Sur le terrain 08/10/2009 à 12h35

Ecoles au Liban : dur d'enseigner une histoire commune

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Nada Aki | ILoubnan.info


Des écoliers libanais en visite au musée de Beyrouth regardent une statue de Jupiter (Mohamed Azakir/Reuters).

(De Beyrouth) Une histoire commune et des objectifs communs : des notions qui définissent une nation. Et qui manquent au Liban. Cette lacune a motivé le réalisateur Hady Zaccak à réaliser « Une leçon d'histoire », documentaire qui s'attache à suivre les cours d'histoire délivrés au Liban dans cinq écoles différentes, à des élèves qui se préparent pour le brevet.

Le nombre de matières que doivent suivre les élèves libanais, en arabe et en français ou en anglais, est impressionnant. Mais heureusement, en histoire, le programme est allégé. Après les Phéniciens, les Grecs et les Romains, les enfants étudient la montée et le déclin de l'Empire Ottoman et l'indépendance du mandat français. Après, c'est la confusion.

Au programme du baccalauréat libanais, les élèves étudient selon un plan établi dans les années 70. L'histoire moderne n'est pas enseignée dans les écoles libanaises. Guerres, assassinats d'éminentes figures politiques... beaucoup de choses sont produites dans les dernières décennies. Et toutes donnent lieu à différentes interprétations.

La variété de livres d'histoire approuvés par le gouvernement présente différents points de vue sur les époques : degré d'autonomie du Liban pendant le mandat français, importance de l'Empire ottoman dans l'histoire du pays...

Coup d'arrêt à une histoire unifiée

Le professeur Antoine Messarra a fait partie d'une commission chargée d'élaborer un programme d'histoire unifié. Le programme a été approuvé à l'unanimité par le Conseil des ministres et publié dans le journal officiel en juin 2000. Le livre d'histoire était en cours d'impression lorsque l'ensemble du projet a été arrêté « à cause d'un prétexte, pas d'une raison », affirme Antoine Messarra.

« L'ancien ministre de l'Education Abdel Rahim Mrad a arrêté les opérations d'impression et a formé une nouvelle commission. L'ordre est arrivé avec une note administrative alors qu'un décret ministériel avait été publié antérieurement (pour valider les travaux de la Première Commission). »

Il n'existe aujourd'hui aucune information concernant les travaux de la nouvelle Commission.

La variété des livres d'histoires est-elle un problème ? « C'est un faux problème », dit Messarra.

« J'ai découvert au cours de ma recherche qu'ils sont presque tous semblables dans leur banalité et leur superficialité. »

Le problème majeur selon lui, c'est que ce qui est étiqueté « histoire du Liban » est en fait l'histoire d'une partie du Mont Liban. « D'autres régions sont oubliées... où est leur histoire ? », interroge Messarra. Les gens de Hermel, de la Békaa ou du Sud ne peuvent trouver leur histoire dans les livres du Liban qu'on qualifie de « livres d'histoire ».

Le Liban n'est pas le seul pays à avoir connu une évolution territoriale au fil du temps, c'est aussi le cas de la Suisse et des Etats-Unis, mais pourtant dans ces pays le passé des territoires récemment annexés est pris en compte. Messarra signale qu'au cours des trente dernières années, « de grands progrès ont été réalisés par les historiens dans leurs travaux sur l'histoire régionale du Liban, qui malheureusement n'ont pas servi à enrichir le contenu des manuels scolaires ».

En tout cas, Hadi Zaccak a constaté que les élèves montrent peu d'intérêt pour les cours d'Histoire, qu'ils considèrent seulement comme une obligation pour passer les examens, et non pas comme quelque chose qui fait partie de leur identité. Finalement, leurs connaissances leur sont fournies par leur environnement social et familial.

Or, « parce que nous avons différentes communautés au Liban, à chacune son histoire ». Messarra approuve :

« Les élèves ne croient pas ce qui est écrit dans les livres d'Histoire. »

Leur sens de la mémoire collective vient de ce que leur disent leurs parents. Dans un pays divisé par de strictes barrières sectaires entretenues par des conflits violents, on se retrouve avec plus d'une génération à qui ont été transmis les conflits en cours entre les générations précédentes.

