Les Inrocks 08/10/2009 à 12h48

La société française était-elle vraiment mieux avant ?

Jean-Marie Durand | Les Inrocks

C'était mieux avant, le niveau baisse, les élèves sont nuls, les crimes augmentent, les diplômes n'ont plus de valeur, la France s'appauvrit, les citoyens se désintéressent de la politique... Deux sociologues, spécialistes des statistiques, viennent démonter certains de ces préjugés les plus grossiers.


Le bidonville de Nanterre (Demain.tv)


C'était mieux avant, le niveau baisse, les élèves sont nuls, les crimes augmentent, les diplômes n'ont plus de valeur, la France s'appauvrit, les citoyens se désintéressent de la politique... Ces discours rebattus ressassent les clichés les plus absurdes, proférés par des commentateurs qui substituent à la rigueur de l'analyse la précipitation du jugement aveugle.

Par-delà la recherche scientifique, les médias et les politiques font souvent passer auprès de l'opinion publique de pures contre-vérités pour des évidences indiscutées.

Deux Maurin, Eric et Louis, spécialistes des statistiques, viennent démonter certains de ces préjugés les plus grossiers. Ils proposent une lecture iconoclaste mais juste du fonctionnement de la société. Dans « Déchiffrer la société française », édifiante mise à plat des mécanismes sociaux (famille, santé, logement, mobilité, revenus...), Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités, révèle les écarts entre les images dominantes et la réalité des faits, éclaire tous les points aveugles de la société par le filtre des chiffres.

Sans sacrifier la nuance ou minimiser les blocages réels (inégalités, école...), son travail synthétique réfute l'idée selon laquelle la France serait un pays en crise profonde, et remet à leur place tous ceux qui, parlant de l'ordre social, jouent sur les peurs.

C'est ce même souci de soulever les malentendus qui guide la brillante réflexion d'Eric Maurin dans « La Peur du déclassement ». L'auteur démontre que l'angoisse de perdre son statut social touche surtout les classes sociales supérieures, pourtant les mieux prémunies contre le risque.

Soucieuses de maintenir leur rang, elles mettent en place des stratégies séparatistes sur les marchés résidentiel et scolaire (accès aux institutions d'élite, aux quartiers éloignés des classes populaires), dont les effets sont manifestes sur la paix et la mixité sociales.

Comme autrefois la Grande Peur, les peurs actuelles, dont le déclassement reste le point d'orgue, demeurent nourries par les fantasmes et restent mauvaises conseillères pour ceux qui rêvent d'une société apaisée et plus juste.

 ? Déchiffrer la société française de Louis Maurin (La Découverte)

 ? La Peur du déclassement, une sociologie des récessions d'Eric Maurin, (Seuil, la République des idées)

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  • Francois Toulouse
    • Posté à 13h13 le 08/10/2009

    Si le discours « c'était mieux avant » est certainement trop répandu, je pense qu'il ne faut pas tout mélanger, et ne pas non plus trop faire confiance aux spécialistes et statisticiens.
    Je prends un exemple : jusqu'au début des années 80, il n'y avait presque pas SDF, ils étaient très rares, et souvent volontaires. Et à cette même époque, je ne connaissais pas de travailleurs salariés obligés de dormir en permanence dans leurs véhicules.
    Alors pourquoi voit-on des spécialistes venir nous dire que le pouvoir d'achat a augmenté, que valent les statistiques face à des réalités tangibles, observables ?

    ps : c'est pas une critique de l'article, mais cela m'a inspiré cette (haute, bien sûr) réflexion...

  • Marcantoines
    Marcantoines
    trouveur
    • Posté à 13h26 le 08/10/2009
    • Internaute
      trouveur

    Deux types de comparaison existent :
    - l'une en fonction du passé : « C'était mieux ou moins bien, avant ».
    - l'autre en fonction de nos voisins : « En suède, la vie est plus douce. »
    La vérité provient du mélange de ces deux comparaisons. Regarder l'évolution d'un critère chez nous et chez les autres.

    Avec cette approche, la France s'est appauvrie par rapport à l'Allemagne dans les domaines suivants : production intérieure, produits exportés, nombre d'emploi, pouvoir d'achat moyen.

    A partir de ce constat, d'autres critères suivent : Moins d'entreprises, donc diplômes dévalorisés. Spécialiste en micro électronique cherche entreprise...si possible en France et pas à Taïwan...

    Ensuite, les statisticiens diplômés de Sciences Humaines peuvent raconter ce qu'ils veulent...Le fait est là : Nous achetons beaucoup trop de produits à l'étranger. Pour l'instant, « nos esclaves asiatiques » bossent pour nous...Mais attention au retour de bâton dans quelques années. Flambée des prix des produits que nous serons incapable de réparer à la moindre petite panne.

  • Majesté
    Majesté répond à Tyb
    Anti-tout (primaire)
    • Posté à 13h40 le 08/10/2009
    • Internaute
      Anti-tout (primaire)

    J'ai quand-même tendance à aller dans le même sens que François Toulouse. On a beau dire, ce n'est que récemment que j'ai entendu parler des « working poors ». Dans les années 60, il n'était pas rare de voir une famille de 2 ou 3 enfants, dans laquelle seul le père travaillait, et qui faisait pourtant partie de la classe moyenne, avec maison, voiture et vacances. Aujourd'hui, le même homme, sans femme et sans enfant, serait assuré de vivre sur la corde (très) raide, et il lui suffirait d'un accroc pour basculer.

    Pour aller un peu plus loin, peut-on résumer la vie et la société à un alignement de chiffres ? Ca ne correspond à rien. Dessinez un humain typique, moyen, puis comparez votre dessin à tous les habitants de la planète, vous ne trouverez personne qui lui ressemble. Peut-on ignorer que le bien-être, ce n'est pas seulement avoir un IPhone, c'est aussi et avant tout un sentiment, qui peut ne pas correspondre aux statistiques. Avant, on avait au moins le sentiment d'être heureux et d'avoir des perspectives d'avenir. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.

    C'est bizarre : quand les gens éprouvent un « sentiment d'insécurité », on s'empresse de mettre des agents dans la rue, d'installer des caméras partout, de fustiger les étrangers, et de restreindre les libertés. Quand on éprouve un sentiment de mal-être, ou le sentiment d'avoir perdu quelque chose par rapport à autrefois, on sort un listing de chiffres, sans remettre en cause le modèle de consommation à outrance. Oui, nous consommons plus qu'avant, mais est-ce que ça nous rend plus heureux ? En tout cas, je ne me souviens pas qu'avant, des employés se jetaient si nombreux par la fenêtre de leur bureau...

  • Akaa
    Akaa répond à bachibouzouk29
    • Posté à 13h54 le 08/10/2009

    Trouver un indicateur efficace est très compliqué quand il s'agit de mesurer la réalité de vie d'une population. Sur les inégalités, on peut utiliser la courbe de Lorenz (basée sur l'indice de Gini si mes souvenirs d'éco sont bons). Voir ici : Lien

    Sinon, ça me fait penser aux railleries que j'entends souvent sur la recherche économique cherchant à calculer le « bonheur ». Les gens imaginent que c'est stupide, mais c'est déjà mieux que le PIB...