Décryptage 12/10/2009 à 19h00

Affaire Mitterrand : Hamon parle-t-il encore au nom du PS ?


Après ses critiques sur le ministre de la Culture, son indépendance est de plus en plus contestée au sein du Parti socialiste.


« Marre d'entendre que “c'est plus compliqué que ça” par et pour les gens les mieux servis. » Ça devient une habitude, c'est sur son compte Twitter qu'il faut venir chercher les états d'âme de Benoît Hamon. Là, c'était mercredi dernier, en référence à la polémique qui a suivi les déclarations à l'AFP du porte-parole du PS sur l'affaire Frédéric Mitterrand :

« Au moment où la France s'est engagée avec la Thaïlande pour lutter contre ce fléau qu'est le tourisme sexuel, voilà un ministre du gouvernement qui explique qu'il est lui-même consommateur. »

Une polémique sur la polémique qui a permis à l'UMP de faire bloc derrière le ministre de la Culture sur le mode « le PS emboîte le pas au FN », mais aussi à ses détracteurs au sein du Parti socialiste de se payer « l'idole de toutes les femmes françaises », selon les termes de Martine Aubry. Et à ce petit jeu-là, c'est le numéro deux du parti, Harlem Désir, qui s'est le plus distingué, vendredi, dans un communiqué :

« Les déclarations de Benoît Hamon sur Frédéric Mitterrand n'expriment en aucun cas une position collective du Parti socialiste. »

« Benoît Hamon a pu avoir une réaction de sensibilité »

Pourtant, le même Benoît Hamon concluait ainsi ses déclarations à l'AFP : « Comme porte-parole du PS, je suis choqué par les propos du ministre, violemment choqué. » Ce qui n'a pas empêché la première secrétaire du PS de se désolidariser également :

« Comprenons aussi que Benoît Hamon a pu avoir une réaction de sensibilité, comme tous les Français qui liraient ce livre. »

Nul doute que ces mises au point ont dû jouer quand, sur RTL, au lendemain de l'intervention de Frédéric Mitterrand au 20 Heures de TF1, où le ministre de la Culture a pourtant confirmé qu'il avait été un touriste sexuel, le porte-parole du PS a rétropédalé :

« C'était une explication qui était attendue de la part d'un ministre qui a longtemps entretenu l'ambiguïté sur ce sujet dans les déclarations qu'il avait faites autour de son livre. » (Voir la vidéo)

« Il faut mettre un terme à cette ligne de conduite »

Un épisode qui n'est pas sans rappeler celui qui s'était déroulé peu de temps après sa nomination. En janvier, Benoît Hamon affirme dans le mensuel Bretons que les partisans de Ségolène Royal ont « dans le sang ce poison de la division ». Ire immédiate du camp de la candidate malheureuse à la course au premier secrétariat et gêne au sein de la nouvelle direction. L'auteur de la diatribe devra reconnaître publiquement sa « faute ».

Ce qui à l'époque lui avait été pardonné ne l'est plus aujourd'hui. En témoigne le scud délivré sur son blog par Julien Dray, son prédécesseur au poste de porte-parole :

« Quand Benoît Hamon parle, il impose de facto sa position aux militantes et aux militants. Et cela n'est plus acceptable. Surtout quand cela devient une tactique de mise au pied du mur de tout le Parti socialiste. Il faut mettre un terme à cette ligne de conduite permanente. On ne peut pas venir sans arrêt donner des leçons sur la discipline et la fraternité, et être en même temps celui qui organise le dysfonctionnement du parti. »

Benoît Hamon, lui, préfèrerait certainement se voir défendre par ses camarades avec au moins autant d'ardeur quand Eric Besson déclare dimanche sur Canal + : « Benoît Hamon est passé de porte-parole du Parti socialiste à porte-parole de Marine Le Pen. » Ou quand Daniel Cohn-Bendit le conspue dans Le Parisien : « L'attaque de Benoît Hamon, c'est minable. Le PS est à la remorque du Front national. »

Sans aucun mandat, son maintien pose question

L'animosité interne remonte au sanglant congrès de Reims. Pour constituer une majorité face à Ségolène Royal, Martine Aubry a été contrainte cet automne d'agréger les courants de Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Dominique Strauss-Kahn, mais aussi Benoît Hamon. Il est celui sur qui personne ne parie, mais se présente quand même face aux deux femmes et récolte plus de 20% des suffrages au premier tour.

Lorsqu'il se décide à soutenir Martine Aubry pour le second tour, il négocie le porte-parolat. Les delanoïstes, Harlem Désir en tête, grincent des dents, mais défaire Ségolène Royal est à ce prix. L'heure de la victoire venue, ce dernier pourra toujours se targuer d'avoir été nommé numéro 2 du parti, alors que le porte-parole ne figurera qu'en troisième position.

Une position identique à celle qu'il occupera en juin sur la liste socialiste pour les européennes en Ile-de-France. Une fois encore, il bataille avec Harlem Désir pour la tête de liste, mais perd la partie. Avant de perdre son mandat de député européen, en raison du piètre score du parti.

Sans mandat, la question de son maintien au porte-parolat fait encore débat. Martine Aubry ne peut se passer de ce visage de la rénovation et lui demande de poursuivre sa mission. Mais son visage lui suffit presque. Cet été, il a été écarté des travaux préparatoires à la consultation des militants socialistes.

