Etudes débiles 10/10/2009 à 20h19

Dix découvertes qui auraient (presque) pu avoir le prix Nobel


L'académie de Stockholm vient de décerner le prix Nobel de médecine à une équipe américaine pour ses recherches prometteuses sur une enzyme qui protège les cellules du vieillissement, au point d'être associée à l'immortalité. Lurker, riverain de Rue89, s'est amusé à lister ces miracles que chaque jour les services de presse des centres de recherche nous livrent dans un bel emballage. Et que les journalistes s'empressent de rendre encore plus impressionnants.

En vrac, dix merveilleuses trouvailles, qui vous ont peut être échappé mais qui, promet-on, pourraient changer nos vies. Décryptage.

1

Le traitement contre le cancer

Le Wall Street Journal nous dit qu'une molécule habituellement utilisée contre le diabète soignerait le cancer.
En fait, elle réduit le nombre de cellules-souche cancéreuses (5 à 10% d'une tumeur) sur une tumeur humaine greffée à une souris, en réduisant l'apport en sucre. L'article dit clairement que les chercheurs ne savent absolument pas comment ni même s'il est possible d'utiliser cette molécule contre un cancer humain. Nous sommes bien loin du traitement décrit.

2

Le contrôle à distance des êtres vivants

Attention, il existe des « radio controlled cyborg insects », nous apprend la très sérieuse revue New Scientist. Des chercheurs ont réussi a télécommander un insecte, ce qui pourrait permettre de rechercher les victimes après différentes catastrophes (effondrement d'immeuble, inondations...) ou d'espionner des terroristes.

En fait, l'insecte est une grosse espèce africaine de coléoptère, la seule capable de supporter l'équipement et la batterie nécessaires. Loin d'être discret, donc. L'insecte lui-même n'aurait pas vraiment de contrôle sur sa trajectoire, et malgré sa taille, la batterie n'a qu'une autonomie de 45 secondes. Tout cela pour, avec de la chance, le faire tomber violemment au sol ou vaguement tourner à droite ou à gauche. (Voir la vidéo)


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3

Le « téléscope temporel »

Le New Scientist nous apprend encore qu'un « télescope temporel » pourrait augmenter le nombre de données transmissibles par fibre optique.

Le télescope temporel se révèle être une lentille optique (une loupe, quoi) tout ce qu'il y a de plus classique, permettant de « compresser » des informations optiques puis de les « décompresser ». J'ai remarqué que les recherches en matière de communication sont souvent celles qui reçoivent le plus de subsides, d'où leurs noms science-fictionnesques toujours amusants.

4

Une puce qui rend la vue aux aveugles

On apprend dans un article de ComputerWorld.com qu'une puce implantée dans l'œil, couplée à une caméra sur des lunettes, permettrait aux aveugles de voir à nouveau.

En fait, tous les aveugles ne sont pas concernés, la puce n'existe qu'à l'état de prototype, n'a jamais été testée sur autre chose que des cochons nains, et personne ne sait si les cochons ont vu a nouveau, le but n'était que de tester si cela causait des dommages à l'œil. Aucun aveugle, homme ou cochon, n'a donc vu quoi que ce soit, ce n'était d'ailleurs pas le but de l'expérience.

5

Un vaccin contre le Sida

La nouvelle a fait les gros titres récemment : un vaccin contre le Sida partiellement efficace. Hormis le fait que le Sida est un syndrome, et que le vaccin est donc contre le VIH (le virus qui cause le syndrome), il ne fonctionne statistiquement que sur 30% des sujets testés.

Pour obtenir un vaccin utilisable, il faut pouvoir atteindre de l'ordre de 70% au moins, sinon cela n'enraye pas une épidémie. Les résultats restent purement statistiques, ne sont pas reproductibles en un temps court et amènent eux-même de nouvelles questions. Aucun vaccin contre le VIH pour l'instant, donc.

6

La maladie d'Alzheimer liée au manque de sommeil ?

Un article de Slashdot explique que le manque de sommeil pourrait être l'une des causes de la maladie d'Alzheimer. Une étude statistique montre que les souris insomniaques sont plus à même de contracter la maladie d'Alzheimer que des souris qui dorment normalement.

