkozy, fils de qui vous savez, à la tête de l'Epad, l'établissement public d'aménagement de La Défense, qui gère le gigantesque et juteux quartier d'affaires près de la capitale. C'est sans précédent pour un homme de son âge (23 ans) et de son inexpérience, à peine quelques mois après sa première élection comme conseiller général. Le népotisme règne en maître dans ce fief sarkozyste.
Allez après ça critiquer la Chine ou d'autres pays qui pratiquent le népotisme ! Pékin se fait d'ailleurs les gorges chaudes de la nomination du fils du président « qui n'a même pas fini ses études », comme le montre ce reportage de la télé d'Etat CCTV. (Voir la vidéo repérée par BetaPolitique.fr)
Quel est le point commun entre toutes ces affaires ? Le manque d'éthique individuelle dans l'exercice du pouvoir, qui caractérise la période actuelle.
Au cœur de la crise économique et sociale que traverse le pays, on rêverait d'autre chose que (la liste est loin d'être exhaustive…) :
- d'un ministre qui fait la chasse aux immigrés pour montrer qu'il a des « couilles », puisque c'est, selon son ex-femme, le mot favori de son vocabulaire ;
- d'un autre qui se délecte aux blagues racistes quand il doit donner l'exemple à une police dont il a la responsabilité et qui est en première ligne dans les questions de racisme et de coexistence dans les quartiers ;
- d'un troisième qui incarne l'élitisme parisien au point de dire haut et fort à la télévision que « tout le monde » a un jour ou l'autre « fauté » comme lui dans un bordel thaï…
- Ou encore d'un quatrième qui cautionne hâtivement l'élection d'un fils à la place d'un père qui l'a naguère employé, dans une république africaine où la transparence démocratique et affairiste n'est pas la norme.
Un sursaut éthique ?
D'où viendra un sursaut éthique dans la gestion des affaires publiques ? La crise et ses « plus rien ne sera comme avant » n'ont pas généré de nouveaux comportements. La nomination de Jean Sarkozy, de ce point de vue, constitue une incontestable régression politique et peut-être surtout mentale.
Cette question peut sembler anodine, la république n'est pas en danger… Mais ça faisait longtemps qu'une déclaration provenant de la famille Le Pen n'avait pas à ce point fait mouche. Les turpitudes de l'élite n'ont jamais généré de l'harmonie sociale et du civisme, mais font le lit, au contraire, du cynisme et de l'égoïsme. Attention au retour de bâton.




















8
De Hugues Serraf
Chroniqueur | 09H35 | 12/10/2009 |
Moi, ce qui me frappe avec les duettistes Besson-Brunel, et au-delà des considérations éthiques générales de cet édito, c'est leur goût pour la trahison publique et théâtrale.
Éric Besson est évidemment un cas d'école depuis sa transformation de responsable économique de la campagne de Ségolène Royal en lieutenant de Sarkozy en charge des basses œuvres, mais Sylvie Brunel n'est pas mal non plus… Pas seulement parce qu'elle décide aujourd'hui de publier un bouquin sur les frasques de son ex-mari, mais aussi pour la manière dont elle avait tenté de discréditer le travail des ONG il y a quelques années. Accusant (faussement) ses anciens partenaires humanitaires de se verser des salaires mirobolants et de dépenser l'argent des dons à tort et à travers, elle contribuait surtout à faire l'amalgame entre ACF et l'ARC aux yeux du public…
Franchement, je me demande pourquoi ils se séparent : leur numéro était vraiment prometteur.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 09H37 | 12/10/2009 |
Pas grand chose à rajouter à cet éditorial, sinon qu'effectivement l'anti-parlementarisme ne sort jamais de rien. Par moments, on se demande ce qui peut passer par la tête de nos auto-proclamées « élites », si elles sont les seules à ne pas voir ce qui crève les yeux.
De Valdo Lydeker
journaliste, auteur | 10H20 | 12/10/2009 |
Merci pour ce papier Pierre qui remet les choses à leur place et effectivement nous alerte sur le risque réel du « tous pourris », vieille rhétorique de l'extrême-droite.