Histoire enseignée et mémoire collective

Concernant la question de la mémoire collective, Messarra estime que « pour le cas du Liban et pour les pays arabes en général, il existe une dichotomie entre l'histoire enseignée et la mémoire collective » :

« Le résultat est une société à souvenirs fragmentés, des souvenirs avec lesquels nous ne nous sommes pas réconciliés. »

Selon lui, il s'agit d'un problème général dans le monde arabe, où chaque régime efface le précédent. Et le moyen de briser cette dichotomie serait de donner aux élèves un livre d'histoire de référence.

« A ce moment-là, les étudiants pourront avoir arguments et preuves à communiquer à leurs parents. »

« Dans certains Etats, l'histoire commence avec l'indépendance du pays. Au Liban, les cours d'histoire se terminent à l'indépendance du pays », signale Hady Zaccak.

« Nous avons besoin d'un historien-comptable »

L'histoire récente serait-elle un sujet trop sensible pour être abordé dans les classes ? Antoine Messarra ne le pense pas. Il explique que l'histoire doit être écrite en termes de coût et d'intérêt. « Nous avons besoin d'un historien- comptable », affirme-t-il :

« Ce genre de travail a déjà été fait au Liban dans les rapports sur les pertes signalées durant les guerres. Le travail de l'historien n'est pas de juger, il est de décrire les faits tels qu'ils ont eu lieu, et quand il s'agit d'époques controversés de l'histoire, nous devons respecter le lecteur et transmettre toutes les différentes versions et tous les différents documents traitant de la question. »

« L'histoire est une science et l'orienter n'est pas permis », insiste Messarra. « C'est une science humaine », précise-t-il.

« 
Malheureusement, dans de nombreux pays (...), ils écrivent l'histoire des gouvernants, des tueurs, et ils oublient ceux qui ont été tués. »

Pendant la guerre civile libanaise, 90% des victimes étaient des civils, rappelle Messarra. Ces civils ne font-ils pas partie de l'histoire ?

« Ils sont oubliés. L'histoire humaine, les documents de témoignages, devrait également être étudiés en classe pour raconter la véritable histoire du peuple libanais. »


Egllise et Mosquée côte à côte dans le centre de Beyrouth (P. Haski/Rue89)

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  • spleenlancien
    spleenlancien
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 13h09 le 08/10/2009
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    Donner un livre d'histoire de références, pas simple dans un pays en guerre civile depuis 30 ans et pourtant indispensable.
    Vous avez besoin de plus de nation et de moins de communautarisme aux allégeances subordonnées à des interêts étrangers, jamais gratuits.

  • beuhrète-
    • Posté à 13h27 le 08/10/2009

    Ils n'ont qu'à s'inspirer du modèle français.

    Nos ancètres les gaulois

  • SuperAlAmAs-
    • Posté à 14h06 le 08/10/2009

    ah ok, je comprend : genre : ça y est le Liban peut maintenant se « retourner » sur son histoire, 30 ans en arrière, nous sommes vraiment orgueilleux, c'est un article orgueilleux : ces terres là étaient occupées et avaient une hsitoire bien avant que Lutèce ne soit Paris, mais dans l'idéologie d'un homme blanc : les dernières élections qui ont en quelque sorte évinçé l'islam sont le début de l'hsitoire du Liban : je vois le projet...
    Nous voyons à quel point les journalistes censés être subversif sont lobotomisés, manipulés et conditionnés !
    ...

  • Talie
    • Posté à 15h31 le 08/10/2009

    Soyons réalistes, c'est partout pareil, en France, comment avons nous appris la guerre d'Algérie, si vous avez eu un prof d'histoire avec qui ce sujet a été traité, dites le moi... Vous croyez qu'aux états unis, l'histoire des Indiens a été traité, l'histoire aussi de ce peuple venu d'Afrique, que dans les années soixantes, les jeunes américains apprenaient l'histoire de tous ces esclaves, non, laissé le temps au Liban,ils feront un jour leurs livres d'histoire et peut être mieux que nous.