Longtemps utilisé par Karl Zéro, jusqu'à le caricaturer, le tutoiement en politique n'en reste pas moins un sujet tabou. Entre les politiques eux-mêmes, mais également entre politiques et journalistes. Connivence ou transparence ? Décryptage en six séquences.
« Ne m'appelle pas Jean-Luc ! »
Le dernier épisode est en date est particulièrement rare. Invité à débattre avec Frédéric Lefebvre, le 5 octobre sur le plateau du « Grand Journal » de Canal +, Jean-Luc Mélenchon commence par tutoyer le porte-parole de l'UMP, comme dans leurs relations hors caméras, avant de s'arrêter net quand ce dernier appelle le président du Parti de gauche qu'il est par son prénom, et de s'expliquer en direct :
« Finalement, je vais vous vouvoyer, ce sera plus clair. C'est très mal ressenti parce que là nous sommes dans un rôle public : monsieur Lefebvre représente des gens qui sont de sa condition et moi de la mienne. Ceux qui nous regardent vivent mal le fait que l'on mélange les genres. C'est une erreur quand moi je le tutoie. » (Voir la vidéo)
Frédéric Lefebvre reste silencieux après avoir provoqué l'explication : « Il faut que tu choisisses. Ou tu me vouvoies ou tu me tutoies. » Il sait que le pas de deux de Jean-Luc Mélenchon est délicat à justifier. Une justification analysée par la sémiologue Mariette Darigrand :
« Le tutoiement est un signe de modernité professionnelle et sociale. Le tutoiement s'est beaucoup répandu ces dernières années dans la vie professionnelle. Les politiques, comme les autres corporations, sont touchés. Mais ils se méfient car ils craignent l'effet corporatiste. Le fait que les gens les sentent plus proches entre eux -quel que soit leur bord- que dans le lien avec les citoyens.
Jean-Luc Mélenchon hésite. Il veut avoir sa part de modernité, de cette décontraction des relations. Mais il se méfie de la connivence intra-professionnelle, ne veut pas être un collègue de Frédéric Lefebvre. Il dit donc : “Ne m'appelle pas Jean-Luc ! ” La modernité reste quand même du côté du tutoiement. »
► Séquence suivante : « Mon pote, tu ne seras jamais Président ! »





















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De Julien Martin (auteur)
Rue89 | 21H15 | 10/10/2009 |
Petit aparté de l'auteur : il est difficile d'écrire sur le tutoiement en politique sans parler de sa propre pratique personnelle. Je ne tutoie pas les hommes et les femmes politiques, même si certains entament souvent une conversation sur le mode du tutoiement. Je n'ai jamais imaginé le faire, ce sont des relations de travail.
Quand bien même cela m'arriverait un jour avec quelques uns (qui n'a jamais noué des relations amicales dans le cadre professionnel ? qui est « à l'abri » de voir une de ses connaissances personnelles entrer dans sa sphère professionnelle ? ), je crois que ce qui est le plus important est de respecter toujours la même règle : tenter d'être le plus objectif possible.
Autrement dit, si j'ai une information sur une personne, je la traite impartialement et la publie, que j'ai plutôt un a priori positif ou négatif sur elle. D'ailleurs, cela se vérifie quasiment à chaque fois : plus on fait des articles qui dérangent un politique, plus celui-ci vous respecte, à condition bien sûr que l'attaque soit juste. Ce serait bête de se priver ! Après, s'il le prend mal, c'est son problème. Et ça n'empêche pas d'écrire encore sur lui.
De Cogito_ergo_sum
Citoyen | 10H17 | 11/10/2009 |
Ah, si nous étions anglophones, la question ne se poserait pas, et ce serait plus simple !
Sérieusement, ramener le degré de connivence possible à cette question de l'emploi du tutoiement ou du vouvoiement est un peu hypocrite et un peu simpliste.
Dans n'importe quelle sphère de relations humaines, le tutoiement devient la norme entre personnes se connaissant bien. C'est une évolution que j'ai pu constater aussi bien dans la langue française qu'en allemand, italien ou espagnol, signe sans doute de la chute de barrières sociales anciennes. Il est probable que le « vous » de politesse finira par disparaître du français comme le Sie, le Lei ou le Usted des langues précitées, au moins dans l'expression orale.
A partir de ce constat, il est assez illusoire de vouloir prendre ses distances en usant d'une forme ou d'une autre.
La connivence possible entre deux personnes se mesure quand même plus au contenu du discours, à la pertinence (ou à l'impertinence), voire à l'agressivité du questionnement, qu'à l'emploi de tel ou tel pronom.
Entre « Tu n'es qu'un pov'con » et « Il n'est pas exclu, finalement, que vous soyez dans l'erreur », laquelle de ces deux phrases vous paraît la plus suspecte de connivence ?
Mieux vaudrait, sans doute, en cas de débat public, dire clairement en introduction : « Nous allons nous tutoyer parce que nous nous connaissons bien, ce n'est pas pour autant que nous nous appréciions », que de jouer avec les pronoms.
De Le Yéti
yetiblog.org | 10H35 | 11/10/2009 |
PERSONNES ET PERSONNALITÉS
Personnellement, je tutoie facilement les personnes.
Mais jamais les personnalités venues représenter leur fonction.
De Guillemette Faure
Eco89 | 10H40 | 11/10/2009 |
C'est à vérifier auprès d'un plus gros échantillon, mais de ce que j'avais vu, j'avais eu l'impression que Nicolas Sarkozy tutoyait très vite les hommes journalistes mais vouvoyait les femmes.
De A-A
En perdition (comme la planète) | 15H59 | 11/10/2009 |
Rien de nouveau sous le soleil
Qui ne se rappelle pas de la séquence (vu notamment dans le documentaire de pierre carles « pas vu, pas pris') où, Anne Sinclair rencontre Laurent Fabius pour préparer son passage à l emission “7 sur 7'
Dans cette sequence, les 2 protagonistes se font la bise, se tuttoient, et surtout, la mere Sinclair valide auprès de Fabius les questions qui lui seront posées lors de l émission
Un grand moment d indépendance des journalistes face aux politiques : D
je vous met le lien pour visionner le doc ‘pas vu pas pris’ en entier : http://video.google.fr/videosearch ? q=pierre+carles+pas+vu+pas+pris+sincl…
(je n ai pas trouvé la séquence sinclair-fabius seule, mais le doc vaut le coup d etre vu en entier)
De -Candide-
Jardinateur | 17H44 | 11/10/2009 |
ça me rappelle une réplique de Chirac à quelq'un qui l'invectivait dans la foule :
- Connard !
- enchanté, moi c'est Jacques Chirac.
ça avait plus de classe quand même ^^