Quand à Jean Sarkozy, c'est Laurent Fabius qui, quoi qu'on pense de lui, a le mieux parlé sur Inter ce matin !
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/septdix/
De ON M RSA2012
Bientôt au RSA Enfin le bonheur ! | 10H27 | 12/10/2009 |
M.HASKI
Il aurait été intéressant et pertinent de continuer votre billet sur les actes du PS.
Un pays où les deux parties actuellement majoritaires sont connus et reconnus pour des actes délictueux est problématique.
La seule lutte pour conquérir le pouvoir est le berceau de toutes les turpitudes.
Certes, je suis naïf simplement la question de l'exemplarité est valable pour ces deux partis.
Quand ils décideront de faire de la politique et non une course au pouvoir, les électeurs iront peut être mettre un bulletin dans l'urne.
Toutefois moins il y a de votant, plus ils ont de chance d'être élu !
Une technique lassante qui provoque colère et indignation.
Donnons leur des croissants !
De C. Creseveur
D'actualité | 10H28 | 12/10/2009 |
De Instinct
Assis | 10H44 | 12/10/2009 |
J'aime bien votre édito . Mais avec qui conduire une rénovation de la vie politique française ? . L'illégitimité du fils Sarkozy renvoi a l'illégitimité pour cause de tricherie de la première secrétaire (présidente ? ) du PS … etc
Et quid du renversement d'un ordre pour des principes moraux . La Terreur de Robespierre a tué largement plus de gens que la royauté de Louis XVI . Le renversement du dictateur pourri Batista n'a pas non plus vraiment apporté la liberté aux cubains . Et comme modèle , le prix Nobel à un homme qui conduit deux guerres à l'étranger , ça peut faire sourire …
Rechercher une éthique en politique soit … Mais pourquoi seulement en politique ? . Il existe aussi , par exemple , une Ethique de l'informatique . Et bien sûr, je vais essayer, sans rigoler, de dire que je ne me sers de mon ordinateur que pour des usages légaux .
Et si on disait tout simplement que l'éthique n'est pas une valeur humaine . Et si on disait que nous fonctionnons souvent, en fait, sur un principe différent . Du genre : Pas vu pas pris, pris pendu !
De rahaan
situation | 10H44 | 12/10/2009 |
à l'auteur de l'article
Ok, vous dites que la soupe est pas bonne, mais vous en prenez quand meme, vous allez meme jusqu'à citer Mme Besson
Et puis le coté « je m'en suis voulu d'avoir lu ces pages » mouai, j'y crois pas trop
J'ai l'impression que c'est plutot une posture de votre part ( la posture qu'il est de bon ton d'adopter)
Un peu ambigu de dénoncer une chose à laquelle vous contribuez
De Alfary
Ronchon | 12H04 | 12/10/2009 |
Merci d'apporter un peu d'air frais dans ce climat bien délétère, Pierre. Il était temps, même sur la Rue, ça prenait des proportions démagogiques « la mauvaise vie ».
J'ignore si la relation faible à l'éthique est seule explicative de ce qui se passe dans ce pays. Lorsque dans le débat public les « petites affaires personnelles » rencontrent la même considération que la politique budgétaire, voire récoltent bien plus d'audience que les enjeux européens, il y a lieu de se questionner sur le niveau du débat politique.
En vrai, le moindre ragot, l'évènement le plus microscopique qui soit, semblent faire sens à proportionné de l'exposition médiatique ; là, on peut mesurer la conséquence d'une sorte d'état d'hébétude de l'opinion, abreuvé par les flux d'informations livrés en vrac, sans hiérarchie. Entre Paris-Match et les ravages de la financiarisation de l'économie (suicides à F-T par exemple), nos concitoyens peuvent choisir les thèmes qui paraissent importants. Useraient-ils seulement de ce pouvoir et parions que les discours et les postures politiques en rendront compte.
Le bal de l'éthique (et sa cousine Dignité) se dansent à trois : les acteurs politiques, les citoyens et les médias. Quid de l'orchestre ? Peut-être bien l'économie, la puissance invitante, bien satisfaite de se faire très discrète.
Addendum : J'ai cherché en vain dans différentes ploutocraties patentées. L'intronisation du fils de Monsieur est inédite. Si quelqu'un trouve…