« Tirer la position du parti vers ce en quoi je crois »

Il faut dire que sa position, unique, de chef de courant et de porte-parole du parti est ambiguë. Le 28 septembre, avant une interview accordée à Rue89, il confiait : « J'essaye de tirer la position du parti vers ce en quoi je crois. » Et parfois ça paye, comme lorsqu'il avait appelé en décembre au conditionnement des « licenciements boursiers ». D'autres cadres du parti avaient tiqué à l'époque, mais Martine Aubry l'a depuis rejoint sur ce point. (Voir la vidéo)

Pour certains socialistes, tout viendrait en fait d'un « clivage générationnel autour de ce que doivent être la liberté et les règles ». La défense est signée Manuel Valls, à l'opposé de l'échiquier socialiste par rapport à Benoît Hamon. Mais pas plus réticent à jouer les premiers rôles dans un avenir proche.

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  • framboise92
    framboise92 répond à lancetre
    en mal de choix.
    • Posté à 20h35 le 12/10/2009
    • Internaute
      en mal de choix.

    merci pour cete explication.
    Je pense que j'ai jugé trop vite Hamon pour sa rapidité de réaction.
    J'étais déçue en en fait. Je ne sais pas si Cohn-Bendit fera le même effort que moi pour avoir du recul. Mais rien de comparable....on ne nous dit pas tout.
    J'avoue que je ne sais plus quoi penser en rien sinon que la perversion, depuis un certain temps, est affichée dans la « Haute “ ‘société’ autant que dans le bas du panier.
    Si c'est pour dénoncer ce qui se passe en Taï, ok.
    Mais pourquoi pas à la sortie de son livre ?
    Tout ressort en ce moment et rien ne s'arrange pour nous. Nous qui n'allons pas en Taï . ! ! !

  • Tofraziel
    Tofraziel
    Orwellien
    • Posté à 21h03 le 12/10/2009
    • Internaute
      Orwellien

    Hamon a parlé pour beaucoup de militants du PS qui en ont assez d'un certain discours à gauche, celui-là même qui est en partie responsable du désamour des électeurs de gauche, surtout chez les classes populaires et depuis 2002.

    Marre d'être taxé de populisme ou de faire le jeu de l'extrême droite quand on s'élève contre le jugement (moral et judiciaire) à deux vitesses. Quand on voit les déclarations de Finkielkraut ou BHL sur l'affaire Polanski, on est dans le bien plus abominable que celles d'Hamon : eux ont tenté d'excuser le cinéaste par le fait qu'il avait vécu la Shoah, ou que la jeune mineure l'aurait bien cherché...Mais certains sont intouchables !

  • Hououji_Fuu
    Hououji_Fuu
    Racaille Syndicale (oh yeah ! )
    • Posté à 21h42 le 12/10/2009
    • Internaute
      Racaille Syndicale (oh yeah ! )

    Hamon a eu le courage de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il a exprimé une opinion, ce qui est son droit le plus strict. Mais on ne s'attaque pas aux « icônes » (surtout à celles qui se nomment Mitterrand) sans rester « impuni » par « l'establishment ».

    L'amusant, ce n'est pas le silence ou les non prises de positions des poids lourds du PS, cela s'appelle de la prudence, ou peut-être de la lâcheté. Car ils savent, eux, que le réflexe corporatiste va jouer en plein. Et ils savent que ces artistes/philosophes/penseurs/élites diverses auront de l'espace dans les médias, les portes leur seront largement ouvertes. Par contre, l'opinion de monsieur-madame tout le monde ne se fait entendre que via internet. Le rapport de force est donc en faveur d'un soutien ou d'une neutralité envers ce magnifique ministre de la culture.

    Au-delà de cela, on pourrait tout de même se demander ce qui se cache derrière la volonté de démolition de Benoît Hamon par toute une série de gens, ce « grand homme » de BHL en dernier.

    N'y a-t-il pas de lien à chercher avec la détestation de ces chasseurs de Hamon avec le PS, et qui appellent à sa mort ? Un type comme Hamon, prenant des positions plus à gauche, exprimant des opinions allant à contre-courant des « élites » ne pourrait-il représenter une « menace » quant à cette fin annoncée du PS ?

    Bref, on ferait mieux de se poser très sérieusement la question du pourquoi, de la raison réelle de ces attaques anti-Hamon, et de ne pas gloser en permanence sur ce cher ministre de la culture, qui n'aurait jamais dû être nommé ministre (ni responsable de la villa machin-chose).

    (Je précise que mon indignation vis-à-vis du ministre date de 2005, et non pas des « révélations » de Le Pen)

  • nono le simplet
    nono le simplet
    bidochon
    • Posté à 05h44 le 13/10/2009
    • Internaute
      bidochon

    étrangement , peut-être , je suis assez fier de ne pas partager le point de vue majoritaire de ces commentaires .
    Pour moi Hamon est un arriviste qui se sert de sa fonction pour exprimer ses propres idées , lamentable !
    Et de toutes façons je ne serai jamais dans la foule qui hurle au passage de la charette : Pendez le !
    Ni dans celle qui hurle : Allez les bleus !