Les maladies se developpant de manière très différentes selon qu'elles touchent une souris ou un humain, le lien en question est donc très théorique. Les souris étaient sous somnifères, et seule la raréfaction d'une protéine causant certains symptomes de la maladie a été observée.

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7

Une video HD aux frontières de l'espace, pour presque rien

On apprend, toujours sur Slashdot, que des amateurs ont filmé la terre depuis les frontières de l'espace pour un coût ridicule. Une camera était montée sur un ballon-sonde et a filmé la terre à 32 kilomètres de haut.

Il est communément admis que l'espace commence aux environs de 100 km (330 000 pieds), le ballon aurait donc dû aller trois fois plus haut, ce qui est physiquement impossible (l'atmosphère est en effet quasiment inexistante a ces hauteurs, le ballon explose bien avant, et est de toute façon trop lourd pour y arriver).

8

Des bactéries pour nettoyer les déchets nucléaires

Il parait, annoncent des chercheurs, que l'on peut nettoyer des déchets nucléaires en les donnant a manger à des bactéries.

En réalité, les bactéries agrègent « seulement » l'uranium, permettant de le séparer du reste. Il reste radioactif et toxique (le danger avec l'uranium n'étant pas tant sa radioactivité que sa toxicité). La technique était d'ailleurs connue depuis une quinzaine d'années, elle a juste été améliorée. L'article laisse pourtant penser que les déchets nucléaires ne seront bientôt plus qu'un mauvais souvenir.

9

Faire marcher les rats paraplégiques

Un article de la célèbre revue Nature, repris sur le site gratuit Eurekalert décrit des rats paraplégiques qui retrouvent la faculté de marcher.

En injectant une molécule influençant le niveau de serotonine, des chercheurs ont réussi a faire marcher des rats paraplegiques. En réalité, après avoir rendu les rats paraplégiques, les chercheurs ont réussi par stimuli électriques à faire passer un signal dans les pattes des rats. Ceux-ci ne pouvaient donc pas du tout marcher, contrairement à ce qu'annonce le titre.

10

Un panneau solaire en cheveux

Le Daily Mail britannique rapporte qu'un Népalais de 18 ans a créé un panneau solaire à base de cheveux humains, capable de générer 9 V (18 W) pour moins de 25 euros. Cette technologie pourrait « révolutionner les énergies renouvelables » en produisant de l'électricité bon marché et verte. Un hoax démonté par un internaute.

D'abord, le watt est une unité de puissance, est n'est donc pas comparable avec le volt, unité électromotrice (différence de potentiel entre deux points d'un circuit). Un rapide calcul (souvenez-vous, P=UI, donc I=P/U, donc I=18/9) nous apprend que son panneau peut donc selon lui générer 9V à 2A (ampère), ce qui est exactement au niveau des panneau solaires dernier-cri, pour la même surface.

Passons les considérations techniques. Un cheveu sans traitement particulier n'est pas conducteur (ni semi-conducteur), et, même traitée, la mélanine contenue dans le cheveu convertit la lumière en chaleur et pas en électricité. Les étudiants et les journalistes se sont donc un peu emballés. Ils ont généré de l'électricité avec de l'eau salée, et truqué l'expérience pour la photo, probablement en ajoutant un vrai panneau solaire derrière les quelques cheveux.

Et vous, quelles déformations avez-vous relevées récemment dans des articles, y compris français, qui pourraient alimentera notre florilège ?

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  • spacemadi
    • Posté à 00h03 le 11/10/2009

    Dans le genre trouvaille farfelu, j'aimerai bien votre regard sur celle-ci qui me laisse bien perplexe : L'éolienne qui capte l'humidité et la transforme en eau buvable...
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  • ricasse
    ricasse répond à mass38
    Etudiant
    • Posté à 01h48 le 11/10/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Les papiers sont révisés : plus ou moins.
    Une petite anecdote : mon superviseur de thèse est une des personnes les plus connues dans le monde de la métallurgie. Un nombre impressionnant de publications, invité dans tous les colloques qui comptent, etc. Il y a quelques années, il mettait à jour sa liste de publications, et surprise, il est listé parmis les auteur d'un papier qu'il n'a jamais approuvé dans le ISIJ (revue japonaise de métallurgie appliquée, une parmis les deux ou trois les plus importantes dans le domaine). Le seul autre auteur était l'un de ses anciens étudiants. Et quand je dis que mon professeur n'avait jamais approuvé l'article, je devrais même dire qu'il ne l'avait pas écrit et que seul l'étudiant l'avait écrit mais, parce que l'article était mauvais, mon professeur ne voulait pas le publier. L'étudiant l'a quand même envoyé au journal, et avec le nom de mon professeur parmis les auteurs, il est passé à travers la révision sans problème. Alors les comités de lecture... Pour un journal scientifique, il est plus intéressant de publier de mauvais articles d'auteurs connus que de bon articles d'inconnus. L'université dont est originaire l'auteur est aussi importante. Enfin, pour les publications de second plan, j'imagine que l'on est encore moins regardant.
    Quant aux journalistes vérifiant eux-même les articles scientifiques, j'ai des doutes. En fin de thèse, j'ai parfois du mal à comprendre du premier coup les articles qui me concernent directement, alors si maintenant les journalistes doivent se taper et comprendre les publications scientifiques...
    Finalement, les universitaires (américains j'entends, parce que c'est ce que je connais) sont tout le temps trop positifs dans leurs publications, sans parler des proposals. J'en ai même entendus certains en blaguer lors de présentations. Et tout le monde dans la salle se marre (ou fait semblant). J'ai vu des présentations intitulées quelque chose dans le genre « un nouveau type de transistor à l'échelle nanoscopique », et sous prétexte que le gars pense qu'il contôle une fois sur cent l'état de la matière dans des conditions pas possible, il en conclue que peut-être un jour on fera des microprocesseurrs. Evidemment, ce qu'il cherche c'est plus des crédits pour ses recherches (surtout qu'il se paie dessus, donc c'est presque vital pour lui).
    D'ailleurs, quand voyez-vous des auto-critiques négatives ? Si vous faites de la recherche vous-même, vous devez en avoir sur vos travaux. Quand vous publiez, publiez-vous ces même critiques ?
    Remarquez, ça dépend sûrement des domaines de recherche. Je suis en sciences des matériaux, ça pipotte pas mal. Mais il y a des domaines, comme la chimie, où vu le rythme impressionnant des publications, ça doit pipotter encore plus.

  • Lurker
    Lurker répond à mass38
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 02h19 le 11/10/2009

    « Mais de miracles que certains journaux et journalistes, qui n'ont pas fais leur travail, disséminent… »

    Le but n'était absolument pas de se moquer des chercheurs, justement, mais bien du téléphone arabe entre les chercheurs et le grand public. Il y aura perte ou création d'information à chaque étape, selon les aspirations de chacun. Le chercheur donne des termes techniques et précis, son service de communication s'il existe simplifie et met dans une jolie boite, les journalistes mettent sous les projecteurs (et les néons et les lasers et les fumigènes). Le chercheur n'est bien souvent même pas au courant des termes utilisés au final.
    Une remarque tout de même, personne ne remet en cause la manière dont sont présentés les papiers scientifiques originaux dans les publications à comité de lecture (Science, Nature, etc.) , seulement leur traitement (souvent) spectaculaire par la presse grand public.

    (Preuve de plus qu'il ne faut pas embêter un chercheur ; )

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 11h01 le 11/10/2009
    • Expert
      Chercheur

    La question sous-jacente que pose cet article est de savoir qui est responsable de ces annonces exagérées. Est-ce les chercheurs qui cherchent à se faire mousser ou est-ce le système médiatique/financier qui demande cela ? En effet, il existe des milliers de chercheurs honnêtes qui découvrent des choses très intéressantes et utiles, mais pas sexy pour les journaux. Certains se sentent donc obligés de grossir leurs résultats pour qu'on parle d'eux et surtout pour avoir de l'argent pour continuer leurs recherches. Parce que malheureusement ceux qui attribuent l'argent ne connaissent que peu de choses à la science et il faut donc obligatoirement en rajouter énormément pour les intéresser.
    Je pense donc qu'il faut se méfier de se moquer de ses chercheurs, il faudrait plutôt se demander pourquoi les journalistes ne font des articles que sur des pseudo-découvertes sensationnelles et jamais sur la recherche fondamentale. Peut-être qu'un peu plus de sciences en école de journalisme aiderait un peu. Et accessoirement éviterait d'entendre à la TV que le CO2 détruit la couche d'ozone !

  • Cogito_ergo_sum
    • Posté à 11h41 le 11/10/2009

    La vraie question, dans ce genre d'information sensationnelles... et souvent fausses ! n'est pas, à mon avis, dans le fait qu'elles existent, mais dans l'usage qui en est fait.
    Il est bien difficile d'empêcher en effet la « perte d'information » en ligne entre le travail d'un chercheur, que souvent seul lui-même et une poignée de spécialistes peuvent comprendre, et sa publication dans la presse à travers une cascade de personnes de moins en moins aptes à juger de son bien-fondé, de sa portée réelle, de ses limites. Difficile ? Même impossible, depuis que n'importe quel pékin peut mettre sur Internet des élucubrations de son cru...
    Donc que fait-on de ces informations ?
    Tant qu'elles ne font que faire rêver le lecteur, il n'y a pas grand mal.
    Quand elles donnent de faux espoirs, par exemple à des porteurs du Sida, c'est plus embêtant. Si elles amènent les lecteurs à relâcher leur attention - puisqu'il y aura un vaccin, pas de souci... - c'est beaucoup plus grave.
    Mais là où cela devient tragique, c'est quand ce genre de bobards est avalé tout cru par des décideurs. Par exemple par ceux qui allouent les crédits de recherche sur la foi d'annonces délibérément biaisées. Ou encore quand des politiques s'en emparent et basent leurs orientations sur des élucubrations. Vous souvient-il d'une certaine affaire d'avions renifleurs de pétrole ?
    De mon point de vue, la vraie valeur de cet article est de rappeler l'importance, pour tout décideur, d'avoir un esprit critique digne de ce nom et de savoir s'entourer d'experts avant de trancher. Un décideur est rarement un scientifique ; au moins devrait-il être formé à la manière de juger les affirmations émanant de scientifiques !

  • expat
    • Posté à 11h47 le 11/10/2009

    Je trouve inapproprie de parler de la telomerase comme d'une enzyme qui peut apporter l'eternelle jeunesse, si on active la telomerase dans les cellules senescentes d'un organisme on obtient surtout un cancer ! Il serait temps de cesser d'assimiler une cellule a un organisme et de considerer que ce qui est bon pour la cellule est bon pour l'organisme.
    Deuxiemement du point de vue information du public, il aurait ete plus judicieux de preciser que ces recherches n'ot pas ete effectuee sur des cellules humaines mais que la decouverte initiale a ete faite sur un micro-organisme, un modele genetique que ne ressemble en rien a un mammifere, en fait son mode de fonctionement est totalement different, pourtant son etude a permis de comprendre un phenomene qui se produit quand les celules deviennent cancereuses et ceci demontre que la tendance actuelle de ne considerer comme utile que la recherche appliquee avec future application commerciale est dangereuse, car elle n'aurait pas permis cette decouverte (et bien d'autre). Nous surestimons notre connaissance du monde vivant en fait nous ne comprenons que tres peu ce qui se passe.

  • gabilourson
    • Posté à 15h17 le 11/10/2009
    • Internaute

    Une recherche mondiale est en court à propos du point numéro 4 et elle démontre que de nombreux aveugles équipés de puces installées au fond de l'oeil ont déjà réussi à retrouver la vue (quelques dizaines de pixels, autrement dit sans aucune définition, mais percevoir les zones lumineuses constitue déjà une révolution pour quelqu'un que ne voit rien)
    Pour ceux que cela intéressent voici le lien vers l'émission que j'ai réalisé pour France 3 à ce sujet (le reportage sur le dispositif en question est au milieu de l'émission :

    Lien

    Gabi